La rentrée musicale en dix dates

MUSIQUES | Nous ne savions pas dans quelle case faire entrer les dix concerts qui suivent. Mais ils sont tout autant que ceux couverts par nos panoramas, si ce n'est plus, des jalons incontournables de ce début de saison musicale. Stéphane Duchêne, Benjamin Mialot et Térence Caron

Benjamin Mialot | Mardi 24 septembre 2013

Photo : Born Ruffians - DR


Born Ruffians

Les quatre Canadiens de Born Ruffians avaient produit leur petit buzz en 2008 avec Red, Yellow and Blue, un disque d'indie rock de campagne galopant, joué sans effet, avec humour, en direct du garage de maman. Autant fans de country que de funk ou tout simplement de pop sophistiquée, ils sont surtout imprévisibles et là est tout leur talent. Après Say It, disque attachant où la recette se faisait encore plus raffinée et complexe, Birthmarks, le petit dernier, les voit basculer dans des sphères dansantes, électro-pop même (Permanent Hesitation, Rage Flows), tout en gardant leur versatilité. Un son plus "club-friendly" qui a séduit le brasseur Grolsch et le Sucre, mais qui s'estompera derrière les grosses guitares et la liste de tubes impeccables du groupe.

Au Sucre, jeudi 3 octobre

 

Queens of the Stone Age

Les reines de la stoner pop sont enfin revenues en studio cette année pour produire Like Clockwork, sixième album en forme d'autobiographie de leur leader, Josh Homme. Parti à l'hôpital en 2010 pour une chirurgie du genoux, opération bénigne, il en sortira quatre mois après avec le souvenir d'une "presque-mort" comme on l'appelle aux USA, les médecins ayant sans doute forcé sur l'anesthésie. Like Clockwork est un disque inégal, qui joue la carte de l'opéra-rock, bien loin des riffs désertiques d'un Song for the Deaf. Mais sur scène, le son vicieux et puissant, la tripotée de tubes (de No One Knows à Little Sister) ainsi que l'attitude de rockstar assumée de Homme sont inattaquables. Une valeur sûre, en somme.

A la Halle Tony Garnier, mardi 12 novembre

 

Phoenix

Après Wolfgang Amadeus Phoenix en 2009, qui a valu au groupe un Grammy Award, la Versailles Touch continue sa route vers le succès avec Bankrupt, grand huit pop à la production hollywoodienne où les synthétiseurs prennent le pas sur les guitares, mais pas sur le talent mélodique, comme le prouvent le single Entertainer ou la "franglaise"Drakkar noir. Le petit groupe au chanteur timide de If I Ever Feel Better possède désormais l'artillerie et la confiance pour tenir les plus grandes scènes, comme pendant sa tournée aux États-Unis, où il a paradoxalement plus de succès qu'à la maison. A Lyon il sera grand temps de montrer à Thomas Mars à consorts, entre un Long Distance Call et une Lisztomania, qu'ils sont des stars en extérieur comme à domicile.

A la Halle Tony Garnier, jeudi 14 novembre

 

The Dodos

Au fil des disques il semble que le trio de San Francisco, s'il assume parfaitement ses origines psychélédico-géographiques (les fleurs dans les cheveux, la maison bleue et tout le tintouin), porte toujours aussi mal son nom. Pourquoi porter la marque d'un oiseau disparu, incapable de voler et à la morphologie grotesque quand on est si plein de vie, qu'on s'envole dès les premières notes du premier arpège et qu'on a la grâce d'un oiseau de paradis ? Sans doute est-ce là un moyen de garder les pieds sur terre. Encore que pour leur venue lyonnaise, c'est quasiment dans l'eau que les Dodos auront les pattes. Ou à peine quelques centimètres au-dessus, dans la cale du Sonic, où ils viendront présenter leur déjà quatrième album en cinq ans, Carrier.

Au Sonic, jeudi 14 novembre

 

Chokebore

On les a attendus pendant des siècles (comprendre 6 ans), patientant notamment par la grâce des facéties légèrement répétitives mais toujours bien toquées de leur ressortissant Troy Von Balthazar, les voilà déjà qui reviennent à l'Épicerie Moderne, pratiquement deux ans pile après leur triomphal retour. On ne va sûrement pas s'en plaindre, on parle ici d'un des groupes les plus mythiques du rock indé américain et il le serait même s'il s'était formé il y a à peine cinq ans (depuis sa reformation, Chokebore n'a sorti qu'un EP mais tient la dragée haute à une hypothétique concurrence). La chose s'explique en outre aisément : les Hawaïens sont en pleine tournée anniversaire, celle des 20 ans de leur premier disque, Motionless.

