Un disque à la gum : retour sur #3, l'album culte de Diabologum

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 février 2012

Photo : DR


«Les Diabologum ne sont rien et leurs zélateurs moins que rien». À la sortie de #3 en 1996, le bien nommé troisième album de Diabologum provoque des réactions épidermiques. Celle-ci est signée Rock & Folk, qui qualifiera les Toulousains de «groupe à la gomme». C'est que #3 surprend, comme une gifle à laquelle on ne s'attend pas. Jusque-là, sur C'était un lundi après-midi semblable aux autres ou Le Goût du jour, Diabologum, formé en 1990 et signé sur le mythique label Lithium, véritable labo du rock et d'une chanson française non encore affublée de l'épithète à claques «nouvelle», évolue dans l'expérimentation (collages, samples, critiques des médias et de l'art officiel) et le second degré lo-fi et low-profile. #3, dont la pochette nuageuse est affublée de cette phrase Ce n'est pas perdu pour tout le monde, c'est une toute autre mayonnaise : un laboratoire dans le laboratoire, du bromure dans le Lithium, dont l'art, au cynisme et à l'idéalisme réversibles, culmine ici dans un surprenant fatras sonique jonché de saillies crypto-situationnistes qui n'ont pas vieillies d'un pouce. Entre tubes au gaz moutarde (De la neige en été, 365 Jours ouvrables, A découvrir absolument, Il faut...) et hommages (une scène entière de La Maman et la Putain de Jean Eustache samplée, reprise du Blank Generation de Richard Hell), jamais Diabologum n'aura autant semblé en ordre de bataille rangée. Meta-punk, rock post-moderne, hip-pop, énigmatique, inclassable, le site Anticipatory plagiarism l'analyse, à raison, comme un sorte de Stalker musical, un «voyage aux confins de l'aventure et de l'inconscient» ou «la banalité sympathise avec l'abstraction», comme l'écrira Cloup plus tard. Les Inrocks comme «une bombe incendiaire». Culte et introuvable aujourd'hui, et suite à la reformation éphémère du groupe l'an dernier, #3 est en passe d'être réédité : «c'est en bonne voie, assure Michel Cloup. Il y a beaucoup de gens de 25, 30, 35 ans qui ont découvert le groupe sur le tard, une fois séparé. On veut vraiment réaliser un bel objet qui marque le coup avec des inédits, parce qu'on est un peu triste que ce disque ne soit plus disponible». On envie ceux qui auront la chance de le découvrir pour la première fois.
SD

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Stéphane Duchêne | Mardi 12 novembre 2019

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S'il est un groupe qui ne se laisse pas approcher facilement c'est bien The Fall. Essayer d'en reprendre les morceaux insaisissables, à piocher dans une discographie qui compte en tout (studio, live, compilation) plus d'une centaine d'albums, revient à risquer le saut de la foi dans le cratère d'un volcan. Quant à se glisser dans la peau inhabitable du regretté Mark E. Smith (décédé début 2018), l'exercice requiert l'équivalent de la production mondiale de vaseline. Cela n'a pas eu l'heur d'effrayer le label lyonno-viennois Teenage Hate, artisan producteur de quelques excellents groupes du crû (The Scaners, Off Models, Hi-

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Stalker à l'Institut Lumière

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Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

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Même si la soirée d’ouverture de la rétrospective Andreï Tarkovski (1932-1986) est prévue mardi 5 septembre autour de L’Enfance d’Ivan, cinq des six films programmés seront déjà visibles dès le 1er septembre — autant dire la quasi totalité de cet hommage en copies restaurées, et la presque intégralité de l’œuvre du cinéaste soviétique. En un quart de siècle, Tarkovski a signé sept longs-métrages malgré des embûches politiques, censoriales, économiques et, en définitive, la maladie. Pourtant, chacun d’entre eux est un continent à part dans le paysage mondial, une source d’inspiration et de fascination, un insondable abîme mystique dont on ne saurait prétendre épuiser la déroutante richesse. À la lisière de la métaphysique, de l’introspection et de la science-fiction, ce cousin russe de Bergman entraîne ses spectateurs dans des expériences malaisantes. L’énigmatique Stalker (1979) en apporte une preuve irréfutable. On y suit le parcours en zigzag de deux hommes, guidés par un “stalker” à l’intérieur de la “Zone”, territoire interdit ayant

