"La Voix Humaine - The Human Voice" de Pedro Almodóvar : quitte mains libres

Cinéma | Présenté hors compétition à la dernière Mostra de Venise et en première française en clôture du Festival Lumière 2020, le nouveau Almodóvar tient à la fois du renouvellement et de la synthèse en un court-métrage. Exclusivement en DVD ou VOD à partir du 19 mars.

Vincent Raymond | Vendredi 12 mars 2021

Photo : © Pathé Distribution


C'est un classique bientôt centenaire, pensé pour la scène par Cocteau, et depuis à de nombreuses reprises déjà transposé au cinéma, plus ou moins directement — par Pedro Almodóvar notamment, deux fois (dans La Loi du Désir et Femmes au bord de la crise de nerf). Racontant la consommation d'une rupture amoureuse via le monologue téléphonique de l'abandonnée, La Voix Humaine se révèle tout autant un texte dramatique que conceptuel du début de l'âge du virtuel — invisible et inaudible, le correspondant masculin dématérialisé étant supposé synchrone.

Un ovni de luxe dans le ciel du court-métrage, et une parenthèse pour Pedro Almodóvar qui s'essaie pour la première fois à la langue anglaise en confiant à Tilda Swinton ce rôle-trophée de victime superbe, jadis échu à Anna Magnani à l'écran ou Simone Signoret (sur disque). Naturellement, le cinéaste madrilène effectue de la pièce sa relecture contemporaine — le terme mérite d'être “bémolisé”, puisque l'inscription dans l'aujourd'hui chez Almodóvar s'accommode d'une furieuse appétence pour les vestiges d'hier.

Théâtre filmé, film théâtralisé ?

La relecture sous-entend de rendre l'intrigue adéquate avec les mœurs de la société du XXIe siècle (en l'occurrence, ripoliner le personnage principal qui n'est plus ici une victime recroquevillée sur sa douleur, mais une femme regagnant son indépendance et sa dignité après un chagrin d'amour), et habiller l'espace aux tonalités chromatiques ou musicales d'Almodóvar. Le décor, élégamment meublé de babioles aux marques cadrées pour être bien lisibles, hurle comme à l'accoutumée ses couleurs vives ; la bande originale se veut un pot-pourri de partitions d'Alberto Iglesias empruntées à leurs collaborations précédentes. Nous sommes donc chez Pedro… mais aussi dans l'univers de Cocteau et du simulacre théâtral, puisque ce “décor” en est un, au sens premier du terme. Mis à part un prologue donnant une tonalité de thriller baroque, l'essentiel se déroule sur un plateau reconstituant un appartement — une scène de ménage, en quelque sorte. Cette coprésence du théâtre et du cinéma figure (et renforce) l'effet de dissociation intérieure ressenti par le personnage perdu dans son soliloque. Le choix de Tilda Swinton, au jeu souvent glacial et à la constance hiératique en dépit de ses métamorphoses, apporte un décalage supplémentaire, vecteur d'un trouble inconscient et somme toute bénéfique : le fait qu'elle induise une translation linguistique de l'espagnol vers l'anglais, crée une rupture en forme de distorsion.

Silencio !

Plus long que La Voix humaine, le bonus de l'édition DVD (Pathé) prend par une amusante ironie, dans sa forme et son contenu, le contrepied du film. Il consiste en effet en un enregistrement d'une vidéo-conversation (Covid-19 oblige) à trois participants : le réalisateur et son interprète interrogés par le journaliste Mark Kermode. Et ici, non seulement deux protagonistes du film sont simultanément visibles, mais loin d'entériner leur rupture post-tournage, promettent solennellement de se retrouver pour un long — Pedro révèle à Tilda qu'il a d'ailleurs avancé sur l'écriture d'un personnage inspiré de sa personne et prénommé Matilda. Et si l'on fait abstraction des habituels déclarations d'admiration mutuelles et superlatives emballant chaque échange comme du papier de soie des escarpins de luxe, la conversation offre davantage des confirmations à des intuitions lors de la projection qu'un trousseau de clefs pour ouvrir les verrous almodovariens — l'œuvre conserve ses énigmes. Et une forme de silence malgré leurs paroles…

★★★☆☆ La Voix Humaine - The Human Voice
Un film de Pedro Almodóvar (Esp-Fr, 0h29) avec Tilda Swinton

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Viggo Mortensen passe derrière la caméra, on en a parlé avec lui pendant le Festival Lumière

Falling | Le comédien aux mille talents vient de signer son premier long-métrage en tant que cinéaste, qu’il a présenté en première française durant le Festival Lumière à Lyon. Une histoire de famille où l’attachement et l’oubli se livrent un duel sans ménagement. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 4 novembre 2020

