Moine refroqué

MUSIQUES | Formation parmi les plus précieuses du paysage rock des années 1990-2000, spécialisée dans la nage à contre-courant, The Married Monk se reforme le temps de quelques concerts qui réveilleront de précieux souvenirs musicaux. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 31 mai 2012

Photo : DR


Alors qu'on a pris l'habitude de voir régulièrement se produire sur scène le désormais Lyonnais Christian Quermalet, qui plus est récemment débauché par les Marquises en tant que batteur, on n'est pas fâché d'assister, avec The Married Monk, à l'une des belles reformations de cette année. Et Dieu sait s'il y en a eu. Car sans en avoir l'air, sans toucher à une popularité folle comme nombre de ses collègues hexagonaux souvent moins méritants, The Married Monk fut un temps le meilleur groupe du Monde de France, tout en ne produisant que très peu de disques (à peine une demi-douzaine en quinze ans, en comptant large) et en changeant constamment d'effectif. Alliant audace et efficacité, quand d'autres ne savaient sur quel pied danser face à ces deux notions, et osant chanter en anglais quand cela était hautement proscrit par la «déontologie» radiophonique. Pondre des tubes sans chercher l'esbroufe, tout en effectuant le pas de côté nécessaire pour ne pas être attendu au tournant ou éviter les barrages – passant des guitares folk et autres orgues vintage de The Jim Side aux pianos et cordes de R/O/C/K/Y (sur lequel officiait Fabio Viscogliosi) – a toujours été un peu la spécialité d'un Moine Marié qui ne s'est jamais senti à sa place dans le cirque rock.

Nous les monstres

Le résultat ce sont des albums impeccables qu'on culpabilise de ne pas écouter assez souvent et qui recèlent des trésors d'invention. Chaque fois que l'on revient au groupe formé par Christian Quermalet et Philippe Lebruman – à ce jour les seuls membres d'origine toujours en place – surgit cette évidence qu'on a là affaire à une formation à la geste et à la feuille de route impeccable, alliées à un registre quasi infini. Le tout culminant en 2004 sur le somptueux The Belgian Kick (ne pas y voir d'hommage à Jean-Claude Van Damme) qui oscille entre coups de poings à l'estomac (Tell me Gary, Night Prince), dance (Pretty lads), caresses langoureuses (Love Commander, Totally Confused) et reprises lumineuses (Observatory Crest de Captain Beefheart, You Only Live Twice de John Barry). En 2008, The Married Monk a écrit la musique, jouée en live par le groupe auquel s'ajoutait Etienne Jaumet, d'un opéra pop consacré à la monstruosité, Elephant People, dont l'un des personnages avait cette réflexion : «Nous les monstres, aujourd'hui chefs d'œuvre de l'insolite, ne sommes-nous pas les éclaireurs avancés de l'humanité de demain ?». Sans le savoir, l'auteur du livret, l'Australien Daniel Keen, donnait la meilleur définition possible de cet inclassable trésor du rock français.


The Married Monk + Paloma
Au Périscope
Jeudi 7 juin

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Les Marquises, à battue rompue

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Il y eut, en 2010, Lost Lost Lost, album du bout du monde posant les bases d'un groupe dont le nom était une carte – de visite, d'un monde musical (Les Marquises, archipel le plus éloigné de tout continent). L'auditeur le plus avisé peinait à planter un drapeau valant étiquette sur cette terra musica ingognita, Il y eut Pensée magique, plus farouche, tribal, frappant aux portes de la folie. Conquise par Les maîtres fous, l'île exhalait en retour sa nature sauvage. Il y eut, plus sombre, A night full of collapses, (faux ?) airs lynchiens, d'aboutissement, nous entraînant dans un dédale d'invités (Matt Elliot, Christian Quermalet, Olivier Mellano, Jeff Halam). C

