La première expo commune du Musée des Beaux-Arts et du MAC

Art Contemporain | Le Musée des Beaux-Arts et le Musée d'Art Contemporain nous invitent à une expérience artistique tout en sensations et en perceptions. Une exposition particulièrement réussie.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 septembre 2019

Photo : © Georges Adilon


Première initiative du Pôle des Musées d'Art de Lyon, l'exposition Penser en formes et en couleurs emprunte son titre à un aphorisme de Georges Braque. L'expression ne manque pas de sel philosophique (formes et couleurs relèvent-elles seulement de la perception, ou sont-elles une forme de pensée à part entière ?), et l'accrochage ne tente pas d'y répondre théoriquement, mais propose une expérience, intense, en entremêlant des œuvres des collections du Musée des Beaux-arts et des collections du Musée d'Art Contemporain. Les trois commissaires d'exposition ont fait éclater tous les repères chronologiques et proposent un parcours qui avance à coups de thématiques matérielles : couleurs isolées, couleurs-vibrations, couleurs-paysages, différents états du gris… On découvre dans une dizaine de salles les métamorphoses les plus osées et les variations les plus extrêmes des matériaux plastiques les plus simples.

Images cochonnes

L'un des temps forts de l'exposition est aussi l'un de ses temps les plus violents : celui de la salle consacrée au lien couleur-sang. Les nombreuses Croûtes (1989-1991) de Philippe Droguet, ensemble de petits tableaux recouverts de sang et accrochés à l'aide de vessies de porcs et de bœufs (!), y voisinent avec les tourbillons rouge rageurs du Viol de la Vierge (1959) de René Duvillier. Plus apaisée, la dernière salle est elle-aussi bouleversante avec les plis délicats des sculptures de Marta Pan, entourant ceux, noirs et matiérés de Pierre Soulages.

Un autre intérêt de cette exposition est de faire se côtoyer des artistes connus (Pierre Soulages, Jean Dubuffet, Olivier Debré, Hans Hartung, Serge Poliakoff…) avec beaucoup d'autres méconnus (Jean-Pierre Giard, Fred Deux, Judit Reigl…). Les seconds n'ont pas ici à envier les premiers, et l'on découvre avec joie des œuvres peu montrées issues des collections des deux musées.

Penser en formes et en couleurs
Au Musée des Beaux-Arts jusqu'au 5 janvier 2020


Penser en formes et en couleurs

Dialogue entre les collections MBA et Mac Lyon
Musée des Beaux-Arts 20 place des Terreaux Lyon 1er
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Un artiste vivant, des œuvres réalisées entre la fin des années 1990 et août 2012, un titre-manifeste tracé en grandes lettres blanches « Soulages, XXIe Siècle »… Non, nous ne sommes pas au Musée d’Art Contemporain (qui de son côté expose un artiste disparu, John Cage, à la musique certes avant-gardiste en 1950 mais aujourd’hui un peu avariée), mais bel et bien au Musée des Beaux-Arts. Au-delà de l’aspect drolatique, le message est sans doute «politique» : nous, Musée des Beaux-Arts, secouons notre poussière et faisons peau neuve, innovons dans le mécénat 3.0 (le club Poussin réunissant aujourd’hui un grand nombre d’entreprises), et donnons de vigoureux coups de pied dans la fourmilière passéiste et provincialiste ! À cela, on ne peut qu’applaudir et rappeler que Sylvie Ramond, depuis sa nomination à la direction du MBA, a impulsé nombre d’expositions passionnantes (Le Plaisir au dessin, Repartir à zéro, Bram et Geer Van Velde…)… Mais, qu’en conférence de presse, celle-ci et Eric de Chassey (co-commissaire de l’exposition) insistent sur un Soulages artistiquement ultra contemporain, innovateur en diable, se renouvelant quasiment de but en blanc à chaque chant

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«Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique», écrit André Breton dans L’Amour fou… Et c’est dans les salles du XXe siècle du Musée des Beaux-Arts que nous sommes allés «attendre» les nouvelles expositions de la rentrée (Soulages notamment, maître du noir, bientôt dans ces murs) et y découvrir un nouvel accrochage éphémère. Le noir déjà y bat son plein dès la découverte de La Cathédrale (1955) de Nicolas de Staël, qui se détache sur une nuit teintée de bleu, celle même où l’artiste bascula la même année en se suicidant. Et Dieu passa aux aveux semble lui répondre, en 1965, Dorothea Tanning (épouse de Max Ernst), avec ses formes ambiguës parmi l’obscurité inquiétante, son corps féminin tronqué et convulsé… Oui Breton encore, L'Amour fou encore : «La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas». Un an après, 1966, le très surréaliste Lyonnais Max Schoendorff entreprend de nous perdre parmi les décors en lambeaux de son Aveugle étoile morte : grotte paléolithique déchiquetée ou intérieur organique, qui

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