Troubles photographiques

Tout ce qu'il faut voir | Lyon fourmille cet automne d'événements liés à l'image fixe : le retour du festival Lyon septembre de la photographie, une nouvelle édition de la foire Photo Docks Art Fair, de nombreuses expositions dans des galeries... Mise au point sur ce médium qui révèle moins notre rapport au réel qu'il ne le trouble profondément.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 septembre 2016

Photo : 20 avril 1979, Paris, rue Henri Barbusse (c) Denis Roche


Au 19e siècle, l'apparition de la photographie a fichu une trouille bleue aux peintres pensant qu'elle allait les dépouiller de leur job de représentation du monde, que l'appareil allait broyer la palette et l'automatisme de la machine la main humaine... Aujourd'hui, la photographie, au sens un peu classique du tirage sur papier, apparaît presque désuète, incongrue au regard des images qui défilent, immatérielles ou presque, sur nos écrans de portables, d'ordinateurs, de télévisions... Quel est ce curieux rectangle de papier qui ose parfois encore nous apparaître en noir et blanc, qui hante les cimaises des galeries ou les vieux albums de nos aïeux ?

Par un drôle de paradoxe, ce médium que l'on craignait jadis pour sa "modernité" est devenu une forme de résistance à la dite modernité des images en flux continus : sur cette mince surface matérielle, viennent se déposer un peu de temps et de lumière, se découper une portion d'espace et de réel. À l'heure de "l'accélération" (Hartmut Rosa), du "visuel" (Serge Daney), de la "vitesse" (Paul Virilio), la photographie propose un oasis de décélération, une hétérotopie... Ou, encore, une "esthétique de l'arrêt" comme la propose la photographe lyonnaise Thaïva Ouaki qui exposera pour la première fois ses images (paysages, portraits...) dans le cadre du festival Lyon Septembre de la photographie. Éloge de la lenteur, refus du rythme effréné imposé par le productivisme.

Faire le vide

Dans un texte de 2006, Jean Baudrillard écrit : « Une photo véritable n'est jamais loin du vide – elle fait le vide autour d'elle, elle crée un arrêt du monde sur image. Partout, elle doit faire exception, c'est-à-dire qu'il faut en user avec discrétion. » Certains artistes, face au "trop plein", tentent parfois des gestes extrêmes, tel le Lyonnais Jean-Luc Blanchet qui efface des photographies à l'acétone.

D'autres, de manière plus douce, comme Estèla Alliaud, mettent en abyme le réel et sa représentation dans des installations, jetant un doute entre l'objet et son image. Ou, comme l'allemande Friederike von Rauch, cherchent à force de sobriété et de travail subtil sur la lumière à capter le vide et le silence des espaces photographiés...

La photographie, écrit encore Jean Baudrillard, entreprend « de nous délester de cette surcharge de sens et, contre notre tendance obsessionnelle à tout interpréter, à tout faire signifier, la tendance inverse de résister par l'image (mais aussi par la pensée!) à l'excès de production de sens, et de retrouver quelque chose comme une constellation du secret, du vide, du silence, de ce qui déjoue toute interprétation, et joue de l'apparition, de l'indécision et de la surprise ».

La photographie, réussie, est un événement, une mise sous tension des relations entre le sujet, l'objet et le médium. Elle est ce qui apparaît, et en même temps elle est la trace de notre regard sur le monde. Elle renvoie dos à dos l'expressionnisme subjectif et le réalisme objectif, pour creuser un espace-temps transitionnel floutant les frontières entre le regardeur et le regardé : naissance des choses à notre regard, à travers leur apparition insensée.

Défaire le sens

Il y a ainsi une présence du photographe et de l'appareil photo dans l'image, comme insistait l'écrivain et photographe Denis Roche (1937-2015), auquel Le Réverbère rend hommage. Concrètement, les appareils photographiques et le reflet de l'artiste apparaissent très souvent dans ses images. Images qui, aussi, entrent en écho les unes avec les autres, selon un mode presque musical qu'il nommait "photolalies".