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Après notamment le peintre Henry Darger pour Lost, Lost, Lost (2010), les cinéastes Jean Rouch et Werner Herzog pour Pensée magique (2014), quelle a été l'inspiration de La Battue ? Jean-Sébastien Nouveau : C'est justement le premier disque qui n'est pas basé sur un grand thème ou une idée directrice. L'idée n'était pas tant esthétique que celle de former un duo de compositeurs et de musiciens avec Martin Duru (NdlR : avec lequel il a fondé Immune et Colo Colo), avec le moins d'intervenants possible et où je chante tous les morceaux. Soit l'inverse de ce qu'on a fait jusqu'à présent où j'invitais systématiquement des chanteurs (Jordan Geiger, Matt Elliott) ou des musiciens (Olivier Mellano, Christian Quermalet). On voulait avancer de manière beaucoup plus intime et comme un bloc. L'esthétique du disque s'est dessinée un peu toute seule au fur et à mesure des morceaux. Habituellement, je compose seul et Martin vient m'aider au moment des arrangements. Là

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Où est Harpo ?

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Stéphane Duchêne | Mardi 28 janvier 2020

Où est Harpo ?

Jusqu'ici l'œuvre littéraire de Fabio Viscogliosi avait infusé une matière autobiographique : éclats de vie, images d'enfance, souvenirs dispersés sur les pages par un écrivain du fragment. Pour la première fois, avec Harpo, l'auteur-dessinateur-musicien-chanteur semble dévier l'objectif. Ce pourrait être un bouleversement s'il n'avait toujours investi ses passages même les plus intimes de modèles et mentors, d'épiphanies esthétiques éclairant auto-analyse et confessions mouchetées. Tout cela, chez Fabio, est un peu mélangé. Parce que flux de pensée, inconscient déplié, satoris mnémoniques et expériences vécues ne voyagent pas en compartiments. « Ce qui est autobiographique, c'est de parler des autres » résumait l'auteur dans un entretien sur francetvinfo.fr. Alors quand il nous livre une histoire, apocryphe, d'Harpo Marx, déjà croisé jadis dans ses pages, on

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Au vent léger de l'été, exposition présentée dans l'atelier du collectif de graphistes Kolle Bolle, porte bien son nom... Des dessins comme en apesanteur et tracés au gré du vent, parfois même réalisés sur des post-its, couvrent un long mur blanc. Il y a ceux de Dans le ciel tout va bien (pseudonyme d'un artiste qui dessine et produit des fanzines ou de petites auto-éditions), mêlés à ceux de Fabio Viscogliosi, artiste et aussi musicien, romancier, auteur BD. Le premier présente surtout des paysages volcaniques sur des post-its. Le second joue avec, rêve les formes les plus diverses, utilisant plusieurs techniques : peinture, aérographe, pochoirs... Il reste chez Fabio Viscogliosi quelques traces d'une esthétique BD, mais il s'en éloigne de plus en plus, avec beaucoup de liberté, flirtant avec le tachisme, l'abstraction, la géométrie. On y devine des rochers, des nuages, des rudiments de paysages, mais plutôt que de nous y confiner, Fabio Viscogliosi

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Avant d'être étudiant aux Beaux-Arts, Frédéric Houvert (né en 1980 à Toulon, installé aujourd'hui à Lyon) a fait une école d'horticulture. Cela n'explique rien, mais l'artiste (peintre, sculpteur, photographe) en a sans doute conservé un goût prononcé pour le motif floral et pour l'univers végétal en général. Il a notamment composé de nombreuses toiles représentant des fleurs, quasi monochromes, dans des nuances de tons très fines, où le motif paraît comme s'effacer, ou "affleurer" à peine. Comme par discrétion, ou comme une continuation possible de l'idée de modernité, lancée, entre autres, par Mallarmé : « Je dis : une fleur ! Et, hors de l'oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d'autre que les calices sus, musicalement se lève, idée même et suave, l'absente de tous les bouquets. » L'absolu moderniste, cherché dans le langage replié sur lui-même ou dans l'abstraction monochrome, s'ouvre à nouveau avec Frédéric Houve

