À la recherche des cépages pirates

Vin Naturel | Cinquième édition pour le salon des vins naturels concoté par Nouriturfu et Rue89Lyon, qui propose un joli line-up de vignerons conscients et curieux durant deux journées au Palais de la Bourse.

Sébastien Broquet | Mardi 30 octobre 2018

Photo : © Lou y-es tu ?


Ce salon des vins naturels imaginé par Antonin Iommi-Amunategui a bien grandi : d'une première édition bricolée à La Bellevilloise, à Paris, en compagnie du pure player Rue89 qui hébergeait alors son blog punk et engagé No Wine is Innocent, nous en sommes arrivés à un événément itinérant d'une ampleur grandissante faisant désormais halte par la capitale, mais aussi Bordeaux et donc, Lyon, où la cinquième borne sera posée ce week-end au très clinquant Palais de la Bourse.

Le punk qui revendiquait la liberté totale dans le vin naturel est devenu pape du mouvement, publiant aux éditions de L'Épure un Manifeste pour le vin naturel et un Manuel pour s'initier au vin naturel, co-fondant avec Anne Zunino en parallèle Nouriturfu, maison d'édition dédiée à la culture food mais également organisateur d'événements. Dont ce salon, en compagnie de Rue89Lyon, qui est indépendant de Rue89 (vous suivez ?) mais tout autant porté sur le vin naturel, même sans blog d'Antonin. La rencontre de ses deux impertinences devrait de nouveau conduire à quelques étincelles, à commencer par la conférence du samedi 3 novembre à 15h, qui part à la recherche des cépages interdits, "Pirates et perles rares du vignoble".

Car oui, certains cépages sont interdits : herbemont, clinton, noah, jacquez, othello… ou encore isabella, qui était (et est encore, par quelques pirates vendant leur vin en bord de route) utilisé sur l'île de La Réunion pour produire le vin de Cilaos, qui paraît-il rendrait aveugle - une accusation servant à légitimer auprès des consommateurs leur interdiction, avant tout d'intérêt mercantile. Ces cépages sont originaires des États-Unis et la première vague, pourtant résistante, fût interdite en 1878 pendant la crise de l'oïdium qui ravage alors les vignes, au profit de l'industrie de la chimie qui soutient le sulfatage de carbone comme remède. En 1934, d'autres cépages hybrides venus du même pays sont interdits à leur tour, cette fois pour éviter une surproduction qui aurait pu nuire au Bordelais... Nul doute que le sujet intéressera des visiteurs aujourd'hui autrement sensibilisés aux torsions de la vérité par les industriels au détriment de la biodiversité et de l'écologie...

Lou y est

La seconde conférence le lendemain se penchera sur l'éventuelle création d'un nouveau cru en bio, à Lantigné dans le Beaujolais. Et quelques auteurs et autrices seront également présents. On guettera en particulier la présence de Fleur Godart et Justine Saint-Lô, qui viendront présenter le tome 2 de leur très réussi et pédagogique Pur Jus, et André Deyrieux, pour son À la rencontre des cépages modestes et oubliés.

Tout ceci est bien joli, mais n'oublions pas qu'un salon est avant tout destiné à faire provision de canons : on peut s'attarder sur le stand du collectif Vandal Wine, où un ancien du monde du graffiti sauvage transmet sa soif de freestyle dans des bouteilles étonnantes, du côté du Roussillon. On se jettera avec avidité et sans retenue sur la nouvelle cuvée de Lou y es-tu ?, une merveille de gamay, un beaujolais capable d'épancher les soifs les plus exigentes. On fera provision de Château Landra, plus au Sud dans le Ventoux, tout en syrah et grenache, qui régale les palais de sa rondeur épicée. Et l'on testera les inconnus, venus de Bulgarie (Melnikon) ou de République Tchèque (Domaine Krásná Hora...) : les voyages forment, aussi, les épicuriens.

Sous les pavés, la vigne
Au Palais de la Bourse les samedi 3 et dimanche 4 novembre de 10h à 19h


Sous les pavés la vigne

Vente et dégustation de vins bio, biodynamiques et naturels
Palais de la bourse Place de la Bourse Lyon 2e
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