Publicité au théâtre : En régie pub ce soir

Économie | Un lieu vierge de toute pollution publicitaire ? Cette ère semble s'achever. Au théâtre, débarquent en cette rentrée des spots publicitaires. Lyon n'est pas encore concernée, mais elle pourrait l'être en cours de saison.

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

Photo : © DR


Vous avez l'impression que le tunnel de pub subi avant chaque film vu dans un multiplexe pourrait rendre gratuite votre place de cinéma, tant elle semble amortie par cette litanie de spots ? Au théâtre, bientôt, vous ne serez plus à l'abri de cette sensation.
À Lyon, aucun lieu ne franchira le pas dès cette rentrée, mais cela pourrait advenir prochainement. À l'origine de ce projet, la régie publicitaire ODW qui, en discutant avec le Comedy Club de Paris, s'aperçoit que les théâtres, toujours en manque de ressources, pourraient reprendre ce modèle des salles obscures.

Très encadré et beaucoup moins long qu'au cinéma, ce que propose la régie parisienne est nettement plus digeste : il s'agit d'un format de 4'10 maximum, comprenant une introduction (le logo du lieu), une bande-annonce d'un autre spectacle donné dans le même théâtre et deux spots de publicité de trente secondes. Avant, de nouveau, une bande-annonce et deux autres publicités.

Dix-sept théâtres, tous privés, se sont déjà embarqués dans ce nouveau modèle. Douze sont à Paris et cinq autres dans quatre villes de province (Marseille, Avignon, La Rochelle et Rouen). Soit la bagatelle de 31 salles.

À Lyon, ni le Thêâtre Tête d'Or, ni le Radiant, ni les principaux café-théâtres n'ont été approchés. Seule la Comédie Odéon a été démarchée, mais son directeur, Julien Poncet, n'a pas adhéré :

Bien sûr, je me pose la question des ressources. Mais cette offre ne me paraissait pas adaptée à mes problématiques, notamment car j'avais peu de maîtrise sur l'environnement. Or je souhaite avoir un regard sur la programmation de ces spots.

Plutôt un circuit court

Alexandre Vernier, co-fondateur d'ODW, explique que ses annonceurs sont des « premium. » Entendez par là des voitures haut de gamme ou de la joaillerie, plutôt que de la lessive. Les packages sont nationaux, les mêmes pour tous : des musées publics ou privés sont déjà en demande d'être ainsi promotionnés. Julien Poncet, implanté dans un quartier Grolée (enfin) en pleine mutation et qui accueillera en cette rentrée un roi de l'habillement comme Uniqlo, souhaiterait éventuellement développer cette idée en interne avec plus d'autonomie :

on aurait tout à gagner à discuter avec les enseignes, avoir des liens de circuits courts comme il en existe dans l'alimentation aujourd'hui ! »

Le gain annoncé par ODW de 5000€ par an paraissait peu attractif. Alexandre Vernier parle désormais de ressources allant de 10 000 à 50 000€ par an, pour un théâtre de 200 places, ceci dépendant grandement du nombre de salles et aussi de la configuration des spectacles : il n'est pas question d'imposer un rideau de scène pour un show qui nécessiterait au contraire de commencer ouvert sur le public.

Venez comme vous êtes

« Des théâtres publics commencent à nous contacter d'eux-mêmes » confie Alexandre Vernier, « mais aucun à Lyon pour l'instant. » Son public cible n'est pas vraiment celui des théâtres institutionnels. Il a pu constater que :

les publics de spectacles vivants étaient des CSP+ avec un niveau d'éducation très supérieur à la moyenne française, que les annonceurs ont beaucoup de mal à toucher car ils regardent peu la télé et vont peu au cinéma.

Le théâtre, lieu de consommation culturelle comme un autre, n'échapperait donc pas à l'intrusion publicitaire. C'est tout le paradoxe des théâtres qui ne sont jamais si nécessaires que lorsque leur programmation est en prise directe avec le monde et qui nécessitent une certaine sanctuarisation pour mieux accéder à ce qui y est véhiculé, sans qu'il ne soit jamais question de prestige.

Parmi les spectacles se déroulant en présence de protagonistes vivants, « seul le sport était concerné par la publicité jusqu'alors, aux mi-temps » note Alexandre Vernier. Habituellement, on est passif et face à un écran pour recevoir la publicité (cinéma, télé, internet). Dès ce mois-ci, l'incursion débute dans les salles concernées, avant peut-être demain, des salles de musiques actuelles ?

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Réouverture de la Comédie Odéon le 23 juin

SCENES | C'est fait ! La Comédie Odéon a dévoilé sa date d'ouverture avec des mesures sanitaires susceptibles d'être modifiées d'ici là (port du masque, gel (...)