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Michel Cloup, debout

Rock | C'était en mode plus qu'intime que Michel Cloup avait en solo (en forme de duo, mais marqué pour la première fois de son vrai nom) fini par « recycler (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 26 avril 2016

Michel Cloup, debout

C'était en mode plus qu'intime que Michel Cloup avait en solo (en forme de duo, mais marqué pour la première fois de son vrai nom) fini par « recycler cette colère » qui a toujours été la sienne, lui le bâtisseur d'hymnes à la moue. Le deuil marquait ainsi puissamment, indélébile, l'immense Notre silence, avant que la meurtrissure du couple blessé ne vienne remuer Minuit dans tes bras. Et voilà que pour son déjà troisième album solo (même remarque que précédemment, même si le batteur Patrice Cartier laisse place à Julien Rufié), Ici et là-bas, investit le terrain d'une révolte on ne peut plus en phase avec la période. À l'heure où le peuple, ou ce qu'il en reste, se lève la nuit à la recherche d'une solution, Cloup acte la disparition de la classe ouvrière (La classe ouvrière s'est enfuie) et la difficulté à dire nous (Nous qui n'arrivons plus à dire nous). Les deux titres étaient annonciateurs de ce disque où Cloup retrouve quelque chose de sa jeunesse énervée et éternelle, qui plus est mûrie et nourrie d'un travail sur ses origines (là encore des chansons qui s'ancrent toutes seules dans la chair de l'actualité).

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Les 10 concerts à voir en avril

MUSIQUES | Sortez vos agendas : voici dix concerts à ne pas manquer ce mois-ci ; du show latino où emmener votre maman à l'indie pop dépressive où s'oublier. Par Stéphane Duchêne & Sébastien Broquet.

Sébastien Broquet | Jeudi 14 avril 2016

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Get Well Soon Quand il est apparu au monde de la pop chercheuse et bien mise, rayon dandy touche à tout, le Mannheimois Konstantin Gropper évoquait aussi bien Beirut que Radiohead, Arcade Fire que Magnetic Fields. Génie solitaire, il a prouvé par la suite qu'il était capable de partir dans toutes les directions et c'est davantage en mode crooner qu'il nous revient, genre Neil Hannon chevalier teutonique, avec un album LOVE, rempli d'amour (fut-il tordu comme sur le single It's Love) et de tubes à emporter. LOVE en live, on pressent que ça va le faire. À l'Épicerie Moderne le samedi 16 avril Calexico On l'a souvent dit, Calexico, c'est comme les genêts ou les bêtes à cornes, c'est encore Jean-Louis Murat qui en parle le mieux : « Oui, je vois mieux qui je suis, moi, là, avec Calexico » chantait l'Auvergnat avec façon sur son Viva Calexico circa Mustango (1999). Le duo Joey Burns/John Convertino et sa bande d'arizonards de Tucson, après une

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Le bruit et la pudeur

MUSIQUES | A "Notre silence", disque étouffant et sublime, le Michel Cloup Duo offre avec "Minuit dans tes bras" un successeur aux subtiles variations sur les mêmes thèmes chers au plus grand pompier pyromane du rock français. Un album qui, entre claques et étreintes bienveillantes, prend quoi qu'il en soit l'auditeur à bras le corps avec la plus grande des pudeurs. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 11 mars 2014

Le bruit et la pudeur

Pour Minuit dans tes bras, deuxième album sous son nom mais pas pour autant solo, Michel Cloup a descellé les parenthèses de "Michel Cloup (Duo)". Lesquelles semblaient marquer une appréhension à se produire seul tout en étant le stigmate d’un album trop personnel pour être pleinement assumé à deux en dépit d'un titre, Notre Silence, qui pouvait laisser penser le contraire. Mais à l’époque ce silence, assourdissant et corrosif, était encore celui de l’homme Cloup : un album de deuil, un cri de douleur poussé face contre terre et chargé de «recycler cette colère» trop lourde à porter. Désormais Michel Cloup Duo assume sans faux-semblant la présence du deuxième élément de la formation, le batteur et fidèle parmi les fidèles Patrice Cartier. Après ces parenthèses marquant aux fers rouges le début de l’aventure Michel Cloup, le Toulousain peut reprendre ses travaux pratiques d'autopsie d’un quotidien bancal et de la désagrégation d'un sentiment amoureux à l'obsolescence programmée, sans pour autant être fatale (les deux morceaux de bravoure que sont Nous vieillirons ensemble, J’ai peur de nous).

