Leçon de direction

Pascale Clavel | Vendredi 24 mai 2013

Ils ne sont plus très nombreux, les chefs de la trempe de Sir Neville Marriner : Sir Colin Davis vient de disparaître, Seiji Ozawa et Daniel Barenboim, bien que septuagénaires, font figures de jeunots... Avec sa direction devenue "bonhomme" au fil des prestations, Marriner, qui s'est fabriqué une réputation internationale avec l'Academy of St Martin-in-the-Fields, magnifique orchestre de chambre qu'il a créé en 1958, donne à entendre une musique pleine d'humanisme et où rien n'est plus à démontrer.

C'est toutefois avec l'Orchestre National de Lyon qu'il interprètra cette semaine la Symphonie n°35 en ré majeur « Haffner»  et le Concerto pour violon n°3 en sol majeur de Mozart. Des oeuvres qu'il maîtrise plus que quiconque, lui qui les a jouées aux quatre coins du monde sans jamais tomber dans le piège de la simplicité prétendue de certains opus du compositeur. On se souvient d'ailleurs que c'est Marriner en personne qui dirigea les musiciens enregistrant la bande-son du Amadeus de Milos Forman, pour un résultat simplement merveilleux.

Pour l'occasion, ce monstre sacré fera alliance avec le tempétueux et médiatique violoniste Renaud Capuçon, promettant de nous faire redécouvrir les partitions de Mozart sous un jour absolument nouveau. En clôture des deux soirées prévues, Marriner dirigera les Variations Enigma d'Edward Elgar, brillante série de pièces en forme de portraits intimes et codés, d'une saveur exquise.

Pascale Clavel

Sir Neville dirige Renaud Capuçon
A la Bourse du travail, jeudi 30 mai et samedi 1er juin


Sir Neville dirige Renaud Capuçon

Mozart et Elgar par l’Orchestre national de Lyon, dir Neville Marriner, violon Renaud Capuçon
Bourse du Travail 205 place Guichard Lyon 3e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Beethoven par Renaud Capuçon, héroïque

Classique | L'Orchestre de Lyon et le violoniste Renaud Capuçon jouent cette semaine l'une des symphonies les plus populaires de Beethoven, la Troisième dite Héroïque. Un héroïsme proprement musical pour une œuvre ouvrant de nouveaux chemins de composition et de sensations.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 décembre 2018

Beethoven par Renaud Capuçon, héroïque

Rarement l'écart entre le contenu de sens visé par une œuvre et son rendu perceptif n'aura été aussi grand que dans la Sinfonia eroica de Beethoven. Très impressionné par l'esprit révolutionnaire du jeune Bonaparte, le compositeur allemand voulut lui dédier sa 3e Symphonie, avant de se raviser lorsque Bonaparte devient empereur. « Ce n'est donc rien qu'un homme ordinaire ! Maintenant il va fouler aux pieds tous les droits humains, il n'obéira plus qu'à son ambition ; il voudra s'élever au-dessus de tous les autres, il deviendra un tyran » se serait exclamé, dans un éclat visionnaire, Beethoven. Mais bien malin serait celui qui pourrait relier l'ode à la Révolution française à la matière musicale de la Symphonie héroïque, composée entre 1802 et 1804... Si ce n'est que cette matière est en elle-même révolutionnaire, annonçant notamment le romantisme à travers le spectre particulièrement large et varié des émotions proposées (de la marche funèbre du deuxième mouvement à l'emportement échevelé du quatrième).

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Un "Enlèvement au Sérail" peu enlevé

Opéra de Lyon | Mozart en été, ça semblait bon. L’Enlèvement au Sérail, longtemps resté dans l’ombre de La Flûte enchantée et de Don Giovanni, est à l’affiche de l’Opéra de Lyon dans une mise en scène de Wajdi Mouawad.