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Raoul Vignal Derrière ce patronyme peu glamour se cache l'une des révélations lyonnaises de ces derniers mois : un artiste folk aux doigts de fées dont l'art du picking et le goût pour la mélancolie évoquent de loin en loin un Nick Drake à moustache. Loin d'être un débutant, Raoul a déjà à son actif trois EP, une BO de film et une petite réputation berlinoise consécutive à un séjour de deux ans dans la capitale allemande. Mais c'est bien son premier album, The Silver Veil (Talitres) qui voit sa côte exploser. Enregistré à Berlin, le disque dont le titre évoque pour le coup le ciel posé comme un drap sur la capitale allemande, lève paradoxalement ce même voile sur un talent au potentiel immense qui fait le lien entre diverses écoles : celle de l'American primitive de John Fahey et Robbie Basho, celle du revival folk contemporain (José Gonzalez, Kings of Convenience) et celle, donc, unique de Nick Drake, décédé à l'âge où Vignal sort son premier album. Comme un signe d'héritage. Raoul Vignal

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C'est avec son projet le plus ambitieux que ce petit génie discret de Jean-Sébastien Nouveau (Immune, Colo Colo, Recorded Home...) a fini par recueillir une approbation critique considérable. C'était en 2010 avec Lost Lost Lost, le premier album de ce groupe singulier à pluralité et géométrie variable sur lequel nous avions alors misé notre Une. Depuis, Les Marquises n'ont jamais trahi cette belle promesse d'exigence esthétique. Un troisième album, A Night full of collapses, le prouve, qui dans une matière musicale et cérébrale inépuisable, puise une inspiration infinie au service d'une forme de transe-piration qui décolle les étiquettes. Comme à leur habitude, Nouveau et ses fidèles – Jonathan Grandcollot, Julien Nouveau, Martin Duru – se sont adjoints les services d'invités premium, prodigieux dans leur capacité à se fondre dans ce magma créatif : Matt Elliott (est-ce lui qui rend le morceau The Beguiled si fascinant ou l'inverse ?), Olivier Mellano, le bassiste Jeff Hallam, la violoniste Agathe Max, Christian Quermalet. Tribus éphémères Nouveau aime ces trib

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12.06 10 ans Kiblind : La GIF Party Faire du format d'image préféré des zonards des imageboards le support de créations visuelles avant-gardistes, tel est le défi que se sont lancés nos confrères de Kiblind pour leurs dix ans – fêtés au Sucre. Pourquoi pas. Surtout que c'est au son de la pop indomptable et hallucinée des Marquises et de la techno toujours plus méconnaissable de Mondkopf – son récent Hadès est un monstre de bruitisme lovecraftien, dont les trompettes apocalyptiques suintent de la harsh noise en clair-obscur de Ben Frost et des drones abyssaux de Suun O))) – qu'ils le relèveront.   13.06 H&S #2 Après un détour limite situationniste par le hip hop dans le cadre du Circuit Nuits Sonores, le DV1 reprend cette semaine le droit chemin de la techno. Et ce n'est pas qu'une façon de parler : plus direct et dévastateur que le

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Ivre de la jungle

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Stéphane Duchêne | Mardi 25 février 2014

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En 2010, Lost, Lost, Lost, le premier album-monstre des Marquises, avait frappé un tel coup qu'on n'avait pu faire autrement que de lui consacrer notre Une. On ne vous cachera pas qu'à l'écoute du deuxième disque du groupe on aurait bien renouvelé l'opération – mais il faut quand même bien laisser un peu de place à la concurrence. D'autant qu'il paraissait compliqué de donner une "suite" à Lost.... Ca tombe bien, ce n'en est pas une. Jean-Sébastien Nouveau, toujours aussi bien nommé, a tout effacé, tout envoyé valser et tout recommencé, affirmant par là même, s'il était besoin, que Les Marquises sont avant tout une créature à géométrie variable. La voix de Jordan Geiger a fait place à celles du touche-à-tout Nicolas Laureau (Don Nino, NLF3), de Benoît Burello (Bed) et de Johannes Buff (Dubaï), en sus du renfort de musiciens de la trempe d'Etienne Jaumet de Zombie Zombie. Et s'il est toujours ici question de se perdre, ce deuxième album est le fruit d'un chambardement esthétique presque complet, passant du froid au chaud, de la brume à la moiteur de la jungle. Les Maîtres Fous 

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La lenteur

CONNAITRE | Fabio Viscogliosi est un écrivain du fragment, du flashback, des miscellanées intimes. On en avait eu un très plaisant premier aperçu dans Je suis pour tout (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 24 janvier 2014

