Un beau petit saint

Benjamin Mialot | Jeudi 21 juin 2012

C'est le scoop de la semaine : le Transbordeur s'agrandit avec une troisième scène. Inutile d'en chercher trace sur votre prochaine feuille d'impôts locaux ou dans la rubrique Bâtiment et Travaux Publics des annonces en ligne de Pôle Emploi, l'équipe de Cyrille Bonin a simplement eu la bonne idée de s'étendre hors les murs, là où se dressait déjà un bar extérieur. Le nouvel espace ainsi délimité accueillera d'ici la trêve estivale un bal et quatre concerts baptisés «Summer Sessions».

Et c'est le dénommé Saint-Augustine, figure de proue du collectif Kütu Folk (lequel, depuis le mitan des années 2000, fait fructifier l'héritage des grandes plumes de l'americana comme personne n'avait su le faire dans ce pays jusqu'alors), qui aura l'insigne honneur de l'inaugurer dimanche 1er juillet. Un perfect match, ainsi qu'on le dit en Anglo-Saxonnie, tant les chansons de ce jeune Clermontois, amples et délicates comme peuvent l'être celles de Bill Callahan ou Grandaddy, ont le chic pour vous donner envie de vous affaler dans l'herbe tel un ourson repu d'ultraviolets et d'eau minérale (ne chipotons pas, entre Valvert l'Ardennaise ou Volvic l'Auvergnate, c'est bouchon bleu et bleu bouchon).

Benjamin Mialot 

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Théo Charaf : zone d'inconfort

MUSIQUES | Vu au sein de formations bruitistes notables comme les Beaten Brats ou les Scaners, le Croix-Roussien Théo Charaf est en train de mettre tout le monde d'accord avec son premier album solo renversant, beau spécimen d'hybride grunge-folk, dont la sortie avait été repoussé à fin janvier. En octobre, nous avions rencontré ce punk farouche, dévoré, à tous les sens du terme, par le blues.

Stéphane Duchêne | Mercredi 20 janvier 2021

Théo Charaf : zone d'inconfort

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Les makis locaux de Lipopette

Restaurant | Des sushis, plutôt des makis, et des bols de riz, appelés donburi, garnis d'ingrédients d'ici.

Adrien Simon | Jeudi 22 octobre 2020

Les makis locaux de Lipopette

Ils nous avaient déjà fait le coup avec la pizza. C’était chez Hape (anciennement Harvest) rue Flandrin dans le 1er. L’idée ? Utiliser des produits locaux, bio et de saison, pour un resto qui est italien du côté des recettes, pas du côté des ingrédients (farine de l’Ain, leur huile d’olive de Nyons, jambon du Rhône, etc.) La même équipe voit double, en ouvrant en face un comptoir à sushis. Même ambition : non pas perfectionner la tradition japonaise (est-ce seulement possible ?) mais l’adapter à des produits d’ici. Des rouleaux californiens Leurs bouchées sont des makimono, pour être précis des rouleaux californiens. Cette variété de sushi vient des 70’s et de la côte ouest américaine — plus certainement de Vancouver que de L.A., d’ailleurs. Là-bas un Japonais avait compris que les Nord-Américains n’aimaient guère le poisson cru et les algues. Il remplaça le premier par du crabe et de l’avocat, cacha le nori à l’intérieur, et ajouta de la mayonaise — le sushi occidentalisé était né. Chez Lipopette on pratique aussi le maki

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Ensemble ou pas ? : "Après la nuit"

Romance | Dana et Arthur partagent leur vie depuis dix ans. Mais vivent-ils encore ensemble ? Après une nuit d’interrogations, durant laquelle Dana a erré avec un chauffeur de taxi et qu’Arthur a passé dans les draps d’un autre homme, sont-ils au clair avec leurs sentiments mutuels et réciproques ?

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Ensemble ou pas ? :

Trois actes pour raconter les atermoiements intimes d’un couple ; pour observer l’un, l’autre, puis l’alchimie d’une synergie amoureuse sur le fil du rasoir : la rupture, multi-factorielle, est proche, mais ne se consomme pourtant pas. Pour soutenir le projet de son film, Olteanu a recours à un concept déjà vu récemment chez Xavier Dolan : la variation du format de l’image. Carré lorsqu’il s’agit de suivre chaque personnage individuellement, il devient large lorsque le couple se retrouve, quitte à se rétrécir dans certaines séquences de crises — cet effet yoyo en diminue la lisibilité et surtout l’efficacité. Rappelant étrangement le cinéma de Nuri Bilge Ceylan dans les rapports entre hommes et femmes, Après la nuit trouve son originalité dans la mise en scène des “fâcheux“ venant contrarier Dana et Arthur : le voisin raciste, la grand-mère se mêlant de ce qui ne la regarde pas… Plus qu’un cadre à géométrie variable, ce sont eux qui dynamisent le film. Après la nuit Un flm de Marius Olteanu (Rou, 1h50) avec

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Iggy Pop à Lyon en avril

Stooges | Increvable Iguane ! Quand la plupart de ses contemporains ont passé l'arme à gauche ou sont artistiquement rôtis, Iggy Pop est toujours aussi vaillant, (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 4 décembre 2019

Iggy Pop à Lyon en avril

Increvable Iguane ! Quand la plupart de ses contemporains ont passé l'arme à gauche ou sont artistiquement rôtis, Iggy Pop est toujours aussi vaillant, qui alterne entre sagesse bouddhique tongue-in-cheek (se souvenir de ses hilarants témoignages thé à la main dans le documentaire que consacra Jim Jarmusch aux Stooges) et sauvagerie musculeuse. Quand on pensait que son dernier disque Post pop depression s'avançait comme un testament, le Pop livrait cette année le flamboyant et exigeant Free où rugit mieux que jamais ou presque sa voix de crooner démâté, énième preuve que cet ancien grand allumé a décidément survécu à tous et à tout (se permettant même de faire réaliser un clip par Mac DeMarco qui pourrait être son petit fils). Eh bien le voilà en tournée et de passage à Lyon, en pompe gigantesque : à l'Amphi 3000 il livrera le 3 avril un set acoustique à la couleur très jazz raccord avec l'ambition esthétique de Free, justement. On vous dirait bien que c'est la

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Daho : d'Etienne en Eden

MUSIQUES | Avec la réédition de son album Eden (1996) et la tournée orchestrale qui l'accompagne, Etienne Daho replonge avec bonheur dans le souvenir de l'album d'une radicale réinvention. L'occasion, avant son concert lyonnais aux côtés de musiciens de l'ONL, de se repencher sur une carrière qui ne fut qu'une suite de renaissances et de nouveaux départs dessinant une dialectique de la pop selon Daho. Rétrospective.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 novembre 2019