Viggo Mortensen passe derrière la caméra, on en a parlé avec lui pendant le Festival Lumière

Comment se fait-il que ce soit cette histoire en particulier que vous ayez racontée pour votre premier film — car vous avez écrit plusieurs scénarios avant de réaliser Falling ? Viggo Mortensen : Je suppose que je voulais me souvenir de mes parents — de ma mère, pour commencer —, pour le meilleur et pour le pire comme tout le monde. Même si c’est devenu une histoire père/fils, l’inconscient de leur combat repose sur une différence d’opinion autour de leurs souvenir de leur femme et mère. Elle reste, à mon avis, le centre moral de l’histoire. Et c’est très important pour moi le casting de la mère, Gwen. Hannah Gross était parfaite, géniale : même si elle n’est pas là tout le temps, elle est là. Mais la raison pour laquelle j’ai fait mes débuts comme réalisateur et scénariste avec cette histoire, c’est parce que j’ai trouvé l’argent (sourire). J’avais essayé plusieurs fois, il y a 23-24 ans, avec un autre scénario, au Danemark, j’avais 20-30% du budget, mais pas davantage. Au bout du compte, je pense que c’était mieux que j’attende,

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Festival Lumière : à la revoyure !

Cinéma de Patrimoine | « Défiez-vous des premiers mouvements, écrivait Casimir de Montrond. Ils sont presque toujours bons. » Si les artistes revendiquent volontiers une part de spontanéité dans l’acte créatif, quid du premier regard porté sur une œuvre — en particulier de cinéma ? Est-il toujours définitif, ou bien supporte-t-il d’être… revu ?

Vincent Raymond | Mercredi 7 octobre 2020

Festival Lumière : à la revoyure !

On ne saura jamais par quelle subtile alchimie un film accède au statut de classique. Grand maître et vicieux comparse, le temps ne fait pas tout à l’affaire : d’antiques bobines, jadis prisées par des cohortes de spectateurs, peuvent aujourd’hui se dissoudre dans les abîmes de l’oubli quand d’autres, superbement ignorées à leur époque, jouissent enfin d'une considération éternelle… enfin, dans les limites toutes relatives et sans cesse révisées de l’éternité. Si le "goût de la beauté" ou le "plaisir des yeux" pousse les cinéphiles dans une quête infinie d’œuvres nouvelles, ces Sisyphe modernes hésitent rarement, lorsque l’occasion leur est donnée, à revoir un film — à condition qu’il ne leur ait pas laissé de souvenir d’une émotion tiède. Pour retrouver l’enthousiasme de la première vision. Pour laisser une seconde chance. Pour voir, simplement. Sections parallèles Festival de re-vision générale, Lumière fait se télescoper dans un maelström d’images et de visages, toutes les strates de l’Histoire du cinéma, sans exclusive ni distinction. S’il permet à travers ses grandes secti

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Autoportrait de l’homme en vieil artiste : "Douleur et Gloire" de Pedro Almodóvar

Almodóvar | Un cinéaste d’âge mûr revisite son passé pour mieux se réconcilier avec les fantômes de sa mémoire et retrouver l’inspiration. Entre Les Fraises sauvages, Stardust Memories, Journal Intime et Providence, Almodóvar compose une élégie en forme de bilan personnel non définitif illustrant l’inéluctable dynamique du processus créatif. En compétition à Cannes 2019.

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Autoportrait de l’homme en vieil artiste :

Le temps des hommages est venu pour Salvador Mallo, cinéaste vieillissant que son corps fait souffrir. Son âme ne l’épargnant pas non plus, il renoue avec son passé, se rabiboche avec d’anciens partenaires de scène ou de lit, explore sa mémoire, à la racine de ses inspirations… Identifiable à son auteur dès la première image, reconnaissable à la vivacité de ses tons chromatiques, mélodiques ou narratifs, le cinéma d’Almodóvar semble consubstantiel de sa personne : une extension bariolée de lui-même projetée sur écran, nourrie de ses doubles, parasitant sa cité madrilène autant que ses souvenirs intimes… sans pour autant revendiquer l’autobiographie pure. À la différence de Woody Allen (avec lequel il partage l’ancrage urbain et le goût de l’auto-réflexivité) le démiurge hispanique est physiquement absent de ses propres films depuis plus de trente ans. Almodóvar parvient cependant à les “habiter” au-delà de la pellicule, grignotant l’espace épi-filmique en imposant son visage-marque sur la majorité de l’environnement iconographique — il figure ainsi sur nombre de photos de tournages, rivalisant en no

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Irène Jacob, la voix sereine

Portrait | Le visage de trois quart de profil en gros plan, devant Jean-Louis Trintignant. Rouge. Le film de Kieślowski, avec La Double vie de Véronique, va révéler la comédienne Irène Jacob dans les années 90. Depuis, elle tourne dans le monde entier, chante et sera La Voix humaine de Cocteau en novembre.

