Le freak, c'est chic

MUSIQUES | Du freak, du fou, de la créature cramée, de l’inclassable, de l’incassable, du fragile, du fracassé, du fracassant, du marginal, du réfractaire, du réfracté, du revenant, du rêveur, du malade, du rageux, cet automne musical va en faire pleuvoir de partout. Du chelou comme à Gravelotte, qu’il va tomber. De belles tronches de vainqueur et des paluches pleines de talent, des noms à coucher dehors, du génie à la pelle, attaqué à la pioche. Ah, inquiétante étrangeté quand tu nous tiens ! Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Comme pour toute saison, tout événement, tout lancement, il nous faut un parrain, un type dont la stature et l'aura donnent immédiatement le ton. C'est Florent Pagny en total look peau de zobi à la Star Academy ou Alain Delon tenant des propos contre-intelligents sur l'homosexualité dans C à vous. Car oui, souvent, on a affaire à un type qui peut partir en vrille à tout moment, se mettre à dire n'importe quoi, comme n'importe quel parrain dans n'importe quel événement familial, ou comme un parrain de la mafia un peu sur les nerfs. C'est très bien, ça fait parler.

Nous aurions pu assez logiquement choisir le parrain rock Don Cavalli, d'origine italienne et d'aspiration amerloque, comme tout parrain qui se respecte, et dont Les Inrocks qualifient avec raison la production de «rock tordu et primitif», quelque part entre la sève de Johnny Cash et les débordements d'un Beck. Bref, l'éternelle histoire du type né au mauvais endroit au mauvais moment et qui s'en accommode par le voyage intérieur (sur son dernier disque il va même jusqu'en Asie). En plus, dans le civil, le Don, au Marché Gare le 10 octobre, est jardinier, ce qui est pratique pour enterrer les cadavres façon Tony Soprano ou déterrer les trésors qui composent sa musique.

 

 

Cheveu, Frustration, Rien

Mais pour le panorama spécial freaks que nous offre cette nouvelle saison musicale, il nous fallait du larger than life, de l'authentique frappé international, de l'attaqué à l'acide. Et s'il y avait du monde au portillon, on n'a pas trouvé mieux dans le genre grenade dégoupillée que Tricky, qui tiendra séance au Transbordeur le 12 décembre. Quoi qu'il fasse – genre donner ses concerts dans l'obscurité absolue ou simplement oser sortir avec une telle tête de gargouille – le type fait tellement flipper qu'après son deuxième album, Pre-Millenium Tension, on a vraiment crû que la fin du monde allait arriver. Depuis il continue, notamment sur le dernier en date False Idols, de livrer une bande son post-apocalyptique en direct du purgatoire, sa voix de goule blottie dans les bras de basses pan-démoniaques et de femmes fatales sous antalgiques.

Des antalgiques, le téméraire et imposant Eugene Robinson doit en avoir quelque usage, lui qui combine les fonctions de combattant de rue, de poète et de slameur de l'impossible. Comme le père Trickouille, mais à sa manière à lui, Robinson (que l'on verra avec L'Enfance Rouge, le 3 décembre au Sonic) produit une matière essentiellement physique pour ne pas dire tripale, qui dépasse de loin la musique et ne s'encombre pas de tergiversations.

Tergiversations, concessions (pièges à cons), on ne peut pas dire que ce soit la came de quelques rageux qui, parce qu'ils ont autre chose à faire – casser des pintes avec leur front par exemple (non contractuel) – ne coupent pas les cheveux en quatre pour se choisir un nom de baptême : qu'il s'agisse de… Cheveu, forcément, le 12 décembre au Marché Gare ; de leurs collègues de label Frustration, le 18 octobre, également au MG ; des gars de METZ, le lendemain, même lieu (comme son nom ne l'indique pas, ce groupe de noise punk n'est pas originaire la capitale de la Lotharingie mais de l'Ontario, préférant les marrons aux mirabelles) ; des sauvageonnes franco-britanniques de Savages (27 octobre au Club Transbo) ; des Belges dansants mais abrasifs de BRNS (consonne !, le 2 novembre au SNC), des Montréalais gigoto-krautrockeux de Suuns (voyelle !, le 4 novembre à l'Eépicerie Mooderne) ou encore des grenoblois de Rien (nulle part ailleurs qu'au Marché Gare, le 24 octobre). De là à croire que le nom en "The" est devenu un truc pour blaireaux virés mainstream, il n'y a qu'un pas. De côté. Vers la marge.

 

Œuf pourri et toux grasse

La singularité, ma bonne dame, c'est un art. On peut jouer le truc à fond, façon Gogol Bordello, quitte à annoncer la couleur avec un peu trop de facilité, au risque de l'agacement voire de la procédure d'internement par un tiers (c'est pas pour balancer mais ils seront le 1er décembre au Transbo). En effet, allez donc justifier de votre santé mentale quand vous choisissez de vous appeler Gogol, Bordello qui plus est. Pourquoi pas Idiotissime Boxon ?

Il y a certes des méthodes plus douces, comme être islandais, ce qui vous garantit, on ne sait trop pourquoi – même si Björk et une originalité patronymique intrinsèque doivent y être pour quelque chose – un coefficient de bizarrerie supérieur à la moyenne. A propos du dénommé Ólafur Arnalds – comme ça se prononce – Le Monde a décrit «un singularisme taillé dans la glace». On vous le donne en mille : le type est donc islandais, par conséquent s'il n'est pas né de la cuisse éruptive d'un volcan, il est forcément… taillé dans la glace et sent un peu l'œuf pourri, voire le poisson séché. En revanche, son «singularisme», ou sa singularité, Ólafur Arnalds, le 13 octobre à l'Épicerie Moderne, qui tâta aussi bien de la batterie metal que du banjo, ne les tient pas seulement du hasard qui l'a vu naître à Mosfellsbær (à la sortie de Reykjavik prendre la route 1 à gauche), ni de ce nom qui sonne comme une toux grasse. Mais d'une manière de faire de la musique qui la rend dit-il «trop pop pour les radios classiques et trop classique pour les radios pop».

 

 

Valseuses à paillettes

Voilà le problème quand on voyage quelque part sur «le nuage des génies», comme dirait ce bon Daisy Lambert, on risque d'atterrir de no man's lands en pays étranges : villes mastoc et mégalo taillées à la hache par des architectes martiaux qui donnent un peu envie d'envahir la Pologne (oui, Woodkid revient, à Villefranche le 22 novembre, au Festival Nouvelles Voix mais d'une c'est sans l'ONL, et de deux c'est complet depuis huit ans, alors calmez-vous) ; ou {Awayland} "vonnegutien" en diable comme celui dont l'Irlandais Conor O'Brien, leader de poche de Villagers, a fait son pays d'adoption, son royaume d'Oz. Dire à quel point on a hâte d'être convié, le 18 novembre à l'Épicerie, dans l'utopie pop dirigée par ce leprechaun génial serait enfoncer une porte déjà ouverte.

Ce soir là, Villagers sera précédé de Lee Ranaldo and the Dust, non pas l'urne funéraire de l'ex-batteur de Sonic Youth mais son projet actuel. On aura d'ailleurs également droit du côté de Just Rock ?, en plus des Savages susnommées, à Body/Head (1er novembre), le nouveau vaisseau expérimental de l'amirale (Kim) Gordon, elle aussi en congés de Sonic Youth. Just Rock ? qui, en parlant de vaisseau, accueillera, au Transbo également, celui d'un Cascadeur de plus en plus harnaché et autoproclamé Ghost Surfer, titre de son dernier single et de son prochain album, signe que sa drôle de machine pop entend gagner encore davantage en altitude. Si tant est que l'on puisse encore parler d'altitude.

Le Messin volant y croisera néanmoins la route d'un autre extra-terrestre – physique de mammouth et voix de poussière d'étoile – Rover. Imaginez si David Bowie avait fait carrière avec la tête de Depardieu, Ziggy Stardust n'aurait jamais pu faire entrer ses «valseuses» dans le moule-paquet à paillettes et la face – pas que la face d'ailleurs – du rock en eut sûrement été changé. A part le collant à paillettes, c'est le programme proposé par l'ahurissant Timothée Régnier.

 

 

Papayou

C'est aussi en haute sphère que l'on trouve Axel Monneau, improbable Monsieur Spock de la pop hexagonale (un hexagone viré kaléidoscope) devenu Orval Carlos Sibelius. Orval comme la bière trappiste, Carlos comme le chanteur papayou, Sibelius comme le compositeur finlandais. Là encore pour s'inventer, à la suite d'un nom épique, un monde et des époques dans lesquelles voyager, au bord de la folie douce.

Après avoir tâté du folk médiéviste au sein de Centenaire (on s'occupe comme on peut), Sibelius explore en solitaire mais avec une armée d'instruments improbables les galaxies musicales les plus lointaines. Sur Super Forma, une super nova pop, il se prend pour un Brésilien et livre, en même temps qu'un des albums de l'année, un chef d'œuvre psychédélique de prog-tropicalisme.

Voilà qui devrait mettre sur orbite le Winter Camp (festival itinérant qui passera par l'Épicerie Moderne le 10 décembre) dont il tiendra l'affiche avec Jay Jay Johanson, autre savant fou parti lui à la recherche de la pierre philosophale (ou de la fille) qui lui "débrisera" le cœur. A l'écoute de ses dernières productions, Dry Bones (il pose en tête de mort) et Mr Fredrikson, une espèce de dub boréal beau à tomber mais triste à s'enfoncer une corne viking dans l'oreille, on constate que le Gégé va mal. Donc bien.

 

 

Confrérie des bras maigres

Mais qu'on ne s'y trompe pas, Gégé n'est pas le seul à creuser de ses bras maigres et de sa voix de clarinette fendue le puits sans fond de son âme tourmentée. On pourrait même parler en cette saison automnale de véritable attaque de la Confrérie des bras maigres et des âmes damnées. En tête, l'elfe israélien – un concept en soi – Asaf Avidan, qui a bon gros paquet de douleurs à évacuer de son tout petit corps et de son âme ratatinée, par la grâce – à tous les sens du terme – d'une voix proprement extra-terrestre (dimanche 29 septembre, salle 3000).

