Coralina Picos : « ils n'écrivent pas un article, ils dessinent un article »

Dessin de Presse | Organisatrice de deux éditions des Rencontres du Dessin de Presse à Lyon — événement qu'elle espère pérenniser —, figure de la Croix-Rousse, Coralina Picos devait inaugurer cet automne une expo sur le traitement de la crise sanitaire par les dessinateurs : reportée pour cause de... Covid. Rencontre, malgré tout, pour évoquer le rôle du dessinateur de presse, la sombre actualité et les projets futurs.

Sébastien Broquet | Mardi 8 décembre 2020

Photo : © DR


Vous m'avez envoyé un sms à 1h du matin, le soir de l'assassinat de Samuel Paty, pour me dire que l'interview ne pouvait pas attendre, que vous souhaitiez parler malgré le report de votre expo au Bistrot fait sa Broc que nous devions évoquer. Pourquoi ce besoin ?
Coralina Picos :
Déjà, évidemment, ça m'a mis les boules. On retombe encore dans le même schéma de privation de la liberté d'expression. Encore une fois, le dessin de presse va être l'objet qui cristallise. Ce qui m'agace profondément ! Parce que les dessinateurs de presse ne sont pas les seuls responsables de la liberté d'expression. Les profs ne le sont pas non plus. L'État est responsable de la liberté d'expression ! Je voulais en parler, pour ne pas qu'on retombe dans cette espèce de période où pendant quinze jours tout le monde va à nouveau parler du dessin de presse et des fantassins de la liberté d'expression. Un dessinateur de presse, il est là pour exprimer son regard sur l'actualité. Et l'actualité, ce n'est pas tout le temps le prophète : c'est beaucoup plus vaste que ça. Ce que j'aimerais, c'est que la presse ait un engagement au-delà des quinze jours post-attentat.

Il y a une rupture entre médias et dessinateurs ? Pourquoi dire que la presse doit s'engager au-delà du procès de Charlie Hebdo et de l'attentat contre Samuel Paty ?
Je dis ça car dessinateur de presse, c'est devenu une profession symbolique. Dont tout le monde parle. Aujourd'hui, chacun connaît le sens de ce métier. Et pour autant, c'est une profession ultra-précarisée. En France, seule une trentaine de dessinateurs de presse en vivent. Très peu de journaux en publient vraiment : Charlie Hebdo bien sûr, Siné Mensuel, Marianne et le Canard Enchaîné. C'est très peu. Il y a les dessinateurs qui bossent, qui ne vivent que de ça : très peu aussi. Et ceux qui aimeraient en vivre… Après, tous les dessinateurs n'ont pas le même regard et heureusement — il y a un peu comme en football la Ligue 1 et la Ligue 2…

Est-ce qu'il y a eu un âge d'or qui serait aujourd'hui perdu ?
La presse satirique en France, c'est vraiment une histoire. Les caricatures, depuis le XVIIIe siècle jusqu'à maintenant…

Histoire qui vient de la Révolution française.
Voilà. Cette histoire n'appartient pas à l'Allemagne, à l'Espagne, à l'Angleterre, où il y a beaucoup moins de dessinateurs de presse. C'est une profession qui est vraiment ancrée ici. Une manière de s'exprimer dans les journaux, un regard qui est porté, qui est particulièrement attaché aux valeurs françaises.

Charlie Hebdo, ça n'aurait pas pu se passer ailleurs qu'en France ?
Peut-être aux États-Unis, où tout est possible. Mais oui, c'est logique que ça se passe en France. Il n'y a pas de recul de publication comme au New York Times, où il n'y a plus de dessin de presse depuis deux ans. Il n'y pas de recul ici, mais pas d'avancée non plus : suite à 2015, les journaux ne se sont pas dit, tiens nous aussi on va porter un regard différent avec des dessinateurs de presse et on va tous aller dans cette direction. Il y a une sorte de désengagement quand-même, je trouve.