Nadja Pobel | Mardi 6 novembre 2018

Irène Jacob, la voix sereine

D'elle, il nous parvient des flashs apaisants : son visage (qui n'a guère changé depuis les films du cinéaste polonais mythique) et sa voix qui décline les questions de Cosmopolitan en susurrant à l'oreille de Vincent Delerm « avez-vous déjà fait souffrir votre partenaire ? » ou nous informe que « c'est une période difficile pour les natives du deuxième décan ». Elle est aussi « une fille Deutsche Grammophon » sur l'album Kensington square. Et Jean-Luc Le Ténia lui a même consacré une chanson à son nom. Iconique. Osons le mot qu'elle ne peut s'attribuer. Il y a de cela chez Irène Jacob, mais une icône accessible que l'on voudrait toutefois ne pas trop chahuter pour respecter ce travail mené depuis plus de vingt avec exigence et humilité. Tracer sa voix (humaine) D'emblée, elle rencontre des hommes de cinéma reconnus pour leur rigueur. C'est Louis Malle qui met le pied à l'étrier de cette fille de physicien et psychologue, la quatrième fille, après trois g

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Julieta : une lettre à l'absente

Festival de Cannes | de Pedro Almodóvar (Esp, 1h36) avec Emma Suárez, Adriana Ugarte, Daniel Grao…

Vincent Raymond | Mercredi 18 mai 2016

Julieta : une lettre à l'absente

Accrochant un nouveau portrait de femme abattue aux cimaises de sa galerie personnelle, le cinéaste madrilène semble avoir concentré sur cette malheureuse Julieta toute la misère du monde. Avec son absence de demi-mesure coutumière, Almodóvar l’a en effet voulue veuve, abandonnée par sa fille unique, dépressive, en délicatesse avec son père et rongée par la culpabilité. Un tableau engageant — qui omet de mentionner son amie atteinte de sclérose en plaques… Construit comme une lettre à l’absente, Julieta emprunte la veine élégiaque de l’auteur de La Fleur de mon secret. On est très loin des outrances, des excentricités et des transgressions des Amants passagers (2013), son précédent opus façon purge s’apparentant à un exercice limite de dépassement de soi — et qui s’était soldé par un colossal décrochage. Revenu les pieds sur terre, Almodóvar se met ici au diapason de sa bande originale jazzy : en sourdine. Au milieu de ce calme relatif, seules les couleurs persistent à crier — les personnages et le montage faisant l’impasse sur l’hystérie mécanique emblématique de son cinéma et tellement épuisante. Alors oui, on a l’impressi

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Almódovar : boulevard et gaspacho

ECRANS | La saison cinéma de patrimoine se termine (presque) comme elle avait (presque) commencé. Alors qu’en octobre, Lyon vivait au rythme espagnol avec le prix (...)

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Almódovar : boulevard et gaspacho

La saison cinéma de patrimoine se termine (presque) comme elle avait (presque) commencé. Alors qu’en octobre, Lyon vivait au rythme espagnol avec le prix Lumière remis à Pedro Almódovar, c’est en ce mois de juin les salles indépendantes réunies sous la bannière du GRAC qui visitent un chapitre de son œuvre : pas n’importe lequel, puisque Femmes au bord de la crise de nerfs est le premier grand succès populaire — et mondial — du cinéaste madrilène, visage filmique de la Movida, le mouvement qui permit à l’Espagne de tourner culturellement la page du franquisme. Pourtant, rien de particulièrement underground dans cette comédie de mœurs en huis clos où une femme trompée se retrouve au cœur d’un imbroglio sentimentalo-policier mêlant une demi-douzaine de personnages, tous reliés à l’amant volage et en fuite. Dans une sorte de boulevard sous psychotropes — résumé par l’épisode mythique du Gaspacho bourré de somnifères — Almódovar multiplie les situations burlesques tout en montrant, déjà, son envie de mélodrame, qui s’épanouira pleinement dans la deuxième partie de sa carrière. Le trait d’union entre les deux : des décors volontairement artificie

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Lumière 2014 : Almodóvar fait son cinéma…

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Christophe Chabert | Lundi 13 octobre 2014

