Carmelo, on peut réserver

Pizzeria | Faut-il faire la queue près d’une heure pour une pizza margherita ? Non, mais réserver dans la nouvelle brasserie italo-branchée du groupe Big Mamma, pourquoi pas.

Adrien Simon | Mercredi 14 octobre 2020

Photo : © Mona Bonetto


Un midi, l'hiver dernier, on échoua à se restaurer dans une nouvelle pizzeria de la rue Neuve. Quelques jours plus tôt, la soirée d'ouverture de ce Carmelo, garnie d'influenceuses, avait submergé Instagram. Pendant plusieurs semaines, la rue Neuve resta donc remplie d'affamés poireautant — comme nous ce jour-là. Alors qu'on nous annonçait une heure d'attente, un badaud osa la question qui ramène sur terre : « mais qu'a-t-elle donc de si spécial cette pizzeria ? ». Las, on rebroussa chemin, tout en pensant à la réponse : Carmelo est le nouvelle enseigne d'un malin groupe de restauration : Big Mamma. Une success story made in HEC. Ses deux fondateurs ont tous deux été élèves à Jouy-en-Josas. L'un, Tigrane Seydoux, est issu d'une famille bien connue dans le monde du cinéma, a poursuivi sa route aux côtés de Stéphane Courbit (Endemol, Betclic, mais aussi le palace Les Airelles à Courch'). Ce dernier a des parts dans My Major Company, start-up dont Victor Lugger, le second larron, fut le DG.

Big Mamma c'est le blockbuster censé réconcilier la critique et le populo : une cuisine familiale avec une came artisanale achetée « en direct » aux quatre coins de la botte, de grandes cantines « vibrantes » à la déco baroque et des prix tenus. Pour maintenir le débit, cette stratégie : refuser les réservations. Le groupe compte maintenant huit adresses à Paris, dont le gigantesque Felicità dans la Station F de Xavier Niel (patron de Free) et avant lui le déjà énorme Popolare (1500 couverts par jour) qui déchaina les foules avec ses pizzas napolitaines à 5 euros. Les deux entrepreneurs annonçaient à l'ouverture « une vraie pizza au vrai prix ». Un an et demi plus tard les marguerites passaient à 9 euros, et le duo ouvrait de nouvelles antennes, récemment à Lille et à Londres. Et donc maintenant à Lyon.

Du papier-peint à grosses fleurs

Carmelo, c'est le pari du too much. L'espace de 800m2, fourmillant d'un personnel parlant italien, est superbe dans son genre — kitsch. Les murs croûlent sous les objets de décoration : des dizaines d'assiettes peintes, autant de photos de cinéma en noir et blanc, mais aussi des jares de bonbons, et une foule d'antiques bouteilles de vins. Quand ils sont « nus » c'est qu'ils sont recouverts par un papier-peint à grosses fleurs. C'est chargé, et assumé. Les assiettes aussi font dans l'opulence. Vous voulez un carpaccio ? Il arrive dans un plat débordant des deux côtés de la table. Des pâtes à la carbonara ? Sorties d'une meule de pecorino. Une burrata ? Énorme, épanouie, dans un saladier. Les parts de lasagnes ? Servies… frites pour l'apéritif.

Outre une belle stracciatella fumée (7€), un peu trop satisfaite d'elle-même, on a sauté sur la pizza hot stuff (14€) : gros bords, pâte molle et saucisse piquante, avant d'être achevé par une part de tarte au citron à l'immense meringue (7€). Ça s'arrosait d'un verre de vin bio des Pouilles (8€) ou d'un mythique Frappato de COS (65€)... Tout cela mérite-t-il de faire le pied de grue ? Juste avant le confinement, la direction (visionnaire encore une fois) a ouvert ses réservations. C'est une bonne nouvelle (qui n'est pas fatigué de toutes ces queues ?) et l'aveu que la file d'attente était (aussi ou surtout) une publicité, avec la rue Neuve pour décor.

Carmelo
7 rue Neuve, Lyon 1er
Tous les jours de 11h45 à 14h15 (15h15 le week-end) et de 18h45 à 22h45

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