Daho : d'Etienne en Eden

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Vox Populi

ECRANS | On n’a jamais autant (et aussi mal) parlé d’Europe qu’à la veille du scrutin européen. La politique étant une chose trop grave pour la laisser aux mains des (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Vox Populi

On n’a jamais autant (et aussi mal) parlé d’Europe qu’à la veille du scrutin européen. La politique étant une chose trop grave pour la laisser aux mains des seuls politiciens, mieux vaut peut-être la confier aux cinéastes. C’est un peu le credo de Vox Populi, focus itinérant sur le film européen engagé qui présente dans huit salles de la Métropole adhérente du GRAC huit œuvres de qualité, dont l’excellent Styx (sur les écrans cette semaines), mais aussi Le Silence des autres, Retour à Forbach (en présence de Régis Sauder) ou Santiago, Italia de Moretti. Pour comprendre ce que Europe et voter veulent dire… Vox Populi Dans huit salles de cinéma du réseau GRAC ​du 2 au 5 avril

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Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne »

Le Retour de Mary Poppins | Suite lointaine d’un des plus grands triomphes des Studios Disney qui avait glané cinq Oscar (dont celui de la meilleure actrice pour Julie Andrews), "Le Retour de Mary Poppins" est le Disney de Noël 2018. Rencontre avec le réalisateur et l’interprète de la nounou magique…

Vincent Raymond | Lundi 24 décembre 2018

Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne »

Signer la suite d’un film considéré comme un classique depuis un demi-siècle a de quoi impressionner, non ? Rob Marshall : À chaque étape, cela a été impressionnant. Et un travail colossal. Mais si quelqu’un devait s’atteler à la tâche, je voulais que ce soit moi, car ce film signifie énormément pour beaucoup de personnes de ma génération. Il fallait que cette suite reflète dignement l’esprit du film de 1964, même si la barre était particulièrement haute. Avec mes co-scénaristes Dave Magee et John de Luca, nous avons dû créer un script pour lier les parties musicales entre elles. Car les livres de P. L. Travers fonctionnent par épisodes ; il n’y a pas vraiment de narration liant les chapitres les uns aux autres. Puisque Le Retour de Mary Poppins dépeint l’époque de la Grande Dépression à Londres, il fallait comprendre les difficultés de cette période, qui trouve un écho très contemporain. C’était un exercice

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Mary à tout prix (et pareille à elle-même) : "Le Retour de Mary Poppins"

Comédie Musicale | De Rob Marshall (É-U, 2h10) avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Mary à tout prix (et pareille à elle-même) :

Trente ans se sont écoulés depuis le départ de Mary Poppins. La voici de retour, quasi identique pour s’occuper des enfants de Michael Banks, alors que leur père, jeune veuf, s’emploie à sauver leur maison d’une saisie. Heureusement, sa magie sera le sucre qui aidera la médecine à passer… Disons-le tout net, cette suite est une délicieuse mine de paradoxes. Tout d’abord parce qu’elle s'applique davantage à répliquer l’opus initial qu’à le prolonger, histoire de montrer l’immutabilité de la nounou — laquelle pourtant à changé de physionomie en changeant d’interprète. Ainsi le ramoneur est-il ici remplacé par un allumeur de réverbères (même genre de monte-en-l’air, en plus propre sur lui), l’oncle Albert s'envolant au plafond troqué par une cousine Topsy vivant tête-bêche, la séquence champêtre en animation par… une séquence champêtre en animation (avec une touche de cabaret en sus). Bénéficiant des évolutions techniques contemporaines, cette Mary Poppins est donc plus une 2.0 qu’une n°2. Mais si la trame se conforme à l’original, cet épisode se distingue

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La chasse : "Utøya, 22 Juillet"

Drame | Reconstitution en temps réel de l’attaque d’Utøya vue de l’intérieur et en plan-séquence, cette terrible et néanmoins superbe claque est portée par l’impressionnante Andrea Berntzen, qu’on suivra au-delà de ce film. Brut, mais surtout sans bavure.

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

La chasse :

22 juillet 2011, sur l’île norvégienne d’Utøya où se tient un camp réunissant de jeunes travaillistes, la nouvelle de l’attentat venant de toucher le quartier des ministères à Oslo est à peine digérée que des tirs retentissent : une attaque terroriste est en cours ! Katja tente de se mettre à l’abri… C’est peu dire que l’on redoutait ce film. Car l’événement dont il s’inspire a traumatisé la société scandinave, laquelle a eu encore plus de mal à se remettre du procès du mégalomane extrémiste responsable des faits — ce dernier en profitait comme d’un piédestal pour vanter ses idées nauséeuses, avec force provocations narquoises. Comment, alors, évoquer cette journée funeste sans héroïser survivants, survivantes et martyres, sans donner du meurtrier une image qui le remplirait d’orgueil, ni coudre de fil blanc les pages du drame ? Trop de cinéastes omettent de se poser des questions basiques d’éthique, que les bons sentiments pas plus qu’une musique empathique ne résolvent. Faut-il mettre au crédit de la “rigueur protestante“ et pragmatique les choix opérés par

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Le Secours Populaire en logo

Graphisme | À travers l’étude d’un logo et d’une identité graphique, l’exposition retrace l’histoire, les valeurs et le travail malheureusement encore nécessaire du Secours populaire.

Lisa Dumoulin | Mardi 11 décembre 2018

Le Secours Populaire en logo

Pour la deuxième édition de la série consacrée à l’histoire des identités graphiques, entamée à l’automne dernier avec l’examination du logo du Musée lui-même et son évolution, le Musée de l’Imprimerie et de la Communication Graphique se penche sur l’identité du Secours Populaire français. La fameuse main ailée, reconnaissable entre mille, a été créée par Grapus, collectif fondé en 1970 par Pierre Bernard, François Miehe et Gérard Paris-Clavel. Grapus n’a pas travaillé pour le marché publicitaire mais pour les associations, syndicats, mouvements culturels et humanitaires… En 1990 le collectif se scinde, Pierre Bernard fonde l’Atelier de création graphique. Ce dernier assurera la communication visuelle du Secours Populaire pendant très longtemps. « La qualité de la solidarité au secours populaire mérite de nouvelles formes graphiques » a-t-il déclaré. Ainsi le Secours populaire français a sollicité des signatures prest

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Comment ça va avec la douleur ? : "Rester vivant - méthode"

Aïe ! | de Erik Lieshout (P-B, 1h10) avec Iggy Pop, Michel Houellebecq, Robert Combas…

Vincent Raymond | Lundi 14 mai 2018

Comment ça va avec la douleur ? :