Ou à ce grand phasme belgo-rwando-chamarré de Stromae (23 novembre au Transbo). Trop grand pour cette petite vie, il réussit le prodige de faire danser jusqu'à l'épuisement en évoquant ici la violence conjugale, là l'absentéisme paternel, ailleurs la solitude du coureur de jupon, bref la vie en tant que belle et bonne tartine de merde à déguster chaque jour un peu plus et avec le sourire s'il vous plaît – «alors, on danse» du coup, une philosophie qui se respecte : de "brelitude" en "branlitude", il n'y a que deux lettres que Stromae a choisi de flouter.

De cette confrérie, Bradford Cox, tête (mal) pensante et grand corps malade et décharné, de Deerhunter, aurait dû être le chef de fil et l'attraction principale, dans la foulée d'un prodigieux album baptisé, tiens donc, Monomania. Le symbole même, à défaut du parrain, de cette saison un peu barrée, concentrant sous sa grande carcasse bancale un échantillon des caractéristiques, bonnes ou mauvaises, de chacun des bizarroïdes précités. Il le sera en creux – et barré pour de vrai – son groupe ayant annulé sa tournée pour «multiples raisons familiales» – familles, je vous hais. Et c'est nous qui sommes comme fous.

 

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Tricky, Mel C & Fontaines DC annoncés à Lyon l'an prochain

En 2021... | Alors que les reports de dates se multiplient, il semble que toute la foi des musiques actuelles se soit elle même reportée sur 2021 puisque malgré (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 septembre 2020

Tricky, Mel C & Fontaines DC annoncés à Lyon l'an prochain

Alors que les reports de dates se multiplient, il semble que toute la foi des musiques actuelles se soit elle même reportée sur 2021 puisque malgré tout pleuvent (enfin bruinent) les annonces de vrais nouveaux concerts pour l'année prochaine. Ainsi les nostalgiques des Spice Girls pourront-ils applaudir (avec des gants ?) Sporty Spice alias Mel C au Transbordeur le 3 mai. De même, c'est toujours au même endroit que les Irish post-punks de Fontaines DC passeront le 12 mars dans le cadre du festival Transfer, tandis que le Kao vient d'annoncer, dans son antre, la venue du Prince des ténèbres trip-hop Tricky — qui vient de publier son dernier album, ironiquement baptisé Fall to Pieces - "réduit en pièces". Sujet aux attaques de panique s'abstenir.

Continuer à lire

Festival Ninkasi : par ici la rentrée ?

Ninkasi | Histoire d'attaquer la saison automnale à la gorge et peut-être de forcer le destin des concerts post-Covid, le Ninkasi a remis sur la table son festival de rentrée, avec les moyens du bord mais pas mal de talent, dans l'organisation et sur scène. 34 artistes, 20 lieux, 97% de locaux, 100% de fun. Et surtout des concerts, nom de dieu !

Stéphane Duchêne | Mercredi 15 juillet 2020

Festival Ninkasi : par ici la rentrée ?

Alors, certes on ne sait pas si la saison automnale aura lieu mais son lancement lui, oui — enfin si tout va bien — grâce au Festival Ninkasi, qui se veut depuis sa création l'an dernier le starter de la saison. Peut-être faut-il y voir pour le brasseur de bière et de culture, une manière de forcer le destin. De rester positif et de conserver quelques perspectives comme le clame le patron Christophe Fargier. Bien sûr, le Ninkasi a dû s'adapter à la situation et c'est une programmation en circuit beaucoup plus court (pas d'internationaux, parce que Covid, frontières et tout le bazar) qui s'annonce — et même plus que cela puisqu'on compte 97% de locaux, chiffre officiel confié par Fabien Hyvernaud, directeur général de Ninkasi Musiques qui s'exprime ci-dessous —, constitué notamment de quelques reports de concerts du printemps mais pas que. Pour tout voir du 5 au 13 septembre, il faud

Continuer à lire

Ombres et justice : "Kongo"

Documentaire | Brazzaville. Lorsque l’on est malade ou possédé, l’apôtre Médard est celui que l’on vient voir depuis des lustres pour obtenir une guérison. Héritier d’une longue tradition, il prodigue gratuitement ses talents, mais accepte les dons. Un jour, on l’accuse devant les tribunaux de se livrer à la magie noire ; il retourne aux sources de son don pour trouver de l’aide…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Ombres et justice :

Cartésiens qui entrez dans ce film, consentez à abandonner une fraction de votre esprit logique. Car ici, c’est une autre loi que celle de la rationalité qui s’applique : l’intangible y est sacré et peut valoir à qui s’en prévaut renommée, relégation, voire condamnation très officielle. Pas besoin de preuve matérielle quand il s’agit de juger des talents d’un guérisseur : la parole seule des uns ou des autres… fait foi, si l’on ose. Documentaire sociologique captivant, Kongo suit avec une attention respectueuse les désarrois de Médard comme ses liturgies. La démarche des réalisateurs Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav n’est pas sans rappeler celle de Jean Rouch (Les Maîtres fous ou Cocorico Monsieur Poulet pour la partie sorcellerie et la description de la vie quotidienne) ou celle de Sissako lorsqu’il filme les rocambolesques séquences de prétoire dans Bamako. Quoi qu’on pense du paranormal, on ne peut qu’être fas

Continuer à lire

Placid, pour sortir du cliché anglo-saxon

Restaurant | Un néotorréfacteur vénissian deale désormais ses grains sur les Pentes. À accompagner d'une nourriture d'inspiration street et asiatique.

Adrien Simon | Mardi 14 janvier 2020

Placid, pour sortir du cliché anglo-saxon

Les années 10 du XXIe siècle auront chamboulé le contenu de nos verres, chopes, mugs, tumblers et tasses. Discrètement (on boit toujours les mêmes breuvages), mais durablement : ce fut l'explosion du vin nature, des brasseries artisanales, des cocktails d'auteurs, et puis d'une nouvelle forme de torréfaction. Concernant le café, le ravalement avait débuté lors de la décennie précédente. Notamment outre-Atlantique où l’on nomme ça la « troisième vague ». Un genre de reboot de ce qui fut engagé dans les années 60 par des hippies-torréfacteurs contre l'industrialisation du petit noir (et qui donna malheureusement Starbucks à la fin). Renouveau à la fois en ce qui concerne le produit (pousser plus loin le sourcing des grains, adapter la torréfaction à ces derniers, et développer différentes extractions) et le way of life associé (le néo-kawa américain est indissociable du laptop). S’il y a dix ans les sceptiques pouvaient réduire ce nouvel élan à une mode pour hipsters, il est difficile aujourd’hui de ne pas voir un mouvement de fond : c’est en tout c

Continuer à lire

The Fall, chute libre

Critique | Pour son deuxième tribute à une figure éteinte mais toujours lumineuse du rock, à paraître le 15 novembre, Teenage Hate Records a fait plancher la scène rock française (et partiellement lyonnaise) sur l'oeuvre abyssalle et atrabilaire d'un pilier du post-punk : The Fall et feu son lider maximo Mark E. Smith.

Stéphane Duchêne | Mardi 12 novembre 2019

The Fall, chute libre

S'il est un groupe qui ne se laisse pas approcher facilement c'est bien The Fall. Essayer d'en reprendre les morceaux insaisissables, à piocher dans une discographie qui compte en tout (studio, live, compilation) plus d'une centaine d'albums, revient à risquer le saut de la foi dans le cratère d'un volcan. Quant à se glisser dans la peau inhabitable du regretté Mark E. Smith (décédé début 2018), l'exercice requiert l'équivalent de la production mondiale de vaseline. Cela n'a pas eu l'heur d'effrayer le label lyonno-viennois Teenage Hate, artisan producteur de quelques excellents groupes du crû (The Scaners, Off Models, Hi-

Continuer à lire

Une Biennale en mode XXL

Biennale d'Art Contemporain | Trois hangars, 29 000 m² de surface au sol : les dimensions du lieu central de la Biennale d'art contemporain 2019 sont démesurées ! À deux jours de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 septembre 2019

Une Biennale en mode XXL

Trois hangars, 29 000 m² de surface au sol : les dimensions du lieu central de la Biennale d'art contemporain 2019 sont démesurées ! À deux jours de l'ouverture, quand nous parcourons cet ancien site industriel (les usines Fagor dont l'activité de production de machines à laver s'est brutalement interrompue en 2015), nous découvrons un lieu aux multiples stigmates, ceux des différentes époques de sa mutation : le paysage industriel, les tags, la réfection minimaliste pour y accueillir des événements culturels. Le parcours du visiteur, au travers des œuvres de 56 artistes (une sélection paradoxalement plus restreinte qu'à l'accoutumée lors d'une biennale), totalisera 1, 4 kilomètres de marche. Et la découverte sera totale, car la quasi intégralité des œuvres exposées seront des créations, réalisées en tenant compte de l'histoire du lieu, des métamorphoses du quartier et du tissu associatif et technologique de la région (les productions ont souvent été réalisées avec des entreprises locales). Singulier pluriel Aux

Continuer à lire

Un belvédère sur l’art contemporain

Biennale d'Art Contemporain | L’exposition internationale de la 15e Biennale d’Art Contemporain sera consacrée au thème du paysage. Un thème revu et corrigé par une cinquantaine d'artistes méconnus, de toutes générations, qui se confronteront notamment à l’immensité des anciennes usines Fagor-Brandt.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 avril 2019