Pascale Clavel | Mardi 28 juin 2016

Un

L’Enlèvement, c’est une bouffée d’air pur, l’emblème du renouveau d’un genre, le point de bascule dans la carrière de Mozart. L’ouvrage mêle à la perfection opéra buffa et opéra seria. Sur fond de divertissement, nous sommes au cœur des grandes préoccupations contemporaines : la peur de l’autre, le droit des femmes, l’acceptation des religions… Depuis que Serge Dorny a pris les commandes de l’Opéra de Lyon, il a très intelligemment imposé que des metteurs en scène venus d’autres horizons se collent à l’univers lyrique : on se souvient du merveilleux Dialogue des Carmélites mis en scène par Christophe Honoré. Pour cet enlèvement,

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Mozart est là, à Saoû

MUSIQUES | Sacré, profane, opératique, symphonique, concertant ou chambriste : c’est tout le génie Mozartien que fête Saoû, sans chichi mais pas sans ambition. Philippe Yves

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Mozart est là, à Saoû

Chaque été, le village drômois de Saoû chante Mozart, le célèbre et le donne à entendre un peu partout, à l’église comme sur sa place des Cagnards, épicentre du festival et paysage digne d’une carte postale de Drôme provençale. Le thème de l’édition 2015, "La modernité de Mozart", souligne le génie novateur du compositeur comme l’influence durable qu’il exerce sur des compositeurs tels que Haydn, Schubert ou Beethoven. Le programme, imaginé par le grand flûtiste et chef d’orchestre Philippe Bernold, propose ainsi un Mozart toujours pertinent et accessible, dans une atmosphère toute en décontraction bucolique. Le maître de cérémonie sera lui-même de la fête, entouré d’autre chambristes émérites (dont le pianiste Emmanuel Strosser et le violoncelliste Roland Pidoux) pour une série de concerts "Bernold & friends" – il officiera aussi en tant que soliste avec l’Orchestre de Chambre de Paris dans deux concertos de Mozart. Parmi nos coups de cœur : la violoncelliste Anne Gastinel, accompagnée par l’Orchestre des Pays de Savoie dans le Concerto pour violoncelle n°2 de H

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Idoménée trébuche

MUSIQUES | L’opéra de Lyon programme "Idoménée", une œuvre de Mozart étonnamment peu jouée. Un bon choix, même si la tiédeur et les partis pris de cette production laissent pour le moins songeurs… Pascale Clavel

Pascale Clavel | Mardi 27 janvier 2015

Idoménée trébuche

Opéra en trois actes de Mozart, Idoménée est gorgé d'une musique d’une délicieuse saveur. Hélas, l’œuvre brille beaucoup moins dans les maisons lyriques qu’un Don Juan, qu’un Cosi ou qu’une Flûte enchantée. Sans doute parce que le compositeur y pousse l’opera seria jusqu’à son point de rupture, à la faveur d'une écriture pour orchestre si époustouflante qu'elle tient de l'expérience, les audaces musicales se succédant les unes après les autres. L'intrigue a toutefois elle aussi son importance, comme toujours chez Mozart. Idoménée est construite comme une poupée russe : le merveilleux cache une parabole, qui cache elle-même une réflexion sur le pouvoir, qui cache à son tour un laïus sur la force de l’amour… Soit Idoménée, roi de Crète qui, ayant fait vœu, lors d’un naufrage, de sacrifier le premier homme qu’il rencontrerait, se voit dans l’obligation de condamner à mort son fils Idamante, aimé de la princesse troyenne Ilia. Idoménée essaie de faire échapper Idamante au supplice, mais Neptune, irrité, envoie un monstre marin pour dévaster le pays. Résigné à sacrifier son fils, le roi voit arriver Ilia, prête à mourir avec celui

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L’aventure continue

MUSIQUES | Après un faux départ pour Dresde, Serge Dorny a été confirmé dans ses fonctions de directeur de l’Opéra de Lyon. Et entend, avec sa saison 2014-15, donner toute la place aux écritures contemporaines et aux nouvelles générations d’artistes. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Mardi 23 septembre 2014