De la douleur surmontée naît la création poétique. Tel est le postulat de l’essai signé par Michel Houellebecq en 1991, Rester vivant, méthode. Un bréviaire dont fait ici son miel Iggy Pop, jadis réputé pour ses performances scéniques limites conjuguant scarifications et auto-mutilations diverses. En vénérable pré-punk apaisé, l’Iguane s’emploie à lire devant la caméra quelques stances de l’ouvrage, à les commenter à la lumière de son parcours ; croisant sa propre vie avec celle d’autres artistes aussi marqués par la souffrance que lui. On y découvre les écrivains écorchés Claire Bourdin et Jérôme Tessier, ainsi que le vibrionnant peintre Robert Combas, témoignant tous de leur rapport intime à la maladie — schizophrénie, dépression ou autre plaie intérieure térébrante qu’ils ont convertie en carburant créatif. Et puis il y a dans un recoin du film, à son extrémité caudale même, un certain “Vincent“, artiste reclus absorbé par un grand œuvre mystérieux. Il s’agit du seul “personnage“ fictif de ce documentaire hybride, interprété par Houellebecq en personne. Visage rongé de

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Protomartyr de la cause

Rock | Dans une ville où le rock a toujours sonné différemment du reste de l'Amérique, Protomartyr fouille à grands coups de post-punk fracassant les décombres d'un Détroit économiquement rétamé. Et questionne, non sans émotion, la chute de l'Amérique toute entière dans les bras de Trump.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 avril 2018

Protomartyr de la cause

Dans le documentaire de Jim Jarmusch Gimme Danger, Iggy Pop rappelait combien le son des Stooges avait été modelé par le vacarme de l'industrie locale alors florissante, et notamment le "mega-clang" des presses industrielles de la machinerie automobile, explosant par delà les murs des usines. C'est aussi le son de Détroit, sa rumeur, que l'on entend sur les disques post-punk de Protomartyr, gang du cru, dont la totalité des membres s'est retrouvé au chômage en un claquement de doigts dans cette cité déclarée officiellement en faillite – ce qui leur a permis de se consacrer à plein au groupe. À ceci près que cette rumeur, ce son originel, résonnent bien différemment. Figurant la bande-son d'une ville où le rêve américain se serait retourné comme une crêpe avant de s'étaler sur un sol en proie au chiendent comme symbole d'une misère devenue incontrôlable. Vérité Ici, les guitares de Greg Ahee pleurent des larmes d'acier fondu, quand elles ne hurlent pas comme le corps d'un supplicié, comme le fant

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"Macadam Popcorn" de Jean-Pierre Pozzi : grandeurs et évolutions des petits commerces de cinéma

ECRANS | de Jean-Pierre Pozzi (Fr, 1h19) documentaire avec Mathieu Sapin…

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Voici un documentaire qu’on voudrait aimer par principe ; autant pour son sujet que pour l’opiniâtreté de sa démarche et ses (modestes) tentatives formelles. Jean-Pierre Pozzi et son camarade le dessinateur Mathieu Sapin y écument la France des salles de cinéma alternatives, après le passage au “tout numérique”, et donnent la parole aux défenseurs acharnés de l’exception “art et essai” — ces propriétaires de salles maintenant coûte que coûte leurs écrans dans le paysage. Scandé de trop rares séquences animées, ce road movie leur a pris des mois, voire des années. Hélas, une partie de leur énergie s’est diluée au fil du temps, et le film s’en ressent : on devine à sa réalisation bancale, à son montage façon coq-à-l’âne et à l’absence hurlante de continuité que les protagonistes (au jeu merveilleusement approximatif) ont dû caler les sessions de tournage au gré de leurs disponibilités. Cette forme

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Expo "Popcorn" : le design à l'écran

Design | À l'occasion de la Biennale du design, le Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne jette un regard croisé sur les liens entre design et cinéma... Une exposition restreinte à peu de salles mais digne d'intérêt.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 4 avril 2017

Expo

Moins importante en quantité que nous l'espérions, l'exposition Popcorn est cependant une exposition réussie sur le plan qualitatif. Elle entrecroise art, cinéma et design en trois temps, respectivement dédiés aux thématiques du travail, de la conquête spatiale et du western. Rappelons que le design et le cinéma sont nés à peu près en même temps (en 1851 pour le design avec une exposition au Crystal Palace à Londres défendue par Sir Henry Cole ; en 1895 pour le cinéma avec la première projection des frères Lumière) et qu'ils partagent, à leurs débuts, la même réputation de sous-disciplines artistiques. Le cinéma est rattaché aux attractions et spectacles forains et le design au monde un peu sombre et encrassé de la technique et de l'industrie ! Bref, c'est en sortant peu à peu des "bas-fonds" que le cinéma comme le design gagneront leurs lettres de noblesse, qui ne sont plus remises en question aujourd'hui... Le travail à l'œil Bizarrement, c'est la partie la moins fun de l'e

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Klaus Michael Grüber, vivant !

Opéra | Parfois, très rarement, dans cet art si éphémère qu'est le théâtre et a fortiori l'opéra, ressurgissent de grands metteurs en scène. Neuf ans après sa mort, Klaus Michael Grüber revit avec la reprise de son Couronnement de Poppée. Esquisse de ce que fut ce maître des scènes européennes.

Nadja Pobel | Mardi 14 mars 2017

Klaus Michael Grüber, vivant !

Il y a d'abord une aura, celle que convoque son nom. Klaus Michael Grüber dont les cendres ont été réparties sur Belle-Île-en-Mer un jour de juin 2008, juste après sa mort des suites d'un cancer, est un pan du théâtre. Celui d'une exigence et d'une intemporalité qui permet notamment aujourd'hui à son assistante Ellen Hammer, aux commandes de la reprise du Couronnement de Poppée de ne pas craindre une « entreprise muséale ». Sans jamais adapter ou contemporanéiser les textes qu'il a pu monter, il a su leur donner une nouvelle lecture comme cette Bérénice qui a entendu bien des fauteuils claquer avant de devenir un classique à son tour. En 1984, invité à la Comédie Française, il avait donné à l'héroïne racinienne une allure presque métallique en confiant cette indication à la protagoniste principale Ludmila Mikaël : « la parole froide, le cœur brûlant ». Né en 1941 au bord du Neckar (Bade Würtemberg) dans une Allemagne aux mains des nazis, Grüber, apprenti-acteur au Conservatoire de Stuttgart, est rapidement parti en Italie où il devient l'assistant de Giogio S

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Les 10 concerts à voir en septembre

Musique | La concurrence (ou les confrères) prenant leur temps pour redémarrer la saison en mode diesel, c'est une certaine péniche du quai des Étroits, qui ce mois-ci fait figure de bon élève boulimique, alignant comme des perles les concerts de musique pas comme les autres. Septembre sera (surtout) Sonic ou ne sera pas.