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Godspeed You ! Black Emperor

MUSIQUES | Allelujah ! Don't Bend ! Ascend ! (Constellation.Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Mardi 30 octobre 2012

Godspeed You ! Black Emperor

C'est des manières de revenir ça ? Pas de disques pendant dix ans – mais des projets parallèles en pagaille – et un premier titre de vingt minutes qui vous colle au mur, un bazooka sur la tempe, sous le doux nom de Mladic. Oui, Mladic, comme le sémillant boucher de Srebrenica – bon, n'y voir aucun hommage, c'est pas le genre de la maison. D'ailleurs ce n'a jamais été le genre Godspeed que de faire les choses comme tout le monde, on l'aura compris de longue date. Toujours est-il qu'alors qu'il fête en grande pompe les 15 ans de Constellation records – avec, entre autres réjouissances, trois jours de festivités à Berne en novembre – quand tant d'autres labels indépendants ramassent leurs dents ou se font poser des ratiches en plaqué or par des majors, le collectif fait un come-back impressionnant. Car, qu'on se le dise, malgré les années de silence discographique, Godspeed You ! Black Emperor n'a rien perdu de son esprit guerrier. Et a su rester cette formation commando qui envoie ses forces spéciales dans les coins les plus reculés de la musique pour en exfiltrer des sons et des ambiances que personne n'aurait été en mesure d'aller chercher. Un peu comme dans les

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Rompre le silence

MUSIQUES | Tout au long de l'album, l'ambiguïté demeure. Deuil ? Séparation ? Les deux ? Un «je», des «tu», comme un dialogue intérieur avec la (les) personne(s) (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 3 février 2012

Rompre le silence

Tout au long de l'album, l'ambiguïté demeure. Deuil ? Séparation ? Les deux ? Un «je», des «tu», comme un dialogue intérieur avec la (les) personne(s) perdue(s) auquel serait invité l'auditeur. Est-ce qui rend cet album si bouleversant ? Sans doute. Au fond, peu importe de savoir car c'est une histoire «universelle, banale, mon histoire, notre histoire», comme il le murmure en préambule de l'album, avant que ne commencent les choses sérieuses. Ce sont les premières notes de Cette colère, manière de comptage d'abatis après un ouragan intime. C'est l'un des plus beaux morceaux écrits par Michel Cloup depuis longtemps. Sur un fond de guitares post-rock ascensionnelles Cloup scande : «Recycler cette colère / Car aujourd'hui plus qu'hier / Cette colère reste mon meilleur carburant». C'est le Cloup de Diabologum et d'Expérience, écorché vif et révolté, celui qui imaginait «de

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Une vie de Cloup :

MUSIQUES | Lucie Vacarme (1988-1992) Nourri de la scène noise américaine et du shoegazing anglais, Michel Cloup et des amis fourbissent leurs premières armes avec (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 février 2012

Une vie de Cloup :

Lucie Vacarme (1988-1992) Nourri de la scène noise américaine et du shoegazing anglais, Michel Cloup et des amis fourbissent leurs premières armes avec tous les défauts et la fougue de la jeunesse. Et une première signature sur le label Lithium.   Diabologum (1990-1998) Le groupe culte (voir interview et encadré), fondé avec Arnaud Michniak (futur Programme), symbole d'un âge d'or du rock français, aux frontières de l'expérimentation. Trop vite séparé et trop brièvement reformé l'an dernier.   Peter Parker Experience (1993) Entre les deux premiers albums de Diabologum, Cloup mélange en solo avant-garde lo-fi et pop, donnant quelques clés pour la suite.   Experience (1998-2010) Après Diabologum, Michel Cloup panse les plaies de la s