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Fabio Viscogliosi est un écrivain du fragment, du flashback, des miscellanées intimes. On en avait eu un très plaisant premier aperçu dans Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit (2010). Avec Mont-Blanc, en 2011, on avait été emporté par le récit d'une tragédie nationale vue par le prisme du drame familial – les parents de l'auteur, décédés dans l'incendie du Tunnel du Mont-Blanc – et des conséquences intimes. Persuadé comme Gauguin que «la vie c'est à peine la division d'une seconde», l'auteur poursuit ici, lentement mais sûrement, parfois en creux, toujours dans la diffraction du récit et la sérendipité de la mémoire, une entreprise d'autoportrait qui a quelque chose du Je me souviens de Pérec – l'Italie, un pote, des vacances, un livre sur l'escrime – autant que du petit panthéon personnel – on y croise Mondrian, Errol Flynn, Kafka, Godard et tous ceux qui l'ont marqué, pour un instant ou pour la vie. Moins surprenant que son entrée en littérature, forcément moins touchant que Mont-Blanc, Apologie du Slow n'en conserve pas moins cette capacité à émouvoir d'un rien, ce charme du pas de côté autobiographique qui font des livres de Viscogliosi des sortes de haï

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«Chanter était ce qui me stressait le plus !»

MUSIQUES | T'attendais-tu à ce qu'un projet aussi pointu que Les Marquises prenne autant de place dans ta vie musicale ?Jean-Sébastien Nouveau : Non, mais je (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 6 janvier 2012

«Chanter était ce qui me stressait le plus !»

T'attendais-tu à ce qu'un projet aussi pointu que Les Marquises prenne autant de place dans ta vie musicale ?Jean-Sébastien Nouveau : Non, mais je l'espérais ! En tout cas, je suis ravi de tout ce qui s'est passé. Il ne nous manque plus qu'un label, et je serai comblé ! C'est le moins évident de mes projets musicaux mais aussi celui dont je suis le plus fier. Avec Immune, ça avait moins pris. Pour ce qui est de Colo Colo, mon projet pop-rock-electro avec Martin Duru, nous n'avons encore rien tenté, alors il faudra voir. À la sortie de Lost Lost Lost, tu n'envisageais pas de le jouer sur scène mais tu as fini par céder aux sollicitations... Quel bilan fais-tu de cette expérience ?J'ai bien fait de considérer la chose. Quand deux tourneurs te sollicitent, ç

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Ce soir où Jaumet

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Stéphane Duchêne | Mercredi 14 décembre 2011

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Si le nom d'Etienne Jaumet vous dit vaguement quelque chose, c'est parce qu'il est connu pour être la moitié du duo électro-pop Zombie Zombie – connu notamment pour ses interprétations des musiques de films de John Carpenter – de même qu'un membre de la dernière mouture du groupe rock The Married Monk (avouons qu'il y a pire CV). Ce qu'on sait moins, c'est que Jaumet, claviériste et saxophoniste, est un grand amateur d'instruments et de machines analogiques (orgues, synthétiseurs, theremin...). C'est pourquoi la Maison du Livre de l'Image et du Son François Mitterrand de Villeurbanne l'a convié à venir animer le 22 décembre un atelier destiné aux enfants entre démonstration et initiation. Ça c'est pour l'après-midi, à 14h. Et puisque le musicien et là, pourquoi le laisser partir sans une petite prestation musicale en solo, à 19h, sur le thème de la musique de nuit au sens large : entre ritournelle pour s'endormir et musique qui donne envie de regarder sous son lit avant de se coucher.

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Échos de la révolte

MUSIQUES | Pas de saison musicale sans la nouvelle sensation britannique qui va avec. Celle-ci est d'un genre un peu particulier : les Mancuniens se présentent en (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 1 décembre 2011