Inversement, même dans le plus ressemblant des autoportraits, ou la plus fidèle des photographies documentaires, il y a au fond une sorte d'altérité, d'inquiétante étrangeté. Cette photographie que l'on a trop naïvement qualifiée de décalque du réel ne cesse de nous en dévoiler l'opacité, l'insu, le caractère énigmatique. Il y a de l'autre, toujours, inéluctablement dans l'image photographique. Si certains artistes, comme Jérémy Suyker (enquêtant sur les milieux artistiques en Iran) ou Farida Hamak (posant son regard sur les femmes et les lumières particulières du village de Bou Saâda en Algérie), photographient l'autre de l'Occident, cet "autre" ne cesse de nous regarder et de nous déstabiliser, en retour.


Photo DocksArtFair

Photographie contemporaine et art vidéo Foire les 17 et 18/09 puis exposition du 21/09 au 09/10
Pavillon 8 59 quai Rambaud Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Jean-Luc Blanchet

Il suffit d'une seconde pour effacer un monde, peintures-fantômes
Galerie Domi Nostræ 39 cours de la Liberté Lyon 3e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Notre beauté fixe

"Photolalies" pour Denis Roche, photographie, exposition collective
Galerie Le Réverbère 38 rue Burdeau Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Décoration | Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 9 novembre 2019

Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le Réverbère à Lyon une photographie exigeante et de grande qualité (William Klein, Denis Roche, Bernard Plossu et beaucoup d’autres artistes). Catherine Dérioz a été nommée, le 16 septembre dernier, par le Ministère de la Culture, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Une reconnaissance qui fait chaud au cœur à l’intéressée et aux amateurs de création photographique !

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Pages vierges à l'enfant

Sciences Humaines | La revue de sciences humaines Illusio consacre son dernier numéro à l'enfance. Un beau sujet présenté au Bal des Ardents cette semaine.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 22 mai 2019

Pages vierges à l'enfant

Au début des années 2000, à la Faculté de sociologie de Caen, un enseignant et quelques étudiants se lancent dans l'aventure d'une revue pluridisciplinaire nommée Illusio. « L'Illusio n'est pas seulement une duperie, c'est, dialectiquement, l'irréalité dans la réalité, le méconnu, le délaissé, le non-vu... » écrivent-ils dans l'introduction au premier numéro consacré à "Jeux olympiques, jeux politiques". Proches de la Théorie critique (lancée dans les années 1930 par Adorno, Horkheimer et d'autres), le collectif se veut à la fois intellectuel et militant, théorique et émancipateur. « Intellectuel collectif », Illusio puise aussi bien dans l'anthropologie, la psychanalyse, la sociologie, que la philosophie, et secoue les idées depuis déjà dix-huit numéros, consacrés aux mafias, à la libido, aux crises contemporaines... Le collectif collabore aussi depuis peu avec des artistes et des illustrateurs pour l'aspect visuel de ses copieux numéros. Entre émancipation et aliénation

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Le club des cinq au Réverbère

Photographie | Cinq des photographes défendus par la galerie Le Réverbère ont fait paraître récemment un livre : Beatrix Von Conta, Denis Roche (1937-2015), Géraldine Lay, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 novembre 2018

Le club des cinq au Réverbère

Cinq des photographes défendus par la galerie Le Réverbère ont fait paraître récemment un livre : Beatrix Von Conta, Denis Roche (1937-2015), Géraldine Lay, Philippe Pétremant, William Klein. William Klein, rappelons-le, a d'ailleurs non seulement secoué les codes de la photographie avec ses images coups de poing prises parmi le flux spontané des rues, mais il a fait aussi éclater le cadre habituel des ouvrages de photographies, et ce dès 1956 avec la publication de son journal photographique New York. L'occasion était donc idoine pour le Réverbère de « rendre hommage aux éditeurs » et aux ouvrages de photographie, d'autant plus que la galerie est connue plus largement pour son goût pour le livre et la littérature (deux de ses photographes sont aussi des écrivains : Denis Roche et Alain Fleischer). L'accroch

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Cinq expos à voir en octobre

Bons Plans | On les a vues, ou bien on pressent de très bonnes ondes... Voici notre sélection, non exhaustive, de cinq expositions à voir ce mois-ci.