L’aventure continue

La saison de l'Opéra de Lyon s’ouvre le 11 octobre avec un Wagner, et pas n’importe lequel, Le Vaisseau fantôme (du 11 au 26 octobre), opéra fantastique qui réconcilie les amoureux fous de son répertoire et les autres. Ce premier chef-d’œuvre du compositeur allemand a en effet tout pour plaire : une intrigue palpitante, un drame insoutenable, des leitmotivs comme seul l'auteur de L'Anneau du Niebelung sait en fabriquer. A la baguette, on retrouvera le chef permanent Kazushi Ono et, pour la quatrième fois à Lyon, le génial Alex Ollé de la Fura del Baus à la mise en scène. La saison se poursuivra avec un opéra féerique de Dvorak, Rusalka (du 15 décembre au 1er janvier), sous la direction du jeune chef russe Konstantin Chudovsky et sur une mise en scène de Stefan Herheim qui transpose habilement le propos dans un univers urbain inquiétant,   malmenant le spectateur et le mettant au cœur d’un monde implacable et repoussant de réalisme. En janvier, c’est Mozart qui s’invite avec Idoménée (du 23 janvier au 6 février), drame intemporel et troisième incursion pour le composite

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Deux fougueux sur un plateau

MUSIQUES | Piano à Lyon reçoit le très médiatique violoniste Renaud Capuçon et l’hypnotique pianiste géorgienne Buniatishvili. Deux magnifiques interprètes pour un programme (...)

Pascale Clavel | Jeudi 16 mai 2013

Deux fougueux sur un plateau

Piano à Lyon reçoit le très médiatique violoniste Renaud Capuçon et l’hypnotique pianiste géorgienne Buniatishvili. Deux magnifiques interprètes pour un programme finement ciselé de sonates pour piano et violon de Franck, Enesco et Bartok, ambassadeurs d'un post-romantisme assez méconnu. Redécouvrir, sous leurs doigts magiques, les couleurs un peu passées de ces musiques élégantes et aux harmonies d’une exceptionnelle richesse revient presque à atteindre un nouveau monde. Georges Enesco reste peut-être, à notre époque, le compositeur le plus confidentiel des trois. Une citation, recueillie par le critique Bernard Gavoty, pourrait le résumer : «La perfection qui passionne tant de gens ne m’intéresse pas. Ce qui importe, en art, c’est de vibrer soi-même et de faire vibrer les autres». L’œuvre d’Enesco est en effet faite pour chacun et touche jusqu’à la moelle. Sa sonate, pétrie des sonorités d’Europe centrale, offre des impressions d’immensité, impose un tempo toujours en mouvement, révèle des timbres évoquant une musique tzigane plaintive. Quant à Franck, Renaud Capuçon

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Messe organique

MUSIQUES | «J’ai la partition de la moitié d’une messe, et qui donne les meilleures espérances», écrit Mozart en janvier 1783. Le compositeur avait promis l’achèvement (...)

Pascale Clavel | Jeudi 28 mars 2013

Messe organique

«J’ai la partition de la moitié d’une messe, et qui donne les meilleures espérances», écrit Mozart en janvier 1783. Le compositeur avait promis l’achèvement de sa Messe en Ut mineur pour la guérison de sa femme Constance. Acte de foi pure, il en sort un chef d’œuvre de la musique sacrée, l’un des plus bouleversants de tous les temps, à placer sur un pied d'égalité avec la Messe en Si de Bach. Cette messe, l’une des premières ne relevant d’aucune commande officielle et la dernière qu'il ait composée, étonne par sa finesse et son élégance. Libéré enfin des contraintes que lui imposait l’archevêque salzbourgeois Colleredo, Mozart avait alors une envie folle de séduire un nouveau public. Inspirée, organique, démesurément bouleversante, l’œuvre n'en reste pas moins marquée, au niveau stylistique, par l’influence de Haendel et de Bach. A l'époque, Mozart vient en effet de découvrir le contrepoint fugué des deux maîtres et le Kyrie qui ouvre la messe résume assez bien cela : tout est sombre et lourd, avant que tout ne s’éclaire sur le Christe. Quant au solo de soprano qui transperce les mélodie

