Mine de rien

ARTS | A l’occasion de deux expositions (Laurence Cathala à la Fondation Bullukian et "Le Dessin en couleurs" à la galerie Descours), nous avons voulu nous pencher sur le dessin. Le sujet est très à la mode, voire tarte à la crème. Aussi, pour lui redonner sa singularité, avons-nous donné la parole à plusieurs artistes lyonnais. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 18 avril 2013

Photo : Jean Tinguely


Dans une lettre datée du 8 septembre 1888, Vincent Van Gogh écrit : «Qu'est-ce que dessiner, comment y arrive-t-on ? C'est l'action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible qui semble se trouver entre ce que l'on sent et ce que l'on peut. Comment doit-on traverser ce mur ? Car il ne sert à rien d'y frapper fort. On doit miner le mur et le traverser à la mine, lentement et avec patience». Quand Christian Lhopital parle de la «légèreté du dessin», opposé au poids de la peinture, peut-être est-ce aussi pour ne pas frapper trop fort, asséner, aliéner.

Même quand l'artiste lyonnais crée concrètement sur des murs, il préfère le crayon au pinceau, le jeu sur l'opposition de quelques valeurs plutôt que sur toutes les couleurs. «Un dessin ne doit jamais être lourd ou besogneux. Au fil du temps, l'habileté de la pratique nourrit cette entière liberté, cette puissance de possibilités de ce qui se passe sur l'espace blanc de la feuille de papier. Plus je dessine, plus je suis libre» dit-il. «Bing image à peine presque jamais une seconde temps sidéral bleu et blanc au vent » écrit en écho Beckett. Ou ailleurs et à un autre sujet : «Etant donné que nous ne pouvons éliminer le langage d'un seul coup… Y forer des trous, l'un après l'autre, jusqu'au moment où ce qui est derrière, que ce soit quelque chose ou rien du tout, se mette à suinter de travers ».

Entaille

«Ma série de dessins "Saillances" [2012], confie Zoé Benoît, soulève la question de la ligne comme entaille. J'ai observé les failles de l'asphalte des routes de montagnes lors d'une résidence à Annecy. Elles se fissurent par endroit, à cause de l'action de l'eau et du gel l'hiver. De ces failles j'ai fait des relevés géologiques précis, à l'échelle 1, sur un carnet à dessin. Ensuite j'ai retravaillé ces dessins à l'atelier, de façon à leur apporter un modelé : les lignes, hachures, pointillés, tirets, plus ou moins concentrés, tracés à l'encre noire, développent une trame qui fait écho aux fentes, crevasses, saillances ou béances du bitume. Des va-et-vient apparaissent entre les traits dessinés, qui font saillie sur la feuille de papier, et les lignes de failles du bitume, qui dessinent un creuset à la surface au sol. La série s'inspire d'ailleurs des gravures de Viollet-le-Duc, qui à la fin de sa vie partit étudier la chaîne des Alpes à la manière d'un géologue, tout en conservant son regard d'architecte romantique».

Mais si le dessin est légèreté, fissure, il est tout aussi bien errance, espace qui s'ouvre à l'inconnu et forme qui se cherche. «Mon travail en cours, poursuit Zoé Benoît, s'intitule "Erre de jeux". C'est un projet d'œuvre publique, à dessiner au sol. Il s'agit d'y tracer (sur une place, un terrain approprié, un square...) tout un réseau de lignes entremêlées, à la manière d'un jeu que l'on trace au sol. Ici "Erre de jeux" renvoie à l'errance, à des règles du jeu incertaines, fluctuantes, louvoyantes. C'est aussi une référence aux «lignes d'erres», pensées par Fernand Deligny, qui travailla la cartographie de déplacements d'enfants autistes en traçant des lignes très enchevêtrées, complexes, témoignant de la complexité de l'espace que perçoit et parcourt l'enfant autiste».

