Des artistes aux semelles de vent

Art Contemporain | Derniers jours pour découvrir au Musée Paul Dini une exposition collective d'art contemporain consacrée au thème large du vagabondage.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 septembre 2017

Photo : © Musée Paul-Dini


Toute œuvre d'art exige a minima, de l'artiste comme du spectateur, un déplacement. Déplacement du regard, déplacement de valeurs esthétiques et éthiques, déplacement de notre perception du monde, des autres et de soi. Parfois, l'œuvre nous pousse jusqu'à la perte de notre identité et de notre rapport quotidien au monde, elle devient alors vertige, rencontre essentielle, métamorphose. Le thème large du vagabondage semble alors idoine à une exposition d'art contemporain, thème proposé en l'occurrence par le Musée Paul Dini pour la 14e édition de son Été contemporain (une exposition annuelle réunissant plusieurs artistes contemporains de la région).

Lignes d'erre

L'exposition ouvre l'errance vagabonde à toutes ses dimensions possibles : « Au-delà de l'arpenteur des campagnes, écrivent les commissaires de l'exposition, l'artiste peut en effet saisir la modernité urbaine, entre effet diurne et effet nocturne. Avec ses moyens propres, en deux ou trois dimensions, il évoque le rêve éveillé, l'évasion, le cheminement au travers duquel l'esprit ou le corps se meut, dans un espace et un temps parallèles, propices aux sensations nouvelles, et à la découverte de l'étrangeté ».

Étrangeté que parcourent par exemple Jackie Kayser (1946-2004) en revisitant certains mythes antiques, ou Max Schoendorff (1934-2016) à travers ses toiles organiques et "surréalisantes", véritables labyrinthes de chairs et de figures entrelacées... Plus proches d'un certain réalisme, Marc Desgrandchamps en révèle les aspects fragiles et fantomatiques, et Djamel Tatah les figures mélancoliques et anonymes... Au total, le regard vagabonde parmi les œuvres d'une petite trentaine d'artistes.

Vagabondage
Au Musée Paul-Dini à Villefranche-sur-Saône jusqu'au 17 septembre


Vagabondage

Un été contemporain, exposition collective d'artistes rhônalpins (peinture, photographie...) autour des nocturnes, du voyage, des paysages, soit ce qui transforme notre relation au temps, à l'étrangeté, à la singularité.
Musée Paul-Dini 2 place Faubert Villefranche-sur-Saône
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Cinq expos à voir cet été à Lyon

Bons Plans | Picasso en tête, les musées et les galeries proposent cet été nombre de belles expositions. Nous en avons sélectionné cinq, mais la liste est loin d'être exhaustive !

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 15 juillet 2020

Cinq expos à voir cet été à Lyon

De la nature, au Musée Dini Piochant dans ses collections modernes et contemporaines, le Musée Dini présente une exposition autour du thème, tout simple et vaste, de la nature : avec des plages fantomatiques signées Marc Desgrandchamps, une nature morte de Antoine Vollon, des paysages recomposés par Jérémy Liron… Et d’autres œuvres de Auguste Morisot, Jacques Truphémus, Marie-Anita Gaube…. Au Musée Paul Dini à Villefranche-sur-Saône jusqu’au dimanche 20 septembre Picasso, l'expo événément Se confrontant à ses maîtres (Ingres, Manet, Cézanne...), Picasso a peint, dessiné, sculpté de très nombreuses scènes de baignade. À travers ce thème estival et revivifiant, l'exposition du Musée des Beaux-Arts parcourt toutes les grandes étapes de la carrière de l'artiste : cubisme, néo-classicisme, surréalisme, primitivis

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Dame nature est morte à la Galerie Michel Descours

Peinture | « Je ne crois pas aux paysages. Parfaitement. » écrit, en refusant de se justifier, le poète Fernando Pessoa. Sans se justifier beaucoup plus, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 octobre 2019

Dame nature est morte à la Galerie Michel Descours

« Je ne crois pas aux paysages. Parfaitement. » écrit, en refusant de se justifier, le poète Fernando Pessoa. Sans se justifier beaucoup plus, la Galerie Michel Descours a invité trois artistes contemporains sous l'égide de cet athéisme paysager. C'est curieux pour Marc Desgrandchamps qui ne fait, depuis bien des années, quasiment que cela : peindre des paysages ! Mais ça l'est moins lorsqu'on découvre concrètement ses toiles qui ne cessent de faire dégouliner les perspectives, trembler les lignes d'horizon et les motifs, rendre aussi fantomatique que vaporeuse toute réalité, qu'elle relève de dame nature ou de ses excroissances humaines. C'est aussi assez curieux pour Frédéric Khodja qui dessine, surtout, des architectures imaginaires et des espaces improbables, en ouvrant des fenêtres quasi "paysagères" ou (plutôt) cinématographiques sur le monde. L'artiste se révèle être aussi, par la bande, un post-romantique : certes moins versé vers le rendu paysager scrupuleux de l’Éco