La seule limite : le hors-sujet

Est-ce qu'il y a des limites à ne pas dépasser dans un dessin de presse ?
La seule limite que tu ne dois pas dépasser, c'est le hors-sujet. Par exemple, ce qu'illustrait Lacombe dans un dessin : il se mettait en scène à sa table de travail, avec quelqu'un derrière lui répétant, insistant « mais vas-y, dessine le prophète ! ». Il faut que ce soit de l'actualité, faut pas forcer le truc. Porter un regard critique sur une actualité : c'est ça, le dessin de presse. Ton regard critique, ça dépend aussi de la rédaction du journal, de ce qui est écrit : il ne faut pas être hors-propos. Après, les dessinateurs de presse sont là pour caricaturer avec leur regard satirique et critique l'actualité qu'elle soit locale, internationale, sportive, culturelle, ou les attentats…

Pourquoi vous êtes-vous intéressée au dessin de presse ?
Mon mari est dessinateur de presse. Il travaille pour Marianne et Siné Mensuel, pour d'autres médias auparavant. Quand on est femme de dessinateur, on ne partage pas que sa vie : on partage aussi les dessins. Y a pas que le directeur artistique du journal qui va donner son avis, nous on est un peu là en amont aussi ! (rires). On vit vraiment cette vie un peu particulière, recevoir à 7h du matin quand tu es en week-end un dessin d'Emmanuel Macron au petit-dèj'... Ce genre. C'est un engagement un peu particulier, être femme de dessinateur de presse ! On va lui dire si ça nous fait marrer, ou non, au risque de le vexer profondément parfois, mais… voilà. Je ne suis pas la seule : Chloé, la femme de Tignous, était investie avant et évidemment beaucoup plus aujourd'hui. Catherine Siné est investie dans Siné Mensuel. Catherine Wolinski, pareil. On retrouve les femmes de dessinateurs de presse à un moment donné dans des petits rôles comme ça — jamais au premier plan — parce qu'on a envie ! Et avec cette période hyper triste… il n'y a pas de peur, mais il y a une tristesse. Nos mecs font ou ont fait ce boulot au risque de leur vie, au risque du désengagement total : si on musèle toute cette liberté d'expression, ça veut dire que eux ne peuvent plus bosser ? Qu'ils vont travailler que pour des boulots alimentaires ? C'est assez terrible. C'est un engagement dans une vie, d'avoir envie d'ouvrir sa gueule quand on veut comme on veut. De manière proportionnée et juste : il faut que le dessin soit bon et le message compréhensible par tous. C'est important.

Vous, vous avez lancé les Rencontres du Dessin de Presse.
La première année, c'était juste une expo qui regroupait plusieurs dessinateurs. L'année d'après, je voulais que ça grandisse. Que le public puisse rencontrer lors de tables rondes les dessinateurs, comprendre comment un dessin pouvait se fabriquer, comprendre leur engagement. On avait fait un partenariat avec l'École Émile Cohl, pour une rencontre entre les étudiants et les dessinateurs : vraiment géniale, entre professionnels et futurs professionnels. C'est important d'aller au-delà des séances de dédicaces. La plupart des dessinateurs, ce sont des journalistes, ils ont la carte de presse. C'est intéressant de pouvoir discuter de leur œil de journaliste sur l'actualité et de leur manière de traiter l'actualité.

C'est intéressant aussi de le rappeler : le dessinateur de presse peut avoir une carte de presse.
Ceux qui bossent…

Oui, il faut produire ses bulletins de salaire pour la carte…
Oui ! Ce sont des journalistes. Ils n'écrivent pas un article, ils dessinent un article.

On devrait parler d'une exposition en ce moment ?
On avait prévu de faire une expo sur la Covid-19, traitée par les dessinateurs de presse. Dans un bar… (rires). On n'a quand-même pas beaucoup de nez. Du coup cette expo est annulée… cause Covid. Il y avait Cambon, LB, Lacombe et… pas Dubouillon, il m'a rappelé trop tard ! Et Lara, du Canard Enchaîné. L'expo aura lieu, on l'a repoussée… à la réouverture des bars. Ce sera au Bistrot fait sa Broc', à la Croix-Rousse, dans le 4e. On la maintient, mais on ne sait pas quand !

Par voie postale

Vous parlez souvent de Willem. Pourquoi ?
C'est une personne débordante de gentillesse. C'est un artiste hors-normes, avec une histoire incroyable, Willem il a fait partie des premiers de Charlie. Il a toujours gardé sa liberté de dessiner, dans Charlie, Siné, Libé… Il est un peu insaisissable, il n'appartient à personne, il a son traitement de l'actualité. C'est une icône ! C'est le dernier grand qui reste. En 2019, quand j'ai monté les deuxièmes Rencontres du Dessin de Presse, tout le monde me disait que je ne l'aurais jamais, qu'il ne répondait jamais à ses mails. Je lui en ai envoyé dix-neuf… Et un jour, il m'a répondu. « Ouais d'accord ». Génial ! Bon, après c'était parfois compliqué, car la communication se faisait par voie postale, plus par mail. On ne sait jamais s'il a bien reçu les lettres de La Poste, ni les billets de train. Sur place, ça a été une rencontre géniale. C'est un personnage extraordinaire !

