Au Delicatessen, c'est tous les jours l'Amérique

Barbaque | Fustigeant les nouveaux régimes alimentaires, à base de « p'tits machins tout secs » Karadoc conclue : « le gras c’est la vie ! » Saison 2, Épisode 76 de Kaamelott. Dans la série d’M6, Karadoc a un frangin : gourmand lui aussi. Si gourmandFepi qu’il vient d’ouvrir à Lyon son restaurant, dédié à la barbaque.

Adrien Simon | Mardi 3 octobre 2017

Brice Fournier est acteur : outre Kaamelott, on a pu le voir dans des longs (À l'origine de Xavier Gianolli, et en chef de cuisine dans les Saveurs du Palais) et dans des courts-métrages (Black Spirit, bientôt, dans lequel il tient le rôle principal). Pendant son temps libre, Brice est aussi restaurateur. Il a tenu un resto thaïlandais à Paris, devenu steakhouse. Le voilà qui donne de sa personne pour ce tout neuf Delicatessen.

Le rapport entre sa carrière de comédien et celle d'aubergiste ? « L'envie de raconter des histoires. » Celle du Delicatessen, c'est celle de son affection pour les States, lui qui a fait ses études de commerce à New York, qui vécut un temps dans le Maryland et dont les trois enfants sont américains. Ici, Brice a « fait un melting pot de différentes choses » croisées et mangées sur la côte Est des États-Unis. Ainsi, comme dans les deli new-yorkais, on se fait servir au comptoir, on mange sur un plateau nappé de papier kraft et on règle sa nourriture au poids. Il n'y a ni bagels ni pastrami ; plutôt de la viande, rôtie dans un style sudiste.

Si le barbecue vous évoque le camping et les chipos mi-crues mi-brulées, sachez qu'au Sud de Washington, le mot revêt une autre signification. La grillade y est érigée au rang d'art... de la patience. Les grosses pièces de viande (un porc entier, par exemple) sont placées dans d'énormes fumoirs, pendant des heures. Une technique ancestrale, comme le rappelle Brice :

avant, on fumait dans un trou, une fosse recouverte de braises. C'étaient des esclaves noirs qui étaient souvent les pit masters. Ce que les Américains considèrent aujourd'hui comme un ciment de la culture étasunienne, c'est un truc d'esclaves à la base. »

Qui perfectionnaient là une technique de fumage… amérindienne. Le "barbakoa" étant pour les Arawaks le support en bois sur lequel on boucanait le poisson ou la viande.

Lente est la cuisson

Évidemment, notre Kadoc n'ayant pas creusé un trou dans la rue de l'Arbre Sec, il utilise tout simplement son four, réglé à basse température. L'avantage principal des fumoirs américains, c'est de cuire la viande longuement et doucement, à moins de 120°C. Des conditions de cuisson qu'il peut reproduire sans charbon. Ce qui lui permet de proposer des spécialités comme le pulled pork (ou beef) : de l'épaule tellement attendrie qu'on l'effiloche à la fourchette. À accompagner de Mac'n'Cheese (mais si ! Le gratin de macaronis au cheddar), de haricots noirs à la tomate ou d'un épi de maïs grillé entier.

À goûter aussi, assis à une grande table sous une énorme photo de cochon (vivant) : de la viande de dinde marinée au jus d'orange ou bien les ribs, ces travers de porcs à la texane, dotés d'un bon matelas de gras, marinés 24h dans un mélange de paprika fumé, oignon et ail, et laqués après cuisson au miel et sauce barbecue. Si avec tout ça on craint la l'hypoglycémie, il reste l'apple pie ou le cheesecake. La matière première étant de qualité (la viande vient de chez Éric Rantet, rue du Plâtre, et d'une coopérative du Sud-Ouest), les recettes rôdées, et les tarifs plafonnés, le résultat devrait ravir les amateurs de tendre bidoche. Qu'ils pourront arroser de Pils d'Europe de l'Est, d'un bon pif du Sud (le très nature vin de la cave coopérative d'Estezargues), ou d'une super limonade homemade.

Delicatessen
38 rue de l'Arbre Sec, Lyon 1er
Tous les jours de midi à 15h et de 19h à 23h
Compter 15-25€

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Alexandre Astier : « dans Kaamelott, il y a un mouvement de libération total du mec qui écrit »

Kaamelott Livre IV | Après une longue interruption (et avant la sortie du premier long-métrage issu de la saga), Alexandre Astier reprend la publication du texte intégral de la série "Kaamelott". La parution du "Livre IV" (aux éditions Télémaque), point d’inflexion dramatique et formel de son épopée arthurienne, est l’occasion d’une conversation édifiante avec l’auteur-interprète sur, notamment, son approche de l’écriture — du cambouis de la structure à la haute couture brodée main pour les acteurs —, mais aussi de battre en brèche certaines légendes. Trois cors, c’est parti…

Vincent Raymond | Jeudi 16 juillet 2020

Alexandre Astier : « dans Kaamelott, il y a un mouvement de libération total du mec qui écrit »