La rédaction | Jeudi 1 septembre 2016

Les 10 concerts à voir en septembre

Daniel Romano Les fans hardcore de l'ancien Daniel Romano ont sans doute eu du mal à reconnaître leur protégé canadien lorsqu'ils ont posé l'oreille sur Mosey, son dernier album, puis constaté qu'il avait troqué le costume de dandy à Stetson – et les chansons crincrin qui allaient avec – pour une veste de jogging. Finie (pour le moment) la country pliant (magnifiquement) le genou devant les figures d'Hank Williams ou Merle Haggard, Romano a ici sorti le couteau suisse musical et donne l'impression de balayer d'un revers de main sa discographie précédente à coups de pop cinématographique, emphatique ou intime, reliant par la grâce du fil invisible d'un songwriting impressionnant Morricone, Dylan, Newman, Hazlewood. Et surtout l'ancien Daniel avec le nouveau, génial dans toutes les configurations. Au Sonic le mardi 13 septembre

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Opéra de Lyon : cinq coups de cœur pour la prochaine saison

Opéra | La programmation lyrique de la prochaine saison de l’Opéra de Lyon est révélée : parmi les neuf productions proposées, cinq d'entre elles ont particulièrement éveillé notre intérêt.

Yannick Mur | Mardi 26 avril 2016

Opéra de Lyon : cinq coups de cœur pour la prochaine saison

L’Ange de Feu Par Sergueï Prokofiev. L’auteur de Pierre et le Loup ou encore de Roméo et Juliette possède un sens de l'orchestration, du rythme et de la mélodie qui lui confère un style personnel et unique. La partition elle-même est une histoire : composée entre 1918 et 1927, elle ne verra le jour qu'en 1954, un an après la mort du compositeur. C'est une œuvre bouleversante qui oscille entre passion hystérique, possession diabolique et élans mystiques. Pour interpréter le personnage de Renata, rôle très exigeant sur le plan vocal, c'est Ausrine Stundyte qui sera sur scène. Elle nous avait impressionné dans Lady Macbeth de Mzensk en janvier dernier, nul doute qu’elle saura camper une Renata avec autant d'engagement. Du 11 au 23 octobre 2016 Tristan et Isolde Le chef-d’œuvre de Richard Wagner dont on ne se lasse pas. Du somptueux prélude (utilisé par Lars Von Trier dans Melancholia), jusqu’au Liebestod final d'Isolde, qui est l'un des sommets de l'histoire de l'art lyrique, le maître de Bayreuth tisse une musique envoû

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Savages et indomptables

MUSIQUES | Voilà un gang qui a su se construire une image. En mode abrasif, noir et peu souriant, Savages ne cherche pas l’adhésion par la caresse, lui préférant une (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 24 février 2016

Savages et indomptables

Voilà un gang qui a su se construire une image. En mode abrasif, noir et peu souriant, Savages ne cherche pas l’adhésion par la caresse, lui préférant une sèche autorité que les photos du groupe - quasiment jamais un sourire, noir & blanc de rigueur, décor minimaliste, noir majeur - imposent d’emblée, avant même toute écoute. En partie shootées à leurs débuts par Hedi Slimane (qu’elles ne connaissaient pas), ces quatre londoniennes ne sont pas qu’esthétique et parachèvent cette construction par un son du même acabit : sombre comme du Joy Division, doté du groove sec d’Au Pairs dont elles partagent le goût pour la ligne de basse hypnotique, elles invoquent en filigrane cette Angleterre du début des années 80 sans laisser planer le moindre doute sur une éventuelle idée de revival. Savages est bien un groupe du présent, dégageant une tension malsaine, révoltée (le poing de la cover d’Adore Life, leur second effort tout juste paru sur Matador, la cover du Dream Baby Dream de Suicide) et sans concession aucune. La production du disque, aussi glaciale que certaines de leurs interviews (Rock&Folk, si tu nous entends…) est assurée par Johnny

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Unipop : La liberté par la contrainte

CONNAITRE | Le cycle de conférences Unipop consacrées à la musique se poursuit au Périscope avec la venue de Vincent Cotro, musicologue s’attachant à l’influence des supports enregistrés sur l’évolution formelle et stylistique du jazz. Pointu, mais passionnant.

Sébastien Broquet | Mardi 26 janvier 2016

Unipop : La liberté par la contrainte

De tous temps, l’évolution des supports enregistrés a fait évoluer la musique, en terme de composition comme de son. D’un 33t en vinyle à une écoute en streaming sur un site dédié auquel nous sommes abonnés, de toute évidence, une chanson, un solo de guitare, une voix ne s’écoutent pas tout à fait de la même façon ; et ne s’enregistrent pas de la même manière non plus. On ne produit pas de façon similaire pour un maxi 45t ou un MP3 : ce dernier privilégie les médiums et occulte les basses. Lesquelles prennent toute leur ampleur sur un maxi vinyle, de par l’espacement des sillons ; une découverte que nous devons à Tom Moulton, remixeur et DJ, qui n’avait plus de format 45t pour faire un test-pressing d’un single qu’il venait de produire. Il a dû se rabattre sur un 33t, ce qui révolutionna l’histoire de la dance music. De la rondeur et de l’ampleur pour les basses, une durée de plus de 20 minutes : Donna Summer et ses orgasmes sonores de 15 minutes lui doivent beaucoup, le hip hop et la techno aussi… De la durée C’est tout le sujet de la conférence de Vincent Cotro (l’influence du format sur la forme, pas l’o

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Les soirées du 4 au 10 novembre

MUSIQUES | 06.10 The Cosmic Adventure Steffi était l'une des grandes absentes du dixième anniversaire du label Ostgut Ton. Aujourd'hui, on comprend mieux (...)

Benjamin Mialot | Mardi 3 novembre 2015

Les soirées du 4 au 10 novembre

06.10 The Cosmic Adventure Steffi était l'une des grandes absentes du dixième anniversaire du label Ostgut Ton. Aujourd'hui, on comprend mieux pourquoi : elle était perdue dans l'espace, en route pour la prochaine bamboche en apesanteur du local hero à poils longs Kosme au Sucre. La plus émotive et funky des résidents du Panorama Bar, l'étage house du Berghain – statut qui ne l'empêche pas de sacrifier, en grande professionnelle, aux traditions maison : feeling analogique, fausse simplicité d'exécution et tirage de gueule de six pieds de long – a depuis retrouvé son chemin. Vous reprendrez bien une part de gâteau ?