Un belvédère sur l’art contemporain

La 15e Biennale d’Art Contemporain est la biennale de tous les changements : dirigée par Isabelle Bertolotti qui succède au créateur de l’événement Thierry Raspail, avec un commissariat invité composé de sept jeunes individus (le collectif qui dirige le Palais de Tokyo à Paris, grand centre d’art contemporain capable du meilleur comme du pire), et un déménagement du site central de la Sucrière et ses 6000 m² vers la friche industrielle des anciennes usines Fagor-Brandt et ses… 29 000 m² ! Les 55 artistes conviés ont donc tout intérêt à ranger leurs miniatures pour des réalisations de plus grande envergure s’ils veulent exister. Parmi eux, aucune star, seulement quelques noms connus des mordus d’art contemporain (Gustav Metzger, Abraham Poincheval, Yona Lee…), beaucoup de jeunes artistes internationaux, un tiers de Français. Tout (et c’est bien là l’intérêt d’une biennale) sera donc à découvrir ou presque, jusqu’aux œuvres elles-mêmes, créées pour 90 % d’entre elles pour l’occasion, et produites en collaboration avec des artisa

Continuer à lire

Stupeur et tremblements : "Comme si de rien n'était"

Drame | De Eva Trobisch (All, 1h30, avec avert.) avec Aenne Schwarz, Andreas Döhler, Hans Löw…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Stupeur et tremblements :

Encore un peu secouée par la liquidation de sa petite société d’édition, Janne se rend à une soirée d’anciens. Si elle renoue avec un prof d'antan, elle y rencontre aussi le patron de celui-ci qui abuse d’elle. Sous le choc, Janne est incapable de réaliser ce qu’elle a subi… On ne pouvait choisir meilleur titre pour ce portrait de femmes — car au-delà de Janne, sa mère et l’épouse de son agresseur sont aussi représentées — à la fois mélancolique et terriblement actuel. Perturbant dans le bon sens du terme, ce film sortant dans le sillage du mouvement #MeToo met en lumière l’état de sidération psychique touchant de nombreuses victimes de viol pouvant les rendre mutiques, honteuses voire les contraindre à refouler leur traumatisme, histoire de “sauver les apparences“. Piégée par son silence, par le contexte social et les pressions professionnelles comme sa volonté de donner le change pour complaire aux stéréotypes sociétaux, Janne perd doucement pied ainsi que ses proches. Renvoyant chacune et chacun à son seuil d’acceptation et de tolérance face aux agressions du quotidien, qu’el

Continuer à lire

Semaine sur mars : le réel à l'épreuve des Subs

Spectacles Vivants | En une Semaine (sur Mars), les Subsistances proposent un tour d'horizon du travail des compagnies accueillies en résidence dans ses murs : danse, cirque, arts numériques et le théâtre méconnu à Lyon du très talentueux Adrien Béal.

Nadja Pobel | Mardi 12 mars 2019

Semaine sur mars : le réel à l'épreuve des Subs

Les questionnements qui nourrissent les spectacles d'Adrien Béal et la compagnie du Théâtre Déplié sont a priori inépuisables et bien loin d'un théâtre narratif. Le Pas de Bême (passé à La Mouche) se penchait sur ce que cela entraîne d'objecter, Récits des événements futurs était une façon d'envisager différentes catastrophes. Perdu connaissance interroge notre besoin d'établir la vérité. Philosophiques, ces préoccupations sont au plateau une matière brute totalement incarnée avec des situations de jeu – inventées en improvisation – lestées par des histoires. Le titre Perdu connaissance n'est pas à lire au premier degré : six personnages se retrouvent dans la loge d'une gardienne d'école primaire et constatent l'absence de cette dernière qui a perdu connaissance. Créé au CDN de Dijon puis passé par le T2G de Gennevilliers, cette pièce intrigue, tant précédemment Récits... avait séduit par sa capacité à poser avec simplicité dans un décor aussi réaliste que banal - et donc commun - des réflexions abyssales. Pieds au plancher Alexander Vantournhout connaî

Continuer à lire

La cup est pleine

L’œuvre de la semaine | Pour cette première œuvre de la semaine, en voici une qui brouille notre manière d'appréhender l'art urbain. Le tag politique est-il intrinsèquement une œuvre (...)

Sarah Fouassier | Mardi 26 février 2019

La cup est pleine

Pour cette première œuvre de la semaine, en voici une qui brouille notre manière d'appréhender l'art urbain. Le tag politique est-il intrinsèquement une œuvre ou tout bonnement un porte-voix militant ultra-visible ? Vandalisme et dégradation de l'espace public diront certains, drôle ou réflexif diront d'autres. Symbole de toutes luttes, il est une "chose politique" populaire et le miroir d'une époque. En temps de crise, il fleurit. Ces derniers mois, sur nos murs, nous (ré)apprenons à aimer (ou détester) cet art contestataire. À l'ange de la rue Pouteau et de la rue Diderot dans le premier arrondissement, La cup est pleine évoque avec humour à la fois le ras-le-bol général et le combat des femmes pour obtenir des protections hygiéniques non toxiques. Depuis les manifestations des gilets jaunes, le tag politique bourgeonne à nouveau et avec lui les publications du blog La rue ou rien qui rassemble la quintessence du tag contestataire. À Lyon, le compte Instagram @cadavre_exstreet met en r

Continuer à lire

Les Assises 2019 se dévoilent

Assises Internationales du Roman | Plus que sept mois à attendre avant le coup d'envoi des Assises Internationales du Roman qui se dérouleront du 21 au 26 mai aux Subsistances. Mais comme sept mois c'est long, surtout vers la fin, voici un solide avant-goût du programme proposé oscillant pour le moment entre le politique et l'intime.

Stéphane Duchêne | Lundi 26 novembre 2018

Les Assises 2019 se dévoilent

C'est encore une fois un large spectre de thématiques qui traversera une semaine durant les Assises Internationales du Roman, à la (re)découverte de quelques-unes des plus belles plumes du paysage littéraire national et surtout international. Ainsi l'on parlera de "courage" et de "nouveaux dissidents" (ces derniers en étant généralement remplis, de courage) avec l'Égyptien Alaa El Aswany, auteur du célèbre Hôtel Yacoubian, la photographe iranienne Reihane Taravati qui avait défrayé la chronique de son pays il y a deux ans avec une revisite locale et sans foulard du clip Happy de Pharrell Williams, l'intellectuel chinois Liao Yiwu, l'un des 303 signataires en 2008 de la Charte 08, et l'activiste serbe Srdja Popovic, auteur en 2015 de Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes. Mais aussi de "violence sociale et pol

Continuer à lire

Culina Hortus : le légume est roi

Restaurant | Un restaurant gastronomique et exclusivement végétarien vient d’ouvrir à Lyon. Les temps changent.

Adrien Simon | Mardi 13 novembre 2018

Culina Hortus : le légume est roi

Cette décennie culinaire aura bel et bien été celle des légumes. D’aucuns disent du végétal, ils se trompent : ce ne sont pas les herbes, champignons, épices, fruits ou céréales, mais bien leur camarade légume qui est devenu le roi. Qui connaissait la courge kabocha et la betterave chioggia il y a quinze ans, qui mangeait encore des topinambours ou des crosnes, qui pensait que l’on pouvait brûler une aubergine à la flamme ou fumer une ratte ? Pas grand monde, à part peut-être Alain Passard qui annonçait au Michelin qu’il allait dire bye-bye à la bidoche, sans pour autant renoncer à ses trois étoiles. Depuis, Alain Ducasse a fait de même, au Plaza Athénée. La cuisine française, au moins ses chefs d’élite, considérait pour la première fois les légumes ! Mais on ne saurait réduire la mode actuelle à leur seule influence. On peut ajouter, parmi ses raisons : le désir de naturalité qui accompagne paradoxalement le développement des réalités virtuelles, le souci pour la santé et le bien-être, l’influence des nouvelles cuisines (par exemple nordique) ou encore l’intérêt pour les questions environnementales et la souffrance animale

Continuer à lire

L'empire de la Frustration

Post Punk | « We live in excess » clame Frustration sur son troisième album (Empires of Shame, sorti en 2016) dans une atmosphère de lendemain de fête (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 31 octobre 2018

L'empire de la Frustration

« We live in excess » clame Frustration sur son troisième album (Empires of Shame, sorti en 2016) dans une atmosphère de lendemain de fête post-punk – comprendre d'apocalypse. Déploration d'un constat pas vraiment à l'amiable davantage que déclaration frondeuse. Car le groupe de Fabrice Gilbert qui continue de fouler le territoire vocal de Mark E. Smith et Ian Curtis, semble rendu à une forme extrême d'épure et de minimalisme (ce qui est un pléonasme le concernant), resserrant les rangs comme les sphincters pour mieux aller à l'essentiel sous une lune de fiel. Mais il faut cela pour dérouler le constat clinique de ce qui continue de justifier le choix d'un tel nom, Frustration, sans pour autant baisser les bras, et que véhicule des titres comme la ballade malade, Arrows of arrogance, petite tumeur de fausse rémission au milieu des métastases punk, le dépenaillé Mother Earth in Rags (« la terre en ha

Continuer à lire

Adrien Bosc : Ô Capitaine, mon capitaine

Littérature | « Nous ne pouvons connaître le goût de l'ananas par le récit des voyageurs » écrivait Leibniz. À l'inverse Blaise Cendrars répondait à ceux qui lui (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 9 octobre 2018

Adrien Bosc : Ô Capitaine, mon capitaine

« Nous ne pouvons connaître le goût de l'ananas par le récit des voyageurs » écrivait Leibniz. À l'inverse Blaise Cendrars répondait à ceux qui lui demandaient s'il avait vraiment pris le Transsibérien « Qu'est-ce que ça peut faire, puisque je vous l'ai fait prendre à tous ? ». C'est cette approche qu'investit une fois encore Adrien Bosc avec Capitaine, qu'il viendra présenter le mardi 16 octobre à Passages. Soit l'histoire du Capitaine Paul-Lemerle, bateau qui, en mars 1941 quitte le port de Marseille, direction le Nouveau Monde, rempli de réfugiés parmi lesquels de nombreux intellectuels et artistes (André Breton, Claude Lévi-Strauss, Wifredo Lam, Victor Serge, Ernst Kantorowicz...) dont le régime de Vichy ne veut pas s'embarrasser. De chacun, l'auteur va dresser le portrait. Travaillant la mise en abîme, Adrien Bosc interroge ici tout autant les notions de voyage et de "hasard objectif" énoncé par les surréalistes (la rencontre entre Breton et Aimé Césaire aux Antilles ne tient qu'à l'achat d'un ruban). Surtout il tente de résoudre dans ce roman passionnant en dépit de q

