Traces : histoires de migrations

Biennale | Il était une fois un bailleur social lyonnais, Aralis, qui voulait rendre visible les enjeux de l’immigration. Vingt ans plus tard, la Biennale Traces a considérablement grandi et propose 150 temps forts sur toute la région pendant deux mois. Dont trois jours dédiés à Carte de Séjour et Rachid Taha.

Nadja Pobel | Mercredi 7 octobre 2020

Photo : © Gaelle Loth


Le programme est dense. Impossible à résumer, tant cette Biennale Traces est au carrefour de différentes composantes : l'approche culturelle et artistique, les sciences sociales et les actions militantes. Pour raconter quoi ? Des histoires d'immigration, de migrations. « Au départ, il était question de la mémoire des immigrés venus participer à la reconstruction industrielle de la France, ils étaient un peu oubliés. Puis le terme a glissé et le discours public s'est mis à parler des "migrants" vers 2015, 2016 » analyse Marina Chauliac, « avec un léger précédent au moment du Printemps arabe où la figure du migrant devient médiatique » complète Philippe Hanus. « Désormais les gens passent, traversent et surtout ce n'est plus une migration de travail. L'enjeu est la place qu'on leur fait, où on les héberge » poursuivent ces deux chercheurs, elle en anthropologie, lui en Histoire — qui sont aussi membres du bureau de l'association Traces.

Ces gars de Rillieux

Cette Biennale n'a pas vocation à enchaîner les colloques. « La culture est au cœur de ce projet voulu par Warda Houti, première femme nommée à la tête des Foyers de travailleurs sociaux, de surcroît algérienne et non militaire » rappelle Sébastien Escande qui coordonne toutes les manifestations. Le nombre d'événements a doublé entre les éditions 2016 et 2018, et cela « rend compte d'une mobilisation large, allant des campagnes grâce aux collectifs les plus militants qui ouvrent des squats aux institutions reconnues — le Musée d'Art Contemporain, le TNP nous démarchent désormais ».

À force de tant de convergences, des projets émergent naturellement, comme la soirée d'ouverture aux Subs (le 7 octobre, complète). Le directeur Stéphane Malfettes avait déjà travaillé avec l'association Artistes en Exil à Paris et avait fait avec eux son lancement de saison il y a un an à Lyon. Les revoilà. L'exposition très remarquée, dont il avait été le commissaire pour le Musée de l'Histoire de l'Immigration à Paris, revient en version allégée à Rillieux-la-Pape lors de trois journées (du 16 au 18 octobre) consacrées à Rachid Taha et Carte de Séjour. Subsistent les huit kakemonos de l'expo parisienne pour raconter ce Paris-Londres, Music migrations (1962-1989) auxquels s'en rajoutent deux autres « pour relier la grande couronne lyonnaise à ce sujet : les lascars de banlieue deviennent des saltimbanques et les chansons d'arab rock de ces gars de Rillieux sont diffusés d'un coup sur la BBC. C'est extraordinaire. Mis à part Aznavour, aucun artiste français n'a eu ce tremplin » selon Philippe Hanus.

Ne pas parler à la place de

Des conférences, des projections (Rock against the police au Périscope le 9 octobre, les fondatrices Mémoires d'immigrés en trois splendides volets de Yamina Benguigui le 31 octobre au Rize…), des expos, des concerts, dans des lieux déjà repérés et des déplacements pour prendre pied physiquement dans ces histoires et ces mémoires comme au cimetière de Cusset ou dans le squat qu'est devenu le collège Maurice-Scève à la Croix-Rousse. Ou encore, la visite des usines TASE à Vaulx-en-Velin : « c'était l'usine-ville de l'agglomération avec bar, cinéma, cité ouvrière, foyer de jeunes filles, église, maison des ingénieurs, des patrons… » précise Marina Chauliac ; « elle a connu toutes les vagues de l'immigration : les Polonais, Italiens, Portugais, puis l'immigration du Maghreb et de Turquie et ensuite les Indochinois » complète Sébastien Escande. « Par le biais d'une histoire locale, on va balayer l'histoire de l'immigration » poursuit-il.

Alors que les séparatismes guettent, que l'Europe vire au gris, au noir, au brun, cette Biennale vise à sortir des « problématiques binaires » et « du prêt-à-penser » pour que la migration ne soit pas juste un sujet corolaire « au misérabilisme ou à la criminalisation » selon Philippe Hanus.

Biennale Traces
Dans divers lieux de la Région​ du mercredi 7 octobre au lundi 7 décembre

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Jazz à Vienne dévoile sa programmation 2021, malgré les incertitudes

Festival | Et si le monde d'après commençait le 25 juin en l'antique théâtre de Vienne avec pour bande-son un peu (beaucoup) de jazz ? Alors que sonne la débandade au royaume des festivals estivaux, Jazz à Vienne veut y croire en dévoilant une programmation à l'ancienne avec de vrais musiciens à présenter à un public en chair et en os. Les promesses n'engageant que ceux qui y croient, eh bien on y croit. Un peu.

