Pouvez-vous nous dresser le tableau du whisky en France en 2019 ?
Philippe Jugé : Il s'est vendu un peu plus d'un million de bouteilles de whisky français l'année dernière en France. Il y a 77 distilleries officiellement en opération aujourd'hui sur le territoire. Puisque la réglementation européenne impose trois ans de vieillissement sous bois minimum pour le whisky, seules 44 d'entre elles ont commercialisé un whisky. Certaines n'ont pas encore plus de trois ans de distillation derrière elles et d'autres ont décidé de commercialiser des produits à quatre, cinq, six voire dix ans d'âge.  
 
Ces chiffres trahissent-ils une évolution positive de la situation du whisky français ?  
Oui, il n'y avait que cinq distilleries en 2000, vingt en 2010 et aujourd'hui nous en avons 77. Et encore, il ne s'agit que des distilleries qui se sont révélées, qui ont communiqué sur le fait qu'elles faisaient du whisky. On peut penser qu'une dizaine, une quinzaine, peut être même plus, n'ont rien dit à personne puisqu'il faut attendre au moins trois ans pour avoir du whisky à vendre. Ça ne sert à rien de communiquer trop tôt. D'autant plus qu'aujourd'hui la demande est largement supérieure à l'offre. Vous annoncez que vous allez faire du whisky, il y a déjà des gens qui vous appellent pour en acheter !
 
On peut donc imaginer que cette évolution va se poursuivre sur les années à venir ? 
On estime qu'il y aura à la fin de l'année prochaine cent distilleries en activité. On peut raisonnablement penser qu'on va rapidement atteindre les deux millions de bouteilles de whisky français vendues en France. Aujourd'hui, il n'y a pas l'offre pour. 100% du whisky produit se vend. L'an dernier on a vendu un million de bouteilles parce qu'il n'y en avait qu'un million à vendre. Il y en aurait eu 1 200 000 on aurait tout écoulé.
 
Comment peut-on expliquer l'attrait du whisky français ? 
Premièrement, le marché français est gros. Ensuite, comme dans un peu tous les pays, dans les dix ans qui suivent l'explosion de la brasserie, il y a une explosion de la distillation. On oublie toujours mais pour faire du whisky il faut d'abord faire de la bière. C'est ce qui se passe en France. Les gens veulent aussi des choses qui n'ont pas fait trois fois le tour du monde, des choses plus locavores, un peu plus en rapport avec les terroirs. 
 
D'autant que la France possède sur son territoire tout ce qu'il faut pour produire du whisky...
On est assez privilégiés de ce point de vue-là. Les semences, la bouteille, les bouchons, les tonneaux, les alambics, les céréales... On maîtrise tout. On a évidemment tous les savoir-faire puisque depuis quelques centaines d'années on distille dans toutes les régions de France. Et puis, il ne faut jamais oublier que la France est un pays avec une forte tradition de l'innovation. On la retrouve aujourd'hui aussi dans le whisky français. 
 
Le whisky français a donc de beaux jours devant lui, non ? 
Effectivement. Généralement quand on met France sur quelque chose qui se mange ou qui se boit, on a un capital sympathie important. Pendant très longtemps il valait mieux mettre imported sur une bouteille pour avoir une chance de la vendre dans un rayon de supermarché. Aujourd'hui c'est différent, un drapeau français fait l'affaire. Tous les signaux sont dans le vert pour le whisky français. Les planètes sont alignées, il n'y a pas grande inquiétude : ça va vraiment marcher. 
 
Philippe Jugé
Conférence "Les spécificités du whisky de France"
Au Palais de la Bourse (salle 2) le dimanche 10 novembre à 14h30
 

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Les spécificités du whisky en France

Avec Philippe Jugé, auteur du "Whisky pour le Nuls". 45 min Place de la Bourse Place de la Bourse Lyon 2e

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