Nadja Pobel | Vendredi 12 juin 2020

Réouverture de la Comédie Odéon le 23 juin

C'est fait ! La Comédie Odéon a dévoilé sa date d'ouverture avec des mesures sanitaires susceptibles d'être modifiées d'ici là (port du masque, gel hydroalcoolique à disposition, un fauteuil de distance laissé entre les groupes, files d’attentes organisées). Au programme pour ce retour : - Du 23 au 27 juin, Le Porteur d’Histoire de Alexis Michalik - Du 30 juin au 4 juillet, La vie est une fête de Jacques Chambon - Du 7 au 11 juillet, Famille pour tous... Et les enfants seront bien gardés ! de Ségolène Stock - Le 28 juin, San-Antonio chez les gones - Les 4 et 11 juillet, Le Prix de l’ascension, d’Antoine Demor et Victor Rossi Des stages de théâtre pour les 5-12 an

Continuer à lire

Au théâtre, on commence à rouvrir

SCENES | Début mai, le rapport de l’infectiologue François Bricaire faisait l'effet d'une bombe dans le milieu du théâtre : il préconise alors des comédiens masqués et une (...)

Nadja Pobel | Dimanche 7 juin 2020

Au théâtre, on commence à rouvrir

Début mai, le rapport de l’infectiologue François Bricaire faisait l'effet d'une bombe dans le milieu du théâtre : il préconise alors des comédiens masqués et une distanciation d'1, 50m entre chaque personne dans le public, donc des taux de remplissage qui tomberaient à 30% de leur capacité initiale... Édouard Philippe a beau avoir annoncé, dans son allocution du 28 mai, l'ouverture possible des théâtres dès le 2 juin, c'est tout bonnement injouable : ce serait à perte. Du côté des théâtres subventionnés, les artistes ne sont pas prêts : il n'y a pas eu de répétitions pour les grosses productions. Les cafés-théâtres peuvent s’adapter plus facilement. Ainsi, le Rideau Rouge, qui accueille habituellement des spectacles de troupe, fera place à des one-man-show comme son cousin du Boui Boui dont c'est l'activité principale. Les deux salles de Stéphane Casez sont ouvertes depuis le 5 juin à 60% ou 70% de leur jauge. Car les conditions se sont considérablement assouplies dans le décret finalement paru le 31 mai :

Continuer à lire

« Si nous ne signons pas très vite, on va vers une mort certaine »

ACTUS | Julien Poncet : Nous sommes un projet commercial différent du Radiant. Nous n’avons pas assez de jauge, et on n’a pas un vrai théâtre : c'est un (...)

Sébastien Broquet | Mardi 23 avril 2019

 « Si nous ne signons pas très vite, on va vers une mort certaine »

Julien Poncet : Nous sommes un projet commercial différent du Radiant. Nous n’avons pas assez de jauge, et on n’a pas un vrai théâtre : c'est un ancien cinéma. Si on veut se développer aujourd’hui, c’est grâce à un soutien pour la diffusion, ou refaire un vrai théâtre en centre-ville de 400 ou 500 places, qui permette à la fois de produire et d’accueillir des spectacles qui ne passent jamais à Lyon. Certains sont des succès énormes à Avignon et à Paris, mais ils sautent la case lyonnaise, car ils ne sont pas dans le réseau ici. On ne les voit jamais. Ce travail est d’intérêt général et pourrait être soutenu par la collectivité, à qui on ne demande pas de subventionner à perte mais de réfléchir à soutenir la filière théâtre, comme elle soutient d’autres filières économiques. Notamment en restant bien une assurance. Quel est ce projet "d’assurance théâtre" que vous désirez développer et pour lequel vous sollicitez les collectivités ? Mon constat : il y a énormément de compagnies sur la métropole qui ont des difficultés non seulement à diffuser leurs spectacles, mais aussi à les créer. Il y a peu de lieux pour les accueillir. Surto

Continuer à lire

Julien Poncet parmi les candidats à la reprise du Point du Jour

ACTUS | C’est l’une des affaires qui occupe le milieu culturel en cette rentrée : qui pour succéder à Gwenael Morin au Point du Jour ? La sortie de la (...)