Stéphane Duchêne | Mardi 6 avril 2021

 Jazz à Vienne dévoile sa programmation 2021, malgré les incertitudes

18 soirées, trois hommages, huit cartes blanches, voilà ce que nous promet Jazz à Vienne pour son édition 2021 placée sous le signe de la « relance », du « combat », et de la « générosité ». Il faudra au moins ça pour que le festival débute bien le 23 juin (prochain, pas 2022) et se termine comme une fleur le 10 juillet. Ça, de bonnes doses de vaccins et accessoirement de chance aussi. Car quand on dit « voilà ce que nous promet Jazz à Vienne », il faut bien admettre qu'il s'agit davantage d'un vœu pieu déguisé en promesse de la part d'un événement malgré tout conscient du caractère incertain de l'avenir quand on se trimballe un présent pareil. Mais enfin bon puisque programmation il y a, alors parlons de programmation sans nous attarder, ça nous changera, sur les moyens de la mettre sur scène cet été et devant un public avec ça. Tout commencerait donc le 23 juin avec une soirée qui commence à trouver le temps long puisque déjà prévue pour l'an dernier : celle de l'ouverture qui accueillera le petit fiancé de Jazz à Vienne, Jamie Cullum, et

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Le feu Taha

Hommage | Soirée hommage au Périscope consacrée à la figure toujours incandescente de Rachid Taha, avec en point d'orgue, une lecture musicale d'un texte signé Brigitte Giraud.

Stéphane Duchêne | Mardi 15 octobre 2019

Le feu Taha

Alors que la scène lyonnaise s'apprête à panthéoniser Hubert Mounier sur un disque hommage collectif et un concert en grande pompe pas du tout funèbre, se prépare au Périscope une soirée qui, d'une autre manière, ravivera la mémoire de l'autre grand Lyonnais du rock, Rachid Taha, décédé soudainement il y a tout juste un an, quelques jours avant un concert doublement anniversaire qui s'annonçait radieux. Un événement multicartes, sous la bannière à rallonge "Lyon brûle-t-il ? : Musique, contestation et quartiers populaires, autour de l'histoire du groupe Carte de Séjour et de Rachid Taha". D'abord, écoute, projection et discussion : des membres du groupe et l'historien Philippe Hanus décortiqueront le parcours de Carte de Séjour, son "rock arabe", sa manière sans manières de braconner les genres et les identités pour s'en faire une propre. La fièvre et la brûlure Sa contemporanéité aussi avec la Marche pour l'égalité et contre le racisme, dite Marche des Beurs,

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Rachid Taha : Le Gone du chaâbi

Disparition | Alors qu'il devait jouer ces prochains jours à l'Opéra de Lyon, le chanteur Lyonnais Rachid Taha, ancien leader de Carte de Séjour et grande figure du rock'n'raï, est décédé dans la nuit du 11 au 12 septembre dernier d'une crise cardiaque à l'âge de 59 ans. Il fêtait cette année les 20 ans de son chef d'oeuvre Diwan, symbole des passerelles esthétiques et culturelles bâties une vie durant par un artiste hors-normes.

Stéphane Duchêne | Mercredi 19 septembre 2018

Rachid Taha : Le Gone du chaâbi

C'était l'un des piliers de la culture lyonnaise et de sa scène rock, lui qui n'était lyonnais que d'adoption et avait depuis longtemps mis les voiles. Mais cela en dit long sur la trace laissée. Né à Oran en 1958, Rachid avait déménagé à l'âge de dix ans avec ses parents à Sainte-Marie-Aux-Mines en Alsace, par ailleurs patrie d'un musicien avec lequel il collaborera, Rodolphe Burger, puis à Lépanges-sur-Vologne dans les Vosges. Là, le tout jeune homme commence à se nourrir d'influences musicales qui ne le quitteront jamais, à commencer par le punk et le Clash, James Brown mais aussi la musique égyptienne, la chanson française, Bollywood et les films d'Elvis à propos desquels il disait – « mieux vaut un bon navet qu'un mauvais couscous » – tout en continuant à découvrir les incunables de son pays natal comme le chaâbi de Dahmane El-Harrachi. Ce n'est qu'à l'approche de la vingtaine que Rachid rejoint Lyon, plus précisément Rillieux-la-Pape, où il travaille dans une usine de radiateurs. Il y fonde le groupe

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Rachid Taha est décédé

Disparition | Le chanteur Rachid Taha est décédé mardi soir d'une crise cardiaque durant son sommeil, à son domicile, a annoncé Le Parisien. Il était âgé de 59 ans.