A l'Épicerie Moderne, jeudi 14 novembre.

 

Elyas Khan

Avec sa voix de soufi converti à la soul, son physique de guerrier nomade et sa dégaine de grand couturier, Elyas Khan ne ressemble à personne. A tel point que tous les nominés de notre panorama ovniesque seraient passés pour des messieurs Tout-le-monde si on l'y avait inclus. Sa musique est tout aussi hors-normes : à la tête du collectif Nervous Cabaret, à la périphérie de projets des plus improbables (comme une résidence avec un groupe de néo-trad corrézien) ou en solitaire, ce multi-instrumentiste new-yorkais d'origine indo-pakistanaise brouille depuis bientôt dix ans les frontières entre le rock déglingué de Frank Zappa, le blues sexuel de Captain Beefheart et tout un tas de genres en "p" (pop, punk, pagaille balkanique...).

Au Kao, jeudi 14 novembre

 

Gesaffelstein

Cette année, vous ne trouverez pas dans ces pages d'article dédié aux "soirées électroniques de la rentrée". Parce qu'il y en a tellement qu'il nous faudrait consacrer un numéro entier au sujet. Mais aussi et surtout parce que Gesaffelstein, malgré son nom à vous pousser un orthophoniste au suicide et son look de mannequin Hugo Boss, s'apprête à tout éclipser : Aleph, son très cinématographique premier album, qui fait suite à une série de maxis tous plus brutaux les uns que les autres et paraîtra fin octobre, est un sommet de noirceur et d'imprévisibilité comme la techno d'ici (par moments diluée dans des nappes synthétiques d'une classe à rendre Kavinsky jaloux comme un tigre de moteur) n'en avait jamais gravi.

Au Transbordeur, jeudi 14 novembre

 

The Pharcyde

Comme le cinéma hollywoodien, la littérature tauromachique (si si) ou la peinture néérlandaise, le hip hop américain a eu son âge d'or, autrement dit une période faste en termes de créativité et de succès. Les historiens le situent entre le milieu des années 80 et de la décennie suivante, soit juste avant que la pratique du sampling ne devienne trop encadrée pour être inventive. Un groupe plus qu'aucun autre l'a symbolisée : The Pharcyde, quatuor de Los Angeles dont le premier album, Bizarre Ride II the Pharcyde, fut certifié disque d'or alors qu'il ne ressemblait, avec son urgence jazzy et son ton déconneur, à rien de connu. Un peu plus de vingt ans après cet exploit qu'il ne parvint jamais à renouveler, le groupe revisitera cet automne ce classique indémodable sur la scène du Club Transbo.

Au Club Transbo, vendredi 22 novembre

 

Girls in Hawaii

Les belges de Girls In Hawaii reviennent de loin : le groupe s'était dissout brusquement après la mort, dans un accident de voiture et à tout juste 27 ans, de son batteur, Denis Wieleman. Difficile, à ce titre, quand on entend sur Everest, premier album depuis Plan Your Escape en 2008, des paroles comme «I'm not dead, I'm just doing wrong», de ne pas faire le lien. Everest, comme un sommet à gravir pour surpasser la peur de ne pas retrouver le goût à la musique et son public intacts. Le disque se veut ainsi conquérant et résigné à la fois, affichant une ambition pop toute nouvelle pour ce groupe qui, sortant lentement mais avec une certaine classe du brouillard, est aujourd'hui plus proche d'un Coldplay des premiers albums.

A l'Épicerie Moderne, mercredi 4 décembre

 

Biffy Clyro

Ils ont permis à la pop d'atteindre sa maturité, à la bass music de sortir de la confidentialité, au punk de décomplexer des générations de songwriters ne sachant pas distinguer une clé de fa d'une virgule, les Britanniques sont vraiment les plus forts, blablabla... Certes. Mais de là à accepter sans broncher qu'ils forment les groupes les plus pompiers de la planète – ils ont inventé le rock progressif, rendez-vous compte... Heureusement, il y a Biffy Clyro, un trio écossais qui a toujours su (soit depuis 1995) faire la différence entre culot et maniérisme, démesure et bouffonnerie, puissance et esbroufe, conférant au rock de stade une noblesse inédite. Le 8 décembre, il faudra donc choisir : en prendre plein les yeux ou plein les oreilles.