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Trilogie Mozart/Da Ponte Ou… les fragments d’un discours amoureux

MUSIQUES | Festival / À l’Opéra de Lyon, le Festival Mozart va réjouir les amoureux de l’amour. «Les Noces de Figaro», «Cosi fan tutte» et «Don Giovanni» : trois chefs d’œuvre d’une puissance émotionnelle rare, mis en scène et en perspective par un Adrian Noble tout en subtilité. Pascale Clavel

Dorotée Aznar | Lundi 7 mars 2011

Trilogie Mozart/Da Ponte
Ou… les fragments d’un discours amoureux

Trois en un mais ce n’est pas tout : Mozart et Da Ponte pour l’ossature, Adrian Noble, ancien directeur de la Royal Shakespeare côté mise en scène et Stefano Montanari, baroqueux pur jus à la direction. Serge Dorny, directeur de l’Opéra de Lyon, a insufflé là une très belle idée et souhaite que les trois chefs-d’œuvre de Mozart puissent être entendus dans un temps concentré. Il propose également, en périphérie, de petites excroissances musicales, déroutantes et bienvenues. «Les Noces de Figaro», «Cosi fan tutte» et «Don Giovanni» : un triptyque gagnant, un volet incontournable de l’histoire de la musique. Juste avant l’ouverture de ce grand événement, Serge Dorny rappelle que «ce n’est pas seulement une mise en cohérence de trois œuvres qui ont existé indépendamment il y a quelques saisons. C’est une célébration des femmes, de toutes les femmes comme Mozart l’a voulu : les insouciantes, les débutantes, les comtesses, les gouvernantes…». Pour les trois opéras, le cadre est posé dans une Amérique des années 20. Tantôt sur la côte Est, tantôt sur la côte Ouest. Washington et les lieux de pouvoir pour «Les Noces de Figaro», les belles plages californiennes pour «Cosi fan tutte» et l’in

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Mozart, c’est vous !

MUSIQUES | Expérience / Vous ne le saviez pas encore mais Mozart, c’est un peu vous, grâce à l’Opéra de Lyon qui a imaginé un concours drôle et réjouissant. Lorsqu’on dit (...)

Pascale Clavel | Vendredi 28 janvier 2011

Mozart, c’est vous !

Expérience / Vous ne le saviez pas encore mais Mozart, c’est un peu vous, grâce à l’Opéra de Lyon qui a imaginé un concours drôle et réjouissant. Lorsqu’on dit Mozart, il s’installe, on ne sait pourquoi, une sorte de respect total, d’aura telle qu’il est difficile d’aller triturer une partition du Maître. L’Opéra de Lyon a donc du culot et, signe de bonne santé, l’institution est prête à entendre. À vos crayons, à vos ordinateurs, à vos bidouilles en tout genre. Du 15 au 30 mars, vous pourrez jouer à l’AmphiOpéra pendant le Festival Mozart et plus si affinité. Que vous soyez rocker, slameur, rapeur, jazzman, électroman, baryton Martin, chanteur de variété ou chanteur sous votre douche, vous pouvez vous inscrire. Il vous suffit de composer et d’interpréter en public une œuvre originale de 10 à 15 minutes. Pour cette composition, vous devez inclure au moins un thème musical choisi parmi les airs de Mozart donnés sur le site de l’Opéra. L’Opéra qui pense à tout, met à disposition les airs pour les non lecteurs ainsi que les partitions pour les musiciens. Ouvert aux amateurs comme aux professionnels, ce concours se déroule en deux temps. Une phase de présélection, organisée jusqu’au 15

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L’œuvre ultime

MUSIQUES | Le Requiem de Mozart reste entouré de légendes plus ou moins savoureuses et de mystères fort étonnants ; des circonstances bizarres de la commande de cette (...)