Nadja Pobel | Jeudi 6 septembre 2018

Julien Poncet parmi les candidats à la reprise du Point du Jour

C’est l’une des affaires qui occupe le milieu culturel en cette rentrée : qui pour succéder à Gwenael Morin au Point du Jour ? La sortie de la short list n’est qu’une question de jours. Parmi la kyrielle de candidats, figurent Thierry Jolivet et sa compagnie La Meute, soutenue par Les Célestins, les metteurs en scène Thomas Poulard et sa compagnie du Bonhomme, Philippe Mangenot et Olivier Borle, Baptiste Guiton et Pauline Laidet, Julie Guichard et Maxime Mansion. Et, plus étonnant, Julien Poncet, actuel directeur de la Comédie Odéon associé aux artistes Emmanuel Meirieu (Les Naufragés) et Anne Bouvier (comédienne passée par l’ENSATT et le Conservatoire de Paris). Le candidat dés

Continuer à lire

Julien Poncet, porteur d'histoires

SCENES | « Les cartes sont brouillées, comme si elles étaient en train de changer de main, entre le théâtre subventionné et les entreprises privées de (...)

Nadja Pobel | Mardi 23 janvier 2018

Julien Poncet, porteur d'histoires

« Les cartes sont brouillées, comme si elles étaient en train de changer de main, entre le théâtre subventionné et les entreprises privées de spectacle » : ainsi commençait un papier de deux pages dans Le Monde mi-janvier. En reprenant le Théâtre Comédie Odéon en 2016, Julien Poncet a établi ce même genre de pont. Il a initié tôt Les Naufragés, la prochaine création d'Emmanuel Meirieu en juin, un enfant du théâtre public : les Nuits de Fourvière viennent de s'y associer en portant la moitié de l'engagement financier. Ce directeur affable a le désir de proposer ce qui ne venait jamais à Lyon : « 80% de la production théâtrale en France n'est pas présentée pas dans cette ville. Pour les Lyonnais, le théâtre privé c'est Tête d'Or et du gros boulevard bien perave. Ce n'est pas possible. Je connais des gens qui écrivent des textes formidables, qui ont de l'audace, vont à Avignon, finissent par jouer 500 dates, et ça peut être un théâtre de gr

Continuer à lire

Le divin Comédie

SCENES | Les cafés-théâtres, c'est comme les bouchons, il y en a tellement qu'on a arrêté de les compter. Heureusement, d'autres le font à notre place. La Direction (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 12 décembre 2012

Le divin Comédie

Les cafés-théâtres, c'est comme les bouchons, il y en a tellement qu'on a arrêté de les compter. Heureusement, d'autres le font à notre place. La Direction des affaires culturelles de la Ville de Lyon, notamment, en recense pas moins de treize. De quoi estimer la ville suffisamment équipée en la matière ? Ce n'est pas le constat dressé par Stéphane Cassez, Marion Gervais et Philippe Giangreco, les codirecteurs du tout nouveau tout beau Comédie-Odéon : «Lyon est très bien pourvu en cafés-théâtres d'une centaine de places. Mais il y a une pénurie criante de salles de 300 places, particulièrement en centre-ville, qui sont le chainon manquant entre les cafés-théâtres traditionnels et les grandes salles comme le Transbordeur, le Radiant, la Bourse du Travail... Nous avons voulu ouvrir avec le Comédie Odéon une salle dans la veine du Splendid, à Paris, c'est-à-dire combinant le confort et les standards techniques d'un théâtre, comme des sièges de cinéma ou un plateau de 40 m², avec l'esprit de convivialité et l'accessibilité tarifaire propres au café-théâtre».

Continuer à lire

«Plus d’offre crée plus de public»

SCENES | L’ouverture de nouvelles salles de café-théâtre à Lyon répond-elle à une véritable demande du public ? Stéphane Casey : L’ouverture de nouvelles salles correspond, (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 7 septembre 2012

«Plus d’offre crée plus de public»

L’ouverture de nouvelles salles de café-théâtre à Lyon répond-elle à une véritable demande du public ? Stéphane Casey : L’ouverture de nouvelles salles correspond, je pense, à une demande du public mais aussi à une demande de la production. Jusqu’à maintenant, les «gros» spectacles ne pouvaient pas venir à Lyon par manque de structures pour les accueillir. Certains spectacles ont besoin d’une grande salle. Disposer de salles de tailles différentes permet de proposer à la fois des artistes en développement et des artistes confirmés. Tous ne peuvent pas se produire dans la même salle. Le café-théâtre, c’est aussi du business, notre réflexion est forcément fondée sur la rentabilité car nous ne sommes pas subventionnés. Parallèlement à cela, à mon avis, plus il y a de restaurants et plus il y a de gens qui vont au restaurant. C’est un peu pareil pour les théâtres. Prenez par exemple les théâtres de Broadway : ils sont tous blindés ! Dans les limites de chaque ville évidemment, je pense que plus d’offre crée plus de public, c’est une spirale positive. Bien sûr, il y a une crise économique qui fait que les gen

Continuer à lire