Anne et Patrick Poirier : L'insoutenable fragilité des choses

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 août 2016

Photo : Anne et Patrick Poirier, Construction IV, 1977© Alain Le Nouail


À travers une quarantaine d'œuvres, le Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne retrace le parcours artistique d'Anne et Patrick Poirier qui vivent et travaillent ensemble depuis une cinquantaine d'années... Passionnés de psychanalyse, de littérature, d'archéologie et d'architecture, les deux comparses débutent chacun de leurs chantiers par des voyages, des prises de notes et d'images, et des échanges nourris entre eux.

De ces échanges, naîtrons notamment des installations de grande dimension, dont le fil rouge est la fragilité de l'être. Cette fragilité se décline en plusieurs thématiques comme « la fragilité de la culture, de la mémoire culturelle, des choses, de la nature et des êtres vivants, mais aussi le désir de mieux comprendre les mécanismes de la mémoire, non comme un phénoménologue ou un naturaliste, mais comme un artiste, à un niveau plus poétique et psychologique » comme l'expliquent les artistes dans le catalogue de l'exposition.

Dialogues

Parmi les œuvres exposées au MAMC (des installations mais aussi des photographies, des dessins...), certaines ont davantage retenu notre attention : tout particulièrement ces "grandes maquettes" de sites imaginaires du passé ou du futur. En 1977, lors d'un long séjour à Rome, Anne et Patrick Poirier composent l'impressionnante Construction IV, plongeant, dans une eau glauque et dans l'obscurité, des ruines figées, « un grand rêve noir où se mêlaient des vestiges archéologiques provenant de civilisations diverses qui se seraient échouées là, sur ce rivage des Syrtes... »

Vingt ans plus tard, en 2000, les artistes imaginent Exotica, une ville monstre et totalement noire, dévorée par la pollution, le productivisme, la paranoïa sécuritaire et militaire... Ces deux installations semblent dialoguer entre elles, comme nombre des œuvres des Poirier qui font se rencontrer différentes strates du temps, différentes cultures, différentes géographies. Et font se confondre et s'enrichir l'un l'autre, espaces physiques et espaces psychiques.

Anne et Patrick Poirier, Danger zones
Au Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne jusqu'au 29 janvier 2017


Anne & Patrick Poirier

Danger zones
Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Etienne métropole rue Fernand Léger Saint-Priest-en-Jarez
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Cyril Cyril : chant de ruines

Rock | Avec son premier album Certaines ruines, le duo helvète Cyril Cyril dresse un constat de notre époque aussi amer que paradoxalement dansant, où transe rime avec résistance et mondialisme avec vitalisme.

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Les amateurs de la scène underground suisse, plus nombreux qu'on ne le croit, connaissent déjà par cœur le CV de Cyril Yeterian qui, au gré de ses multiples projets, a toujours défendu une certaine idée de l'avant-garde musicale nichée dans la défense de la tradition et l'exhumation des esthétiques enfouies ou méconnues. On l'a ainsi vu œuvrer à l'exploration de la musique cajun au sein du regretté trio Mama Rosin ; inventer les "Alpalaches" avec Les Frères Souchet ; ou encore digger les mondes souterrains avec son label Bongo Joe en travaillant à l'abolition de l'espace-temps musical, de rééditions de pépites en découvertes de trésors transculturels (le groupe néerlandais Altin Gün, pour ne citer que lui). Le voilà désormais avec un autre

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Archéologie | Au commencement de ce dossier consacré aux pierres qui roulent (ou non), rencontrons un homme qui fouille la terre. Emmanuel Ferber nous répond au téléphone, à l'instant même où il découvre avec ses collègues un sondage positif sur un chantier à Die. Cet archéologue responsable d'opérations, chargé d'études pour les périodes antiques à l'INRAP Rhône-Alpes, prend tout de même le temps de nous dire en quoi son métier éclaire quotidiennement notre Histoire.

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Comment avez-vous vu évoluer votre métier et votre rôle en une quinzaine d'années ? Emmanuel Ferber : Avant l'apparition de l'INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) en 2001, il y avait l'AFAN (Association pour les Fouilles Archéologiques Nationales) avec un statut associatif. Les lois sur l'archéologie étaient moins strictes que maintenant. C'étaient les services régionaux d’archéologie qui se battaient dossier par dossier, non seulement pour qu'il y ait une fouille mais sur son montant également. Il y avait peu de personnels et on intervenait peu. Depuis l'INRAP et les lois mises en place en même temps, on travaille plus en amont. Les sondages ne sont pas systématiques, loin de là, mais la décision appartient au service régional d'archéologie. Comme ici à Die, dès qu'il y a un grand projet, le service est prévenu, il prescrit un sondage, personne n'a rien à redire, le promoteur s'y attend. Ce n'est pas discuté. Le travail est donc plus constant et plus régulier sur la partie diagnostic, qui est restée du domaine public car le législateur a bien compris qu'une entreprise pri