Lumière 2014 : Almodóvar fait son cinéma…

Bien sûr, il y a le Prix Lumière qui lui sera remis vendredi soir en présence d’invités prestigieux — dont, dit-on, Penelope Cruz… Bien sûr, il y a la rétrospective de ses films, de ses œuvres provocatrices période Movida à ses opus de la maturité, mélodrames flamboyants dont Tout sur ma mère, Parle avec elle et Volver sont les plus beaux fleurons. Mais Pedro Almodóvar chaussera aussi, pour ce festival Lumière, la casquette du cinéphile à travers deux cartes blanches qui font figure d’aérations nécessaires au sein de la programmation, par la rareté des films choisis comme par leur éclectisme. "El cine dentro de mí" propose un joli laboratoire où le cinéaste Almodóvar crée de stimulantes correspondances entre ses films et les films des autres, non pas comme des influences directes, mais plutôt comme des souvenirs féconds et obsédants dont la trace se retrouve sur l’écran, remodelé par son désir et ses obsessions. C’est parfois évident — L’Homme qui rétrécit, matrice du petit film muet en noir et blanc de Parle avec elle ; Le Voyeur, dont le personnage de Victoria Abril dans Kika est comme la reproduction à l’è

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Tout sur la clôture de Lumière

ECRANS | Les billets pour le Prix Lumière remis à Pedro Almodóvar (avec la projection de Parle avec elle) se sont arrachés en 45 minutes. Combien de temps faudra-t-il (...)

Christophe Chabert | Vendredi 26 septembre 2014

Tout sur la clôture de Lumière

Les billets pour le Prix Lumière remis à Pedro Almodóvar (avec la projection de Parle avec elle) se sont arrachés en 45 minutes. Combien de temps faudra-t-il pour ceux de la séance de clôture, où sera projeté Tout sur ma mère du même Almodóvar, en présence du réalisateur et de son actrice Marisa Paredes ? En tout cas, ils seront mis en vente ce mardi 30 septembre à partir de 13h, sur Internet et dans les points de vente habituels. La séance, elle, aura lieu le dimanche 19 octobre à 15h30 à la Halle Tony Garnier.

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Luz 2014

ECRANS | Pedro Almodóvar Prix Lumière, des rétrospectives consacrées à Capra et Sautet, des invitations à Ted Kotcheff, Isabella Rossellini et Faye Dunaway, des ciné-concerts autour de Murnau, des hommages à Coluche et Ida Lupino… Retour sur les premières annonces de Lumière 2014. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Luz 2014

C’est donc Faye Dunaway qui viendra inaugurer la sixième édition du Festival Lumière à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre. Actrice mythique, que l’on avait pu redécouvrir à Lumière dans un de ses plus grands rôles — celui de Portrait d’une enfant déchue de Schatzberg — elle présentera la version restaurée de Bonnie and Clyde, classique du film criminel et rampe de lancement d’un certain Nouvel Hollywood dont son réalisateur, Arthur Penn, fut un agitateur discret mais essentiel. On le sait, Lumière se targue d’être un festival de cinéma grand public et, après le doublé Belmondo / Tarantino de l’an dernier, la barre était placée assez haute en matière d’invités prestigieux. Pour donner le change, le Prix Lumière atterrira donc en 2014 dans les mains de Pedro Almodóvar ; le festival prépare sa venue tout au long du mois de septembre avec une séance spéciale d’Attache-moi — pas forcément son meilleur film, cela dit — et une autre de La Mauvaise éducation précédée d’une confé

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Almodóvar, por fin…

ECRANS | Son nom était sur les listes des possibles récipiendaires du Prix Lumière depuis au moins la deuxième édition… Ça y est ! En 2014, Pedro Almodóvar recevra la (...)

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

Almodóvar, por fin…

Son nom était sur les listes des possibles récipiendaires du Prix Lumière depuis au moins la deuxième édition… Ça y est ! En 2014, Pedro Almodóvar recevra la fameuse distinction des mains de Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier, couronnant une œuvre foisonnante et scindée en deux : d’un côté, la partie libertaire, brouillonne et décoiffante des années Movida (de Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier jusqu’à Femmes au bord de la crise de nerfs) ; et le moment où celle-ci affirme une souveraine maîtrise des codes (mélodrame, comédie et film noir) et de la mise en scène, qu’elle soit au service d’émotions fortes (Talons aiguilles, Tout sur ma mère, Parle avec elle, La Piel que habito) ou d’une démarche plus réflexive (Kika, La Fleur de mon secret, La Mauvaise éducation, Étreintes brisées). On espère que son activité de producteur sera aussi soulignée, pas tant pour le navet argentin en compétition à Cannes cette année que pour avoir accompagné l’éclosion d’un Alex De La Igle

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Prix Lumière 2014 : Pedro Almodovar

ECRANS | On se demandait comment le Festival Lumière allait pouvoir rebondir sur l'édition 2013, portée par un Quentin Tarantino d'une générosité et d'une culture sans (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 2 juillet 2014