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Peach Kelli Pop, les Super Nanas du punk

MUSIQUES | Paru en 2005, le jeu Super Princess Peach voyait la promise de Mario endosser, pour la première fois de sa longue carrière d'archétype de demoiselle en (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 30 septembre 2015

Peach Kelli Pop, les Super Nanas du punk

Paru en 2005, le jeu Super Princess Peach voyait la promise de Mario endosser, pour la première fois de sa longue carrière d'archétype de demoiselle en détresse, un rôle d'héroïne. On soupçonne Allie Hanlon, la meneuse du girls band à guitares canado-américain Peach Kelli Pop, d'y avoir consacré quelques heures de sa vie. Non pas tant parce que son troisième album éponyme s'ouvre sur une relecture pop punk d'un thème du Super Mario Bros. originel que parce que, de la même manière que Peach pouvait allumer des incendies sous le coup de la colère et l'instant d'après les éteindre en chialant toutes les larmes de son corps engoncé dans une robe acidulée, ses chansons soufflent tellement le chaud et le froid qu'elles en mettraient la fièvre à un pare-brise athermique. Côté pile : cuteness rétro (ah ! Ces pochettes façon 33 tours de variété moldave...), "woo hoo" spectoriens et mélodies qui collent au lobe temporal comme du chewing gum à un bureau d'école – le générique de Sailor Moon est d'ailleurs lui aussi revu et sévèrement corrigé. Côté face : production in your face – qua

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Retour à l'université

CONNAITRE | Menée tambour battant par Françoise Bressat-Blum, l’université populaire de Lyon, dite UniPop, démarre sa dixième saison ce lundi 6 octobre (sur réservation !) (...)

Nadja Pobel | Mardi 30 septembre 2014

Retour à l'université

Menée tambour battant par Françoise Bressat-Blum, l’université populaire de Lyon, dite UniPop, démarre sa dixième saison ce lundi 6 octobre (sur réservation !) dans la grande salle du TNP avec Edwy Plenel, invité à débattre sur les «médias indépendants et participatifs, esprit des universités populaires et avenir de la démocratie». Vaste programme pour le co-fondateur et président du site Médiapart. Les sujet abordés par la suite s'avèreront tout aussi passionnants et politiquement incorrects, à l'image des séries de conférences consacrées au «genre dans tous ses états», aux «numérisations du corps», à la biocritique ou au (mal-)logement – par le prisme de la précieuse et indispensable Fondation Abbé Pierre. Des champs plus directement liés à la culture comme la trace du corps dans le texte ou l’histoire du blues ou du free-jazz sont aussi au programme cette année. Des Archives municipales au Périscope en passant par le TNP donc, ce sont plus de cinquante rendez-vous qui sont proposés, gratuitement, sans adhésion, avec des professeurs d’université qui s’engagent bénévolement. U

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Au-dessous des volcans

MUSIQUES | Points culminants d'une édition d'A Vaulx Jazz centrée sur le piano et la voix, ce sont quatre volcans monumentaux de l'histoire musicale qui rendront A Vaulx Jazz visibles de très loin. Éruption imminente, dans un Centre Charlie Chaplin qui promet de bouillir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 18 mars 2014

Au-dessous des volcans

«Un volcan s’éteint, un être s’éveille» dit le célèbre adage publicitaire. Il est pourtant des volcans qui ne s’éteignent jamais, ou plutôt continuent à faire jaillir boules de feu, laves et fumerolles bien longtemps après leur ultime éruption. C’est en tout cas ce que s’est dit cette année A Vaulx Jazz, au moment de s’atteler à une programmation qui, tout en faisant la part (très) belle aux pianistes (Craig Taborn, Robert Glasper, Sophia Domancich, Giovanni Mirabassi…) et aux voix (Sandra Nkaké, LaVelle et même Yasiin Bey/Mos Def !...) tout en continuant d’explorer des genres cousins ou non – folk, blues, funk, flamenco, électro – à coups de grands noms (Bill Frisell, Zombie Zombie, C. J. Chenier…) a décidé de se lancer dans la volcanologie musicale. Métaphoriquement s’entend. Encore que… Car les volcans en question sont bien entendu sonores – et d’ailleurs la plupart d’entre eux n’ont probablement jamais vu et encore moins bu une goutte de Volvic, de Quézac ou d'eau ferrugineuse de leur vie. Et ce sont à la fois leurs fantômes, leur souvenir et leurs ravages qu’on célébrera ici. Ils sont au nombre de quatre : Miles Davis, Nina Simone, Iggy Pop et John Zorn.

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L’université a le vent en pop

CONNAITRE | Bientôt dix ans que l’Université populaire de Lyon démontre avec brio que se cultiver et apprendre ne sont pas des préoccupations d’un autre temps. Découvrir la philo, les neurosciences ou la psychologie gratuitement c’est possible. Et ça marche ! Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 23 décembre 2013

L’université a le vent en pop

Constatant qu’il n’était pas simple de reprendre ses études et d’approfondir ses connaissances dans des domaines hétéroclites, Françoise Bressat, enseignante de lettres dans le secondaire et militante associative (au cinéma le Zola de Villeurbanne, au Planning familial…), a eu l’idée, avec son compagnon Dimitri Sebian, de décliner le concept d’université populaire à Lyon, trois ans après que Michel Onfray ait lancé ce mouvement à Caen en 2002. L’idée est simple : des cours donnés par des universitaires (pas forcément des retraités qui combleraient un ennui) non rémunérés, donc gratuits. «Notre projet s’est monté en trois mois avec l’aide précieuse de Philippe Corcuff (NdlR sociologue, altermondialiste) et grâce au soutien de Gérard Collomb», raconte Françoise Bressat. Le maire a en effet immédiatement apporté une aide financière à cette aventure qui défendait pourtant une gauche bien plus à gauche que celle qu’il représente. «À une époque, les profs et les auditeurs étaient d’extrême gauche, c’est moins vrai désormais, les sujets ne sont plus systématiquement politisés» observe-t-elle toutefois. Pas de concurrence avec l’université tra

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Pacôme Thiellement, yogi pop

CONNAITRE | Essayiste érudit et volubile, Pacôme Thiellement propose une approche sacrée et exégétique de la culture pop et de ses totems, nourrie par les lectures mystiques. Une démarche tout entière contenue dans le recueil d’articles "Pop Yoga". Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Lundi 9 décembre 2013

Pacôme Thiellement, yogi pop

S’il fallait un livre pour entrer dans l’univers de Pacôme Thiellement, auteur d'ouvrages sur Nerval, Lost, David Lynch, Led Zeppelin, Zappa, les Beatles, Pop Yoga serait sans doute celui-ci. Riche de 42 articles, l'ouvrage documente au mieux la cohérence de l'approche analytique des marottes précitées – et de bien d'autres : théologie et théophanie (apparition ou révélation d’une divinité ou d’un caractère divin), démonologie, gnose (à la fois doctrine promettant à ses adeptes la connaissance de Dieu par une révélation intérieure et connaissance ésotérique parfaite et initiatique contenant tous les savoirs sacrés). «Une méthode pour accéder à l’union par l’étude active des œuvres de la pop culture», voilà en quoi consiste le «Pop Yoga» de Pacôme Thiellement, soucieux de rendre à la culture de masse sa dimension mythologique, les mouvements, les transcendances et les liens invisibles qui la traversent. Pour l'auteur, le «Pop Yoga» est un « ta’wil » : l'acte, tel que défini dans la religion musulmane, de «ramener une parole vers le résultat qu’on veut lui donner en expliquant son sens ou en déterminant ses effets