Fêlures

Le dessin côtoie donc la folie, le délire qui, étymologiquement, signifie «sortir du sillon». On retrouve là Van Gogh, ce grand déglingué du sillon tellurique et «suicidé de la société» comme le dit Artaud, lui-même expérimentateur de quelques dessins et délires. Commentant l'un de ses dessins, Artaud disait : «Pas les couleurs mais la mélodie que de l'une à l'autre elles appellent, pas les formes mais l'improbable corps qu'elles cherchent à travers l'infini d'une arbitraire étendue». Point de corps à dépeindre, mais des corps à dépendre à travers les lignes d'erre du dessin, sa musique et sa danse. Un corps sans organes, un corps inouï, un corps jusque-là invisible…

«Le dessin, nous dit Blanche Berthelier, me permet de donner une image des invisibles. Dessiner, c'est faire apparaître des formes, les travailler selon l'intuition liée au processus du travail de dessin, depuis le geste de la main jusqu'aux choix successifs et incessants qui jalonnent le parcours de la création d'une image. Pour moi, le dessin, ou le tracé, est le médium le plus direct, sans intermédiaire technologique ou intellectuel... Je travaille aussi peut-être de cette façon pour créer des images qui puissent être appréhendées par le spectateur d'une façon directe, où l'immédiateté de ce qui est perçu est au-delà de l'image. D'où un aspect un peu déroutant, car le processus intellectuel s'en trouve court-circuité et inapte à expliciter ou aplanir l'impression face à des dessins faits de cette façon... ou à d'autres "images étranges"».

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Lecture en 33 Morceaux

Lecture | Les éditions lyonnaises Trente-trois morceaux viennent de publier une œuvre théâtrale peu connue de l'écrivaine américaine expérimentale Gertrude (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 19 novembre 2019

Lecture en 33 Morceaux

Les éditions lyonnaises Trente-trois morceaux viennent de publier une œuvre théâtrale peu connue de l'écrivaine américaine expérimentale Gertrude Stein (1874-1946), Écoutez-moi, et un texte inédit de l'écrivain italien Giorgio Manganelli (1922-1990), La Crèche. Pour l'occasion une lecture est organisée au Lieues samedi 23 novembre à 19h, avec aussi une installation plastique autour de l'univers de Gertrude Stein, signée par l'artiste Laurence Cathala, dont nous apprécions beaucoup le travail oscillant entre textes et images.

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Cinq expos à voir en juin

Bons Plans | Notre sélection de cinq expositions à découvrir en galeries ou en musées ce mois-ci. D'un improbable portrait de Bashung au photo-reportage de guerre, en passant par l'univers fantasmatique de Christian Lhopital.

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 7 juin 2019

Cinq expos à voir en juin

Les vies dansées du dessin L’artiste lyonnais Christian Lhopital expose à la galerie Descours ses nouvelles séries de dessins. Séries fascinantes d’inventivité visuelle, d’hallucinations joyeuses ou sombres, d’errances plastiques libres… C’est à une véritable danse du regard que nous invite Christian Lhopital, dont on ressort émerveillé et bouleversés ! À la galerie Michel Descours jusqu’au 22 juin Bernard Pras, bricoleur génial d'images Les images pour Bernard Pras c'est du solide ! Pour composer ses portraits (de Van Gogh, Guignol, Louis XIV...) ou ses reproductions de tableaux célèbres (Manet, Magritte...), l'artiste utilise toutes sortes de matériaux de récupération (de rouleaux de papier toilette à des jouets) et compose des installations : celles-ci, vues sous un certain angle et à une certaine distance, sont tout simplement bluffantes de réalisme ! À ne pas rater notamment : un portrait de Bashung composé avec des voitures miniature

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Les vies dansées du dessin de Christian Lhopital

Dessin | La galerie Michel Descours expose les dernières séries de dessins de Christian Lhopital. Où l’on est à nouveau fasciné par son inventivité graphique et les émotions fortes qu’elle procure.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 avril 2019

Les vies dansées du dessin de Christian Lhopital

Sur une scène improbable, faite d’un peu de graphite et de peinture, un personnage à la tête sans traits se penche un peu de profil, plie les jambes, tend les bras vers l’arrière… On dirait un danseur exécutant un solo (titre du dessin et de la série dont il est issu, datant de 2018) au beau milieu d’un déchaînement d’éléments plastiques : volutes de pastel, petites taches de couleur-lumière, cercles-astres de différentes circonférences et de différents tons, coulures floutées, lignes tremblotantes… Qui entraîne l’autre ? Est-ce le danseur (l’artiste ?) qui fait se mouvoir en spirales le dessin, ou bien est-ce le mouvement du dessin qui donne son rythme et son mouvement au personnage (à l’artiste) ? Qu’importe, la scène semble, de toute façon, plonger dans une fantasmagorie imaginaire hors de tout repère rationnel, reculer vers un passé et un réel dont les souvenirs sinuent en lignes courbes et en éclats. Le souvenir, la trace, l’œuvre sont chez Christian Lhopital toujours multiples, équivoques, vivants. Vies du r