Continuer à lire

Pôle les mains ! : "Vaurien"

Huis clos | de et avec Mehdi Senoussi (Fr, 1h30) avec Romane Bohringer, Carlo Brandt, Lizzie Brocheré…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Pôle les mains ! :

Lassé d’être discriminé à l’embauche, un chômeur diplômé d’origine arabe prend en otage l’agence Pôle Emploi de Vénissieux. Pendant les quelques heures que dure son acte désespéré, il tente de faire passer son message en direct sur une radio locale, puis de négocier une rançon… Comédien et déjà auteur de plusieurs courts (ainsi que d’un long-métrage), le Lyonnais Mehdi Senoussi ne s’est pas ménagé pour diriger et interpréter ce film, dont on suppose la haute résonance symbolique personnelle : le propos, clairement social et politique, est intégré dans une intrigue de polar. Malheureusement, sa sincérité évidente n’occulte pas les incertitudes d’une réalisation peinant à transcender le huis clos, l’intrigue eût en effet davantage convenu à un format court. Son délayage tristounet est certes un peu racheté par le twist final. Et l’on reconnaît à Senoussi une obstination certaine et le talent d’avoir su en fédérer d’autres autour de lui comme Romane Bohringer, Carlo Brandt ou Pascal Elbé.

Continuer à lire

7 spectacles pour lesquels vous devriez réserver

La Saison Théâtre | De Joël Pommerat à l'implacable Tatiana Frolova, voici sept pièces aimées ou prometteuses sur lesquelles nous misons cette saison.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

7 spectacles pour lesquels vous devriez réserver

Départ flip Ils et elles grimpent sur un toit de cordes et rampent. Nous les regardons là-haut comme nous regarderions au zoo une kyrielle de singes se mouvoir avec attention et agilité. Les trapèzes ? Ils sont leurs objets collectifs car c’est bien à la rencontre avec une tribu que nous convie Aurélie La Sala, ancienne boxeuse, circassienne qui a repris seule la compagnie Virevolt fondée avec Aurélien Cuvelier. Sans numéros d’épate, au sol, dans les airs, amassés sur un cube à 80 cm du sol comme si une mer menaçante allait les aspirer, les acrobates signent un spectacle bouleversant sur ce qu’il nous reste de liberté, la capacité et/ou la nécessité d’être seul ou plusieurs, comment on se débat avec les contraintes extérieures et nos urgences intérieures. Superbe. À Villefontaine le 23 novembre À Villefranche le 4 mai Je n’ai pas encore commencé à vivre Ce fut une claque. Tatiana Frolova ne nous est pourtant pas inconnue. Grâce au festival Sens interdits, elle présente même à Lyon son quatr

Continuer à lire

Laurent Gutmann, nouveau directeur de l'ENSATT

Nomination | C'est officiel depuis ce mardi 28 août : Laurent Gutmann a été nommé à la direction de l'École Nationale des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT, Lyon 5e) (...)

Nadja Pobel | Mardi 28 août 2018

Laurent Gutmann, nouveau directeur de l'ENSATT

C'est officiel depuis ce mardi 28 août : Laurent Gutmann a été nommé à la direction de l'École Nationale des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT, Lyon 5e) pour cinq ans. Il succède à Thierry Pariente qui aura occupé cette fonction durant neuf ans et qui a célébré cette année les vingt ans d'implantation de cette école (auparavant implantée rue Blanche) à Lyon. Laurent Gutmann est un metteur en scène, récemment passé au Théâtre de la Croix-Rousse avec Le Prince d'après Machiavel (en 2015) et Victor F d'après Mary Shelley (en 2017). Depuis la création de sa compagnie, le Théâtre Suranné, en 1994, il a monté plus d'une vingtaine de pièces. En 2004, il prend la direction du Théâtre Populaire de Lorraine qui devient Centre Dramatique de Thionville-Lorraine puis obtient la labellisation CDN en janvier 2009. Depuis 2009, sa compagnie se nomme La Dissipation des brumes matinales. À l'ENSATT, il avait déjà dirigé, en 2016, la 75e promotion pour le spectacle Égaux d'après De la démocratie en Amérique de Tocqueville. Il a déjà dirigé de nombreux ateliers à l

Continuer à lire

Un Bermuda X et Q à la fois

Recueil | Malgré un contexte tendu (et l’étonnante absence d’aides régionales à la publication ou à la diffusion) le tome 10 de Bermuda — le fameux recueil (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Un Bermuda X et Q à la fois

Malgré un contexte tendu (et l’étonnante absence d’aides régionales à la publication ou à la diffusion) le tome 10 de Bermuda — le fameux recueil d’histoires plus ou moins courtes édité depuis 2007 par la vaillante librairie Expérience — continue plus que jamais de soutenir la création locale en offrant aux jeunes talents du scénario, de l’illustration et de la couleur un splendide écrin valant certificat de haute aptitude artistique. C’est grâce à la générosité de 181 contributeurs réunis sur le site participatif KissKissBankBank que le millésime 2018 voit le jour. Et de même que les joues vont par deux, ce florilège se présente sous la forme d’une belle paire d’albums. Le premier, d’une facture habituelle, revêtu d’une robe signée par le tandem Jérôme Jouvray/Anne-Claire Jouvray compte 246 pages ; le second serait plutôt… dévêtu par Keramidas puisqu’il recèle en son sein 184 pages d’historiettes bien lestes, légitimant le “X“ frappant (oh oui) sa couverture. Pour vingt euros chacun, c’est une sarabande d’une cinquantaine d’auteurs que vous pouvez vous me

Continuer à lire

La Loi n’a pas dû marcher : "En guerre"

On ne Loach rien ! | « Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Citant Brecht en préambule, et dans la foulée de La Loi du marché, Stéphane Brizé et Vincent Lindon s’enfoncent plus profondément dans l’horreur économique avec ce magistral récit épique d’une lutte jusqu’au-boutiste pour l’emploi. En compétition à Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

La Loi n’a pas dû marcher :

Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute… Nul n’est sensé ignorer La Loi du marché (2015), pénultième réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser. Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le vulgum pecus à crever de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement, révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité.

Continuer à lire

Flash-back sur le Petit Bulletin Festival

MUSIQUES | De la pop, électro ou pas, française comme sud-africaine, les extravagances du rock anglais, une soirée 100 % féminine à base de folk américain et de performances voyageuses et l'un des plus grands orchestres d'Afrique de l'Ouest... Pour sa deuxième édition, le Petit Bulletin Festival est parti dans tous les sens sous la verrière des Subsistances. Et cela a valu quelques beaux moments dont il faudra se souvenir.

Stéphane Duchêne | Mercredi 2 mai 2018

Flash-back sur le Petit Bulletin Festival

Vendredi 27 avril Sage C'est Sage qui a ouvert les hostilités vendredi soir pour le concert inaugural du Petit Bulletin Festival sous la verrière des Subsistances. Des hostilités il faut bien le dire particulièrement avenantes mais un rien surprenantes pour qui est habitué aux disques de l'ancien Revolver. C'est en groupe – dont faisait partie la chanteuse et musicienne Theodora – et en mode plutôt rock que Sage a fait la blague, livrant des extraits ici particulièrement saignants de son album à venir en juin, Paint Myself. Ceux qui aiment cet artiste en mode piano-solo auront, ô joie, pu en profiter quelques précieuses minutes lors d'un concert surprise sis à la Boulangerie des Subistances pendant le deuxième changement de plateau. Là, Sage s'est livré, entre autres, à quelques reprises et à des collaborations complices avec Theodora pour un moment suspendu. Nakhane Vint le tour de Nak

Continuer à lire

Un festival de talents (et de surprises)

Pépites | En plus d'Alela Diane, le Petit Bulletin Festival #2, ce sont deux autres têtes d'affiche, Cascadeur et Orchestra Baobab, et quatre jeunes talents fascinants. À noter aussi quelques concerts acoustiques et surprises à découvrir sur place pour lesquels il faudra prêter l'oreille. On n'en dit pas plus.

Stéphane Duchêne | Mardi 24 avril 2018

Un festival de talents (et de surprises)

Les têtes d'affiche Cascadeur C'est Cascadeur qui ouvrira le festival comme première tête d'affiche. Une tête d'autant plus reconnaissable qu'elle est casquée mais dont les mélodies et les atmosphères d'apesanteur pop ne sont pas moins inoubliables que la tenue de pilote-cascadeur qui va avec. Son dernier album, Caméra est une pépite. Et ses prestations live des rêveries. Orchestra Baobab C'est la touche sono mondiale du festival, au goût de légende. Car l'orchestre de bal ouest-africain, l'un des plus grands du genre, créé en 1970, à l'effectif pléthorique et changeant, aura connu une histoire aussi riche qu'accidentée. Reformé en 2000 après une longue absence, Orchestra Baobab vient présenter un hommage forcément jouissif à l'un de ses membres les plus éminents : El Hadj Ndiouga Dieng, décédé en 2016. Alors on danse ? Les découvertes Sage Pour beaucoup ce n'est pas à proprement parler une découverte puisque le dénommé Ambroise Willaume a déjà officié avec le trio Revolver qui connut un certain succès en mode pop de chambre au tournant des

Continuer à lire

Cascadeur : l'homme au masque de fer

Petit Bulletin Festival | L'une des têtes d'affiche du Petit Bulletin festival s'avancera casquée, comme elle le fait depuis ses ses débuts, cultivant, sous le nom de Cascadeur, un mystère pop grandissant d'album en album. Confirmation sur le dernier en date, "Caméra", tout en voltiges mélodiques et atmosphères anxiogènes. Et sur la scène du Petit Bulletin Festival pour un show inédit.