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Pas de saison musicale sans la nouvelle sensation britannique qui va avec. Celle-ci est d'un genre un peu particulier : les Mancuniens se présentent en effet comme une collectif contestataire (et mystérieeeeux) pop à but non lucratif en lutte contre les puissances maléfiques de l'argent : WU LYF signifie «World Unite Lucifer Youth Foundation», alors reste tranquille. Ok, on a vu nom plus finaud mais il faut bien que jeunesse se passe et celle des quatre de Manchester donne dans la protest-song. Ce qui s'entend un peu car Evnse et Elle Jaie (les prénoms ont été changés mais pas par nous) ont tendance à chanter la jugulaire au bord de la rupture, rapport au fait qu'ils ne sont pas contents. Ajoutez-y une musique qui cherche l'incandescence du côte de chez Arcade Fire ou du post-rock le plus orageux et un sens aigu du marketing-qui-n'en-est-pas-mais-qui-fait-quand-même-bien-monter-le-buzz-dans-la-braguette-des-gazettes-rock et vous obtenez le candidat idéal à la hype d'un Echo Sonore. L'avant dernier, le #99, à l'Epicerie Moderne le 9 décembre. Au programme également : Les Marquises, soit la parfaite antithèse de tout ce qu'on vient de décrire, ce qui ne les empêche pas de

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Stéphane Duchêne | Jeudi 15 septembre 2011

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Au départ, il ne devait s'agir que d'un projet discographique. Malheureusement (ou heureusement) pour eux, Jean-Sébastien Nouveau et son groupe ont été victimes de leur succès et les propositions de concerts ont fusé, qu'ils n'ont pu refuser. Et voilà l'album Lost Lost Lost transposé sur scène (c'est déjà un exploit) pour une tournée française qui passe ce vendredi 23 septembre par le Transbordeur en première partie d'Anna Calvi. Tout juste regrettera-t-on l'absence du chanteur originel, l'Américain Jonathan Geiger (Hospital Ships, Minus Story, Shearwater). Mais comme il est remplacé numériquement par le Married Monk Christian Quermalet, on ne va pas faire la fine bouche. Stéphane Duchène

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A découvrir absolument

MUSIQUES | Dans le calendrier musical c'est souvent à l'automne, saison du renouveau de la programmation, que viennent fleurir les nouvelles plantes. Le parfum de (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 15 septembre 2011

A découvrir absolument

Dans le calendrier musical c'est souvent à l'automne, saison du renouveau de la programmation, que viennent fleurir les nouvelles plantes. Le parfum de nouveauté, les effluves de talent, la promesse d'une renommée et, souvent, le succès d'un disque, viennent chatouiller les narines (et les oreilles) du programmateur averti, qui souvent en vaut deux. Ainsi fait-on déjà, sans doute, de Selah Sue une sorte d'Amy Winehouse flamande (et surtout vivante). Il faut dire que la jeune Belge (22 ans et donc encore en course pour le club des 27, ouf !) a le cheveu blond comme la bière, la voix amère comme le picon et le disque (déjà) de platine. À ce niveau là, on ne peut plus guère parler de découverte, mais sur une scène lyonnaise, le Transbordeur le 4 novembre, c'en sera une. Non loin de là, en Wallonie, le Ninkasi, toujours sous le coup d'un «Coup de cœur», est allé nous dénicher Applause, preuve que la pop belge est décidément fertile en talents. En revenant, les gens de Gerland sont passés chercher les excellents Concrete Knives, que la fièvre de la pop afrophile à la Vampire Week-end est allée saisir du côté de Caen. Voilà deux groupes dont on devrait reparler, ces derniers repas

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Nadja Pobel | Jeudi 8 septembre 2011

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Dessinateur, musicien, Fabio Viscogliosi fait sa rentrée des classes sur le mode écrivain avec la publication de son deuxième roman, Mont Blanc. Le 24 mars 1999, ses deux parents font partie des 39 victimes asphyxiées par l’incendie dans le tunnel entre France et Italie. Viscogliosi ne dresse pas un déroulé factuel du drame mais évoque ce qui remonte à la surface douze ans après les faits : les avocats des parties civiles et adverses qui plaisantent devant la machine à café durant les pauses de l’interminable procès, son achat troublant de Autobahn de Kraftwerk au moment où ses parents mourraient sous le tunnel, ses compagnonnages avec Borges, Pantani, Annie Ernaux ou Cary Grant. Jeudi 15 septembre, à la librairie Passages, Fabio Viscogliosi présentera ce livre presqu’aérien avec son acolyte et directrice de collection chez Stock, Brigitte Giraud qui signe elle Pas d’inquiétude. NP