Prix Lumière 2014 : Pedro Almodovar

On se demandait comment le Festival Lumière allait pouvoir rebondir sur l'édition 2013, portée par un Quentin Tarantino d'une générosité et d'une culture sans pareils. Thierry Frémaux a apporté des éléments de réponse ce matin, d'abord en dévoilant le récipidiendaire du prochain Prix Lumière : le cinéaste espagnol Pedro Almodovar, qui viendra le recevoir en compagnie de la pulpeuse Penelope Cruz - voir ci-dessus la photo utilisée pour l'affiche de Lumière 2014, qui se tiendra du 13 au 19 octobre. Pour le reste, le festival tracera sa ligne directrice (donner à voir le cinéma du passé avec la complicité de ceux qui le font maintenant) au travers de trois rétrospectives (Claude Sautet, Frank Capra et le western italien), deux hommages (un à Isabella Rossellini, l'autre au méconnu Tod Kotcheff, réalisateur du premier Rambo), trois sections thématiques (les grandes restaurations de 2014, les plaisirs coupables et les chefs-d'oeuvre méconnus), et quantité d'hommages plus ciblés (au compositeur Michel Legrand, à Ida Lupino, l'une des

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De l’amour et de la pellicule

ECRANS | Dans l’excellent magazine SoFilm, Maroussia Dubreuil se pose chaque mois cette question : «Doit-on tourner avec son ex ?». L’Institut Lumière la (...)

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

De l’amour et de la pellicule

Dans l’excellent magazine SoFilm, Maroussia Dubreuil se pose chaque mois cette question : «Doit-on tourner avec son ex ?». L’Institut Lumière la retourne dans sa programmation printanière en "Que se passe-t-il quand un cinéaste filme la femme / l’homme qu’il aime ?". Ce cycle "Je t’aime, je te filme" sera donc l’occasion de passer en revue des couples célèbres, comme celui formé par le regretté Alain Resnais et sa muse Sabine Azéma — Mélo — ou celui, tumultueux, qui unit le temps du tournage interminable des Amants du Pont-Neuf Leos Carax et Juliette Binoche. Restons en France, mais quelques années auparavant, où Jean-Luc Godard magnifia Anna Karina du Petit Soldat à Pierrot le fou, avec au milieu un film qui semble n’exister que pour elle, Vivre sa vie, travail d’iconisation amoureuse à la croisée de la fétichisation cinéphile — Karina filmée comme Falconetti dans La Passion de Jeanne d’Arc — et de la contemplation subjuguée… C’est un rapport du même ordre que l’on trouve dans La Belle et la bête ; Cocteau est tellement fasciné par la Bête-Jean Marais qu’il en oublie complètement d

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Only lovers left alive

ECRANS | Retour en grande forme de Jim Jarmusch avec ce film à la force tranquille qui imagine des vampires dandy, rock’n’roll, amoureux et dépressifs, gardiens d’une culture mise en péril par la révolution numérique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 février 2014

Only lovers left alive

Adam et Eve ne sont ni le premier homme, ni la première femme de la Création, mais les derniers amants-vampires sur Terre ; c’est le premier scoop du nouveau film de Jim Jarmusch, joliment ironique. Eve s’est retirée à Tanger, où elle fréquente rien moins que Christopher Marlowe — qui, en plus d’avoir écrit les pièces de Shakespeare, est lui aussi une créature de la nuit, éternelle quoique mal en point ; Adam vit à Detroit au milieu de sa collection de guitares et de son studio analogique, reclus et phobique face aux «zombies» qui l’entourent — on ne saura pas si le terme qualifie péjorativement le commun des mortels ou si effectivement l’humanité est désormais divisée en deux catégories de morts-vivants. Les liens qui les unissent relèvent autant d’un héritage romantique que d’une réalité qui passe par les moyens de communication contemporains : Eve et son iPhone en FaceTime, Adam avec un bricolage mêlant câbles, télé et caméra. C’est en fait surtout la mise en scène de Jarmusch qui les réunit, comme lors de ces travellings en spirale enchaînés et fondus avec le mouvement d’un antique 33 tours. Son scénario aussi va les obliger à se retrouver : alors qu’Adam, t

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Snowpiercer

ECRANS | Après "The Host" et "Mother", Bong Joon-ho frappe à nouveau très fort avec cette adaptation cosmopolite d’une bande dessinée française des années 80, récit d'anticipation se déroulant dans un train tournant sans fin autour d’un monde rendu à l’ère glaciaire. Épique et politique, une fable très sombre d’une grande intelligence dans son propos comme dans sa mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 24 octobre 2013