Stéphane Duchêne | Mercredi 28 mars 2018

Cascadeur : l'homme au masque de fer

The Human Octopus était l'album de tes premières compositions, Ghost Surfer celui de l'ouverture avec beaucoup de belles collaborations. Comment qualifierais-tu Caméra par rapport à la manière dont tu as évolué, dont ta carrière a évolué ? Cascadeur : Je le vois comme une synthèse. Après le grand casting du deuxième album, j'ai aussi voulu retrouver ce qui faisait l'essence de Cascadeur : l'exploration de l'individu mais en endossant moi-même les différents rôles comme un cascadeur doit doubler différents acteurs pour différentes séquences. Je voulais qu'on sente le temps passé et qu'on sente que je me libérais peut-être de certaines choses. Travailler aussi sur ce qui pouvait m'apparaître comme des idées préconçues autour de Cascadeur : ce côté délicat qui pouvait manquer d'aspect physique ou nerveu

Continuer à lire

Mubyotan : à la Croix-Rousse, une authentique cuisine japonaise

Restaurant | Un couple franco-japonais sert dans un espace simple et clair une cuisine nippone du même ordre, chaleureuse et sans chichis.

Adrien Simon | Mardi 27 mars 2018

Mubyotan : à la Croix-Rousse, une authentique cuisine japonaise

Puisque les chefs japonais excellent dans la cuisine française, particulièrement à Lyon, pourquoi un Français ne pourrait pas s'essayer à la cuisine nipponne ? C'est le pari d'Adrien Padirac, qui vient d'ouvrir avec sa femme Naoko un restaurant sur le plateau de la Croix-Rousse. Son nom, Mubyotan, pourrait se traduire en "6 calebasses" : la cucurbitacée passe en effet de l'état de récipient à celui de porte-bonheur lorsque l'on en réunit une demi-douzaine. "C'est "muttsu no hyotan". Qui rime avec "Mubyosokusai", une formule qui conjure la maladie, et apporte la bonne augure", tente de nous expliquer Adrien. Le jeune trentenaire ne se destinait pas vraiment à la popote - il voulait devenir ingénieur. Mais à l'INSA, en plus d'apprendre le "génie des matériaux", il fonda le club de cuisine de l'école. Il fallut encore un voyage au Japon pour qu'il tombe définitivement dans les marmites. Il s'exila 8 ans, durant lesquels il apprit la gastronomie locale, notamment dans le restaurant d'une de ses amies. De retour à Lyon, il vient de reprendre avec Naoko, le local occupé par un restaurant italien, qu'ils ont, c'est le moins qu'on puisse dire, sévèrement rafraichi. Le résulta

Continuer à lire

Le Petit Bulletin Festival #2 : La Playlist

MUSIQUES | De Cascadeur à Orchestra Baobab en passant par Sage, Alela Diane et tous les autres, petite sélection best of spéciale Petit Bulletin Festival #2. Même si le meilleur est à venir en live du 27 au 29 avril au Subsistances.

Stéphane Duchêne | Mercredi 28 février 2018

Le Petit Bulletin Festival #2 : La Playlist

Hors d'œuvre, piqûre de rappel, ou occasion de découvrir un, deux, trois ou même les huit artistes invités, appelez-ça comme vous voulez. Mais face à l'éclectisme de la programmation du Petit Bulletin Festival #2, de la pop de Cascadeur et Sage au folk d'Alela Diane, de la révélation Nakhane sud-africaine au totem sénégalais Orchestra Baobab, de l'ovni Lior Shoov à un autre ovni nommé Isaac Gracie, le mieux est encore de mettre un peu d'ordre dans tout ça et de prêter une oreille attentive à cette belle palette de musiques. Classiques, nouveautés ou les deux des artistes précités achèveront sans doute de vous convaincre de réserver son week-end du 27, 28 et 29 avril.

Continuer à lire

Cult wave au festival Transfer avec Trisomie 21

Festival Transfer | Parmi les têtes d'affiche, si tant est qu'il y en ait, de la 2e édition d'un festival Transfer bien riche, on trouve, le deuxième soir, Trisomie 21, cultissime totem de la cold wave française, qui renaît une énième fois de ses cendres pour une tournée mondiale dans le sillage du très classe Elegance never dies, sorti l'an dernier.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 février 2018

Cult wave au festival Transfer avec Trisomie 21

« L'élégance ne meurt jamais ». On dirait le titre d'un de ces James Bond contemporains qui aurait basculé vers le côté obscur du placement produit à la frontière de laquelle se trouve la série cinématographique depuis bien longtemps. Sauf que l'on est ici à l'opposé de cet univers : dans celui d'un groupe qui a toujours incarné la lutte, la contestation et le contre-pied. Elegance never dies est donc le titre du dernier album de Trisomie 21, pionniers de la cold wave made in France, neuf ans après le dernier et une promesse de tout arrêter. Nous sommes en 1980 lorsque les frères Lomprez, peu enclins à entrer dans le moule social qui leur est promis, forment à Denain dans le nord, genre de Manchester français, ce qui ressemble sans doute le plus au pendant français de Joy Division : une formation maniant la cold wave comme personne, décrivant avec une rage froide le désœuvrement industriel des années 80. Casser les codes Cela leur vaudra d'être signé par Pias en 1987 et de connaître un succès, notamment à l'étranger (Belgique donc, Pays-Bas, Allema

Continuer à lire

Le roi du pipeau : "Bravo Virtuose"

Pruneaux d'Arménie | de Levon Minasian (Arm-Fr-Bel, 1h30) avec Samuel Tadevosian, Maria Akhmetzyanova…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Le roi du pipeau :

À la suite d’un quiproquo, Alik, un jeune clarinettiste récupère le portable, les contrats et l’argent d’un tueur à gages. La manne tombe à pic, car il cherche à financer l’orchestre de son grand-père lâché par son mécène. Seul hic : Alik doit exécuter les cibles désignées par le commanditaire… À quoi reconnaît-on un polar arménien ? Aux plans sur le mont Ararat, équivalant à ceux sur la Tour Eiffel dans une production française ? Au fait que l’un des méchants — en l’occurrence un bureaucrate corrompu — vante la qualité des loukoums stambouliotes dont il se gave à longueur de journée ? Plutôt à l’évocation des anciens combattants du Haut-Karabagh, où sont morts les parents du héros, et dont certains sont devenus des mafieux. Hors cela, ce premier long-métrage promenant une élégante indécision entre comédie sentimentale, burlesque et thriller, s’aventure aussi dans le semi-expérimental, en matérialisant les images mentales et oniriques d’Alik, caverne d’Ali-Baba fantasmatique où circule la silhouette de la séduisante Lara. Levon Minasian donne l’i

Continuer à lire

Petit Bulletin Festival #2 : Embarquement immédiat !

MUSIQUES | Pour sa deuxième édition, le Petit Bulletin Festival prendra ses quartiers aux Subsistances les 27, 28 et 29 avril prochains avec pas moins de sept artistes au programme, de la folk à la pop en passant par la world music. En voici le détail.

Stéphane Duchêne | Mercredi 7 février 2018

Petit Bulletin Festival #2 : Embarquement immédiat !

C'est la verrière des Subsistances qu'investiront les artistes de la deuxième édition, printanière, du Petit Bulletin Festival. En ouverture, le vendredi 27 avril, c'est le petit génie casqué Cascadeur qui viendra présenter son troisième album, à paraître le 30 mars et sur lequel il poursuit une œuvre aussi aérienne qu'énigmatique. Un disque plus cinématographique que jamais, jusque dans son titre Camera, que Cascadeur délivrera sur scène masqué mais sans fard en quatuor pop. Avant lui, c'est un autre prodige du genre, Sage, ex-Revolver qui fera apprécier, lui aussi en quatuor, son sens de la composition et des arrangements, déjà vus à l'œuvre, outre Revolver, aux côtés de Woodkid et The Shoes, et rassemblés sur de nouveaux titres comme sur ceux de son album éponyme, paru en 2016. Les deux musiciens français à la voix perchée et à la formation classique seron

Continuer à lire

Sibelius : Homo Politicus

Pop | Innovant sur le plan musical comme textuel, le popeux psychédélique Orval Carlos Sibelius, dernier héraut de l'écurie Born Bad, a sorti les crocs en 2017 avec Ordre et Progrès, terrible état des lieux politico-psychédélique de notre époque, aux étranges et paradoxales vertus revigorantes. A découvrir au Bal des Fringants.

Stéphane Duchêne | Mardi 30 janvier 2018

Sibelius : Homo Politicus

Répondant à cette vieille énigme s'interrogeant sur la question de savoir si oui ou non, sur une île déserte, les noix de coco font du bruit en tombant, Orval Carlos Sibelius affirme que sa musique serait la même si personne n'était là pour l'écouter. Or c'est probablement avec ce genre de devise érigée en pavois qu'on va le plus loin, que l'on peut aussi emprunter à l'envie chemins de traverse et autres trous de ver artistiques, en étant assuré qu'on sera suivi par ceux qui le méritent. Ce que ne se prive pas de faire ici le démiurge au nom d'empereur (d'opérette) du Saint-Empire romain germanique, quand il s'agit sur son Ordre et Progrès : de démultiplier les genres ; de lâcher les guitares (entre math et krautrock) et les machines comme une meute de chiens dans une pop psychédélique parfois rehaussée de cuivres de chasse à cour ; d'assumer de chanter pour la première fois en français, conférant à l'ensemble une patine french pop 70's. Mais aussi, chose étonnante de la part de Sibelius l'évaporé, de livrer un disque

Continuer à lire

Vaurien

Avant-Première | Comédien, Mehdi Senoussi a été aperçu au théâtre chez Stanislas Foriel et au cinéma notamment dans Qu’Allah bénisse la France et Fatima. Passant à la réalisation, (...)