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Les cinémas intérieurs de Robert Malaval et Christian Lhopital

Dessin | Parmi l'accrochage collectif de la galerie Descours, le cinéma s'arroge discrètement une place intrigante. À travers, d'abord, l'artiste lyonnais (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 novembre 2018

Les cinémas intérieurs de Robert Malaval et Christian Lhopital

Parmi l'accrochage collectif de la galerie Descours, le cinéma s'arroge discrètement une place intrigante. À travers, d'abord, l'artiste lyonnais Christian Lhopital qui présente plusieurs œuvres issues de sa série dite des Rotations ou Cinématiques, où ses personnages et ses motifs sont dédoublés comme sur des photogrammes d'une pellicule de film. « Ce qui m'intéresse ici, précisait l'artiste dans nos colonnes, c'est le "presque pareil", la copie et la variation, les similitudes et les petites différences. Il se passe beaucoup de choses entre deux personnages, dans les interstices, dans les failles... Ce dédoublement infini a un rapport avec ce que je pourrais appeler mon cinéma intérieur. » De cinéma intérieur, il est aussi littéralement question dans le dessin de Robert Malaval (1937-1980), Le Cinéma, de 1962. Une coupe de profil d'un visage humain nous montre une amusante séance de projection où un public d'homoncules prend place dans le ce

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Cinq expos à voir en novembre

Bons Plans | Vues ou pressenties comme intéressantes, voici notre sélection de cinq expositions à voir ce mois-ci.

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 novembre 2018

Cinq expos à voir en novembre

Dark Matters Attention, l'exposition Dark Matters s'annonce aussi brève (une petite semaine) que passionnante ! Sur le motif du noir, elle nous propose de traverser cinq siècles d'histoire de l'art et réunit de nombreux artistes : de Rembrandt à Tapiès, d'Odilon Redon à Jim Dine, d'Olivier Debré à Baptiste Fompeyrine... Elle est présentée par Céline Moine et Laurent Giros, du 24 novembre au 1er décembre, dans un nouveau lieu situé 3 rue Pleney dans le 1er arrondissement de Lyon (entrée libre du mercredi au samedi de 14h à 19h). Victor Soren Du noir, il est aussi fortement question dans l'exposition de Victor Soren, présentée à la récente galerie Ories. Entre univers fantastique et graphisme approchant celui de la BD parfois, Victor Soren transpose dans toute leur étrangeté et toute leur potentialité angoissante de nos cauchemars et nos peurs d'enfant. Un grand frisson en noir e

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Exposition curieuses en approche

Dans les galeries | On l'oublie trop souvent, mais les petits lieux artistiques (galeries, centres d'art...) présentent souvent des exposition de grande qualité, et, qui plus est, gratuites ! Voici notre sélection thématique de la rentrée en cinq entrées.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 19 septembre 2018

Exposition curieuses en approche

Photos plein les yeux Le festival Lyon septembre de la photographie revient avec un drôle de nom, 9PH, et propose plusieurs expositions alléchantes sur le thème de la frontière : Valérie Jouve avec un travail à Jéricho à la Galerie Besson, Sylvie Bonnot et Danila Tkachenko autour de la Russie au Bleu du Ciel, Chloé Serre aux limites entre la chorégraphie et la photographie à la BF15... Par ailleurs, le Réverbère expose cinq photographes (William Klein, Denis Roche...) autour de livres photo récemment publiés (jusqu'au 29 décembre), la Galerie Lumière des images de tournage d'Ingmar Bergman (jusqu'au 4 novembre), la galerie Vrais-Rêves les utopies architecturales de Philippe Calandre (jusqu'au 10 novembre). Et petite piqûre de rappel : l'accrochage plongé dans la pénombre de l'Abat Jour (jusqu'au 17 novembre) des photographies d'Arnaud Brihay, artiste voyageur et poète visuel, est superbe ! Variétés prestigieuses Comme régulièrement, la galerie Descours nous propose cet automne une Varia (du 18 octobre au 26 janvier)