L’édition d’un scénario reste une sorte de paradoxe dans la mesure où il s’agit d’un “texte en bleu de travail“, un objet théoriquement invisible car il est en permanence contredit ou confirmé par le tournage. S’agit-il alors d’un témoin, d’un ouvrage de référence permettant des études comparées avec ce qui a été filmé, d’un outil pour d’autres comédiens ? Alexandre Astier : C’est difficile à dire. On pourrait même partir du principe qu’il ne devrait pas exister. Sur les gros films, les scénarii sont confidentiels, watermarkés, tout le monde y fait attention. Ceux des séries, c’est autre chose : tu en retrouves par terre à la cantine ; c’est un tel flux d’apports nouveaux que tu en balayes ! À l’époque de Kaamelott la série, on vivait très clairement dans le papier. Et la vie du scénario, c’est de mourir le soir : poubelle. D’autant que c’est un document technique ne concernant que ceux qui savent s’en servir, comme un blueprint, un plan de démont

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Les Flaconneurs : portés sur la bonne bouteille

Restaurant | Au sud de l'Opéra, on peut dégoupiller quelques flacons bien accompagnés d'une cuisine de bistrot : bienvenue aux Flaconneurs.

Adrien Simon | Mardi 19 novembre 2019

Les Flaconneurs : portés sur la bonne bouteille

Au début du mois de novembre, on pointa le bout du nez au salon du Vercoquin, historique caviste non chimique du 7e arrondissement. On y jouait collé serré, et à condition de ne pas être trop ample, on pouvait se faufiler jusqu'aux tables de quelques pointures du vin naturel. Parmi celles-ci, une référence angevine, tombée dans le sans-soufre il y a plus de vingt ans. Pendant qu'on humait ses (superbes) cuvées, le monsieur, peu commerçant, faisait l'éloge du vignoble jurassien et du domaine Labet. La dernière fois qu'on a vu Labet sur une carte c'était aux Flaconneurs, nouveau resto d'un coin qui bouge. Au sud de l'Opéra il y avait déjà quelques bons bouchons (le Garet, chez Georges), des établissements plus anecdotiques, et puis un bar à cocktail teuton (le Black Forest), un néobistrot trop peu connu (le Cercle Rouge), des pâtes fraîches servies du matin au soir (Ultimo), et un barbec' ricain (Delicatessen) qui a déménagé avant l'été du côté de Sathonay. Îles flottantes and co C'est à sa place que se sont posés les Flaconneurs, dans un local tout en longueur, redé

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Fait pour durer

SCENES | Acteur tout terrain depuis 18 ans au théâtre, à la télé et même chez Spielberg, Karim Demnatt revient à lui et puise dans son pays d’origine – le Maroc - une histoire intime qu’il présente à l’Espace 44, "Brûler". Portrait de ce touche-à-tout à l’énergie Duracell. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 20 janvier 2012

Fait pour durer

Première rencontre. Cette impression qui dessine les contours d’une personnalité : quelle énergie ! Quelle tchatche ! Et irrémédiablement l’envie de savoir qui se cache derrière. Au commencement, en 1974, Karim Demnatt est Karim Qayouh. Il naît en France de parents marocains venus chercher ici de meilleures conditions de vie. Maman est intendante de maison dans une grande famille autour de Roanne, papa travaille dans l’industrie automobile en banlieue parisienne. Rien ne destine Karim à passer sa vie sur les planches. Il est d’ailleurs plus pressé de pratiquer les sports de combat que d’accompagner ses copains au théâtre. C’est pour lui du haut de ses 15 ans,  «un truc de tapettes avec souliers vernissés». Mais les préjugés d’ado sont rapidement mis au placard : «Je m’approche du théâtre alors comme un animal craintif, à pas de loup comme s’il y avait un risque» et il découvre «que ça met de la beauté dans la vie, c’est comme un rapport amoureux». En route donc pour l’école de la Comédie de Saint-Etienne où il ne pense pas une seconde avoir réussi le concours d’entrée. Et pourtant si. Mais il reste à s’adapter à des gens pas comme lui, qui ne rêvaient

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La petite boutique de Kaamelott

CONNAITRE | Analyse / L'univers de Kaamelott est conforme au contexte historique dans lequel il s'inscrit. "L'action est coincée entre la chute de l'empire romain, (...)

| Mercredi 22 décembre 2004

La petite boutique de Kaamelott

Analyse / L'univers de Kaamelott est conforme au contexte historique dans lequel il s'inscrit. "L'action est coincée entre la chute de l'empire romain, l'avènement du christianisme, les invasions barbares, les bouleversements géopolitiques dans l'île de Bretagne, la fin des traditions celtes, la polygamie et les premiers préceptes monogames..." explique Astier. Mais, évidemment, on est loin de la vision d'un John Boorman avec Excalibur. Les personnages parlent dans une langue qui est un mélange d'argot lyonnais et de gouaille audiardienne (grande référence d'Astier), un langage "musical" que l'auteur fait littéralement chanter dans la bouche de ses acteurs. Quant à la mythologie, elle en prend aussi pour son grade : les chevaliers sont lâches, égoïstes et surtout particulièrement idiots. On retrouve là le goût d'Astier pour des personnages constamment à côté de la plaque, crétins inoffensifs dont il se moque avec une certaine tendresse, dans la lignée d'autres grands artistes du dialogue et de la caractérisation, les frères Coen. Les bases sur lesquelles la série se développe alternent trois types de sujets : "La partie professionnelle avec la vie militaire, la vie des chevaliers,