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Vaurien

Comédien, Mehdi Senoussi a été aperçu au théâtre chez Stanislas Foriel et au cinéma notamment dans Qu’Allah bénisse la France et Fatima. Passant à la réalisation, c’est tout naturellement qu’il a choisi d’effectuer l’avant-première de son long-métrage Vaurien dans le cinéma de Vénissieux — là où il a vécu une partie de son enfance — avant d’aller le montrer à Bron. Tourné avec, entre autres Romane Bohringer, Steve Tran et Pascal Elbé, ce film sera présenté par une partie de l’équipe. Vaurien Au cinéma Gérard-Philipe à Vénissieux ​le samedi 27 janvier à 20h30

Continuer à lire

Être ou avoir l’été : "Les Films de l’été"

ECRANS | Loin des clichés plage/montagne, cet assemblage de deux courts-métrages ultra primés propose deux “faces B” de l’été se déroulant dans des “non-lieux“ de (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Être ou avoir l’été :

Loin des clichés plage/montagne, cet assemblage de deux courts-métrages ultra primés propose deux “faces B” de l’été se déroulant dans des “non-lieux“ de vacances, avec des personnages pour le moins décalés. L’étrangeté ambiante doit sans nul doute aux ascendances belges des films ; un je-ne-sais-quoi d’absurdité faisant écho à cette intangible sensation que, durant la saison chaude, tout est possible. Et l’éternité, à portée de main. Vague décalque fantaisiste de L’Année dernière à Marienbad croisé avec Le Diable par la queue, Rien sauf l’été projette un jeune homme en recherche de quiétude dans un château en réfection, peuplé d’une famille bizarre mais accueillante. Quant au Temps de l’été, il suit l’autoroute vers le sud de la France en compagnie d’un fils, de son père et du vieux pote suicidaire de ce dernier. Dans les deux cas, les instants de vie se succèdent et s’empilent, sans qu’il y ait forcément d’histoire à raconter : le moment est capturé dans la fugacité de son évocation, comme la fraîcheur d’une glace à l’eau ou la morsure c

Continuer à lire

Le Petit Bulletin Festival #1 sur vos écrans

Vu à la TV | Vous n'étiez pas présent les 27, 28 et 29 octobre dernier pour la première édition du Petit Bulletin Festival à la Chapelle de la Trinité ou vous avez simplement (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 21 décembre 2017

Le Petit Bulletin Festival #1 sur vos écrans

Vous n'étiez pas présent les 27, 28 et 29 octobre dernier pour la première édition du Petit Bulletin Festival à la Chapelle de la Trinité ou vous avez simplement envie de revivre l'émotion de ces concerts ? Ça tombe bien, en guise de cadeau de Noël, les meilleurs moments des trois concerts du festival, captés par Séquence SDP, seront diffusés sur TLM (Télé Lyon Métropole) pendant les fêtes selon le calendrier suivant : Cocoon avec le Quatuor Debussy : le 25 décembre à 21h. Rover : le 26 décembre à 20h. Keren Ann et le Quatuor Debussy : le 27 décembre à 20h. Quelle meilleure manière pour se remettre en douceur des agapes de Noël qu'un festin de musique ?

Continuer à lire

L'animisme numérique d'Adrien M & Claire B

Art Contemporain | Pour leur deuxième corpus d’exposition, Adrien M et Claire B s'immiscent au cœur de la matière, celle des pierres avec un parcours d’installations et d’œuvres aux formats variés qui font coexister virtuel et matériel, magie et technologie.

Sarah Fouassier | Mardi 12 décembre 2017

L'animisme numérique d'Adrien M & Claire B

Muni d’un Ipad, le spectateur est ici le réalisateur de son parcours dont le point de départ et thème sont les pierres ; des pierres glanées çà et là à travers l’Europe, notamment en Italie et sur la côte sud de la Crète. Mirages & Miracles nous révèle leurs histoires grâce à l’outil numérique. Claire Bardainne aime parler « d'animisme numérique » pour définir ce travail où l’esprit des pierres est réanimé sous l’apparence de personnages aux corpulences diverses. Cette galerie des pierres apparaît dans un habillage très simple à l’œil nu : disposées sur des feuilles de papier où l’on retrouve leurs sœurs jumelles sous forme de dessins. Et c’est en orientant l’Ipad que l’esprit de la roche se révèle par des personnages, homme ou femme, vieux ou jeune, maigre ou gros dansant ou affrontant le vent, nageant dans une eau claire ou sautant à pieds joints sur les galets. Chaque scène est le reflet du lieu dans lequel la pierre a été cueillie. Cette magie est particulièrement attachée au mimétisme du réel. Les personnages n’ont pas simplement été dessinés, ils sont issus d’un processus de création en motion capture

Continuer à lire

Crème de Poirot à la neige : "Le Crime de l’Orient-Express"

Le Film de la Semaine | Les plus fameuses bacchantes de la littérature policière sont de retour sur Kenneth Branagh, nouvel avatar d’Hercule Poirot dans une version dynamisée du classique d’Agatha Christie. S’il n’efface pas celui de Lumet, ce "whodunit all-star game" est promesse d’une jolie série…

Vincent Raymond | Mardi 12 décembre 2017

Crème de Poirot à la neige :

Kenneth Branagh n’a jamais manqué de panache. Las, le Britannique a eu l’exquise malchance de partager avec ses trop illustres devanciers Welles et Olivier un goût structurant pour Shakespeare. De l’avoir défendu avec ferveur sur les planches et de s’être jeté dans plusieurs de ces adaptations ambitieuses qui, à moins d’un engouement aussi inespéré que soudain pour le théâtre élisabéthain, attisent la méfiance des studios comme du grand public. Toutefois, parce qu’il est à l’instar d’Orson et Laurence un comédien éclectique prenant du plaisir à (tout) jouer, le cinéaste n’a jamais été mis au ban du métier. Il s’est même refait du crédit auprès des financeurs en signant du blockbuster pour Paramount et Disney. Envisageait-il déjà de redonner jeunesse et visage neufs au héros iconique d’Agatha Christie ? Le revoici en position de force à sa place favorite : des deux côtés de la caméra, en route pour une potentielle franchise. Son Poirot embarque ici in extremis à bord du train de luxe pour un trajet agité : son wagon va se trouver immobilisé et il au

Continuer à lire

Kenneth Branagh : « un metteur en scène est un détective »

Le Crime de l'Orient-Express | Kenneth Branagh était sans doute le mieux placé pour donner, des deux côtés de la caméra, une nouvelle existence cinématographique au classique d’Agatha Christie. Rencontre avec un cinéaste et comédien à l’humour et l’élégance toutes britanniques…

Vincent Raymond | Mardi 12 décembre 2017

Kenneth Branagh : « un metteur en scène est un détective »

Réaliser ce film, était-ce pour vous le moyen de prendre part au meurtre tout en incarnant le personnage d’Hercule Poirot ? Kenneth Branagh : C’est la première fois que j’ai l’occasion d’être à la fois réalisateur et détective, et je trouve que c’est un mélange parfait, puisque tous deux sont à la recherche de la vérité. Et lorsqu’Hercule Poirot mène son investigation pour trouver qui a commis le crime, il demande aux personnages d’être soit à l’intérieur, dehors, dans la cuisine, dans le tunnel pour les interroger — ce sont des indications de metteur en scène, c’est une mise en scène. Metteur en scène et détective sont à la recherche d’une vérité exprimée par l’acteur ou par le personnage : il s’agit toujours de débusquer la vérité et le mensonge. C’est très amusant d’être au milieu de tout cela. Le Crime de l’Orient-Express arrive après Cendrillon ou Thor. Y a-t-il chez vous une volonté de vous approprier des thèmes connus et de les rendre contemporains ? Pour moi, la modernité vient de l’intérieur. Qu’est-ce que le classicisme, si

Continuer à lire

Jay Jay Johanson : another self-portrait

Pop | Comme revenu de tout, et avec cette manière bien à lui de transformer la mélancolie en bonheur d'être malheureux, Jay Jay Johanson livre avec Bury The Hatchet, onzième album en 21 ans de carrière, un album pudique et sensible. Où le Suédois semble vouloir se réconcilier avec ses démons sans jamais s'excuser d'être qui il est : lui-même.

Stéphane Duchêne | Lundi 20 novembre 2017

Jay Jay Johanson : another self-portrait

À force d'écouter sa musique, il faut imaginer Jay Jay enfant. En petit Jäje (son vrai prénom) timide et timoré, s'excusant d'exister, sans doute plus solitaire que la moyenne, perché dans des rêveries sans fin entre onirisme onaniste et fantasmes cinématographiques. Ce n'est peut-être pas tout à fait la réalité, mais c'est en tout cas l'image que le Suédois renvoie depuis à peine plus de deux décennies – il a fêté ses vingt ans de carrière l'an dernier. On n'est donc guère étonné, sur son dernier album, d'entendre celui qui avait déjà livré un disque baptisé Self-Portrait (2009) adresser quelques conseils à celui qu'il fut enfant. Le titre s'appelle Advice to my younger self et les conseils, entre deux occurrences d'un refrain qui dit « Je regrette les choses que je n'ai pas faites mais pas celles que je n'aurais pas dû faire », sont les suivants : « Essaie de ne pas être trop timide », « Dis la vérité », « Essaie tout ce que tu peux, au moins une fois ou deux », « N'écoute pas quand ils disent que les grands garçons ne pleurent pas », « Ne laisse jamais mourir l'enfant qui est en toi ».

Continuer à lire

Gazon béni : "Borg/McEnroe"

Le Film de la Semaine | Janus Metz autopsie le parcours de deux totems du sport contemporain à l’occasion du non moins légendaire match les opposant en 1980 sur le green britannique. Trop de la balle pour mesurer en cinq sets la tragique gravité du tennis et sa haute cinégénie.