Snowpiercer

Même après sa fin, le monde continue de tourner. Enfin, pas exactement, car ce sont plutôt les humains qui le peuplent, derniers survivants d’une hasardeuse expérience scientifique ayant plongé la planète dans une nouvelle ère glaciaire, qui en sont réduits à faire des révolutions à bord d’un train-arche en mouvement perpétuel. La révolution, à l’autre sens du terme, couve dans les wagons de queue, où sont stockés dans des conditions de salubrité dégradantes les miséreux, à qui l’on enlève leurs enfants pour les emmener dans les wagons de tête, ceux des nantis. Bong Joon-ho, génial cinéaste sud-coréen de The Host et de Mother, a trouvé dans Le Transperceneige, BD française culte parue dans les années 80, cette cruelle métaphore d’une lutte des classes qui survit à l’apocalypse, repensant l’habituelle distribution verticale des rôles (les riches en haut, les pauvres en bas) dans une habile horizontalité. C

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Du poil de la bête

ECRANS | Tandis que Christophe Gans met la dernière main à une nouvelle version en 3D avec Léa "Cover girl" Seydoux et Vincent Cassel, ressort en grandes pompes la (...)

Christophe Chabert | Mardi 17 septembre 2013

Du poil de la bête

Tandis que Christophe Gans met la dernière main à une nouvelle version en 3D avec Léa "Cover girl" Seydoux et Vincent Cassel, ressort en grandes pompes la copie restaurée de La Belle et la Bête de Jean Cocteau. Ce n’était pas la première adaptation de ce conte aux origines floues — quelque part aux alentours du IIe siècle, a priori — puisqu’une version muette en fut tirée dès 1899. Mais celle de Cocteau, tournée en 1949, a forgé un imaginaire qui tient beaucoup à l’inspiration du cinéaste-peintre-poète, et dont toutes les adaptations suivantes ont dû tenir compte. Clé de voûte de l’édifice visuel, la Bête elle-même, dont la crinière fauve, les incisives limées, le regard perçant et le port altier en font un croisement entre un aristocrate décadent et un lion trop bien nourri. C’est évidemment la fascination que Cocteau éprouvait pour Jean Marais qui transparaît dans ce monstre plus flamboyant qu’effrayant, mais c’est aussi cette fascination qui a permis au maquillage de résister à l’épreuve du temps — la beauté ne vieillit pas en art… Toute l’esthétique du film repose sur le m

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Les Amants passagers

ECRANS | De Pedro Almodóvar (Esp, 1h3O) avec Javier Camara, Carlos Areces…

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

Les Amants passagers

Après un incident technique, un avion est en perdition au-dessus de Tolède, attendant une solution pour un atterrissage forcé. Le personnel de bord, stewards plus ou moins ouvertement pédés, drogue les passagers de la classe éco et tente de régler la situation avec les "privilégiés" (un tueur, un banquier corrompu, une mère maquerelle, un couple en voyage de noces, un homme volage). On voit bien la métaphore filée par Almodóvar derrière ce récit de pure fantaisie : alors que les mœurs évoluent en Espagne (un des stewards a même un mari !), l’économie régresse vers un archaïsme de classe dirigé par des puissants en pleine déréliction. Point de vue intéressant mais qui se heurte très vite au désir du cinéaste de retrouver l’esprit Movida de ses premiers films. Ce maître du scénario invente ainsi un récit complètement décousu, qui n’avance pas vraiment et se contente d’empiler les saynètes inégales. Les Amants passagers ne trouve jamais sa vitesse de croisière, même si l’ensemble n’est pas déplaisant à suivre. Alors que

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Moonrise kingdom

ECRANS | Poussant son art si singulier de la mise en scène jusqu'à des sommets de raffinement stylistique, Wes Anderson ose aussi envoyer encore plus loin son ambition d'auteur, en peignant à hauteur d'enfant le sentiment tellurique de l'élan amoureux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 16 mai 2012

Moonrise kingdom

Revoici Wes Anderson, sa griffe de cinéaste intacte, dès les premiers plans de Moonrise kingdom. Sa caméra explore frontalement une grande demeure comme s'il visitait une maison de poupée dont il découperait l'espace en une multitude de petits tableaux peuplés de personnages formidablement dessinés. Au milieu, une jeune fille aux yeux noircis au charbon, cousine pas si lointaine de Marion Tenenbaum, braque une paire de jumelles vers nous, spectateurs. Ce n'est pas un détail : d'observateurs de ce petit théâtre, nous voilà observés par cette gamine énigmatique, dont on devine déjà qu'elle a un train d'avance sur les événements à venir. L’art de la fugue Par ailleurs, la bande-son se charge, via un opportun tourne-disque, de nous faire un petit cours autour d'une suite de Benjamin Britten. Où l'on apprend que le compositeur, après avoir posé la mélodie avec l'orchestre au complet, la rejoue façon fugue en groupant les instruments selon leur famille. Là encore, rien d'anecdotique de la part d'Anderson. Cet instant de pédagogie vaut règle du jeu du film à venir, où il est question d'enfance (qui n'est pas un jeu), de fugue (qui n'est pas musicale)