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 4 octobre 2018

Cinq expos à voir en octobre

Les 40 ans de l'Institut d'Art Contemporain Pas de crise de la quarantaine à l'IAC, mais une prometteuse programmation d'anniversaire avec, surtout, une exposition monographique consacrée à l'artiste allemande Katinka Bock (née en 1976 à Francfort-sur-le-Main), sculptrice jouant avec finesse de matériaux bruts (terre, pierre, cuivre, végétaux...) et de gestes simples et lisibles (plier, tomber, enrouler, frotter...). Et, parallèlement, l'IAC présente une partie de ses collections à l'IAC lui-même, et aussi à l'URDLA et d'autres lieux villeurbannais. À Villeurbanne du 5 octobre au 20 janvier 2019 Les Nouveaux Sauvages Expo événement très attendue, dont on vous a déjà largement rebattu les oreilles ici, Les Nouveaux Sauvages investissent temporairement une friche industrielle pour exposer une flopée d'artistes de toutes provenances (photographie, street art,

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Poltred, le nouveau concept store dédié à la photographie

Photographie | Plus qu’un concept store, Poltred a vocation à être une véritable maison de la photographie et des photographes à Lyon.

Lisa Dumoulin | Jeudi 13 septembre 2018

Poltred, le nouveau concept store dédié à la photographie

Alors que débute Septembre de la photographie, on a une bonne nouvelle à annoncer aux amateurs (et aux professionnels) : un lieu dédié à la photographie sous toutes ses formes vient d'ouvrir ses portes à Lyon. À la fois café, galerie (photographies d’auteur en édition limitée), boutique (appareils argentique, objectifs, pellicules, papier…), agence et studio de photographie, co-working dédié aux photographes (avec studio, laboratoire et matériel), et laboratoire de développement (argentique et numérique) ! Poltred organisera aussi un programme de workshops et ateliers autour de la photo. Inauguré le 13 septembre, c'est aussi l'occasion de découvrir le travail de Céline Villegas, photographe franco-chilienne oscillant entre photographie artistique et documentaire. Avec son exposition Balnearios Plus Ultra, elle dresse un portrait poétique de trois grandes villes où s’entremêlent l’urbain et le balnéaire, aux contextes géopolitiques ou socio-économiques parfois difficiles

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Cinq expos photo à voir en septembre

Bons Plans | Septembre sera un mois particulièrement photographique à Lyon, avec notamment la nouvelle édition du Festival 9 PH dans plusieurs galeries. Notre sélection est, ce mois-ci, 100 % photo.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 3 septembre 2018

Cinq expos photo à voir en septembre

Un "Passager" nommé Arnaud Brihay Avions, chambres d'hôtels, forêts, no man's land, rétroviseurs d'automobiles... Tout est occasion pour le globe-trotteur Arnaud Brihay (né en 1972 en Belgique et résidant à Lyon) de petites ou de grandes fulgurances sensuelles et poétiques, parfois même inquiétantes. Entre son regard subjectif et le monde réel, ses images tissent un entre-deux tramé d'effets de flou, de saturation, de reflets et d'échos formels. À L'Abat-Jour du 8 septembre au 17 novembre Une passagère nommée Sylvie Bonnot En 2014, Sylvie Bonnot a traversé la Russie en train, empruntant notamment le fameux Transibérien. Elle en a ramené beaucoup d'images : certaines représentant assez directement des paysages et des personnes rencontrées lors de son périple, et d'autres qu'elle a retravaillées à sa façon, en atelier, pour les disposer sur des volumes, sur une surface de soie, ou sur des plaques gravées... Sa Russie, oscillant entre grandeur et frayeur, est donc aussi un voyage matériel de l'image photographique elle

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Une rue vernie

Vernissages | Toutes, ou presque, les galeries de la rue Burdeau inaugurent leurs nouvelles expositions ce samedi 8 septembre, dès le début d'après-midi et jusqu'à 20h30. (...)