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Cinq expositions à voir dans les galeries ces prochains mois

Bons Plans | Voici cinq petites expositions en galeries qu'il vous faut cocher sur votre agenda.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 septembre 2019

Cinq expositions à voir dans les galeries ces prochains mois

S'inspirer de Pessoa Je ne crois pas au paysage rassemble trois artistes à la galerie Descours. Le titre est du poète Fernando Pessoa, extrait du Livre de l'intranquillité. Une intranquillité qui sied si bien avec le travail de chacun des artistes : l'évanescence et l'incertitude ontologique des peintures de Marc Desgrandchamps, les topologies imaginaires et les géométries alternatives de Frédéric Khodja, les formes végétales incertaines entre douceur et angoisse de Mélanie Delattre-Vogt... Je ne crois pas au paysage À la galerie Michel Descours jusqu'au 31 octobre Voir enfin l'URDLA La nouvelle exposition de l'URDLA a un double intérêt : nous faire redécouvrir ce lieu atypique et nous faire découvrir un artiste méconnu, Mark Geffriaud. Le plasticien (performeur, vidéaste, sculpteur...) s'approprie les espaces du centre international de l'estampe et ses impressionnantes presses ou autres objets. Il invite le spectateur à un parcours entre fiction et réalité, objets réels et artefacts artistiques... Mark Geffriaud À l'URDLA ​jusqu'au 30 octobre

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Ce qui vous attend dans les musées

Les Expos à venir | Un mastodonte avec Picasso, une intéressante perspective autour du drapé, des locaux à Villefranche et des découvertes : voici ce qui va se passer dans nos musées cette saison.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 septembre 2019

Ce qui vous attend dans les musées

Picasso voit triple Comme Monet, Van Gogh et quelques autres, Picasso est un artiste bankable depuis plusieurs années. Lyon et sa région n'échapperont pas à la règle, même si les musées font l'effort d'approcher le maître andalou sous des angles originaux. Nos voisins du Musée de Grenoble ouvrent la marche avec Picasso au cœur des ténèbres (1939-1945) en se focalisant sur le travail de Picasso pendant la guerre à Paris. Parallèlement, à La Sucrière à partir du 11 octobre, Imagine Picasso proposera une plus spectaculaire immersion, en images projetées de quelque deux-cents œuvres de l'artiste. Enfin, du 18 mars au 13 juillet, le Musée des Beaux-Arts s'attellera à une relecture du thème de la baigneuse dans l’œuvre de Picasso et de quelques autres artistes du 19e siècle l'ayant influencé. Imagine Picasso À La Sucrière à partir du vendredi 11 octobre 2019 Picasso Au Musée des Beaux-Arts du 18 mars au 13 juillet 2020

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Muriel Pic et Marc Desgrandchamps : les mots et les images

Littérature | Deux très prometteuses rencontres ont lieu cette semaine autour des liens entre les images et les mots, avec, respectivement, l'écrivaine Muriel Pic et le peintre Marc Desgrandchamps.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 25 avril 2017

Muriel Pic et Marc Desgrandchamps : les mots et les images

« Devant la caméra de Franju, les animaux me regardent. Ils me regardent avec cette insistance muette, sans concept, qui me fait penser, parler, réfléchir à mon humanité » écrit Muriel Pic dans En regardant le sang des bêtes. Ce petit livre est né du visionnage du court documentaire de Georges Franju, Le Sang des bêtes (1949), sur les abattoirs de la banlieue parisienne. Autour des images cruelles de ce film, Muriel Pic (écrivaine, critique littéraire et traductrice) a composé cent fragments qui entremêlent archives visuelles et textuelles relatives au tournage du documentaire, retours sur son autobiographie, portraits d'écrivains en lien avec les animaux (La Rochefoucault, Michel Leiris, etc.)... Comme dans d'autres de ses livres, Muriel Pic s'empare à la fois de l'archive et de l'art du montage, cher à Walter Benjamin. Montage dont la part magique, selon elle, « tient à la liberté de l'attraction entre les fragments qui n'a rien de systématique ni d