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"Un terrain de jeu inépuisable"

ECRANS | Interview / Alexandre Astier, auteur, réalisateur, acteur et compositeur de la musique de Kaamelot Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Mercredi 22 décembre 2004

Petit Bulletin : Tu as tourné cent épisodes de Kaamelott. Comment as-tu travaillé les sujets ?Alexandre Astier : Il n'y a pas d'anachronisme, il n'y a que la langue qui est actuelle, tout le reste aurait pu se passer à l'époque. Personne ne se pointe avec une montre ou un autoradio. Sur les sujets, à part ceux qui traversent les âges et les siècles, et qui n'ont pas vraiment changé, comme les histoires de possessivité sentimentale, de doute professionnel ou d'inefficacité globale, il n'y a pas de références directes à l'actualité, ça aurait enlevé de la pérennité au projet ; j'aurais l'impression de rendre anecdotique ce que je suis en train d'écrire. Comment fais-tu pour te renouveler ?Je n'écris pas pour des personnages mais pour des comédiens. Je commence par les faire parler : j'allume l'ordinateur, je leur fais dire une ou deux phrases qui finiront peut-être à la poubelle. Au bout de quelques répliques, je commence à piger ce qu'ils sont en train de dire. Je sais alors de quoi je parle. Il y a tellement de sphères de toute façon... C'est un carrefour entre le médiéval fantastique et la réalité historique. C'est inépuisable comme terrain de jeu.

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Appelez-le Arthur...

CONNAITRE | Télévision / Découvert sur les planches lyonnaises avec Le Jour du Froment, Alexandre Astier donne une suite à son court-métrage Dies Irae en reprenant le créneau de Caméra Café sur M6. Kaamelott : 3 minutes 30 quotidiennes pour découvrir les dessous burlesques des Chevaliers de la Table Ronde. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 décembre 2004

Appelez-le Arthur...

En 2002, Alexandre Astier s'offre une année faste... Alors qu'il écrit et interprète sous la direction de Jean-Christophe Hembert le formidable Jour du Froment au Théâtre de la Croix-Rousse, il prépare en parallèle un court-métrage intitulé Dies Irae. On y découvre les Chevaliers de la Table Ronde aux prises avec une réalité très quotidienne, glosant dans un langage contemporain très fleuri sur les problèmes qu'ils rencontrent dans leur quête (poussive) du Graal. Une galerie de portraits croqués avec ce sens du dialogue percutant qui est déjà en train de faire la réputation d'Astier, redoublé par sa prestation en Arthur colérique, loin de la noblesse habituelle du premier Roi de Bretagne. Dies Irae confirme l'aptitude d'Astier à travailler un rythme imparable, mais aussi, plus inattendu, son œil de réalisateur, le film étant composé avec un soin inattendu pour du court métrage comique. Les ratés de la table ronde"Mon agent m'a dit que cette idée marcherait bien dans un format court, explique Astier. Je n'aurais pas couru après un truc télé parce que ce n'est pas mon monde, mais elle avait raison, ça s'y prêtait. C'est pour ça qu'on a enquillé sur des pilotes autoproduit

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Magicien à tout faire

SCENES | Portrait / C'est lui le Merlin un peu branque de la série Kaamelott. Jacques Chambon fait aussi des apparitions dans des téléfilms et, on le sait moins, (...)

| Mercredi 15 novembre 2006

Magicien à tout faire

Portrait / C'est lui le Merlin un peu branque de la série Kaamelott. Jacques Chambon fait aussi des apparitions dans des téléfilms et, on le sait moins, il a joué pour Planchon dans une pièce produite par le TNP. En bon gymnaste, il fait surtout depuis le début de sa carrière de grands écarts entre ce qu'il ne peut pas dissocier, le café-théâtre et le théâtre classique. Il consent néanmoins à dire que les deux univers ont un manque cruel de curiosité réciproque. «Je sais depuis longtemps qu'il faut savoir faire plusieurs choses pour survivre dans ce métier». C'est pas le tout mais «faut faire croûter les enfants, et ils ont bon appétit», note-t-il au passage. Il faut tenter de vivre de cette scène «indispensable» et d'avancer dans une carrière de comédien. Pas simple. Alors plutôt que d'attendre que le théâtre institutionnel lui ouvre grand les bras, il fait son travail là où on le lui permet. «On peut faire des choses bien en café-théâtre, de la comédie intelligente, avec du fond», assure-t-il. D'autant qu'il ne joue et n'écrit pas que ça. Sa pièce Nous crions grâce écrite à partir de lettres de soldats a tiré les larmes à plus d'un spectateur. Par ailleurs, la comédie qu'il a écr

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