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We need to talk about Kevin

ECRANS | Troublant, ambigu, inquiétant, le nouveau film de la Britannique Lynne Ramsay repose sur un propos fort et complexe, ainsi que sur une actrice formidable — Tilda Swinton. Mais sa mise en scène, faite de tics visuels et de symboles appuyés, aurait gagné à jouer la simplicité. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 21 septembre 2011

We need to talk about Kevin

Eva se réveille un matin, quelques mois après le drame qui a détruit sa vie. Sa maison, une bicoque branlante aux volets continuellement clos, a été aspergée de peinture rouge sang. Plus tard, au supermarché, elle doit subir les regards accusateurs des autres clients. Mais plutôt que de se révolter, elle semble leur donner raison et s’enfoncer dans la culpabilité. De quoi se sent-elle coupable ? De la tuerie commise par son fils Kevin dans son lycée, allusion à peine voilée au massacre de Columbine ? Oui, mais la raison est plus profonde encore. Au fil du maillage temporel savamment tressé par Lynne Ramsay (d’après un roman de Lionel Shriver, qui racontait l’histoire à travers la correspondance de la mère à son fils emprisonné), le spectateur va découvrir qu’Eva était une femme libre, passionnée, cultivée, qui s’est mariée trop tôt à un homme trop conformiste. À la naissance de Kevin, ce n’est pas une épiphanie maternelle qui s’est produite, mais une sorte de dépression post-partum qui l’a conduite à détester cet enfant, ses cris et ses caprices. Portrait crashé d’une famille modèle En grandissant, Kevin est devenu un monstre

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Qui veut la peau d'Almodovar ?

ECRANS | Guide de l'été, mode d'emploi : notre conseil de sortie ce Jeudi 18 août

Dorotée Aznar | Mardi 12 juillet 2011

Qui veut la peau d'Almodovar ?

On se dirige vers les pages centrales de ce journal pour lire, si ce n'est pas encore fait, la «une» de notre Cahier cinéma. On file ensuite voir La Piel que habito, sorti en salles hier.

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ECRANS | Avec "La Piel que habito", Pedro Almodóvar revient aux récits baroques et teintés de fantastique de sa jeunesse, la maturité filmique en plus, pour un labyrinthe des passions bien noir dans lequel on s’égare avec un incroyable plaisir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

La Piel que habito

La Piel que habito se déroule à Tolède l’année prochaine, mais il se passe aussi bien avant ce présent qui n’est pas le nôtre. De ce laps temporel qui enjambe gentiment notre actualité pour aller fouiller dans le passé et anticiper un futur proche où la science sans contrôle ne servira plus que les désirs de ceux qui la maîtrisent, Pedro Almodóvar fait plus qu’une pirouette narrative ; c’est un vrai geste de cinéaste, retournant aux sources de son œuvre pour lui donner un nouveau souffle, là où ses derniers films avaient tendance à s’enfoncer dans un auto-académisme à base de scénarios virtuoses et réflexifs et de mélodrames au féminin mis en scène avec une élégance glacée. Il faut remonter à Matador ou La Loi du désir pour trouver chez lui une histoire aussi tordue, qui n’hésite pas à emprunter les voies du cinéma de genre (le fantastique en tête, avec des références très assumées aux Yeux sans visage de Georges Franju et au Frankenstein de James Whale) pour distraire à tous les sens du terme le spectateur de son horreur fondamentale. Que l’on ne dévoilera pas, histoir

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Cannes jour 9 : Dans sa peau

ECRANS | La Piel que habito de Pedro Almodovar. L'Exercice de l'État de Pierre Schoeller.

Dorotée Aznar | Jeudi 19 mai 2011

Cannes jour 9 : Dans sa peau

Hier, nous disions qu'il manquait à la compétition cannoise un film susceptible de rallier les suffrages des festivaliers autrement que par de la comédie nostalgique (The Artist et Le Havre sont pour l'instant les films les mieux notés par la presse étrangère). Mais ce jeudi, Almodovar est arrivé et c'est peu de dire que son nouveau film a fait son effet sur la Croisette. Vieil habitué du festival depuis Tout sur ma mère, mais jamais récompensé au-delà d'un prix de la mise en scène, Almodovar faisait face à un reproche justifié ces dernières années : ses films n'étaient jamais mauvais, mais ils répondaient un peu trop exactement à ce que l'on attend du cinéaste (un mélange de mélodrame et de réflexion sur l'illusion, qu'elle soit cinématographique ou amoureuse, dans un écrin élégant et précieux ). La Piel que habito réussit cette deterritorialisation devenue impérative : c'est un film de genre, un thriller aux relents fantastiques (pour se prémunir de tout reproche sur la crédibilité du pitch, il situe l'action à Tolède l'année prochaine). Almodovar était réticent à montrer le film à Cannes, de peur que