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 3 septembre 2018

Une rue vernie

Toutes, ou presque, les galeries de la rue Burdeau inaugurent leurs nouvelles expositions ce samedi 8 septembre, dès le début d'après-midi et jusqu'à 20h30. Avec des menus appétissants : une exposition photo collective au Réverbère (William Klein, Denis Roche...), une autre expo collective autour du dessin à la galerie Pallade (avec Ivan Messac, Nicolas Rubinstein...), un dialogue plastique entre le peintre Jean-Pierre Schneider et le sculpteur Olivier Giroud chez Pome Turbil... À deux pas de la rue Burdeau, l'Abat Jour vernit aussi une expo prometteuse avec les photographies d'Arnaud Brihay.

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Quand la rue Burdeau s’anime

Reportage | La rue Burdeau qui s’agite ? Cela n’arrive que cinq fois par an, malheureusement, lors du vernissage commun (ou presque) des galeries. Nous y étions le 19 janvier dernier. Récit.

Julie Hainaut | Mardi 25 avril 2017

Quand la rue Burdeau s’anime

17h30. Office de Tourisme. Nous avions eu quelques échos de touristes et de galeristes, nous indiquant que l’Office de Tourisme ne connaissait pas la rue Burdeau et ses fameuses galeries. Nous avons voulu vérifier. Sur place, nous demandons où se situent les galeries lyonnaises. « Là, autour de la place Bellecour » nous assure l’hôtesse d’accueil. Surpris, nous évoquons la rue Burdeau. « Ah oui, je crois qu’il y en a aussi » nous répond-on. Il est 17h35, la petite dizaine de galeries lyonnaises s’apprête à vernir et l’accueil de l’Office de Tourisme n’est pas vraiment au courant. 18h. Depuis l’Opéra, nous empruntons la rue du Griffon puis la Montée Saint-Sébastien, direction la rue Burdeau. Nous sommes jeudi soir, les ruelles sont animées et éclairées, les Lyonnais prennent l’apéro dans les bars environnants, probablement enjoués à l'idée de voir le week-end approcher. 18h05. Arrivée rue Burdeau. Tout est calme et sombre. L’éclairage est quasi-inexistant. La petite dizaine de galerie est ouverte, prête à vernir. Celles qui verniront plus tard (faute de disponibilité de leur artiste ou parce

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La beauté transcendée à la lumière du Réverbère

Le Reverbère | Notre beauté fixe : la nouvelle exposition collective du Réverbère annonce la couleur ; il y sera moins question de concepts que de beauté, de subjectivité, de plaisirs et d'émotions...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 31 janvier 2017

La beauté transcendée à la lumière du Réverbère

« Par ce titre, Notre beauté fixe, nous soulignons que nous parlons de la nôtre, celle qui nous ravit ! Les catégories classificatrices sans cesse en débat nous semblent s’écrouler sur elles-mêmes au vu de l’indépendance, de l’évidence magique, de ce que nous reconnaissons comme des œuvres. » écrivent Catherine Dérioz et Jacques Damez qui fêtent, cette année, trente-cinq ans de travail et de défense de la photographie à Lyon. Neuf des artistes de la galerie présentent des images inédites. Des petits personnages détourés et collés en nouveaux "collectifs" ou "familles" d'Emmanuelle Fructus, aux jeux kaléidoscopiques du canadien Serge Clément, en passant par les séduisants paysages de Pierre Canaguier. Mais c'est surtout Arielle Bonzon et ses intérieurs énigmatiques et baignés d'obscurité, et François Deladerrière et ses Bouts du monde, qui ont le plus longuement retenu notre attention. Notre beauté fixe Au Réverbère jusqu'au 29 avril

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Hommage à Denis Roche : photographies d'identités

Le Reverbère | L'exposition en hommage à Denis Roche au Réverbère est l'occasion de revenir sur une œuvre photographique importante, ouvrant l'image à une multiplicité de dimensions. L'une d'elles n'étant rien moins que la trace de la fabrique, jamais définitive, d'un sujet humain.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 2 novembre 2016

Hommage à Denis Roche : photographies d'identités

Poète et écrivain d'avant-garde, éditeur au Seuil, photographe et théoricien de la photographie, Denis Roche (1937-2015) était un artiste complexe et ses œuvres prenaient des directions multiples, au gré de ses doutes et de ses avancées artistiques... Ses photographies, notamment, relèvent tour à tour de la spontanéité et de la simplicité, ou au contraire du dispositif mûrement réfléchi. De l'autoportrait pris dans des circonstances contingentes, aux images aux formes très travaillées... On a beaucoup insisté, et Denis Roche lui-même, sur le rapport essentiel du photographe au temps, à la mort... Gilles Mora (dans sa monographie consacrée à Denis Roche, Les Preuves du temps) dit ne pouvoir trouver comme lien entre les images de Denis Roche que « leur temporalité exorbitante ». Une angoisse existentielle qui, bien sûr, trouve dans le médium photographique la surface la plus à même de l'apaiser, mais aussi de la décupler et de la creuser indéfiniment.