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À l'URDLA, des nouvelles de Zweig

Art Contemporain | L'Agence du doute est un collectif artistique (fondé par Brice Domingues, Jérôme Dupeyrat et Catherine Guiral) à géométrie variable qui diffuse ses projets sous (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 mai 2017

À l'URDLA, des nouvelles de Zweig

L'Agence du doute est un collectif artistique (fondé par Brice Domingues, Jérôme Dupeyrat et Catherine Guiral) à géométrie variable qui diffuse ses projets sous différentes formes : conférences, performances, éditions, expositions... L'ensemble des dispositifs prend pour nom "Crystal Maze", un terme qui, selon Catherine Guiral, « est emprunté au cristal d'André Breton, avec l'idée de pouvoir regarder les choses sous différents points de vue. » À l'URDLA, l'Agence et l'artiste lyonnaise Laurence Cathala ont choisi d'explorer une nouvelle de Stefan Zweig, écrite à la fin des années 1920, Le Bouquiniste Mendel. « Zweig est un témoin de l'Europe vaincue par la guerre et du multiculturalisme détruit » remarque Catherine Guiral. La partie exposition de ce projet consiste en un accrochage très éclaté et hétéroclite dans les espaces de l'URDLA : vingt-neuf cartels donnent à lire des fragments de la nouv

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Une œuvre commentée de Christian Lhopital

Une œuvre commentée... | Parmi les séries de dessins exposées par Christian Lhopital, nous avons choisi ici d'explorer plus avant l'une des plus troublantes : Faces et ses personnages fantomatiques flottant parmi les limbes d'une mémoire fragmentaire.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 22 novembre 2016

Une œuvre commentée de Christian Lhopital

Le travail de Christian Lhopital relève sur bien des plans du palimpseste : l'image se dessine sur et à partir d'autres images (triviales ou artistiques), par décantation, précipité quasiment chimique, condensation... Les séries Fixe face seule (2010-2012), Fixe face silence (2013-2014) et Faces (2015), sont, à ce titre, assez emblématiques. Découpant des images (de personnalités célèbres du monde politique ou culturel) qui ont accroché son regard dans des journaux, mais sans les recadrer, Christian Lhopital les enduit de peinture blanchâtre en conservant seulement les yeux de la figure retravaillés au crayon. Pour Faces, l'artiste applique ensuite de l'aquarelle et évoque ainsi quelques formes qui apparaissent comme fondues, dissoutes. « Le dessin révèle alors, nous confie Christian Lhopital, un personnage fantomatique. Le personnage de départ ne disparaît pas complètement malgré l'enfouissement. » Il flotte dans des limbes, entre mémoire et oubli, présence et absence, et darde vers nous son regard inquiétant et déses

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Les dessins hallucinés de Christian Lhopital

Galerie Domi Nostrae | Christian Lhopital expose ses nouvelles œuvres : des dessins essentiellement, qui nous entraînent dans un monde halluciné de personnages et d'objets traversés de bizarrerie et de sentiments ambigus. L'artiste nous confie ici sa manière de travailler et ce qui constitue son "cinéma intérieur".

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 22 novembre 2016

Les dessins hallucinés de Christian Lhopital

Que présentez-vous à la galerie Domi Nostrae ? Christian Lhopital : Plusieurs séries de dessins réalisées entre 2013 et 2016. Une série, pour moi, est constituée par un même type de support, un même matériau, et naît à partir d'une pensée (à partir de bribes de textes ou de paroles entendues, à la radio notamment), ou à partir d'une image... Je travaille toujours en même temps sur plusieurs cycles de dessins. Ces derniers s'enfouissent, s'empilent les uns sur les autres à l'atelier et j'aime, ensuite, avoir la surprise de les redécouvrir et de les retravailler. D'où viennent ces images ? De sources très différentes : de croquis réalisés sur des carnets, d'images prises dans des journaux, des magazines, des arrêts sur image du Net, voire d'images publicitaires dans la rue ou le métro… c'est peut-être mon côté pop art ! J'ai beaucoup d'images dans ma tête et il s'agit avant tout de les décanter. Quelque chose doit, à partir de cette masse d'images, se densifier et s'amalgamer. J'essaye dans mes dessins à la fois de saisir quelque chose de très dense et d'y insuffler beaucoup de légèreté.