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Un été bœuf

MUSIQUES | Ça alors ! Comme le temps passe vite. L'hiver a peine terminé voici venir le 21 juin, l'été et la Fête de la Musique. Ah ! Comme l'envie de tout voir est grande ! Mais comme c'est impossible, voici notre sélection rock-pop-jazz-variété, totalement subjective et non exhaustive. «100 % pur bœuf» assure l'organisateur, mais garantie sans flûte à bec. Stéphane Duchêne

Benjamin Mialot | Vendredi 14 juin 2013

Un été bœuf

Cette année à Lyon, la fête de la musique est, nous dit-on, garantie «100 % pur bœuf» et sera entièrement financée par Findus et la fratrie Spanghero (l'une de ces deux informations est fausse, l'autre contient un merveilleux jeu de mots). Surtout, le credo de cette année, c'est matin, midi et soir – ce qui fait beaucoup de bœuf, on vous l'accorde. Il faudra donc par exemple prendre une RTT ou profiter de sa pause de midi pour aller voir le joli plateau composé du prometteur folkeux Adam Wood et du plus pop... Poppy (en duo avec Silène) au Musée des Beaux-Arts entre 12h et 14h. Pour ceux dont la pause sandwich est trop courte, Adam Wood rejouera en fin de journée place Johannès Ambre, en groupe cette fois. Rappelons en tout cas que chaque année, le 21 juin est l'occasion de découvrir certains nouveaux talents. Remember Joe Bel l'an dernier et le chemin parcouru depuis. Elargis ton monstre Parmi les scènes emblématiques de l'événement, celle de Lerockepamort – associé au Marché Gare, au Périscope, à Thou Bout

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L’Europe au rayon froid

ECRANS | Coincé entre la déferlante des festivals de cinoche de mars et le grand suspens cannois, le panorama du cinéma européen de Meyzieu s’offre une treizième édition (...)

Christophe Chabert | Vendredi 5 avril 2013

L’Europe au rayon froid

Coincé entre la déferlante des festivals de cinoche de mars et le grand suspens cannois, le panorama du cinéma européen de Meyzieu s’offre une treizième édition qui s’annonce prometteuse. Trois films français encadrent la manifestation : le thriller Désordres d’Étienne Faure (avec Sonia Rolland !), la comédie Pop rédemption de Martin Le Gall, sur un groupe de rock satanique composé, entre autres, de Julien Doré et Grégory Gadebois — avec un featuring de l’ami Alexandre Astier - et Cheba Louisa, premier film de Françoise Charpiat avec Isabelle Carré et Rachida Brakni. À cela s’ajoutent le retour (décevant) de Margarethe Von Trotta avec une bio filmée d’Hannah Harendt et un nouveau film pour séniors, genre très en vogue actuellement, Song for Marion de Paul Andrew Williams. Mais c’est de l’Europe du nord que viennent les deux événements du festival. D’abord, le grand retour sur ses terres islandaises de l’inclassable Balthasar Kormakur avec Survivre. Tiré d’une histoire vraie, le film raconte comment un modeste pêcheur islandais a survécu au naufrage de son chalu

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The Delano Orchestra

MUSIQUES | EITSOYAM (Kütü Folk/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 4 février 2013

The Delano Orchestra

A sa manière, le label Clermontois Kütü Folk a toujours été l'équivalent français de son collègue canadien Constellation. Au sens où chez l'un, Kütü, comme chez l'autre, Constellation – qui ajoute une dimension résolument politique à sa raison d'être –, l'on ne voit la pratique musicale et tout ce qui l'entoure que comme un artisanat. Ce qui, outre la découverte de quelques talents bien salés, a longtemps valu à Kütü Folk, d'être le label-où-l'on-coud-ses-pochettes-à-la-main – un usage de l'aiguille alors bien peu répandu dans l'univers du rock. Xxx De ce collectif devenu label qui abrite aujourd'hui joyaux locaux (St Augustine, également membre fondateur, Zak Laughed) aussi bien qu'« estrangers » (Hospital Ships, SoSo), The Delano Orchestra tire depuis toujours plus ou moins les ficelles. Longtemps celles-ci son restées résolument folk. Mais comme le label, TDO a opéré avec l'énigmatique EITSOYAM une mue esthétique aussi impressionnante que légèrement entrevue sur leur précédent disque Will anyone else leave me. Dans une atmosphère amniotique et une lumière de nuit américaine qui vire au crépuscule islandais avorté –

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Populaire

ECRANS | De Régis Roinsard (Fr, 1h51) avec Romain Duris, Déborah François…

Christophe Chabert | Mercredi 21 novembre 2012

Populaire

Les Petits mouchoirs, Polisse, Radiostars et maintenant Populaire : il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir le projet du producteur Alain Attal, projet qui dépasse la personnalité des réalisateurs qui signent ces films. Les Petits mouchoirs faisait pleurer sur les malheurs de bourgeois parisiens friqués en vacances, Polisse vantait le courage et la sensibilité des flics contre le peuple et les élites, Radiostars exaltait l’amitié masculine et le succès en ridiculisant la province et les petites gens. Populaire, jusque dans son titre, est comme un point d’orgue à cette démarche lourdement idéologique. Il s’agit ici de montrer comme c’était bien, les années 50, cette époque bénie où les femmes obéissaient docilement à leur patron, parfois même tombaient dans leur bras, et où elles savai

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The W(izz)ard

MUSIQUES | Qui est vraiment M(atthew Stephen) Ward ? À force de le voir acoquiné avec ce qui se fait de mieux en matière de fille/chanteuse/actrice (Zooey Deschanel (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 15 mars 2012

The W(izz)ard

Qui est vraiment M(atthew Stephen) Ward ? À force de le voir acoquiné avec ce qui se fait de mieux en matière de fille/chanteuse/actrice (Zooey Deschanel au sein de She & Him), de super musiciens rassemblés façons Avengers – au sein des bien nommés Monster of Folk ou du beaucoup plus nébuleux projet Arizona Amp & Alternator –, ou de jouer les musiciens de complément, on en viendrait presque à oublier que Ward trimballe une œuvre en solo conséquente et parsemée de classiques tels que Post-War ou Hold Time.Laquelle devrait se prolonger de la plus belle des manières avec la sortie, le 10 avril, d'A Wasteland Companion, dont les échos sont comme du miel à nos oreilles. Dans les mains de M. Ward, la musi