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Reportage de Jérémy Suyker sur la création à Téhéran

Septembre de la photographie | Le photographe Jérémy Suyker revient de Téhéran avec une série d'images sur les difficultés et la richesse de la créativité sous la censure du régime. L'insolence y est un mode de la liberté.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 septembre 2016

Reportage de Jérémy Suyker sur la création à Téhéran

« Jamais nous n'avons été aussi libres que sous l'occupation allemande », écrivait, provocateur, Jean-Paul Sartre en 1944... L'Iran n'est pas un pays occupé, certes, mais la censure y pèse de son poids qui n'est pas de plume, sur la création artistique. Le ministère de la Guidance islamique (équivalent du ministère de la Culture) soumet toute pièce de théâtre à son autorisation préalable, interdit aux chanteuses d'enregistrer un disque, hommes et femmes ne peuvent pas se toucher entre eux sur scène... Malgré cela, la vie créative bouillonne toujours à Téhéran, jouant avec les limites du permis, bricolant des systèmes D, contournant la censure. C'est ce que montre le projet photographique de Jérémy Suyker, exposé à l'Atelier Item et publié

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6Mois : décadrer le temps, recadrer l'image

Revue | Il existe des manières différentes de regarder le monde, sans le prisme d'une actualité speedée devenant insipide (primaires de la droite, de la gauche, des (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 septembre 2016

6Mois : décadrer le temps, recadrer l'image

Il existe des manières différentes de regarder le monde, sans le prisme d'une actualité speedée devenant insipide (primaires de la droite, de la gauche, des verts, des bleus, des jaunes...). C'est ce que propose la revue XXI depuis 2008, comme sa petite sœur 6Mois née en 2011. Le bruit ambiant est laissé pour mort et cette rédaction (la même pour les deux titres) se concentre sur ce qui survit au brouhaha, explorant les grandes lames de fond du monde. Jeudi 15 septembre à la librairie Ouvrir l’œil (1er arr.), la journaliste Marion Quillard viendra présenter le dernier numéro tout juste paru de 6Mois, où il est question notamment de l'Iran au travers de trois récits imagés « car ce pays va compter dans les années à venir, de plus en plus de touristes le visitent, des accords sur le nucléaire ont été récemment signés... » dit-elle. Elle sera accompagnée du photographe Jeremy Suyker, fin connaisseur de cette région, qui avait précédemment publié ses clichés dans la revue et qui expose actuellement à l'Atelier Item (Les Ins

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Lyon septembre de la photographie : La Famille photo

ARTS | Après une période d'absence, le festival Lyon septembre de la photographie (du 10 septembre au 15 octobre) renaît en douceur, fédérant une douzaine de lieux (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 septembre 2016

Lyon septembre de la photographie : La Famille photo

Après une période d'absence, le festival Lyon septembre de la photographie (du 10 septembre au 15 octobre) renaît en douceur, fédérant une douzaine de lieux d'expositions lyonnais. Pas de star pour cette édition mais une multitude de photographes (Farida Hamak, Gilles Saussier, Jérémy Suyker, Yannig Hedel...) à découvrir et à rencontrer, par exemple en ce samedi 10 septembre, journée d'inauguration dans les galeries Regard Sud, BF15, Réverbère, Couturier, Item....