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Max Schoendorff, traits d'esprit

ARTS | Le peintre lyonnais Max Schoendorff fait l'objet d'une petite rétrospective à la galerie Michel Descours. Son esprit surréaliste et libertaire se retrouve aussi dans l'exposition de l'URDLA, qu'il co-fonda en 1978, à la Bibliothèque de la Part-Dieu.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 24 février 2016

Max Schoendorff, traits d'esprit

Devant les œuvres de Max Schoendorff, nous ressentons à chaque fois une sensation de vertige. Une admiration pour leur foisonnement libre et labyrinthique, mêlée d'un certain malaise face à leur trop-plein. Un malaise ou une "nausée" à la Sartre-Roquentin devant les racines d'un marronnier, les méandres accablants de la matière : « Tout existant naît sans raison, se prolonge par faiblesse et meurt par rencontre. Je me laissais aller en arrière et je fermais les paupières. Mais les images, aussitôt alertées, bondirent et vinrent remplir d'existences mes yeux clos : l'existence est un plein que l'homme ne peut quitter. » En peignant, Max Schoendorff (1934 - 2012) semble passer non pas derrière le miroir, mais littéralement sous la peau, parmi les entrelacs des organes et des viscères accumulant et ré-agençant une mémoire constituée d'images, de sensations, d'éclats de corps, d'espaces paradoxaux. Des espaces où plus l'on se dirige vers l'intérieur, plus on semble découvrir leur dehors... L’œuvre de Max Schoendorff est une fouille au corps qui tend à figurer par fragments les affects et les énigmes de cet "Homme approximatif" que Tristan Tzara nommait

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Disparition de Max Schoendorff (1934-2012)

ARTS | Cette «Une» consacrée à l’exposition d’Eric Corne à l’URDLA (Centre international de l’estampe) était prévue de longue date. Entre-temps, nous avons appris avec (...)

Christophe Chabert | Samedi 3 novembre 2012

Disparition de Max Schoendorff (1934-2012)

Cette «Une» consacrée à l’exposition d’Eric Corne à l’URDLA (Centre international de l’estampe) était prévue de longue date. Entre-temps, nous avons appris avec beaucoup de tristesse la disparition de Max Schoendorff, l’un des fondateurs de l’URDLA, le samedi 20 octobre. Nous vous renvoyons à nos quelques mots écrits sur le site du Petit Bulletin quelques jours après la mort de ce grand personnage et artiste lyonnais. Et, pour ceux qui voudraient en savoir plus sur son œuvre, son parcours et ses nombreux engagements, au bel article de Francis Marmande publié sur le site du quotidien Le Monde le 23 octobre 2012.

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Max Schoendorff tourne le dos à la vie

ARTS | Artiste peintre, créateur de l'URDLA (Centre International de l'Estampe) et figure imposante de la culture lyonnaise, Max Schoendorff s'est éteint le 20 octobre dernier. En attendant d'en reparler dans notre édition du 7 novembre, hommage de circonstance. Jean-Emmanuel Denave

Stéphane Duchêne | Lundi 22 octobre 2012

Max Schoendorff tourne le dos à la vie

Nous ne l’avions interviewé qu’une seule fois et rencontré qu’en de trop rares occasions… Pourtant, en peu de mots et bien des œuvres importantes (la sienne propre en tant qu’artiste et la création du Centre International de l’Estampe dit URDLA, entre beaucoup d’autres engagements et initiatives), Max Schoendorff était l’une de ces rares et essentielles personnalités dont la parole a toujours retenti à nos oreilles d’une immédiate et singulière liberté, d’un esprit critique (et constructif) inentamé à l’heure des arasements artistique et intellectuel. Max Schoendorff s’est éteint ce samedi 20 octobre. Nous saluons sa mémoire et présentons à sa famille et à ses proches nos très sincères condoléances. Sa disparition nous affecte beaucoup et nous enjoint déjà, comme à beaucoup d’autres sans doute, un exigeant « devoir de consistance ».

