L'Amour Tartuffe

Nadja Pobel | Vendredi 10 décembre 2010

Théâtre / S'il est toujours difficile de rafraîchir un classique du répertoire français comme "Tartuffe", force est de constater que Philippe Clément et sa troupe s'en sortent honorablement. Sans chercher à donner une lecture décapante de la pièce, ils mettent au mieux en valeur ce texte en alexandrins. Vêtus de costumes sages, presque trop, ils évoluent dans un décor habile fait de panneaux de tissus. La lumière blanche sur ces toiles claires créé une atmosphère "japonisante". Mais ce n'est qu'un hasard semble-t-il car ces panneaux descendant des cintres sont surtout une manière d'offrir aux personnages différents niveaux de jeu : en bord de scène, en arrière plateau ou cachés (mais visibles du public par transparence) dans des boxes. Ce dispositif mouvant permet aussi aux acteurs de travailler avec les ombres pour illustrer certains complots. Et les complots ne manquent pas. Orgon veut mettre marier sa fille Mariane au dévot Tartuffe. Mais il ne voit pas l'hypocrisie de ce dernier. Ce sont sa femme, Elmire, et son fils, Damis, qui usent de stratagèmes afin de lui ouvrir les yeux. Dans ce jeu de dupe, le metteur en scène Philippe Clément n'insiste pas sur l'attaque faite à la religion (au XVIIe, les dévots avaient fait interdire la première version du texte), il se concentre sur les rapports entre les hommes, la confiance qu'ils s'accordent ou non, les jeux d'influences et le pouvoir de domination. «L'injuste pouvoir est celui qui veut le bien d'un autre», souffle Elmire en prônant la liberté de disposer de soi-même. Ce Tartuffe se regarde avec plaisir, emmené par la pétulante servante Dorine, alias Béatrice Avoine. Nadja PobelTartuffe, au Théâtre de l'Iris (Villeurbanne), jusqu'au samedi 18 décembre et les jeudi 30 et vendredi 31 décembre.

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