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Notre cabinet de curiosités : sélection d'expositions singulières

Hors des sentiers battus | Parcourez ces chemins de traverse en suivant de sobres hashtags ; et découvrez des artistes singuliers, parfois exposés dans des lieux inattendus : un couvent, un théâtre ou un hôpital psychiatrique...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 septembre 2016

Notre cabinet de curiosités : sélection d'expositions singulières

#Effacement « Dans l’acte de peindre, il y aura comme dans l’acte d’écrire, une série de soustractions, de gommages. La nécessité de nettoyer la toile... la nécessité de nettoyer la toile pour empêcher les clichés de prendre. » affirmait le philosophe Gilles Deleuze. Depuis ses débuts, l'artiste lyonnais Jean-Luc Blanchet répond parfaitement à cette conception de la peinture : il crée par effacement, par soustraction de matière, par libération d'images fantômes sous-jacentes à nos représentations habituelles... Il présente dans sa galerie deux nouvelles séries : des "ectoplasmes" d’œuvres d'art connues (signées Rembrandt, Warhol, Manet...) et des photographies effacées à l'acétone. À noter : Après Jean-Luc Blanchet, la galerie Domi Nostrae présentera des œuvres récentes d'un autre artiste lyonnais aimant lui-aussi les fantômes et l'évanescence, Christian Lhopital (du 5 novembre au 17

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L'abstraction fait bonne figure au musée Paul Dini

musée Paul Dini | Le Musée Paul Dini présente les œuvres d'une quinzaine d'artistes régionaux, présents dans ses collections, sous le signe de l'abstraction. Un genre pictural toujours aussi vivant et pluriel.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 19 avril 2016

L'abstraction fait bonne figure au musée Paul Dini

Kandinsky, aujourd'hui reconnu comme le pionnier de l'abstraction, se serait dit-on affranchi de la figuration vers 1910 en découvrant la beauté de l'une de ses toiles rangée à l'envers ! Le musée de Grenoble consacrera bientôt une exposition à Kandinsky (sur ses années parisiennes en fin de sa carrière, plus précisément, à partir du 29 octobre). En attendant, on pourra aller voir les œuvres de certains des héritiers régionaux de l'artiste russe au musée Paul Dini. Depuis le début du 20e siècle, l'abstraction n'a cessé d'essaimer courants et contre-courants : Expressionnisme abstrait, Art informel, Abstraction lyrique, Abstraction géométrique, Minimalisme, etc.. Si l'exposition du musée de Villefranche-sur-Saône n'a nulle vocation historique ni exhaustive, on y trouve représentés un grand nombre des déclinaisons de l’abstraction à travers des œuvres relativement récentes d'artistes en majorité lyonnais. La rapidité de l'escrime L'accrochage, très aéré et très réussi, profite de l’espace et de la luminosité de l'Espace Cornil (une ancienne usine) pour rapprocher des œuvres de factures parfois très différentes, souvent de grand format. Une imposante

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Christian Lhopital en Drôme

ARTS | L'artiste lyonnais Christian Lhopital expose (jusqu'au 17 avril) un ensemble de dessins et de sculptures au Centre d'Art Contemporain de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 2 mars 2016

Christian Lhopital en Drôme

L'artiste lyonnais Christian Lhopital expose (jusqu'au 17 avril) un ensemble de dessins et de sculptures au Centre d'Art Contemporain de Saint-Restitut. On y retrouvera son univers mi-onirique mi-humoristique peuplé d'étranges figures anthropomorphes, d'animaux, de fleurs et de quelques inquiétants ectoplasmes... Ce sera aussi l'occasion de découvrir nombre d’œuvres récentes de l'artiste qui n'avait pas exposé dans la région depuis 2013 au Musée de Saint-Étienne.