Pascale Clavel | Vendredi 14 janvier 2011

L’œuvre ultime

Le Requiem de Mozart reste entouré de légendes plus ou moins savoureuses et de mystères fort étonnants ; des circonstances bizarres de la commande de cette partition jusqu’à la mort du compositeur au beau milieu du Lacrimosa. Dès les premières mesures du Kyrie, c’est un véritable séisme interne qui se produit. Une pulsation lancinante ne nous quitte plus, les cors de basset étirent un phrasé qui semble hors du temps pendant que les cordes installent une puissante et hypnotique rythmique. Et voilà le génie de Mozart, du spirituel et du terriblement terrestre au même instant. Bien sûr, on connaît les tubes de l’œuvre comme l’explosif Dies Irae ou le merveilleux Lacrimosa. Des interprétations du Requiem, il en existe tant qu’on peut se demander pourquoi aller écouter celle du chef d’orchestre Ton Koopman plutôt qu’une autre. Pourtant, pour qu’une partition se réveille et se révèle, il faut des hommes comme lui, capables de faire entendre le sens du texte, la puissance spirituelle par delà un phrasé ou une harmonie. À la tête de l’Orchestre national de Lyon, Ton Koopman saura sans nul doute faire entendre la beauté totale du Hostias ou encore faire émerger les questions existentielles

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Nannerl, la sœur de Mozart

ECRANS | De René Féret (Fr, 2h) avec Marie Féret, Marc Barbé, David Moreau…

Christophe Chabert | Vendredi 4 juin 2010

Nannerl, la sœur de Mozart

Officiant d’ordinaire dans une économie modeste, René Féret se retrouve ici à la tête d’un film en costumes relatant les jeunes années de Nannerl Mozart, sillonnant les cours d’Europe avec son père, sa mère et son jeune prodige de frère, Wolfgang. Le film démontre que ce génie n’était pas seul dans la famille : Nannerl compose, joue et chante avec un degré d’inspiration égal, mais sa condition de femme et une passion avortée pour le dauphin Louis XV l’éloigneront de la création artistique et la renverront dans l’ombre patriarcale. Féret tente ici un étrange film de famille féministe caché derrière une peu crédible reconstitution d’époque tant décors et costumes sentent méchamment la location, ce que la réalisation à coups de longues focales et de caméra portée ne fait que souligner. Le cinéaste se cherche d’abord entre trivialité et académisme, avant de ne plus vraiment trancher, laissant le film aller au fil de l’eau. Du coup, il est d’un ennui mortel et irréversible dès sa troisième bobine, déroulant sa thèse et ses situations avec une monotonie plombante, façon téléfilm culturel prêt pour une thema d’arte. CC

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Drôle de drame

MUSIQUES | Opéra / "Don Juan" fascine le public, parfois à tort. Micro-trottoir avant l'entrée en salle et retour critique sur la version proposée à l'Opéra de Lyon, jusqu'au 25 octobre. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 15 octobre 2009

Drôle de drame

Don Giovanni est un opéra rempli à ras bord de tubes. Qui n’a pas un jour fredonné l’ouverture, siffloté jusqu’à l’étranglement l’air du catalogue de Leporello ou encore qui ne s’est jamais pris pour Don Giovanni lui-même ? Cet opéra est également pétri de comportements humains qui nous rappellent inévitablement les nôtres. Pour ces raisons, toutes simples, le public se presse, vient se mirer. Il se gargarise de n’être pas aussi ignoble que le héros, s’enorgueillit d’être tellement moins naïf que Dona Elvira. Étrangement, ce même public, souvent, vient écouter Don Giovanni sans se préoccuper ni de la mise en scène, ni de la direction, ni de la distribution. Expérience croustillante avant l’entrée en salle, nous questionnons : connaissez-vous le chef d’orchestre ? Le metteur en scène ? Les réponses sont à la hauteur de l’expérience : «Je viens parce que je connais» ou encore «Je ne viens jamais à l’opéra sauf pour Don Juan» ou bien «Mozart me fascine» mais rien, cette soirée-là sur l’interprétation. Don Juan plan planOn a beau connaître par cœur cette partition, l’avoir entendue des centaines de fois, on reste ébloui par une action qui se noue très vite, on reste fascin