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Voilà l'été : un jour, une sortie #6

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Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 1 juin 2016

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Qu'un frère dominicain (Marc Chauveau, responsable des expositions au Couvent de la Tourette) ressuscite un couple d'artistes contemporains, on ne verra là que logique. Anne et Patrick Poirier ont en effet connu leur heure de gloire dans les années 1970 (expositions à Beaubourg, à Kassel, au MOMA de New York...) et ont été, depuis, un peu oubliés. Se définissant eux-mêmes comme architectes ou archéologues autant que plasticiens, ils explorent dans leurs œuvres la fragilité de l'existence humaine, de la mémoire, de l'histoire... Et usent d'autant de mediums différents que l'exige le questionnement qu'ils déploient dans leurs travaux.   Sensibles au couvent conçu par Le Corbusier, à la «peau des murs» et aux jeux de lumière, ils y présentent notamment d'émouvants bas-reliefs en papier Japon, empreintes fragiles des aspérités du béton et des menus accidents parsemant les cloisons. Ils y déploient aussi une très grande maquette d'une utopie nommée Amnesia, «sorte de grand bunker construit dans un imme

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60 ans, toujours Positif !

En ces temps bien sombres pour la presse (et plutôt crépusculaires pour la critique de cinéma), le fait que Positif fête ses soixante ans tient presque du miracle. Si la revue, fondée à Lyon par Bernard Chardère, a résisté aux assauts du temps, c’est grâce à sa constance ; là où son frère ennemi des Cahiers du cinéma tanguait à coups de révolutions de palais hasardeuses, Positif n’a jamais cherché à être autre chose qu’une revue de passionnés désintéressés mus essentiellement par la cinéphilie. Autre axe fort : son sens de l’histoire. Si elle n’a pas été avare en aveuglements (de Godard dans les années 60 à Carax aujourd’hui), elle fut aussi une des rares à accompagner des cinéastes majeurs plutôt décriés par le reste de la critique française — Robert Altman en est le meilleur exemple. Après de nombreux déboires financiers, elle a trouvé refuge (et couleurs !) à l’Institut Lumière, désormais co-éditeur avec Actes Sud. C’est donc là que la revue terminera sa longue tournée anniversaire avec un week-end spécial où seront projetés des films emblématiques de son histoire. Des choix judicieux, notamment Alice dans les villes, caract

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Événement / «Murmures de nos villes» se déroulera le vendredi 26 mars au Théâtre des Asphodèles. Trois expositions, une performance de graffiti et une question : quel avenir pour l'art urbain entre répression et institutionnalisation ? Pendant plusieurs mois, les étudiants à l'origine du projet ont rencontré et interrogé des acteurs de ce milieu. Graffeurs, partisans de l'affichage libre, mais aussi responsables de la propreté de la ville. Leurs visions sur ce que certains considèrent comme une dégradation alors que d'autres parlent d’art, sont retranscrites sur le blog de l'événement. L'intérêt de ce travail ? Comprendre les arguments de chacun, mais aussi rendre compte de la diversité des points de vue au sein même des deux camps. La question de l'illégalité, par exemple, apparaît comme essentielle dans le travail de certains graffeurs. D'autres expliquent qu'au contraire, leur motivation est ailleurs, et que peindre sur des toiles plutôt que sur des murs n'enlève rien à leur travail. Les expositions présentées traduisent cette diversité de l'art urbain. Comme les photographies des murs parisiens d'Eve Freitas, qui montrent plusieurs courants du graffiti, ou les toiles de Yop, ar

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Dans le décor

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Christophe Chabert | Vendredi 12 septembre 2008

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Tout est parti d’un petit film d’horreur mal sorti sur les écrans… Les Ruines de Jonathan Tucker dit dès son titre que ce qu’il faut regarder, ce ne sont pas ses personnages (des teenagers en plein spring break au Mexique) mais bien son décor : un temple inca où pousse une plante maléfique … Dans cette série B joliment exécutée, l’horreur surgit d’une alliance entre le minéral et le végétal et conduit à des visions étonnantes où l’humain est progressivement absorbé par le paysage. Huis clos à l’air libre, Les Ruines renouvelle le genre par une approche inédite de son environnement — ce que Shyamalan a loupé dans son bancal Phénomènes. Depuis, plus une semaine sans qu’un film important ne fasse de son décor un personnage à part entière, sinon la matière même de son récit. Prenez Gomorra de Mateo Garrone : ce film didactique ne nous apprend rien que l’on ne sache déjà sur la Camorra. Mais en filmant ces évidences dans des décors d’une tristesse absolue (une cité décrépie, une plage pourrie), il tue dans l’œuf tout romantisme, créant une distance immédiate avec les rêves «grandioses» de ses malfrats. Pareil pour C

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