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Christian Lhopital et ses fantômes

CONNAITRE | L'artiste lyonnais Christian Lhopital (né en 1953) a connu dernièrement une actualité intense : Biennale d'art contemporain de Lyon en 2012, exposition au (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 septembre 2014

Christian Lhopital et ses fantômes

L'artiste lyonnais Christian Lhopital (né en 1953) a connu dernièrement une actualité intense : Biennale d'art contemporain de Lyon en 2012, exposition au Musée d'art moderne de Saint-Etienne en 2013 et dans diverses galeries (dont Domi Nostrae, qui le représente à Lyon)... Nous nous en sommes réjouis dans ces colonnes, tant ses dessins, notamment, à mi-chemin entre l'humour et l'inquiétant, nous touchent. Il publie cette année un livre centré sur une partie peut-être moins connue de son travail : sa série Fixe face seule, composée à partir de coupures de journaux, ses grands dessins muraux éphémères à la poudre de graphite, ses "sculptures" réalisées à partir de peluches trempées dans de la peinture blanche puis mises en scène... Le livre en restitue une riche documentation photographique, accompagnée d'un texte de la critique d'art Marie de Brugerolle. Un texte qui rappelle notamment les références importantes des œuvres de l'artiste : Samuel Beckett, Lewis Caroll, Francis Picabia, Mike Kelley, Georges Bataille... Et qui se conclue joyeusement sur cette idée clef : «Les petits personnages qui peuplent les œuvres de Lhopital sont des ind

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«Le dessin comme sport d’endurance»

ARTS | A la Fondation Bullukian, Laurence Cathala se joue du faux et du vrai à travers des livres mis en espace, des textes réinventés, une correspondance possiblement fictive et de nombreux dessins. Dessin au cœur de son travail dont elle nous démêle ici quelques fils.

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 18 avril 2013

«Le dessin comme sport d’endurance»

«J’ai lu il y a quelques temps le livre de Haruki Murakami Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, dont la beauté et la justesse du titre continuent de me fasciner. La métaphore de la course de fond associée à l’écriture (et plus généralement à l’art, par le terme choisi d’auteur), cette image me fait penser à un dessin qui serait une activité, pouvant chez certains artistes se pratiquer comme un sport. Avec endurance. Ce pourrait aussi ressembler à une activité musicale (Murakami parle d’ailleurs de la musique qu’il écoute en courant ou de son amour du jazz), un moyen de faire des gammes. Avant je faisais des gammes, je dessinais dans les musées, dans la rue. Maintenant j’ai tendance à jouer de temps à autre, à des moments bien déterminés, à l’atelier et dans un but de composition précis. Je travaille parfois à partir d’une image, photographique - des choses généralement liées au lieu, à l’architecture, aux espaces habités par des artistes ou des collectionneurs. Je regarde beaucoup de dessins d’architectes, je me sers de la notion de plan, de projet ou de maquette, et d’autre part la m

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Elle greffe le rire à la nuit

ARTS | La galerie Jean-Louis Mandon présente une vingtaine de dessins, comme autant de nuits énigmatiques et ouvertes à l’éclosion de jours singuliers, de la jeune artiste lyonnaise Blanche Berthelier. Une très belle rencontre avec une œuvre en devenir. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 24 mars 2013

Elle greffe le rire à la nuit

«Travaux de liasse et de liesse, ils se délivrent selon la famine, selon l’altercation de mondes tournoyants qui s’engendrent, se détruisent… et si, de la fermentation de leurs grappes pressées surgit la foudre, elle greffe le rire à la nuit…» Citer Jacques Dupin (L’Ecoute) parce que c’est notre lecture du moment, citer Jacques Dupin parce qu’aussi nombre de ses poèmes résonnent étrangement avec les terres sombres, les mondes vibratiles, les grappes noires, les écorces et les nuits transfigurées que fait éclore puis, très vite, se refermer Blanche Berthelier dans ses dessins (au fusain ou à l’encre de Chine, sur de petits ou de grands formats). Après avoir fait gicler à grands traits de la peinture sur de grandes feuilles, dans des gestes explosifs et spontanés, l’artiste (vivant à Lyon et née en 1982) a voulu, plus patiemment, «faire apparaître des formes et des figures. Je ne sais pas ce que cela représente exactement et j’aime qu’on ait l’impression de reconnaître quelque chose sans savoir vraiment de quoi il s’agit. D’où l’importance aussi du noir et blanc qui fait immédiatement rupture a

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Creuser la tête

ARTS | La Galerie Domi Nostrae fête ses 25 ans d’acquisitions et d’expositions, commencées dans le lieu de vie de Christine et Fabrice Treppoz, poursuivies dans un appartement adjacent. À cette occasion, les galeristes reviennent sur leur parcours, placé pour l'essentiel sous le signe du portrait. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 31 janvier 2013