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Titus pardonne, Georges en rit

MUSIQUES | Entretien / Georges Lavaudant met en scène La Clémence de Titus, opéra de Mozart peu connu, peu joué. Œuvre de commande, Mozart écrit la Clémence en quelques semaines pour le couronnement de Léopold II comme roi de Bohème. Opéra où il est surtout question du pardon. Pardon ? Georges Lavaudant ne prend pas ce chemin. Propos recueillis par Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 9 octobre 2008

Titus pardonne, Georges en rit

Petit Bulletin : Pour quelles raisons avez-vous eu envie de mettre en scène cet opéra si complexe de Mozart ?Georges Lavaudant : Mon assistant l’avait fait il y a deux ans à Aix en Provence, il en connaissait plus que moi les difficultés et en particulier l’espèce de statisme et de sérieux qui existent dans cet opéra. Mais, pour moi, cela reste quand même une pure musique mozartienne, il fallait donc trouver quelque chose qui allège sans être parodique. Même si c’est un opéra séria, dans le fond, on a décidé que ça n’en était pas un. On essaie de donner une forme de vie, de légèreté même s'il existe une sorte de sérieux dans le propos. On a coupé quelques récitatifs, dramatiquement on a besoin d’un rythme plus allègre. Tous ceux qu’on a gardés, on essaie des les traiter théâtralement au plus juste. Dans ces moments-là, l’histoire est racontée, ce sont des instants de l’action, mais il ne doivent pas plomber le temps musical. Tout comme l’aspect politique qui était probablement très important à l’époque pour des raisons réelles : cet opéra a été écrit pour un couronnement. Cet aspect-là aujourd’hui a un peu disparu. Dans le fond, j’ai rééquilibré au profit de l’int

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Folle soirée

MUSIQUES | Opéra / Les Noces de Figaro, Opéra de Mozart, livret de Lorenzo da Ponte d'après la pièce de Beaumarchais La Folle Journée ou le mariage de Figaro est une succession de tubes joyeusement mis en relief par toute l'équipe de cette production. Pascale Clavel

Christophe Chabert | Mercredi 11 juillet 2007

Folle soirée

En une soirée sous nos yeux, c'est une folle journée qui se déroule : l'action commence au petit matin et se termine le soir de cette même journée. Là, s'ébattent, se débattent une ribambelle de personnages mus par des désirs fous, remplis de sentiments paradoxaux. Figaro, serviteur du Comte Almaviva, prépare son mariage avec Suzanne la servante lorsqu'il apprend que le Comte la poursuit de ses assiduités. Bartolo et Marcellina complotent de leur côté pour que Figaro épouse Marcellina. Un jeune page Cherubino est secrètement amoureux de la Comtesse et celle-ci se languit de son Comte qui ne pense plus à elle. Après maints rebondissements, déguisements, faux-semblants et coups de théâtre, tout finit dans la joie. Pour ceux qui ne sont jamais allés à l'opéra, c'est exactement le moment puisque les Noces sont traitées là comme un grand spectacle pour tous, presque comme du théâtre de boulevard. Les 3 heures 20 de spectacle se dégustent comme un bonbon acidulé accompagné de champagne. Pas de lit, pas de décimètre Avant le lever du rideau, on a peur, par pure anticipation, d'être prisonniers d'une énième mise en scène qui montre à l'envi un lit près duquel se tient le pauvre

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