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Chris Isaak - Beyond the Sun

MUSIQUES | (Warner)

Benjamin Mialot | Jeudi 26 janvier 2012

Chris Isaak - Beyond the Sun

Dans l'hypothèse, peu probable et peu souhaitable, où Hollywood se mettrait en tête de tourner une adaptation live de Futurama, la loufoque et caustique sitcom animée de Matt Groening, on verrait bien Chris Isaak tenir le rôle de Fry. Et ce pour une raison toute simple : comme le livreur gaffeur imaginé par le père des Simpsons il donne, depuis une vingt-cinq ans que sa carrière a débuté, l'impression d'avoir été victime d'une cryogénisation accidentelle et d'avoir sans trop se poser de questions repris sa vie là où il l'avait laissée. Congelé un millénaire, Fry a troqué sa mobylette pour une navette mais gardé la même paire de simili-Converse low top, le même jean, le même t-shirt blanc, le même coupe-vent rouge et la même mentalité régressive. Vraisemblablement mis au frigo au mitan des années 50, celui qui, en marge de ses activités de songwriter, incarna l'agent Chet Desmond dans le film Twin Peaks, porte trente ans plus tard la même banane profilée et les mêmes costumes de vendeur de bagnoles successful

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Tradition et mix-cité

MUSIQUES | Jazz / Le compositeur Luciano Berio, mort en 2003, avait conçu un singulier projet musical : rechercher des musiques traditionnelles venues de tous les (...)

Dorotée Aznar | Lundi 9 janvier 2012

Tradition et mix-cité

Jazz / Le compositeur Luciano Berio, mort en 2003, avait conçu un singulier projet musical : rechercher des musiques traditionnelles venues de tous les pays, puis les réarranger pour sept musiciens et une soprano. Cette création, baptisée Folk songs, a servi de base au trio Op. cit, composé de Frédéric Escoffier (piano), Pascal Berne (contrebasse) et Emmanuel Scarpa (batterie), pour un autre projet qui reprend l’œuvre de Berio et la complète par un travail au long cours mené avec les habitants du 8e arrondissement de Lyon. À leur tour, ils ont collecté des chansons populaires chiliennes, tunisiennes, algériennes ou syriennes, puis en ont tiré des versions interprétées par la mezzo soprano Marie Fraschina, l’ensemble Op. cit (cordes et bois), des solistes et le trio jazz sous la direction de Guillaume Bourgogne. Après deux concerts donnés avec un chœur de résidents du 8e au cours de Tout l’monde dehors, un CD vient de sortir, belle rencontre entre jazz, musique traditionnelle et musique lyrique. Ils présenteront une nouvelle fois en live ce Cité folk lors d’un concert de lancement au Périscope vendredi 13 janvier à 21h.Christophe Chab

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Foster the People

MUSIQUES | Torches (Columbia / Sony Music)

Benjamin Mialot | Jeudi 10 novembre 2011

Foster the People

Il est des groupes qui jouent avec les esthétiques comme on fait se bastonner des figurines articulées. D'autres pour lesquels écrire une chanson relève du même processus que le démontage/remontage d'un ordinateur éducatif. D'autres encore qui ne jurent que par la spontanéité et l'urgence d'ordinaire réservées aux gribouillages sur ardoise. Les trois Californiens de Foster the People, eux, composent comme on s'amuse avec un baril de cubes en bois. Autrement dit en opposant à la faible diversité des éléments à leur disposition (une guitare, une basse, quelques percus, deux-trois synthé et basta) leur sens de l'équilibre (rythmique) et leur fantaisie (mélodique). Deux qualités, c'est heureux, dont ils ont à revendre : plus ensoleillé qu'un petit-déjeuner en compagnie de l'ami Ricoré, leur premier album aligne tout juste dix morceaux et autant de tubes irrésistibles, non sans conjurer dans un même mouvement la sunshine pop stupéfiante made in Wesleyan University et l'indie funk cathartique tel qu'on le danse sous la bannière DFA. Un feel-good record parfait, en somme. De là à dire qu'en creux de ses refrains

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Les enfants du surréalisme

ARTS | Exposition / L’exposition «Les enfants terribles» rassemble une douzaine d’artistes appartenant au Lowbrow et à son avatar le Pop Surréalisme. Lui-même avatar du surréalisme tout court et de son penchant à l’imagerie un peu vaine. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 27 octobre 2011

Les enfants du surréalisme

Abstraction faite de son contenu, l’exposition Les enfants terribles a au moins deux intérêts. Le premier est d’ordre architectural, l’exposition étant présentée au cœur du nouveau bâtiment du Conseil Régional signé Christian de Portzamparc. Si, vu de l’extérieur, son aspect balourd et austère donne des frissons d’angoisse, l’intérieur, lui, impressionne tout simplement par l’ampleur et la respiration de ses volumes… Son second intérêt est de nous rafraîchir la mémoire à propos d’un courant underground né en Californie à la fin des années 1970, le Lowbrow (littéralement : front bas). Mouvement qui s’est inscrit en opposition à l’art dominant, à «l’establishment culturel», et qui a développé une multitude d’activités passionnantes autour de la bande dessinée, du graffiti, du geste spontané et artisanal… Le Lowbrow (auquel sont affiliés Robert Williams, Joe Coleman, Robert Crumb…) est un peu aux arts plastiques ce que le punk fut à la musique, et des passerelles directes existent entre les deux. Imagerie virtuose Mais si l’exposition évoque le Lowbrow, elle montre surtout des œuvres et des artistes tenant du Pop Surréalisme, courant issu du Lowb

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Local Heroes

MUSIQUES | Musique / Avec Fireball FC, A*Song est sans doute l'un des derniers gardiens du temple d'une certaine idée de la pop, telle qu'elle avait fleurie à Lyon (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 février 2011

Local Heroes

Musique / Avec Fireball FC, A*Song est sans doute l'un des derniers gardiens du temple d'une certaine idée de la pop, telle qu'elle avait fleurie à Lyon au début des années 2000 dans le sillage des associations Puzzle et Popswirl. Il y a quelques années, les deux formations amies, sévissant toutes deux sur le label lyonnais Echo orange, s'ébattaient d'ailleurs joyeusement au sein d'une seule et même formation trop tôt disparue : The Rams, en référence à un fameux album de McCartney. Dans le sillage de son leader Thibauld Labey, A*Song porte toujours bien haut l'étendard d'une pop vintage, friande d'enregistrements analogiques. Et quand certains sortent péniblement un maxi de temps en temps, A*Song, groupe indépendant au sens strict, effectue régulièrement livraison d'albums complets qui portent la patine d'une longue gestation scénique. Le précédent "Hotel de Nice" (en référence à l'infortuné hôtel dont les chambres donnant sur l'échangeur de Perrache ont fini par être murées) abritait déjà son lot de classiques instantanés ("Coffee Baby", "Upstart", "She's like me"). Et voilà que le dernier "You're not there" remet la même avec un professionnalisme qui laisse coi et une recette qu