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Ô Marquises

MUSIQUES | «Du soir montent des feux et des points de silence, qui vont s'élargissant, et la lune s'avance. Et la mer se déchire, infiniment brisée, par des rochers (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 21 janvier 2011

Ô Marquises

«Du soir montent des feux et des points de silence, qui vont s'élargissant, et la lune s'avance. Et la mer se déchire, infiniment brisée, par des rochers qui prirent des prénoms affolés. Et puis plus loin des chiens, des chants de repentance. Et quelques pas de deux et quelques pas de danse. Et la nuit est soumise et l'alizé se brise, aux Marquises». Laissant le chroniqueur musical tout à ses transfigurations métaphoriques de l'univers musical du disque qu'il a entre les oreilles, c'est encore ce bon vieux Brel qui a le dernier mot, s'agissant de décrire l'impression laissée par le disque d'un groupe qui lui doit son nom. Les Marquises, ce sont ces îles du bout du monde où est allé s'éteindre le grand Belge et dont il fit une chanson. Mais c'est aussi sur une mappemonde, l'archipel le plus éloigné de tout continent. Lost, Lost, Lost, donc. Perdu, mais plutôt trois fois qu'une, isolé du maelström musical mais battu par des vents d'influences, des fumées noires comme dans la série éponyme, qui évoquent autant le post-rock de Labradford que la jazz-pop spectrale de Blonde Redhead. Grâce soit ainsi rendue au chant châtré de Jordan Geiger, leader de Minus Story, ven

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Belles îles amères

MUSIQUES | Chaque fin d'année, le mélomane s'attèle à la tâche : il taille son plus joli crayon de bois, déplie son plus précieux bloc-notes et entame un long processus (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 21 janvier 2011

Belles îles amères

Chaque fin d'année, le mélomane s'attèle à la tâche : il taille son plus joli crayon de bois, déplie son plus précieux bloc-notes et entame un long processus oscillant entre le devoir de mémoire et le bilan comptable. Puis, sa tâche achevée, il s'en va harceler ses congénères d'un : «Eh, Francis (si le congénère en question s'appelle Francis) c'est quoi ton Top 10 des albums 2010 ?». Manière d'affirmer sa propre identité musicale tout en consacrant, au sens religieux du terme, les musiciens les plus méritants de l'année écoulée. Une pratique également très répandue dans le domaine cinématographique, moins dans le milieu littéraire (allez donc trouver quelqu'un qui a lu dix livres). Cette année, de la blogosphère la plus pointue à la presse la plus respectée des puristes (Magic, Pinkushion) en passant par les dénicheurs de talents les plus finauds (Cyrille Bonin du Transbordeur, La Route du Rock), un album qu'on n'attendait pas n'a cessé d'être cité, à l'égal ou presque des Arcade Fire ou autres Sufjan Stevens : Lost, Lost, Lost, signé Les Marquises. À l'origine de cette singulière petite merveille sortie d'à peu près nulle part (Lyon) pour mieux laisser quelque

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Fabio Viscogliosi

MUSIQUES | Petit Bulletin : Qui, ou qu'est-ce qui a fait la vie culturelle à Lyon depuis 1997 ? Fabio Viscogliosi : En ce qui me concerne, des concerts ou des (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 8 décembre 2010

Fabio Viscogliosi

Petit Bulletin : Qui, ou qu'est-ce qui a fait la vie culturelle à Lyon depuis 1997 ? Fabio Viscogliosi : En ce qui me concerne, des concerts ou des expositions, bricolés par des groupuscules sympathiques. Et puis, je pense que Lyon est enrichie par les villes qui l'entourent, des initiatives singulières ou périphériques. Quelles ont été, selon vous, les évolutions marquantes de la vie culturelle depuis 1997 ? La disparition de certaines librairies historiques, et la création de certaines autres, heureusement. Sans de bonnes librairies, une ville se désintègre. Même remarque pour les cinémas. Existe-t-il une scène ou une “touche“ lyonnaise ? Je remarque que les Lyonnais perdent peu à peu leur accent. Dommage, c'était drôle, et productif. La "touche", ça commence peut-être par assumer d'où l'on vient, où l'on est. Par petites touches. Vous habitez Lyon, cela a-t-il une importance dans votre activité créatrice ? Probablement, j'aime la province, un peu bancale, on est toujours en route pour quelque part, même sans bouger.