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Max Schoendorff, ses lavis

ARTS | Au Musée des Beaux-Arts, dans le cadre du nouvel accrochage des salles du XXe siècle (et où l'on pourra découvrir les trois œuvres de Soulages récemment (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 avril 2012

Max Schoendorff, ses lavis

Au Musée des Beaux-Arts, dans le cadre du nouvel accrochage des salles du XXe siècle (et où l'on pourra découvrir les trois œuvres de Soulages récemment acquises par le musée), deux toiles de Max Schoendorff côtoient un tableau d'André Masson. Ce n'est là nullement un hasard, tant cet artiste lyonnais et grande figure intellectuelle a été et reste marqué par le Surréalisme. Son Aveugle étoile morte datant de 1966 est selon nous l'une de ses œuvres majeures et vaut pour elle-même un petit détour par le Palais Saint-Pierre. Visite que l'on pourra compléter par l'exposition de la Galerie Mathieu (jusqu'au samedi 19 mai) qui présente une quarantaine de lavis de Schoendorff réalisés en 2010. L'artiste confie les avoir composés rapidement à la manière presque de photographies, l'encre de Chine pouvant être déplacée facilement sur du papier imperméable. Ces dessins aux titres mystérieux plongent le spectateur parmi des paysages abstraits et organiques, des méandres sombres, tour à tour chargés de matière ou translucides. L'effet de nombre et d'accumulation, l'accrochage souvent par groupe de quatre grands formats font de ces œuvres, à la technique et à l'exécution pour

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Max Schoendorff

ARTS | Artiste, fondateur de l'URDLA, participant aux débuts du Théâtre national populaire. Propos recueillis par JED

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 3 décembre 2010

Max Schoendorff

Petit Bulletin : Depuis 1997, qu'est-ce qui vous a marqué dans la vie culturelle à Lyon ?Max Schoendorff : J'ai l'impression qu'elle va s'appauvrissant plutôt que s'enrichissant. Aucun événement particulier ne me vient spontanément à l'esprit. Il se passe beaucoup d'événements ponctuels ici et là (telle biennale, tel défilé...) mais je ne perçois plus d'effervescence de groupe. L'une des choses positives depuis 97 c'est la nouvelle direction du Musée des beaux-arts qui fait référence en Europe. Je me réjouis moins des rétrospectives Keith Haring, Warhol ou Ben au Musée d’art contemporain. Qu'est-ce qui a changé par rapport au passé ?Dans les années 1950, 60, 70, on a inventé quelque chose. Lyon était un trou de province qui a accédé à la modernité. On croyait alors à la modernité, c'est-à-dire à la nouveauté, à la transgression. Cette modernité a été jetée aux oubliettes au profit d'une gestion d'événements pulvérulents. Depuis 97, je ne vois pas d'événement du calibre des premières du Berliner Ensemble, de Bob Wilson, de nos débuts au TNP avec Planchon, Chéreau, Bataillon... Quels sont les atouts et les défauts de Lyon ?Ses atouts sont imm

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Libre Max

ARTS | Expo / Né en 1934 à Lyon, Max Schoendorff est un grand monsieur de la culture : metteur en scène et dramaturge pour le théâtre et l’opéra dans les années 1960 et 1970, fondateur de l’URDLA à Villeurbanne (centre international de l’estampe), cofondateur des revues de cinéma Positif et Premier Plan, décorateur pour Jean-Marie Straub et Danièle Huillet…

Dorotée Aznar | Mardi 15 avril 2008

Libre Max

Last but not least, Max Schoendorff se consacre depuis 1955 à la peinture. Peinture fortement marquée par le romantisme allemand, les figures d’Artaud et de Bataille, et par le surréalisme au sens large. Plusieurs de ses toiles sont actuellement exposées au Musée des Beaux-Arts et la galerie Mathieu présente parallèlement une série d’aquarelles récentes. Ses œuvres ont pour point commun un même processus de création : composition par fragments, éclats, bribes de figures et de matières diverses (organiques, végétales, minérales…). Elles sont déchiquetées, foliacées, pelliculaires et ouvrent ainsi aux dimensions de l’inconscient, de l’imaginaire le plus débridé comme de l’érotisme le plus tourmenté. La surface s’y affole, se démultipliant, se retournant comme un gant ou s’ouvrant à ses propres gouffres. Dans une petite salle du musée, on découvre plusieurs tableaux des années 1960 absolument fascinants : une funèbre Aveugle étoile morte célébrant les noces d’Eros et de Thanatos, de la chair et de la pierre noire, de l’entropie et de l’expansion organique ; la bourrasque d’éléments entremêlés de Nabelschnur der Zeit ; le ciel déchaîné et hostile au-dessus de ce qu’on devine êt

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