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Gazon béni :

Wimbledon, 1980. Quadruple tenant du titre et n°1 mondial, Björn “Ice” Borg est défié en finale par son dauphin au classement ATP, un jeune Étasunien irascible réputé pour son comportement de voyou sur les courts. Contrairement aux apparences, les deux se ressemblent beaucoup… Si l’on parle volontiers du terrain de sport comme d’une arène ou d’un “théâtre”, le court de tennis est, au même titre que le ring, apte à cristalliser des dramaturgies hautement cinématographiques. Quant à cette finale opposant Borg à McEnroe, elle va bien au-delà de l’épithète “anthologique” : Serge Daney écrivait que l’on touchait ici aux « beautés de la raison pure. » Le film ne se cantonne pas à une reconstitution méthodique du match épique. Sa réalisation rend justice à la grâce et la pugnacité des deux athlètes, sculptant par un montage acéré l’incomparable chorégraphie des échanges. Le bouillant Shia LaBeouf s’empare de la raquette de l’explosif gaucher avec un mimétisme raisonnable : nul autre que lui n’aurait été crédible dans ce rôle. Q

Continuer à lire

Petit Bulletin Festival #1 : clap de fin !

Pop Contemporaine | La première édition du Petit Bulletin Festival s'est achevé ce dimanche 29 octobre en La Chapelle de la Trinité. Une première réussie avec trois concerts complets mais surtout trois moments hors-du-temps dans la droite ligne de l'ambition du festival : proposer des concerts pas comme les autres. Ce qui fut fait et pas qu'un peu avec Cocoon, Keren Ann et Rover. Petit bilan pour la bonne bouche.

Stéphane Duchêne | Lundi 30 octobre 2017

Petit Bulletin Festival #1 : clap de fin !

Ça y est, c'est terminé et le moins que l'on puisse dire c'est que c'est passé vite. Le Petit Bulletin Festival s'est achevé dimanche soir après trois soirs de concerts vibrants en une Chapelle de la Trinité comble à chaque fois. De public, mais aussi d'émotions. Tout avait commencé le vendredi soir avec la création opérée par Cocoon et baptisée Chupee Chapel. Accompagné de la pianiste et chanteuse Thea et, sur certains morceaux, du Quatuor Debussy, c'est un Mark Daumail aux anges qui entamait le concert par un Cathedral joué au milieu du public et sans micro, avant de délivrer un mélange des classiques de Cocoon (On my way, Hummingbird, Tell me, Comets, Sushi) et d'extraits de son dernier album, W

Continuer à lire

Rover « La petite enfance des chansons »

Petit Bulletin Festival | Au sortir d'une longue tournée consécutive à la sortie de son deuxième album, Let It Glow, Rover remet le couvert avec Out Of The Blue, nouveau concept scénique qui le voit revenir aux sources de la création de ses chansons et qui passe par le Petit Bulletin festival, en compagnie du violoncelliste Gaspar Claus.

Stéphane Duchêne | Mercredi 20 septembre 2017

Rover « La petite enfance des chansons »

Comment s'est passé l'après Let it Glow et la tournée qui s'en est suivi ? Rover : C'était une très belle tournée, très dense et très riche. Très inspirante. La première tournée, on a tendance à davantage la subir qu'on ne la vit, tout va très vite. La deuxième on prend le temps, ça permet d'être pleinement dans la musique. C'est différent. Ce n'est pas forcément mieux, mais différent. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Les débuts ont été chaotiques du fait des attentats du Bataclan. Le disque était sorti une semaine avant. On a fait la tournée dans ce contexte avec ce genre d'émotion très forte qu'on n'arrive pas à expliquer. Mais ces émotions, la musique permet de les vivre, et de les assimiler un tout petit peu. Quelle est l'origine du projet scénique Out Of The Blue ? En quoi consiste-t-il ? Out Of The Blue signifie en anglais “sorti de nulle part”. Ça fait référence à quelque chose qu

Continuer à lire

Un festival, trois étoiles

Petit Bulletin Festival | Rosemary Standley et Dom La Nena, Benjamin Clementine, San Fermin, Alela Diane, Piers Faccini et Vincent Segal, Bruce Brubaker plays Philip (...)

La rédaction | Mercredi 20 septembre 2017

Un festival, trois étoiles

Rosemary Standley et Dom La Nena, Benjamin Clementine, San Fermin, Alela Diane, Piers Faccini et Vincent Segal, Bruce Brubaker plays Philip Glass, Gabriel Kahane, Yael Naim, The Apartments, Pedro Soler et Gaspar Claus, Chris Thile, Thomas Dybdahl... Depuis novembre 2013, ce sont pas moins de 15 concerts, organisés en partenariat avec Rain Dog Productions, qui ont régalés les spectateurs dans le cadre des Petit Bulletin live. L'idée : inviter un artiste à se produire dans un lieu exceptionnel, atypique, ou les deux : Chapelle de la Trinité, Théâtre des Ateliers, Temple Lanterne, Sucre, Subsistances ou Comédie Odéon. Des artistes confirmés ou à découvrir dans une configuration musicale parfois inédite et souvent intime. La formule a fait ses preuves et quelques heureux, à commencer par nous, mais nous avons décidé de la modifier. Après tant de concerts parsemant la saison musicale, place à un format festival dont la première édition, en collaboration avec Les Grands Concerts se t

Continuer à lire

"Embrasse-moi !" de Océanerosemarie & Cyprien Vial

Du genre raté | de Océanerosemarie & Cyprien Vial (Fr, 1h26) avec Océanerosemarie, Alice Pol, Grégory Montel…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Enchaînant les petites amies, Océanerosemarie est installée… dans l’instabilité. Mais lorsqu’elle rencontre Cécile, une sculpturale photographe célibataire, elle promet de changer. Chiche ? Connue pour fustiger à la scène comme à la ville les pratiques discriminatoires envers la communauté LGBT (notamment le refus d’accorder le mariage pour tous), l’autrice/actrice fait ici un grand pas en faveur de l’égalité : elle prouve qu’on peut signer en France une bluette lesbienne tout aussi calamiteuse que les navrantes comédies romantiques hétéro faisant florès. Pour autant, commettre une profession de foi qui nivelle artistiquement par le sous-sol, est-ce si productif ? Pense-t-elle RÉELLEMENT qu’il faille recourir à une esthétique de salle de bains et de sitcom réunies, un étalage de poncifs sur le “L World” et Michèle Laroque en second rôle pour faire évoluer les mentalités ? Embrasse-moi trahit une forme de candeur ; comme si Océanerosemarie avait sous-estimé la complexité du genre dont elle tente ici de s’emparer.

Continuer à lire

"Bad Buzz" de Stéphane Kazandjian : #navet

ECRANS | de Stéphane Kazandjian (Fr, 1h17) avec Eric Metzger, Quentin Margot, Razane Jammal…

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Pourquoi toutes les demi-gloires télévisuelles éprouvent-elles le besoin de “faire du cinéma” ? Le goût du lucre ou les exigences d’un ego tyrannique peuvent expliquer, à défaut de justifier, la présence de ces notabilités météoritiques sur grand écran. Semblant considérer comme négligeable la nécessité d’avoir au préalable une idée à défendre ou une histoire à raconter, elles accouchent de films présentant moins d’intérêt que le support vierge sur lequel ils sont projetés. Derniers marioles à tenter l’aubaine, les duettistes Éric et Quentin, habitués à pondre au kilomètre des sketches en prise directe avec l’actualité pour l’émission Quotidien. Le ton volontiers impertinent du magazine les autorise à se montrer parfois corrosifs, en réaction aux outrances ordinaires des “puissants” qu’ils brocardent. La brièveté des saynètes compense la réalisation de bric-et-de-broc, à l’amateurisme potache plus que revendiqué : exagéré. Au cinéma aussi on a le droit de faire les cons, mais sérieusement. Et il faut se montrer autrement costaud dans l’é

Continuer à lire

Le Petit Bulletin Festival, première !

Festival | C'est décidé ! Nous lançons notre propre festival, en partenariat avec nos amis de Rain dog productions et en coréalisation avec Les Grands Concerts ! La suite logique des PB Live itinérants, qui se sont baladés dans la cité depuis novembre 2013, accueillant Benjamin Clementine ou encore Gaspar Claus & Pedro Soler. Cette première édition du Petit Bulletin Festival se déroulera du 27 au 29 octobre, à la Chapelle de la Trinité.

Sébastien Broquet | Mardi 13 juin 2017

Le Petit Bulletin Festival, première !

Trois artistes majeurs de la scène pop française vous invitent à découvrir leur "atelier", en se produisant en solo. Sans les musiciens qui les entourent habituellement sur scène, Cocoon, Keren Ann et Rover replongent à la source de leur inspiration et livrent des versions intimes, proches des premières ébauches de leurs compositions. En accord parfait avec l’acoustique de la Chapelle de la Trinité, Le Petit Bulletin Festival a convié des musiciens classiques (cordes, quatuor, violoncelle) à les rejoindre sur scène pour des collaborations inédites. Cocoon On se souvient du succès de Cocoon il y a une dizaine d'années, de ses tubes d'une douceur tantôt amère, tantôt sucrée. Si Mark Daumail a mis le projet entre parenthèses pendant quelques années, le temps de vivre l'aventure solo qui le chatouillait, le voici revenu dans son cocon séminal, avec le bien nommé Welcome Home, paru l'an dernier. Sans Morgane Imbeaud, cette fois mais, ça et là, bien accompagné, sur des duos avec Natalie Prass et Matthew E. White, également producteur de l'album

Continuer à lire

Le Projet Bermuda a eu chaud

Lyon BD Festival | Depuis 2007, les beaux jours annoncent la sortie de Bermuda, l’indispensable recueil “d’histoires en BD plus ou moins longues” d’auteurs rhônalpins (et (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Le Projet Bermuda a eu chaud

Depuis 2007, les beaux jours annoncent la sortie de Bermuda, l’indispensable recueil “d’histoires en BD plus ou moins longues” d’auteurs rhônalpins (et d’Auvergne aussi désormais). Voulue et éditée par la précieuse librairie Expérience, cette photographie annuelle de la jeune création locale, est de surcroît relayée auprès des éditeurs qui tous reçoivent gracieusement l’un des 700 exemplaires. Bénéficiant jusqu’à présent d’une modeste subvention de la Région les aidant à couvrir une partie de leurs frais d’édition, les libraires s’en sont trouvé privés cette année. Grâce au soutien de fidèles réunis via la plateforme collaborative KissKissBankBank, ils ont récolté de quoi éviter d’en être trop de leur poche : 2665 € sur les 2000 € initialement espérés à l'heure où nous bouclons — loin du budget total de 12 000 € ! Cet apostolat onéreux mériterait d’être distingué l’an prochain par le Prix Ly

Continuer à lire

Group Doueh & Cheveu : mariage dérangé

Rock | En marge de Nuits Sonores, se poursuivent au Marché Gare les festivités des 10 ans de Born Bad Records. Au menu, la transposition en live de l'un des disques les plus fous de ces derniers mois, témoignant de la rencontre au sommet (et dans le désert) entre les rockeurs arty-punk de Cheveu et la légende sahraoui Group Doueh.