Au Transbordeur, dimanche 8 décembre


Queens of the Stone age


Halle Tony Garnier Place des Docteurs Charles et Christophe Mérieux Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Phoenix


Halle Tony Garnier Place des Docteurs Charles et Christophe Mérieux Lyon 7e
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Half Moon Run + Elyas Khan

Indie pop
Le Kao Ninkasi Gerland, 267 rue Mérieux Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Imaginez le monolithe de 2001 l’odyssée de l’espace apparaissant de nos jours dans un Apple store et donnant naissance à des milliers d’Hal 9000 domestiques qui essaimeraient dans les processeurs de nos téléphones portables et adopteraient la voix de la femme ou de l’homme de nos rêves… C’est peu ou prou ce qui arrive dans Her, le nouveau film d’un Spike Jonze en pleine maturité créative. Son héros, Theodore Twombly — un nom sans doute choisi en référence au peintre et photographe Cy Twombly — y traîne une déprime tenace suite à une rupture amoureuse. Il travaille dans un open space dont les murs sont des aplats colorés façon Pantone où il rédige des lettres d’amour pour les autres, avant de rentrer tristement dans son appartement hi-tech jouer à des jeux vidéo et pratiquer le sexe online avec des inconnues. Jonze fait de lui le prototype de l’homme ordinaire du XXIe siècle : celui qui ne converse plus guère qu’avec son oreillette, c’est-à-dire, d’un point de vue extérieur, qui parle seul dans les rues d’une ville anonyme à l’architecture écrasante — en fait, un croisement invisible entre Los Angeles et Shanghaï. Lorsque sort

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Stéphane Duchêne | Dimanche 29 septembre 2013

Born again

Comment ne pas prendre en sympathie un jeune groupe qui, sur son premier album, cite dans le texte Kurt Vonnegut, l'auteur culte d'Abattoir 5 et du Breakfast du Champion : «Tiger got to hunt, bird got to fly / Man got to sit and wonder why, why, why / Tiger got to sleep, bird got to land / Man got to tell himself he understand». Témoignage de bon goût autant que d'intelligence. Mais aussi d'une certaine forme d'instinct animal. Peut-être trop présent, d'ailleurs. Manquant de retenue.   Comme pas mal de formations de la même (courte) époque (Clap Your Hands Say Yeah, Cold War Kids) Born Ruffians a eu une furieuse tendance à la surenchère, la construction hypnotique, le chant "hippistérique" et même carrément gueulard, les potards au taquet.   C'est qu'entre temps Arcade Fire était passé par là et avait sacrément monté le son, accéléré les cadences et rajouté un cran sur l'échelle d

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Les Queens of the Stone Age à Lyon

MUSIQUES | Attention, événement : Josh Homme et ses Queens of the Stone Age (autrement dit l'un des groupes de rock les plus influents du XXIe siècle) se produiront à (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 14 juin 2013

Les Queens of the Stone Age à Lyon

Attention, événement : Josh Homme et ses Queens of the Stone Age (autrement dit l'un des groupes de rock les plus influents du XXIe siècle) se produiront à la Halle Tony Garnier le 12 novembre prochain. Mise en vente des places le 21 juin - ça c'est de la Fête de la musique - à 10h. Soyez au taquet, il n'y en aura pas pour tout le monde.

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Insomniaque - Semaine du 10 au 16 avril

MUSIQUES | 12.04 Carte blanche à Anton SerraAprès celui de Lucio Bukowski, c'est au tour du premier album d'Anton Serra de certifier la bonne santé de L'Animalerie, (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 5 avril 2013

Insomniaque - Semaine du 10 au 16 avril

12.04 Carte blanche à Anton SerraAprès celui de Lucio Bukowski, c'est au tour du premier album d'Anton Serra de certifier la bonne santé de L'Animalerie, collectif rapologique multicéphale que nous n'avons de cesse de brosser dans le sens du poil (soyeux le poil). Il en fêtera la parution au Marché Gare, en compagnie de ses acolytes à crinière bien sûr (et de La Microfaune, autre chouette bande de kickeurs lyonnais), le temps d'une carte blanche qui, connaissant la sympathie et la vitalité de tout ce petit monde, devrait rapidement virer à la teuf entre potes.   12.04 Club 69Prenez un magazine culturel de qualité (Snatch) et un organisateur de neverending parties au goût sûr (Mercredi Production). Enfermez-les dans une salle de réunion sans fenêtre, laissez-les tempêter du c

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The Master

ECRANS | Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l’église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, (...)