Qui rêveriez-vous d'inviter à l'avenir ?
Rémi Malingrëy. Il a un traitement totalement absurde, un peu dadaïste… Il y en a d'autres : Wozniak, par exemple. J'aimerais que Coco puisse venir. Mais les anciens, à part Willem… ça aurait été Cabu, Honoré.

Est-ce que le dessin de presse peut s'exprimer sur d'autres supports qu'un journal ?
Oui, le dessin de presse peut s'exprimer sur d'autres supports. Par exemple, ils font vachement de dessins en direct, on le voit sur Arte dans 28 Minutes.

Ou Faro dans L'Équipe du Soir.
Dans les émissions de télé, ça marche bien. Mais aussi dans les conférences, les réunions publiques. C'est accessible à tout le monde et ça retient l'attention. Pas mal de dessinateurs travaillent ainsi maintenant. Internet, c'est surtout une visibilité. On voit-là les dessins qui circulent post-attentat, mais c'est souvent de la facilité, sans les clés de compréhension apportées.

À Lyon ?
Dans la région, il y a Dubouillon, évidemment. Populaire, ultra gentil : c'est normal que tout le monde l'aime. Le régional de l'étape ! Lacombe, peu savent qu'il est lyonnais, il travaille surtout en presse nationale. LB aussi. Cambon et Lara. On n'est pas une région très représentative... Dans le paysage lyonnais, il y a Bauer qui dessine pour Le Progrès. Mais il n'y a pas vraiment une scène. Il y avait quand-même Les Potins d'Angèle, qui était le journal satirique lyonnais, qu'on ne peut pas ignorer. On avait jusqu'à cette année un journal satirique avec des caricatures : il faut le dire.

Éducation populaire

Vous avez comme projet une maison du dessin de presse ?
L'idée ce serait de pouvoir proposer un lieu avec des expositions, en lien avec l'actualité, un endroit où l'on peut consulter des banques d'images historiques et contemporaines, qui soit un peu une boîte à trésors. Un endroit où l'on puisse faire de l'éducation à l'image : comment on communique avec une image dans le dessin de presse, ce que raconte un dessin. Avec des conférences, des rencontres… De l'éducation populaire au dessin de presse : ce serait vraiment intéressant.

L'éducation au dessin est importante pour vous.
Je suis éducatrice spécialisée de formation. J'ai travaillé dans les banlieues en difficulté. Je me dis que ça vaut le coup d'aller par exemple en prison faire de l'éducation à l'image, d'aller dans les lieux de privation de liberté pour parler de liberté d'expression, il y un truc à creuser. Et évidemment, le faire dans les centres sociaux, les maisons de l'enfance : proposer la création de petits journaux satiriques. Que dans les communes, au moment des élections, on puisse monter des choses avec des gamins. Faire le lien avec la presse et le dessin de presse !

Vous dites que la réaction de l'État aujourd'hui est paradoxale : pourquoi ?
Les dessinateurs de presse et les professeurs ne sont pas les seuls à vouloir défendre la liberté d'expression. Ce ne sont pas des soldats que l'on envoie en première ligne. Un truc me questionne : quand on voit les interdictions de manifester, la réponse du politique aux manifestations de plus en plus nombreuses… Tout casser dans l'œuf, comme ça ? On a un gouvernement qui n'écoute pas. Un peuple qui essaye de s'exprimer, qui porte des revendications légitimes pour vivre mieux. Et là, paf, les dessinateurs de presse, les profs… Mais non : la liberté d'expression, c'est vous qui la cassez ! C'est un paradoxe dans la réponse du politique. Rappelez-vous la vidéo des gamins à genoux… On attend ça de nous ? Et quand un dessinateur ou un prof se fait dézinguer, on en fait des symboles de la liberté d'expression ? Mais non, c'est aux politiques de s'ériger en symboles de la liberté d'expression. C'est l'État, qui doit être en première ligne.

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