Stéphane Duchêne | Mardi 16 mai 2017

Group Doueh & Cheveu : mariage dérangé

Lorsque l'on parle d'improbables rencontres, on a coutume de parler de "mariage de la carpe et du lapin". Mais s'agissant du mariage dont il est question ici, non seulement l'expression ne suffit pas – les épousailles d'un poisson et d'un rongeur étant banales en comparaison – mais en plus il faudrait déjà pouvoir trouver carpe et lapin à l'image de Cheveu et Group Doueh. C'est dire le genre d'association à laquelle on a affaire ici. D'un côté, Cheveu, apôtre du garage-punk viré pop joueuse émargeant chez Born Bad Records, ravissant à parts égales partisans de l'underground et branchés en tout genre. De l'autre, un groupe du Sahara occidental, mené par le guitariste Baamar "Doueh" Selmou et sa famille, spécialisé dans l'animation de bals à coups de traditionnels hassani maltraités en une sorte de transe rock, tellement fascinant que le label Sublime Frequencies a pris sur lui de le faire découvrir jusqu'outre Atlantique, provoq

Continuer à lire

Who's (Born) Bad ?

MUSIQUES | Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 mai 2017

Who's (Born) Bad ?

Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé d'un tel raout, que son emploi du temps est bien assez chargé et qu'il se serait plutôt fait un cadeau à lui-même. Pourtant cette tournée est bien là, elle existe - « il y avait beaucoup de demandes » avoue-t-il. Comme existe encore Born Bad, le label phare du renouveau rock et pop français, en réalité né en 2006. Parfois au grand étonnement de son fondateur, rocker alternatif qui souhaite à l'origine remettre à l'heure les pendules de l'indépendance déréglées par son expérience de directeur artistique en major (voir interview). Premier groupe signé, comme un symbole : Frustration – « meilleur groupe de post punk français », précise-t-il – dont le batteur est propriétaire de la boutique Born Bad à laquelle s'adosse le label sur les modèles de Rough Trade ou New Rose. D'entrée, Born Bad se veut « très cocardier », soucieux de défendre la contre culture française : de rééditions de pépites françaises 60's, 70's, 80's, oubliées (« une façon de revendiquer une f

Continuer à lire

L'immatériel rendu sensible au Mirage

Art Numérique | Après quatre éditions, le Mirage Festival, consacré aux créations numériques, a trouvé son rythme de croisière et sa place dans le paysage culturel lyonnais : celle d'un festival expérimental à la croisée des disciplines.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 mars 2017

L'immatériel rendu sensible au Mirage

Se réclamant de « l'art, de l'innovation et des cultures numériques », le Mirage Festival est à la fois fortement ancré dans la réalité (digitale) du monde contemporain, et traverse des métiers, des profils, des « territoires » très différents : l'ingénieur, le designer, l'artiste, le maker, le graphiste de studio... Comme nous le rappelle Jean-Emmanuel Rosnet, directeur artistique du festival, « Mirage a pour épicentre des soirées de performances et un parcours d'expositions, mais nous avons la particularité de travailler avec d'autres scènes que celle à proprement parler de l'art contemporain : avec des architectes, des développeurs informatiques, etc. » Ce parcours, cette année, se tiendra pour l'essentiel aux Subsistances (une dizaine d'installations), avec en parallèle quelques propositions grand public au Musée des Beaux-Arts et à la

Continuer à lire

Questions pour un spectateur

La Mouche | Que se passe-t-il lorsqu’un lycéen décide de ne rendre plus que des copies blanches à ses professeurs ? Avec Le Pas de Bême, le metteur en scène Adrien Béal livre une création surprenante dans la forme comme dans le fond, qui parie sur l'intelligence du public. On lui en sait gré.

Aurélien Martinez | Mardi 28 février 2017

Questions pour un spectateur

Des chaises, placées en rectangle dans une salle quelconque, sur lesquelles s'asseyent les spectateurs. Au centre, sur cette scène improvisée, trois comédiens sortis du public jouent avec cette configuration originale, et jouent surtout les différents personnages du spectacle, se les échangeant au fil de la représentation. Même le principal, celui autour de qui le récit se noue : le jeune Bême, qui n'aura donc pas de visage clairement incarné. Avec Le Pas de Bême, le metteur en scène Adrien Béal a voulu mener un travail sur la notion d’objection, en s'inspirant du roman L'Objecteur du dramaturge français Michel Vinaver (dans l'univers militaire, une jeune recrue est mise en prison pour refus d'obéissance) qu'il transpose dans le plus familier système scolaire. Avec cette fois-ci, en antihéros, un adolescent parfaitement intégré qui, un jour, se met à ne rendre que des copies blanches, sans explication. C'est à partir de ce moment-là que la machine, dont les rouages ont été inconsciemment intégrés par tous (profs, parents, camarades de classe...), va commencer à dérailler. Ambition intime

Continuer à lire

Frantz Metzger peint les mystères de l'existence

Peinture | Dans un grand souffle atmosphérique, les figures peintes par Frantz Metzger naissent et disparaissent dans des paysages. L'artiste revient sur ce devenir tragique et déchirant de ses figures, ainsi que sur sa conception de la peinture.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 février 2017

Frantz Metzger peint les mystères de l'existence

Qu'est-ce qui vous a amené à la peinture, quelles sont les grandes œuvres qui ont pu vous marquer à un moment ou à un autre de votre parcours ? Frantz Metzger : Pour évoquer les circonstances qui m'ont amené à la peinture, il faut, je crois, plutôt parler de processus ou de maturation que de parcours. J'ai toujours eu recours à l'imagination, et peut être qu'une certaine nécessité m'a conduit à des tentatives et à des balbutiements artistiques qui m'ont lentement fait découvrir la peinture et ses possibilités. Il y a eu simultanément les premiers chocs artistiques : Francis Bacon, Florence et la rencontre avec la peinture italienne, Titien surtout. Et Rembrandt. Tout cela m'a laissé entrevoir des possibilités de réconciliation d'avec la réalité, ainsi qu'une certaine façon de composer son existence, et cela s'est cristallisé dans l'acte de peindre quotidiennement. Qu'est-ce qui déclenche chez vous la composition d'un tab

Continuer à lire

Des expos qui feront bouger les lignes

Expositions | Qu'elle prenne pour origine un souffle indistinct ou au contraire une limpidité idéale, l'image artistique tente de faire bouger nos perceptions, nos émotions et nos manières de penser. Et va parfois, pour cela, jusqu'à "s'encanailler" avec la littérature, le cinéma et le design.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 janvier 2017

Des expos qui feront bouger les lignes

« Le rêve sait à sa façon que l'image est chaos » écrit le psychanalyste Pierre Fédida dans un article au titre évocateur : Le souffle indistinct de l'image. Rêves et œuvres artistiques, selon Fédida, auraient pour origine fluctuante et floue une sorte d'haleine, de brume d'images mouvantes, charriant quelques fantômes et réminiscences ancestrales... C'est dans cette "ambiance", sous ce point de vue, que l'on peut appréhender les tableaux si singuliers du jeune peintre lyonnais Frantz Metzger que la galerie Anne-Marie et Roland Pallade présentera pour la deuxième fois, du 19 janvier au 11 mars. Les corps de ses personnages y semblent composés autant de chair que d'air brumeux, et revisitent avec force et trouble quelques scènes classiques : annonciation, mythe de Diane et Actéon, descente de la croix... Dans un tout autre genre (installations, environnements...), l'artiste belge Ann Veronica Janssens (née en 1956) travaille elle aussi à partir de matériaux informels comme la lumière, le son, ou ses fameux brouillards col

Continuer à lire

Le paradis des astronomes en culotte courte

Planétarium de Vaulx-en-Velin | Dans la cour de récré dès la rentrée, vos enfants feront de vous des stars, si vous les emmenez du côté de Vaulx-en-Velin, au Planétarium : quel autre parent pourrait rivaliser ? Les vôtres auront marché sur la Lune et construit une fusée...

Antoine Allègre | Mardi 18 octobre 2016

Le paradis des astronomes en culotte courte

« Papa, d'où elles viennent les étoiles ? » Dans la vie d'un parent, cette question finit par tomber de façon sentencieuse. Et cette interrogation met en lumière vos notions en cosmogonie du commun des mortels, qui sont malheureusement limitées au ras de la croûte terrestre. Dieu merci, il existe dans la métropole lyonnaise des équipements de haute volée qui ne feront plus passer les géniteurs/trices pour des astrophysiciens du dimanche. En premier lieu : le Planétarium de Vaulx-en-Velin. Inauguré en 1995, le site a eu droit en 2013 à un sérieux lifting. Dans sa salle de projection disposant d'un dôme écran à 360° et de 15 mètres de diamètre, on perce — en famille — les insondables secrets des phénomènes célestes. Dans l'exposition permanente baptisée Du Big Bang au grain de sable, on en apprend plus sur la conquête spatiale ou encore sur la formation de notre univers grâce à des outils interactifs et immersifs. En parallèle à ce parcours bien balancé, le Planétarium propose à ses juvéniles visiteurs des laboratoires et des ateliers. Les enfants à partir de 3 ans pourront participer à des séances d

Continuer à lire