Elle greffe le rire à la nuit

ARTS | La galerie Jean-Louis Mandon présente une vingtaine de dessins, comme autant de nuits énigmatiques et ouvertes à l’éclosion de jours singuliers, de la jeune artiste lyonnaise Blanche Berthelier. Une très belle rencontre avec une œuvre en devenir. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 24 mars 2013

Photo : Blanche Berthelier


«Travaux de liasse et de liesse, ils se délivrent selon la famine, selon l'altercation de mondes tournoyants qui s'engendrent, se détruisent… et si, de la fermentation de leurs grappes pressées surgit la foudre, elle greffe le rire à la nuit…» Citer Jacques Dupin (L'Ecoute) parce que c'est notre lecture du moment, citer Jacques Dupin parce qu'aussi nombre de ses poèmes résonnent étrangement avec les terres sombres, les mondes vibratiles, les grappes noires, les écorces et les nuits transfigurées que fait éclore puis, très vite, se refermer Blanche Berthelier dans ses dessins (au fusain ou à l'encre de Chine, sur de petits ou de grands formats).

Après avoir fait gicler à grands traits de la peinture sur de grandes feuilles, dans des gestes explosifs et spontanés, l'artiste (vivant à Lyon et née en 1982) a voulu, plus patiemment, «faire apparaître des formes et des figures. Je ne sais pas ce que cela représente exactement et j'aime qu'on ait l'impression de reconnaître quelque chose sans savoir vraiment de quoi il s'agit. D'où l'importance aussi du noir et blanc qui fait immédiatement rupture avec tout réalisme. Tout reste dans ces dessins énigmatique, même pour moi».

Traverser la nuit

Enigme du petit théâtre envahi par l'avancée de troublants et menaçants rideaux organiques. Enigme de ces corps tronqués ou de ces très nombreux volatiles mutants. Enigme de cette forme à la fois phallique et vaginale qui se tend vers le blanc de la feuille, et qui pourrait être aussi bien une grande graine ouverte et oblongue. «Il y a tout un répertoire de formes que j'aime beaucoup regarder (les coquilles, les germes, les écorces…), formes qui souvent recèlent une puissance de possibilité, évoquent le caché-fermé qui est en passe de devenir autre chose». Même la topologie de Blanche Berthelier est constamment en métamorphose, en plis et en dé-plis, en enveloppes et en «déclosions», en vagues et en ondes. Les architectures et les espaces sont vivants, les animaux, quant à eux, parfois morts ou organiques, les traits vibrent et rendent les représentations troubles, mouvantes… «Le vide qui vit, qui est dedans, qui est dehors, le cep d'où surgit le souffle, le souffle qui détruit le cep, qui traverse la nuit et nos corps» (Jacques Dupin).

Blanche Berthelier
jusqu'au 30 mars à la Galerie Jean-Louis Mandon


Blanche Berthelier

Œuvres sur papier
Galerie Jean-Louis Mandon 3 rue Vaubecour Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Mine de rien

ARTS | A l’occasion de deux expositions (Laurence Cathala à la Fondation Bullukian et "Le Dessin en couleurs" à la galerie Descours), nous avons voulu nous pencher sur le dessin. Le sujet est très à la mode, voire tarte à la crème. Aussi, pour lui redonner sa singularité, avons-nous donné la parole à plusieurs artistes lyonnais. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 18 avril 2013

Mine de rien

Dans une lettre datée du 8 septembre 1888, Vincent Van Gogh écrit : «Qu’est-ce que dessiner, comment y arrive-t-on ? C’est l’action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible qui semble se trouver entre ce que l’on sent et ce que l’on peut. Comment doit-on traverser ce mur ? Car il ne sert à rien d’y frapper fort. On doit miner le mur et le traverser à la mine, lentement et avec patience». Quand Christian Lhopital parle de la «légèreté du dessin», opposé au poids de la peinture, peut-être est-ce aussi pour ne pas frapper trop fort, asséner, aliéner. Même quand l’artiste lyonnais crée concrètement sur des murs, il préfère le crayon au pinceau, le jeu sur l’opposition de quelques valeurs plutôt que sur toutes les couleurs. «Un dessin ne doit jamais être lourd ou besogneux. Au fil du temps, l’habileté de la pratique nourrit cette entière liberté, cette puissance de possibilités de ce qui se passe sur l’espace blanc de la feuille de papier. Plus je dessine, plus je suis libre» dit-il. «Bing image à peine presque jamais une seconde temps sidéral bleu et blanc au vent »

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