Lumières solides

ARTS | Expos / l'Institut d'Art Contemporain présente deux artistes américains des plus singuliers : Anthony McCall et ses expériences lumineuses, Allen Ruppersberg et ses inclassables expériences post-conceptuelles. Jean-Emmanuel Denave

Christophe Chabert | Mercredi 13 décembre 2006

Photo : Anthony McCall


Anthony McCall (né en 1946 en Grande-Bretagne) est l'un des pionniers du cinéma expérimental des années 70 qui intervenait dans des clubs underground aux États-Unis. Après une sorte de traversée du désert, l'artiste investit maintenant les musées où il présente ses superbes et étonnants «films de lumière solide». McCall sort de l'écran pour mettre en relief le dispositif de projection en tant que tel, métamorphosé en une sorte de sculpture de lumière que le spectateur peut traverser, percevoir sous tous les angles, et presque palper. Grâce à un système de fumigènes, les cônes de lumière s'échappant du projeteur semblent en effet tactiles, concrets, découpant dans l'espace noir de la salle leurs volutes géométriques, leurs plans incurvés en suspens, verticaux ou horizontaux... On y voit apparaître et disparaître étrangement les autres visiteurs, dont une partie du visage ou du corps paraît flotter parmi les nappes lumineuses en mouvement. Trois œuvres de McCall sont exposées à l'Institut d'Art Contemporain : trois expériences perceptives singulières qui interrogent le dispositif cinématographique, tentent de rendre concret l'immatériel, inventent un cinéma sans image...Cabinet de curiositésParallèlement, l'IAC consacre une vaste rétrospective à un autre artiste américain aussi méconnu qu'inclassable : Allen Ruppersberg (né en 1944 à Cleveland dans l'Ohio). Avec lui, les choses sont beaucoup moins visuelles et esthétiques, et relèvent davantage de l'art conceptuel, du bricolage d'idées, du détournement, de la collection d'objets hétéroclites et de leur réorganisation humoristique, poétique, décalée... Un univers déconcertant et stimulant, brouillant les pistes, court-circuitant "haute culture" et culture populaire. Si Allen Ruppersberg utilise toutes sortes de médiums (dessin, peinture, photo, installation...), ses visées ne sont jamais purement plastiques. Compagnon de route des artistes conceptuels, Ruppersberg est aussi l'un des premiers artistes américains à avoir utilisé le langage comme moyen d'expression. Les romans pour midinettes l'inspirent tout autant que la grande littérature ou les écrivains de la Beat Generation (Ginsberg, Burroughs...)... Parmi tant d'autres, citons quelques œuvres exposées : un ensemble de toiles sur lesquelles Ruppersberg a recopié l'intégralité du roman Le Portrait de Dorian Gray ; plusieurs dessins en hommage à l'écrivain Raymond Roussel ; un étrange mémorial à la bataille d'Arnheim (Seconde Guerre Mondiale) sous forme d'une roulotte trouvée par l'artiste dans le cimetière de la ville, remplie d'objets relatifs à l'événement ; le poème Howl d'Allen Ginsberg (œuvre phare de la littérature Beat) retranscrit sur tout un patchwork d'affichettes commerciales fluos... Une exposition destinée donc aux plus curieux et dont la lecture du livret d'accompagnement (fort bien fait) s'avère nécessaire.Allen Ruppersberg et Anthony McCall À l'Institut d'Art ContemporainJusqu'au 7 janvier

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