Creuser la tête

À deux pas de la Préfecture, depuis 25 ans, dans deux appartements voisins, Christine et Fabrice Treppoz collectionnent et exposent quantité de visages. Peints, dessinés, photographiés, sculptés. «Les œuvres où domine la présence sidérante de la face humaine sont les plus nombreuses. Soleil noir, cou coupé, chaque figure conjugue l’humain, l’animal et le monstrueux pour donner naissance à une image qui vous saisit et vous renvoie à votre propre (in)humanité» écrit Fabrice Treppoz dans le catalogue de l’exposition Soleil noir, qui revient sur cette histoire. À deux pas des identités fichées, anthropométriques, calibrées, normées, se déploient donc des identités déchirées, fêlées, métamorphosées, défigurées, en devenir constant et indéfini. «Visage, quelle horreur, il est naturellement lunaire, avec ses pores, ses méplats, ses mats, ses brillants, ses blancheurs et ses trous : il n’y a pas besoin d’en faire un gros plan pour le rendre inhumain, il est gros plan naturellement, et naturellement inhumain, monstrueuse cagoule» assenaient Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille Plateaux. Masques Qu'on s

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Figurer, défigurer, transfigurer

ARTS | Panorama / Après une Biennale d'art contemporain assez exceptionnelle, la saison expos se poursuit avec une grande rétrospective attendue consacrée à Robert Combas et une multitude d'expositions plus discrètes et curieuses dans les galeries. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 21 décembre 2011

Figurer, défigurer, transfigurer

Après Warhol, Keith Haring et Ben, Le Musée d'Art Contemporain ouvre grand ses trois étages (du 24 février au 15 juillet) à l'un des héros de la Figuration Libre (aux côtés de Hervé Di Rosa, François Boisrond...) Robert Combas né en 1957 à Lyon où il passa sa crise d’œdipe avant de rejoindre Sète en 1961. C'est la première grande rétrospective consacrée à cet artiste ultra prolifique avec quelque 300 œuvres ressemblant à autant de jungles visuelles. Le parcours d'exposition sera rythmé en musique par une playlist rock concoctée par Combas et, au dernier étage du musée, l'artiste sera présent pendant deux mois pour créer de nouvelles œuvres sur place, jouer de la musique ou inviter d'autres artistes... En février aussi, à la galerie Pallade (du 2 février au 24 mars) et à la galerie Confluence(s) de l'IUFM (du 3 février au 23 mars), c'est une grande figure de la Figuration Narrative cette fois, Jacques Monory, qui viendra à Lyon présenter des œuvres récentes ou historiques. Proches de l'objectivité photographique, ses toiles à forte dominante bleue, représentent généralement des scènes de meurtres, de violence ou de rues, aussi frappantes qu'én

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La fièvre du dessin

ARTS | Expo / Christian Lhopital expose ses dessins au Musée d’art contemporain et à la galerie Domi Nostrae (derniers jours). Un univers tout en tremblements, diablement émouvant. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 6 novembre 2008

La fièvre du dessin

Avec ses coulures, ses taches et ses traits chancelants, avec ses petits monstres acéphales, ses figures de rêves ou de cauchemars, Christian Lhopital refait surface. Il refait s’émouvoir, vaciller et se perdre le regard. La surface de ses dessins s’avère, elle, toujours double : entremêlant l’apparition évanescente de tout un «bestiaire» hétérogène (humain, animal, monstrueux…), et des préoccupations d’ordre purement plastiques, avec des histoires de matières, d’espaces, de mouvements, de rythmes, de lignes… «Essayer encore. Rater encore. Rater mieux encore. Ou mieux plus mal. Rater plus mal encore. Encore plus mal encore», écrit Beckett. Mots qui résonnent particulièrement bien avec l’œuvre de Lhopital balbutiant ses efforts à la limite de l’épuisement, ses ratages réussis, ses réussites ratées, ses dérapages au bord du vide et de l’angoisse. «Il y a parfois dans mes dessins une répétition des motifs jusqu’à l’épuisement, la maladresse, le déséquilibre. Je m’intéresse aussi à ce fil qui se déroule en dessinant les figures, ce trait sinueux qui se dévide, éventuellement jusqu’à l’effondrement de la ligne sur elle-m

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