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«Loyauté et malice»

Entretien - portrait publié le Vendredi 11 décembre 2009 par Pascale Clavel Petit Bulletin n°556 consulté 1886 fois

Avec sa fausse innocence et son vrai savoir, avec son intrusion bienfaitrice dans la fantaisie pure, Macha Makeïeff met actuellement en scène «Moscou, quartier des cerises», de Chostakovitch à l’opéra de Lyon. Rencontre. Propos recueillis par Pascale Clavel

Macha Makeieff

Petit Bulletin : Entre ce que vous aviez imaginé et la réalité du plateau, y a-t-il coïncidence ?
Macha Makeïeff : En fait oui. Je ne travaille pas pour l’opéra comme je le fais pour le théâtre. Quand je suis au théâtre, j’ai le temps de l’invention dans la réalité. Je peux reprendre… À l’opéra, la préméditation est d’une autre nature, il faut avoir tout imaginé par rapport à la partition, aux voix, aux tempi. Les règles du jeu sont très différentes de celles du théâtre, on vous confie des artistes que vous n’avez pas choisis. Cela me plait beaucoup parce qu’il faut que j’invente des histoire avec ceux qui me sont confiés. Le travail avec le chef d’orchestre est-il toujours simple pour un metteur en scène ?
Je pars de l’idée que le chef, ici Kirill Karabits, est toujours en avance sur mon travail. Il est dans la musique, la possède complètement, il l’a analysée. Moi, je suis dans une approche intuitive, réactive, théâtrale mais je ne maîtrise pas tout. J’attends toujours du chef qu’il me fasse entendre. Avec Karabits, c’est un bonheur. C’est quelqu’un d’une subtilité extrême, qui adore de toute évidence le théâtre et avec qui il existe un véritable échange. Pour «Moscou, quartier des cerises», on travaille vraiment en complicité avec le chef. J’aime quand les chefs me révèlent des choses. Quel lien particulier tissez-vous avec cette œuvre ?
Je suis obsédée par cet ouvrage de Chostakovitch. «Moscou», à plus d’un titre, est un bijou. Je suis fascinée par la musique de Chostakovitch, je rêve de monter tous ses opéras. Dans celui-ci, il parle de la fragilité des gens, de l’utopie inachevée. Cette musique qui paraît si légère, avec plein d’emprunts, de mélodies populaires russes est pleine de nostalgie, d’insolence, de malice. Chostakovitch est un compositeur tellement grand que même dans ses compositions les plus petites, il met de l’essentiel. Comment faites-vous pour révéler la musique par vos mises en scène ?
J’aime les chanteurs donc je ne vais pas imaginer des situations où la mise en scène va les mettre en danger. En revanche, je vais les attirer vers des domaines de la sensibilité qu’ils se refusent parce qu’ils sont comme des sportifs de haut niveau. La mise en scène, c’est d’abord plastique. Je commence par le décor et les costumes. Quelques fois, j’ai des rêveries qui vont bousculer la musique. À l’opéra, on fait un pacte avec la musique, il faut un minimum de loyauté mais aussi de malice. Moscou, quartier des cerises
À l’Opéra de Lyon jusqu’au 31 décembre.


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