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Le Réverbère sort ses réserves

ARTS | La galerie photo Le Réverbère réunit six de ses artistes pour une exposition consacrée à des œuvres récentes, décalées ou rarement montrées. Simple et efficace. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 26 janvier 2012

Le Réverbère sort ses réserves

Au rez-de-chaussée du Réverbère règne un certain esprit de liberté et de simplicité. La Lyonnaise Arièle Bonzon nous accueille avec des vues de désert, dont un très bel arbre esseulé dépliant ses rameaux au-dessus d'une dune... Un peu plus loin, Lionel Fourneaux associe librement des dessins enfantins (griboullis, oiseaux, empreinte de main...) à des photographies. Un procédé déjà souvent utilisé mais qui, là encore, révèle tout son potentiel de décalage et de poésie. «Ces dialogues obéissent à une seule loi, celle de l’attraction personnelle, elles ne s’imposent donc à personne, mais peuvent toucher ceux qui n’ont pas oublié cette dimension du jeu et du plaisir propre aux premières années de la vie. La proximité de mes enfants, leurs sentiments mêlés au spectacle de la bizarrerie du monde m’aident à recouvrer cet état d’innocence, de fraîcheur – disons cela – et de rêverie volontiers naïve, mais verticale qui m’autorisent à fabriquer ces images métisses» écrit le photographe. À ses côtés, Jean-Claude Palisse poursuit son tr

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Collections particulières

ARTS | La galerie photo Vrais Rêves fête cette année son 30e anniversaire et, pour l'occasion, rend hommage à ses collectionneurs en présentant plusieurs images (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 13 mai 2011

Collections particulières

La galerie photo Vrais Rêves fête cette année son 30e anniversaire et, pour l'occasion, rend hommage à ses collectionneurs en présentant plusieurs images acquises par une vingtaine d'entre eux (jusqu'au samedi 25 juin). On pourra découvrir des œuvres d'une trentaine d'artistes, souvent des photographes plasticiens, ou tout du moins des photographes privilégiant l'imaginaire au réel et au documentaire. Comme cette étrange «Chambre mentale» de Marc Le Mené qui semble issue des univers de Kafka et de Magritte. À noter : une visite commentée de l'exposition est prévue le samedi 4 juin à 17h. JED

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Made in USA

ARTS | La biennale «Lyon Septembre de la Photographie» débute mercredi 8 septembre, avec une vingtaine d'expositions dispersées dans les galeries, musées et (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 3 septembre 2010

Made in USA

La biennale «Lyon Septembre de la Photographie» débute mercredi 8 septembre, avec une vingtaine d'expositions dispersées dans les galeries, musées et centres d'art de Lyon. Cette 6e édition, «Us Today After», est consacrée aux États-Unis et au renouveau de la photographie documentaire. À noter cette semaine : un parcours de vernissages et des rencontres avec plusieurs photographes américains à l'IUFM. Renseignements et programmation complète :

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Le temps de la photo

ARTS | Expos / Belle exposition à la Bibliothèque de la Part-Dieu où quatre photographes du Réverbère présentent des travaux récents. Parmi eux : Julien Guinand ou le temps suspendu, et Arielle Bonzon ou le temps accéléré, urgent. Jean-Emmanuel Denave

Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2007

Le temps de la photo

Certains s'y emploient avec des tomates, Julien Guinand, lui, réalise des concentrés de temps. Cela s'appelle aussi des photographies, même si la peinture hante ses images. Temps concassé, broyé à la manière de pigments, puis lissé en lumières étales tirant vers le gris et en couleurs mates comme celles du silence. Suspens, stase, apnée. En une dizaine de grands formats, Guinand aimante notre regard sur des choses qui a priori ne nous passionnent guère : un moteur de voiture sur une chaîne de montage, des tireurs à la carabine dans leur stand, un poulain anesthésié couché dans un renfoncement sombre... Mais la densité de ses images anesthésie justement le regard, envoûte, méduse. Du lierre envahit un coin de forêt et ce paysage devient un monochrome vert enveloppant, un espace fantomatique où l'on prend plaisir à se perdre. Même si la mort rôde parmi les feuillages, tout comme elle rôde dans les autres photographies où le temps, en quelque sorte, meurt (temps mort disent les sportifs). Le poulain s'endort. Les tireurs s'évadent dans un lieu mental dont ils détiennent seuls le secret. La mort ou le vide aiguisent ici la vie, la sculptent, la mettent sous tension, la pétrifient et

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