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Mythologie(s)

CONNAITRE | L’année 2010 débute en fanfare pour le très éclectique Fabio Viscogliosi. Celui qui est aussi musicien (il a notamment collaboré avec The Married Monk et Yann (...)

Aurélien Martinez | Lundi 11 janvier 2010

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L’année 2010 débute en fanfare pour le très éclectique Fabio Viscogliosi. Celui qui est aussi musicien (il a notamment collaboré avec The Married Monk et Yann Tiersen avant de produire deux albums solo), verra en effet son œuvre graphique et plastique mise à l’honneur lors du festival de BD d’Angoulême (du 28 au 31 janvier), avec une exposition, «Bye-Bye», dans lequel on retrouvera dessins, illustrations et objets en volume inspirés de certains de ses personnages de bandes dessinées. Dans le même temps, les éditions L’association rééditent trois de ses livres les plus emblématiques, parus au Seuil dans les années 90, dans un volume intitulé "Da Capo" qui regroupera "L’Œil du chat", "Du plomb dans l’aile" et "Morte saison pour les poissons". Une reconnaissance pour cet artiste hors norme, qui trouve encore le moyen d’explorer d’autres voies avec la parution d’un premier texte littéraire, Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit, d’une très grande beauté. Le talent, décidément, appelle le talent… Coltrane, Magritte et les autresLes 154 courts chapitres qui composent cet autoportrait convoquent des souvenirs, des réminiscences, des rêves, des divagations ou

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Et l'âne vit l'ange

Musique / Sur la chouette pochette de ce deuxième album solo, Fabio Viscogliosi met en scène son alter ego fétiche : un âne à la coule en veston et pantalon de tweed, indifférent au tsunami (vaguement apparenté à Hokusaï) qui va l'engloutir. Et accessoirement éteindre sa cigarette. De quoi gloser, peut-être un peu bêtement, sur un artiste têtu comme une mule, bien décidé à faire son chemin contre vents, marées et tsunamis de toutes sortes. Quitte, ça le regarde, à choper un cancer des poumons et à se mouiller. Ou même à nous faire craindre le pire en chantant en italien : cette langue, musicale par excellence, qui ne nous avait offert jusqu'ici que des gondoliers rossignolant ou le romantisme quatre fromages d'un Toto Cutugno. En se glissant dans ce costume linguistique et atavique (comme sur le précédent Spazio ou avec The Married Monk), Viscogliosi a pourtant trouvé un moyen de se dégager d'influences nécessairement anglo-saxonnes et inévitablement pesantes : le Brian Eno d'Another Green World, Jonathan Richman (Astro di Gomma, très Modern (mais néanmoins latin) Lovers) ou encore Robert Wyatt. De ce dernier, il réchappe cette mélancolie étranglée, entre dissonance lo-fi et distin

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Christophe Chabert | Mercredi 18 juillet 2007

Caro Fabio

Petit Bulletin : Qu'est-ce qui s'est passé pour toi entre le premier et le deuxième album ?Fabio Viscogliosi : Beaucoup de choses, dans ma vie personnelle comme dans mon travail. Effectivement, on m'a fait remarquer qu'il s'est passé un certain nombre d'années entre Spazio et Fenomeno, mais en même temps je n'ai pas vu passer ce temps-là. D'ailleurs, il y a des morceaux de ce deuxième disque qui ont été enregistrés assez vite après le premier album, et logiquement, j'aurais déjà pu sortir un disque, il y a trois ans. Tu avais obtenu une bourse pour un roman, non ?Oui, il est terminé, mais j'ai écrit un autre texte qui va probablement sortir l'année prochaine. Ça s'appelle La Grande Forme, c'est une autobiographie au sens très large, puisque je raconte ma vie à travers celle de tous mes pères spirituels, ceux qui m'ont influencé. Ça va de mon vrai père jusqu'à Bob Dylan. Sinon, une grosse partie de mon travail a été révélée récemment par des expositions, il s'agit de dessins et de sculptures. J'ai l'impression d'avoir œuvré pendant cinq ans en ermite et de me retrouver avec une somme de matériaux très divers. Tu chantes en italien, qui est la langue

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