Sébastien Broquet | Mercredi 12 septembre 2018

Rachid Taha est décédé

Le rockeur né près d'Oran en Algérie, avait grandi à Lyon au son de Lapassenkof de son ami Robert Lapassade, et était ensuite devenu une icône de la sono mondiale, de sa cover de Douce France au sein de Carte de Séjour qu'il avait formé en 1981, jusqu'à l'album Diwan enregistré en 1998 avec Steve Hillage, qu'il s'apprêtait à rejouer sur scène la semaine prochaine pour les vingt ans de sa sortie, avec les cordes de l'Opéra de Lyon pour un concert exceptionnel dans lequel il s'était beaucoup investi ses derniers temps. Au-delà de Diwan, il avait prévu d'en faire un best-of de sa carrière, en rejouant également des titres de Carte de Séjour et en intégrant des titres de son prochain album, dont le frais single Je suis Africain. Rachid Taha était capable de s'approprier des titres venus d'horizons aussi divers que Ya Rayah de Dahmane El-Harrachi, dont il fît un hit international, ou encore Rock the Casbah de son groupe culte The Clash. Il fût également l'un des

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« Le cinéma expérimental, c’est de la peinture »

Collectif Météorites | Météorites, c’est ce nouveau collectif qui organise des projections de films un peu spéciales. La Mort du Dieu serpent au Zola, c’était eux. The Swimmer au Vinatier aussi. La soirée John Fahey au Périscope, toujours eux. Mais qui sont-ils ?

Lisa Dumoulin | Mardi 14 février 2017

« Le cinéma expérimental, c’est de la peinture »

Sébastien Escande, comète à l'initiative de la nébuleuse Météorites, nous éclaire : « Nous sommes une quinzaine de personnes, des réalisateurs, des producteurs, des programmateurs mais aussi des cinéphiles, et j’aime parce que c’est bien mixte, garçons et filles. C’est un collectif informel et mouvant, et c’est une force puisque ça nous oblige à réinterroger notre désir à chaque fois. Le moteur c’est la programmation : chacun arrive avec des idées. Ce qui est intéressant, c’est qu’on n’est pas enfermés dans un genre. L’idée c’est avant tout de montrer des films qui ne seraient pas diffusés si on ne les accompagnait pas, parce qu’ils représentent une prise de risque importante, qu’ils sont peu connus ou formellement singuliers… donc ils nécessitent d’être accompagnés par un réalisateur, une soirée, un échange. » La programmation se construit autour de trois axes : des documentaires contemporains (« on rapporte nos coups de cœurs des festivals où l’on se rend, comme ceux de Lussas ou de Clermont-Ferrand »), des films expérimentaux (« car il n’y en a pas à Lyon ») et des films méconnus

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Rachid Taha : "Sincèrement, on vous a prévenu"

Festival 6e Continent | Rockeur adepte des sons électroniques dès la première heure, moderniste enregistrant des albums consacrés au répertoire chaabi ou raï, bringueur parfois limite ou phénomène de scène dingue d’Elvis, chroniqueur avisé de notre époque, Rachid Taha est un caméléon, une utopie et un manifeste à lui tout seul.

Sébastien Broquet | Mercredi 1 juin 2016

Rachid Taha :

Au début des années 80, quand vous avez commencé avec Carte de Séjour, vous écoutiez les Talking Heads, produits par Brian Eno, ou The Clash. Aujourd'hui, ce même Brian Eno, ou Mick Jones, vous appellent pour travailler avec vous : comment le ressentez-vous ? Je le ressens d'une manière tout à fait normale, sans être prétentieux, mais quand j'ai commencé à Lyon avec Carte de Séjour, j'étais sûr que j'allais les rencontrer, que je travaillerais avec eux un jour ou l'autre. C'est arrivé. Et l'histoire continue : j'avais très envie de bosser avec Damon Albarn. Et nous allons tourner ensemble au mois de juillet. Tous ces gens avec qui je rêvais de travailler, je les ai eu : c'est super. Brian Eno, comment s'est passé la rencontre ? Il m'a appelé. Il travaillait justement avec Damon Albarn et il voulait faire une voix avec moi, pour un album à l'occasion des Jeux Olympiques en Grèce, en 2004. Moi j'étais fan et ça faisait longtemps que je voulais le rencontrer. Comme avec Robert Plant, aussi.

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Des Invites pleines de surprises

CONNAITRE | De la bonne musique, le haut du panier des arts de la rue et surtout un esprit festif, associatif et généreux. Voilà de quoi va se parer Villeurbanne du 19 au 22 juin pour les traditionnelles Invites, 12èmes du nom. Revue de détail. Nadja Pobel et Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 18 avril 2013

Des Invites pleines de surprises

Sous-titré «festival pas pareil», les Invites sont effectivement en constante évolution et (ré)invention. Cette année, c'est sur le thème de la mer et en se révélant encore plus centrée que d’habitude sur le jeune public que la fête réinvestira Villeurbanne. Le parc de la Commune étant abandonné depuis trois ans, c’est en effet en centre-ville que se déroulera de nouveau le cœur de la manifestation, entre la place Lazare-Goujon et le parc du centre, de part et d’autre du cours Émile Zola, au niveau de la station de métro Gratte-ciel. La compagnie Délices Dada fera des visites de la cité avec toujours autant de truculence et d’impertinence ; De Fakto proposera une création hip hop autour du Petit bal perdu chanté par Bourvil et chorégraphié par Découflé. La Constellation présentera elle aussi sa création de l’année, Outside, sorte d’opéra rock adapté au plein air. Bien d’autres propositions artistiques sont à découvrir au fil des rues - certaines, les impromptus, ne sont d’ailleurs pas encore annoncées et se dévoileront pendant le festival, à limage de fausses

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