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C(l)oup de blues

MUSIQUES | À la suite d'un «drame domestique» qui l'a profondément changé, l'ex-Diabologum et Expérience Michel Cloup a recyclé en solo sa colère sur "Notre Silence". Un album bouleversant, synonyme de nouveau départ, à découvrir sur la scène du Clacson. Propos recueillis Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 février 2012

C(l)oup de blues

Sur le titre Cette colère, il apparaît que la colère que vous pensiez avoir apprivoisée avec l'âge est réapparue suite à un drame personnel pour, dites-vous, devenir votre «meilleur carburant». Est-ce la colère qui a engendré ce disque ?Michel Cloup : Non, ce sentiment est très présent dans le disque, mais n'en est pas l'élément central. J'ai effectivement souvent exprimé, dans chacun de mes différents projets, une colère, pour tout un tas d'autres raisons que le drame domestique qui m'a touché. Là, je voulais surtout rendre les différents états par lesquels on passe quand on perd quelqu'un. La colère, puis les souvenirs qui reviennent, la tristesse, le manque. C'était un cheminement personnel, aller au cœur de ce processus en étant exhaustif dans le rendu. Mais quand je parle de perte, c'est au sens large ; les gens n'ont pas besoin de mourir pour qu'on les perde. Paradoxalement, on sent aussi dans cet album une sorte d'apaisement, beaucoup de pudeur.Exactement. Même, si je ne me suis jamais autant livré, cet album n'est pas une psychanalyse. Le but n'était pas de raconter mes petits malheu

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Musicophilia

MUSIQUES | Rock, électro, rap — Automne au balcon, printemps au diapason. Trêve des confiseurs et ripailles de Noël digérées, les salles lyonnaises remettent le couvert pour une saison musicale quasiment au niveau de celle que l'on vient de vivre. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 20 décembre 2011

Musicophilia

Ici, on n'est pas du genre à dire «on vous l'avait bien dit», mais avouez qu'on vous l'avait bien dit : l'automne a été particulièrement riche en (bon) cholestérol musical. Et au vu de ce qui se profile dans la première moitié de l'année, on n'a pas fini de saucer. Commençons par une fin en beauté excentrique avec la reine Björk de Biophilia aux Nuits de Fourvière. Un événement ! De même pour la venue le 26 mars à l'Epicerie Moderne de l'immense Jonathan Richman. Une Epicerie qui continuera de régaler cette saison avec le néo-rocker Hanni El-Khatib (26/02), un co-plateau international Piers Faccini (anglo-italo-quasi français) et Chad Van Gaalen (Canadien) le 15 mars, ou encore, la veille, ce sombre illuminé de Daniel Darc. Le printemps fleurera d'ailleurs bon le vieux chanteur «françois» révolté avec un Miossec très rock le 7 février au Transbo mais aussi, le 10, Michel Cloup (ex-Diabologum et Expérience) qui présentera son sublime album solo Notre Silence au Clacson. En dépit de ses difficultés actuelles avec le silence justement, la salle d'Oullins ne désarme pas pour autant avec une progra

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Passé, présent, futur

ECRANS | Actu / Le Festival À nous de voir de Oullins a 25 ans. Un quart de siècle que cet événement consacré aux films scientifiques explore tous les domaines de (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 10 novembre 2011

Passé, présent, futur

Actu / Le Festival À nous de voir de Oullins a 25 ans. Un quart de siècle que cet événement consacré aux films scientifiques explore tous les domaines de son concept : sciences dures, mais aussi sciences sociales, sciences de la terre et de l’environnement… Pour cette édition anniversaire, À nous de voir récapitule avec panache cette ouverture maximale. D’abord en choisissant la réactivité face à l’actualité : l’Histoire en marche du côté des pays arabes sera doublement représentée au sein de sa sélection, avec Tahrir (place de la libération) de Stefano Savona et Fragments d’une révolution, montage de documents amateurs tournés pendant l’insurrection réprimée en Iran. Actualité encore avec un double programme consacré à la crise financière où seront projetés Les Coulisses de la crise d’Hervé Vacheresse et La Stratégie du choc de Michael Winterbottom. Actualité enfin avec la venue d’Ariane Doublet, une des grandes documentaristes françaises, qui présentera son dernier film, La Pluie et le beau temps, où elle évoque la mondialisation à travers la production du lin en France et son exploitation en Chine. Dans ce festival riche en proposi

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