Homme à flamme

MUSIQUES | Bonze juif, poète canadien, folkeux europhile et érotomane, épicurien accablé, Léonard Cohen, vénérable monsieur de la chanson mondiale est, à 74 ans, la tête d’affiche de l’édition 2008 des Nuits de Fourvière. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 juin 2008

Leonard Cohen fait partie de ces artistes essentiels dont on peut très bien ne posséder aucun disque (ce qui est très mal) et connaitre pourtant une part importante de l'œuvre (ce qui est très bien). Peut-être parce que 32 albums hommages et 1200 reprises de ses chansons ont été dénombrés à ce jour dont certaines très fameuses comme celle d'Hallelujah par Jeff Buckley. Même la jeunesse rock d'aujourd'hui s'y réfère volontiers : écouter pour cela la belle reprise de Memories par Coming Soon sur le blog des Nuits. Ce qui dans le cas de Leonard Cohen est la marque d'une empreinte indélébile sur la culture populaire mondiale, qui tient autant à sa pluridisciplinarité qu'à sa sagacité et à sa dimension spirituelle. Poète, romancier (The Beautiful Game le rendit célèbre en 1963 avant même qu'il ne chante une note et Beautiful Losers lui vaudra d'être comparé à James Joyce), musicien et chanteur, Cohen a déployé depuis presque cinquante ans une œuvre marquée aussi bien par la guerre, la religion et les différentes mythologies que par les femmes, inépuisable sujet qui lui valurent quelques chefs d'œuvre (Death of a Ladies'Man produit par Phil Spector, autre queutard maladif).

Jikan Cohen

Par rapport à ses pairs folks Bob Dylan et Neil Young (avec lesquels il a peu à voir), Cohen le dilettante n'a sorti que peu d'albums, une dizaine en quarante ans (mais autant de livres). C'est que le Canadien de Montréal, grand voyageur au hasard de ses envies (il a vécu à Nashville, en Grèce, En Israël, en Californie), a pris le temps de les travailler mais aussi de vivre. Au milieu des années 90, comme Bob Dylan choisit un jour de se convertir brièvement au catholicisme, Cohen, le descendant, selon sa famille, des Kohanim (membres du clergé hébreu, descendants d'Aaron, frère de Moïse) s'est fait bouddhiste, intégrant plusieurs années durant un monastère… californien. Quand il en sort, quelques années plus tard, après avoir été ordonné moine bouddhiste sous le nom de Jikan, il livre l'apaisé Ten New Songs, «balladé» d'une voix sépulcrale sur les harmonies féminines de la chanteuse Sharon Robinson et des nappes de synthés. Les ventes atteignent, rien qu'en France, le chiffre astronomique pour l'époque (et pour un non-Johnny Hallyday) de 100 000 exemplaires, marquant le retour au premier plan de Cohen après le succès fulgurant de l'album synthétique I'm Your Man dans les années 80. Mais sa rareté sur scène font de ses concerts (et de ses quelques précieux albums live) des événements à ne manquer sous aucun prétexte. Ce qu'ont compris les Lyonnais puisque le concert du «Ladies' Man» est complet depuis longtemps.

Leonard Cohen
Au Théâtre Antique de Fourvière Le mercredi 9 Juillet (Complet)

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Il y a un an, la billetterie des Nuits de Fourvière avait été prise d’assaut en moins de deux, les places se revendant au marché noir jusqu’à quatre fois le prix initial. Il faut dire que c’était un véritable événement : après quinze ans d’absence (il s’était retiré dans un monastère bouddhiste près de Los Angeles), Leonard Cohen remontait sur scène, passait par la France, et s’offrait même une date à Lyon. Dans les rangs des invités, quelques politiques et artistes tendances étaient venus voir la bête, pour pouvoir ensuite déclamer fièrement "j’y étais". Une bête qui s’averra phénoménale : à soixante-quatorze ans, l'auteur-compositeur-interprète de "tubes" comme Suzanne, I’m your man ou encore Hallejuah (si bien repopularisé par Jeff Buckley que l’on en avait presque oublié la version originale) parvenait toujours à transcender le public lors de concerts généreux et très cérémoniaux. L’été dernier, il était donc là, au milieu de la scène, look façon parrain des années 30, accompagné par son groupe et trois choristes. Et semblait flotter, porté par un public au paroxysme du bonheur, chacune des chansons se terminant par des salves d’applaudissements que Cohen ne manquait pas d’offr

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