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Retour vers le futur

MUSIQUES | Hip-hop / Au-delà de nos espérances, Anti-Pop Consortium revient bousculer le hip-hop après sept ans d’absence. Un retour en forme de claque, assénée par le magistral Fluorescent Black. On tend l’autre joue. Stéphanie Lopez

Dorotée Aznar | Jeudi 29 octobre 2009

Retour vers le futur

Il fut un temps, au tournant du troisième millénaire, où Anti-Pop Consortium nous causait si bien du futur qu’on n’imaginait pas un futur sans Anti-Pop. Remettons le compteur de la Delorean à la fin des années 90, en cette période où la scène hip-hop est sévèrement plombée par les postures gangstas et les discours moralistes. Là, dans les souterrains du slam et en contrepoint des pointures new-yorkaises, M. Sayyid, Beans, High Priest et leur producteur Earl Blaize émergent avec un leitmotiv : «bouleverser l’équilibre». Leur premier titre, Desorientation, en dit déjà long sur leur capacité à faire sauter le hip-hop hors de ses gonds, à le propulser vers un futur aux airs de révolution. Soubresauts arythmiques, déviances digitales, surprises électroniques… Quand en 2002 sort l’iconoclaste Arrhythmia, petit chef-d’œuvre de dissections rythmiques et d’avant-garde surpersonique, il n’en faut pas plus pour faire d’Anti-Pop un groupe culte, adulé par tous ceux que les poses B-Boy et bling-bling irritent. Hélas, cette même année 2002 le futur d’APC semble soudain compromis : après avoir tourné avec Dj Shadow, le Consortium splitte au sommet de son art, bouffé par ses conflits d’egos. Six a

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MONSTERS OF FOLK Monsters of Folk Rough Trade

MUSIQUES | On vit vraiment une époque «super». Alors que depuis quelques années, les super-héros envahissent les écrans avec leurs pyjamas blindés, en musique c’est la (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 5 octobre 2009

MONSTERS OF FOLK
Monsters of Folk
Rough Trade

On vit vraiment une époque «super». Alors que depuis quelques années, les super-héros envahissent les écrans avec leurs pyjamas blindés, en musique c’est la mode non plus des suicides mais des super groupes. Bon, c’est vrai, la formule est vieille comme le rock (The Million Dollar Quartet en 1956 avec Elvis, Jerry Lee Lewis, Johnny Cash et Carl Perkins) : plusieurs musiciens majeurs s’associent pour devenir plus fort, plus rock, plus hype. Derniers avatars en date : Dead Weather (White Stripes + The Kills + QOTSA), Discovery (Vampire Week-end + Ra Ra Riot) et donc Monsters of Folk (M.Ward, Jim James de My Morning Jacket, Conor Oberst de Bright Eyes, plus le producteur Mike Mogis). Bien sûr, comme au Real, il ne suffit pas toujours d’aligner les noms galactiques sur le papier, même glacé, pour finir en orbite. Mais dans le cas de Monsters of Folk, force est de constater que le résultat, qui ratisse plutôt large, est alléchant : folk certes (‘Ahead of The Curve’), country évidemment (‘The Right Place’) mais aussi rock FM (‘Losing your Head’), balades (‘Slow Down Joe’) et même tempo r’nbisant (‘Dear God’), tout y passe et rappelle un peu, par son éclectisme, son inspiration et sa somm

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Pro-Anti

MUSIQUES | Musique / Disturb the equilibrium : le mantra obsessionnel du groupe new-yorkais Anti-Pop Consortium n'a pas dévié d'un iota depuis sa formation en 1997 (...)

Jerôme Dittmar | Lundi 26 janvier 2009

Pro-Anti

Musique / Disturb the equilibrium : le mantra obsessionnel du groupe new-yorkais Anti-Pop Consortium n'a pas dévié d'un iota depuis sa formation en 1997 dans les entrailles brumeuses de la Grosse Pomme, là où l'on scande du spoken word et où l'on pratique un rap affranchi et aventureux. Les MC's Beans, High Priest et M.Sayyid et le beatmaker Earl Blaize — les quatre membres du groupe — ont repris en route ce que Kool Keith avait engendré en plein bouillonnement hip-hop dans les années 90 : la bannière du rap expérimental. Celle qui unit dans son lit slam alambiqué, attrait abstrait pour la production lourde, rimes hallucinogènes sinon anxiogènes, et emballement interplanétaire lorsque la fine équipe voit ses albums abrités par le mythique label électronique Warp — maison mère d'Aphex Twin, Squarepusher, Boards of Canada ou Autechre. Quelques chefs-d'oeuvre plus tard (Ends Against The Middle, Arrhytmia…), le groupe se sépare en 2002 pour divergence artistique et quelques questions d'ego mal placé. Chacun part de son côté avec plus ou moins de succès : M.Sayyid et High Priest fondent le groupe Airborn Audio, Earl Blaize sort quelques mixtape et Beans — le plus prolifique de l'équipe

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Revenant(s)

MUSIQUES | Musique / L'Épicerie Moderne se fait épicerie fine en accueillant Terry Callier, pionnier de l'hybridation folk américaine. L'occasion de (re)découvrir un artiste culte. Stéphane Duchêne

Christophe Chabert | Mercredi 4 avril 2007

Revenant(s)

Dans les années 80, The Young Ones, une série anglaise quasi inconnue en France, fait passer à la postérité cette phrase prononcée par Neil, un jeune hippie déprimé : «Je me sens comme un disque de Leonard Cohen, personne ne m'écoute jamais». L'étape suivante avant la détresse absolue serait probablement de se sentir comme un disque de Terry Callier. Car s'il est une discographie qu'on imagine plus soumise à l'indifférence du nombre que celle de Cohen, c'est bien la sienne, pourtant d'utilité publique. C'est en 1964 qu'arrive de nulle part (et aussi un peu de Chicago) The New Folk sound of Terry Callier, chef d'œuvre ombrageux et extatique, truffé de traditionals américains et pas très éloigné des productions à venir du séraphin Tim Buckley. Dans cette première moitié des années 60 où la pop music bâtit de solides fondations mais où les panthéons restent à bâtir, Callier pose une pierre importante. Il a alors 18 ans et une voix prodigieuse, entre Buckley, Elvis et le timbre déchiré des conteurs des champs de coton. C'est avec cette voix unique que Callier adjoint au folk, alors trusté par des petits blancs encanaillés dans la contestation (Joan Baez, Bob Dylan, Pete Seeger), ce qu'

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