M. sous le signe de W.

ARTS | S'inscrivant dans l'univers littéraire de Virginia Woolf, Myriam Mechita présente à l'URDLA des œuvres fortes aux formes diverses, nouant quelques paradoxes existentiels fondamentaux : la violence et le désir, la vie et la mort, l'homme et l'animal... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 4 octobre 2013

Photo : Oeuvres de Myriam Mechita


Ce sont, dans une estampe, de longues langues de feu léchant une maison en bois que l'on découvre au seuil de l'exposition de Myriam Mechita (née en 1974, installée à Berlin) à l'URDLA. C'est, plus loin, la langue dardée et comme pendue d'une inquiétante femme masquée qui se tend vers un ciel étoilé... La langue se répand dans l'exposition de Myriam Mechita comme s'y dépose celle, littéraire, de Virginia Woolf, figure tutélaire des œuvres présentées, l'URDLA éditant en parallèle sous le titre EnFin deux courts textes de l'écrivain anglaise traduits par Jacques Aubert et illustrés par Mechita. Comme souvent à l'URDLA, la littérature et le signe résonnent avec la plastique et les formes esthétiques. Le courant de conscience de Woolf s'instille parmi le courant de sensations des œuvres de Mechita, qui nous parlent tour à tour, ou concomittament, de désir, de mort, de violence, de beauté...

Paradoxes

Dans ses romans, Virginia Woolf traque des «moments d'être ou de non-être», des équivalents des épiphanies de Joyce, parmi ce monde obscur et quasi-insignifiant a priori, «noyé un peu au-dessous du temps». Parmi de «toutes petites choses, des déchets de l'existence, qui, paradoxalement, vous conjoignent à la vie à travers une phrase, une note de musique, en "vous prenant par la main"», comme l'écrit Jacques Aubert dans sa préface. Myriam Mechita poursuit cette logique à travers non pas des notes de musique ou des mots, mais des images, de grands dessins au crayon graphite, des livres-objets, de petites sculptures monstrueuses où l'être humain s'accouple à l'animal, où la mort tord et excave les visages... L'opposition-fusion entre l'image et l'écrit rejoint chez Mechita une opposition-fusion entre la vie et la mort, l'extase et l'agonie. Paradoxes dont l'artiste dit elle-même, à propos de dessins datant de 2010 (Agonie absolue) : «Une série de dessins représentant des femmes au moment du coït, bouche ouverte, aspirant ou soufflant, comme un chant perdu où le son n'a plus de direction. De cette bouche ouverte sort le juste son de l'amour, inaudible, en arrêt». Si l'art de Mechita fige un moment, arrête le temps, il ouvre à une complexité d'émotions paradoxalement liées, à des oppositions élevées à la puissance de l'image et de l'étrangeté de la forme.

Myriam Mechita, The blood and flesh of life
A l'URDLA, jusqu'au vendredi 15 novembre


Myriam Mechita

"The Blood & flesh of life"
URDLA 207 rue Francis de Pressensé Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Alain Françon, en grande forme

Théâtre | Il sera au TNP cette semaine avec Qui a peur de Virginia Woolf ?, il était la semaine dernière l'invité d'honneur du festival Théâtre en Mai à Dijon. Le metteur en scène Alain Françon, 72 ans, y évoquait les auteurs très divers qu'il a monté et le théâtre d'aujourd'hui. Écoutons-le.

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Alain Françon, en grande forme

L'aventure d'Alain Françon au théâtre commence vraiment au début des années 70 à Annecy avec le Théâtre Eclaté. Un collectif d'une autre époque, moins institutionnalisée qu'aujourd'hui, faite d'agit-prop et de distribution de tracts pour une révolution marxiste-leniniste, se souvient-il en riant le 21 mai dernier, en répondant aux questions de l’universitaire Olivier Neveux à Dijon. Françon travaille alors avec les acteurs Christiane Cohendy, André Marcon, Évelyne Didi : « il n'y avait pas de hiérarchie entre nous et je suis devenu naturellement metteur en scène », alors qu'il a une formation d'historien de l’art. Ce théâtre éclaté l'était par rapport à la forme (la pièce sans texte de La Farce de Burgos, d'après le récit de Gisèle Halimi du procès de Franco fait aux militants basques), par rapport aux lieux où ils jouaient (partout sauf dans les théâtres, ou presque). Puis Françon enchaîne les directions de lieux : le théâtre du 8e à Lyon, où il succède à Jérôme Savary en 1989 et où il entre en conflit avec le maire Michel Noir, qui veut utiliser la salle pour de

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Exposition collective en deux volets, Otium propose de «revisiter certaines approches de la matière et des énergies dont nous sommes issus. Depuis la relation tellurique au monde jusqu'aux perceptions de type mythique, animiste ou astral qui procèdent d'une vision" enchantée" de l'univers». Un joli programme dont on ressort plutôt très désenchanté : de l'érotisme frelaté de Paul-Armand Gette à la navrante installation de Basserode qui, à travers quelques silex fixés à une cimaise, voudrait faire croire à une pluie de météorites entrées en collision avec la Terre, la majorité des œuvres présentées nous ont indifféré. Peut-être manquons-nous d'imagination, mais rien ici ne semble doté d'une quelconque énergie et notre relation tellurique au monde reste sans voie plastique. Myriam Mechita sauve un peu la mise avec son travail sur papier mélancolique et ses étranges pierres de couleurs incrustées dans les murs. Et désenchantés nous sommes restés, mais de manière plus intéressée et idoine, en découvrant l'environnement de Steve Bishop, invité à l'IAC par La Salle de bains. Ce jeune artiste canadien propose en effet une sorte de parcours en boucl

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SCENES | La metteur en scène Sylvie Mongin-Algan et la comédienne Anne de Boissy unissent leurs forces pour donner tout son relief à "Une chambre à soi", conférence de Virginia Woolf sur la condition de la femme de lettres. Un délicat spectacle qui ne vire jamais au manifeste. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 5 décembre 2013

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Née dans une famille recomposée de la haute société intellectuelle londonienne dans la deuxième moitié du XIXe siècle, Virginia Woolf n’était a priori pas la femme la moins bien lotie pour écrire. Pour autant, elle n’aura de cesse de s’interroger sur les inégalités entre hommes et femmes de lettres. Quand Rousseau et d’autres ont livré leurs états d’âme et tourments dans des confessions, lettres très prisées, «ils ont pu montrer à quel point écrire une œuvre géniale était d’une prodigieuse difficulté» constate Virginia Woolf. Et c’est bien pour cela qu’elle met en évidence, comme on ferait une découverte archéologique, sans juger ou opposer deux camps, les différences de traitements entre les deux sexes. Dans une (vraie) conférence donnée à l’université (fictive) d'Oxbridge, elle rappelle que les étudiantes ne pouvaient aller à la bibliothèque qu’accompagnée d’un professeur, qu’elles ne pouvaient s’arrêter sur le gazon mais seulement fouler les allées de gravier. A ces difficultés matérielles s’ajoutaient celles, plus graves encore, immatérielles : «mais pourquoi diable écrivez-vous ?» leur demandait-on, les poussant au découragement et au r

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Collection 2013/2014

ARTS | Dix expositions à ne pas rater cette saison. Où l'on apprendra que les artistes figent l'eau de la Saône, passent le permis moto, trompent l'oeil parmi des friches, lisent Virginia Woolf, retournent angoissés en enfance ou bien encore résument en quelques images toute (ou presque) la philosophie de Peter Sloterdijk ! Jean-Emmanuel Denave

Benjamin Mialot | Lundi 16 septembre 2013

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