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The Limits of control

ECRANS | Caprice arty ou suicide commercial, le nouveau Jim Jarmusch laisse tomber intrigue et enjeux pour une narration poétique faite d’associations libres, de temps suspendu et d’espaces désertés. Difficile donc, mais pas sans charme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 25 novembre 2009

The Limits of control

The Limits of control, impasse ou aboutissement dans la carrière du finalement très rare Jim Jarmusch ? Son cinéma avait connu un premier moment de crise avec Night on earth où son goût du concept, du film à sketch et du minimalisme s’était transformé en routine auteuriste. C’était avant le génial Dead man, renaissance créative sur laquelle Jarmusch a surfé jusqu’au beau Broken flowers, couronné du Grand prix cannois. Il y revenait discrètement à la figure originelle de son œuvre, celle de l’errance, où l’évolution d’un personnage impassible et blasé s’écrivait rencontre après rencontre. À ce titre, The Limits of control est comme le précipité abstrait de cette logique typiquement jarmuschienne. Isaach de Bankolé, monoexpressif du premier au dernier plan, y est un homme sans nom et sans passé, engagé dans une nébuleuse mission en Espagne où il croisera une femme nue, un homme avec un violon, un autre avec une guitare, une blonde cinéphile… Des personnages fonctions, anonymes, qui sortent au ralenti de son cerveau, d’une toile du Musée de la Reine Astrid à Madrid, ou de l’étrange rébus qu’un Français et un Créole lui présente d

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Noche américaine

ECRANS | Avec Étreintes brisées, Pedro Almodovar semble avoir atteint ce qu’il n’avait que caresser dans La Mauvaise éducation : faire son 81/2, un grand film sur (...)

Christophe Chabert | Mercredi 17 juin 2009

Noche américaine

Avec Étreintes brisées, Pedro Almodovar semble avoir atteint ce qu’il n’avait que caresser dans La Mauvaise éducation : faire son 81/2, un grand film sur son art et son statut d’artiste. Comme si, arrivé à un point de reconnaissance que peu d’auteurs internationaux ont rencontré de leur vivant (un égal amour du public et de la critique), il se devait de peindre son autoportrait en cinéaste écartelé. Étreintes brisées multiplie cette figure de l’entre-deux : une femme entre deux hommes, un homme qui passe de la vue à la cécité, et en définitive deux figures de cinéaste, le filmeur compulsif dont les images finissent par modifier le cours des existences, et le metteur en scène réfléchi qu’on dépossède de son œuvre. Ce complexe écheveau, qui mélange autobiographie fantasmée et références cinéphiles, est brillamment scénarisé, réalisé et interprété. On regrettera juste qu’Almodovar ait un peu sacrifié ici l’émotion à la théorie… CC

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«Préserver l'idée de mystère»

MUSIQUES | Entretien / Laurent Pelly, directeur du Centre Dramatique National des Alpes, met en scène La Voix humaine et Le Château de Barbe Bleue. Propos recueillis par DA

| Mercredi 25 avril 2007

«Préserver l'idée de mystère»

Vous avez souhaité créer un lien entre les deux opéras que vous mettez en scène, pourquoi ? Laurent Pelly : Ce n'était pas prémédité. Judith dans Barbe Bleue et la femme de La Voix humaine portent en effet le même costume, comme si elles n'étaient plus qu'une seule et même femme. J'ai voulu mettre les deux œuvres en lien, utiliser les mêmes moyens de narration, mais il n'y a pas une seule clé de lecture ! Les décors ont une importance toute particulière dans ces deux mises en scène... Dans La Voix humaine, le personnage se déplace peu, elle est enfermée dans son appartement, dans son angoisse et sa solitude. Je ne voulais pas représenter une chambre immense, mais utiliser la scénographie comme un cadre mouvant ; le décor se déplace pour «zoomer» sur le personnage, comme on pourrait le faire au cinéma. Dans La Voix humaine, je pense que le public ne peut être réceptif que s'il est en position de voyeur. La Voix Humaine, c'est du théâtre mis en musique. Cela demande un investissement de jeu très fort. Cela ne fonctionne que si l'interprète est aussi bouleversante que la musique. Dans Barbe-Bleue, vous avez travaillé sur l'évocation, vous ne montrez pas l'intérieur des chambres pa

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