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

The Master

Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l’église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, n’aurait pas été étonnant puisque son œuvre revient comme un aimant vers la question religieuse, tantôt pour en faire un soubassement moral (Magnolia), tantôt pour la mettre en pièces (le pasteur sournois incarné par Paul Dano dans There will be blood). Or, non seulement The Master ne parle pas directement de la scientologie — le «Maître» Lancaster Dodd a bien fondé une nouvelle doctrine, mais celle-ci s’appelle «La Cause» — mais surtout, il n’en fait jamais son sujet. Ce qui intéresse Anderson est ailleurs, et c’est ce qui rend le film si complexe — ses détracteurs diront "confus" : il ne se fixe jamais sur un sujet central, ou plutôt, celui-ci semble se déplacer à mesure que le récit avance. De l’alcool contre une famille Au départ, il y a un ancien soldat revenu brisé psychologiquement du front Pacifique, Freddie. Visiblement obsédé sexuel,

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Le diable au corps

MUSIQUES | Qui a déjà vu le sketch d'anthologie de l'humoriste Yacine Belhousse, transfuge du Jamel Comedy Club, sur les Québécoises un peu trop bavardes pendant (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 25 octobre 2012

Le diable au corps

Qui a déjà vu le sketch d'anthologie de l'humoriste Yacine Belhousse, transfuge du Jamel Comedy Club, sur les Québécoises un peu trop bavardes pendant l'amour, a forcément en mémoire ce fameux : « Coule en moi, grand démon ! ». C'est un peu – les Québécoises vont être comblées – ce que fait Troy Von Balthazar avec sa dernière production....Is with the demon nous annonce donc, façon statut Facebook, que Troy a le diable au corps. Et comme toujours avec l'Hawaïen, c'est un démon plutôt coulant. Ça commence dans l'apaisement, puis ça se tord, comme le chanteur lors de ses concerts. Et la noirceur finit par affleurer en douceur. Comme si toute la rage rentrée de Chokebore (dont il fut) empruntait ici des chemins plus tortueux pour se libérer avec la souplesse et la délicatesse d'un chat qu'il ne faudrait pas approcher de trop près. À l'image des désormais habituels sauts périlleux que TVB réalise sur scène, retombant toujours sur ses pattes et sur celles de sa musique peut-être jamais aussi belle et déroutante que sur ce dernier album. Habitué des scènes lyonnaises, qu'il écume les unes après l

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Nuits Sonores – Samedi 19 - Report

MUSIQUES | Trois sur neuf. Nous n'avons deviné les noms que de trois des neuf invités qui, hier, se sont relayés jusqu'au petit jour aux platines de la secret stage (...)

Benjamin Mialot | Dimanche 20 mai 2012

Nuits Sonores – Samedi 19 - Report

Trois sur neuf. Nous n'avons deviné les noms que de trois des neuf invités qui, hier, se sont relayés jusqu'au petit jour aux platines de la secret stage des anciennes usines Brossette. Même pas la moyenne. Nulle incompétence derrière ce pronostic de parieur mutuel urbain du dimanche, seulement le reflet du crédit que l'on accorde à Nuits sonores. Quitte à éprouver des regrets là où tout ne devrait être que gratitude.     Stage divin Il faut reconnaître qu'Arty Farty nous a fait un beau cadeau avec ce secret stage, foulé dans l'ordre par Clara Moto, The Hacker, Gesaffelstein, Oxia, Dixon, un Ricardo Villalobos tout juste remis de son examen du très exigeant catalogue du label ECM aux Célestins, Brodinski, Agoria et Laurent Garnier. Reconnaître également que, même si nous étions en attente d'une surprise qui n'est jamais venue, d'un

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Housse music

MUSIQUES | «Le sport c'est des notes et un blouson, c'est autant visuel que sonore», a déclaré, la semaine dernière, Sébastien Tellier dans les Inrocks. Une devise (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 avril 2012

Housse music

«Le sport c'est des notes et un blouson, c'est autant visuel que sonore», a déclaré, la semaine dernière, Sébastien Tellier dans les Inrocks. Une devise qu'auraient pu faire leur les Housse de Racket à leurs débuts. À ceci près que le duo de Chavile avait considéré qu'en été un blouson, ça tient chaud : mieux vaut un short, un bandeau à visière, des poignets en éponge et (au cas où on aurait envie de faire un tennis), une raquette. Au point qu'on s'était alors demandé si les enfants cachés de Pit & Rick ne s'étaient pas mis en tête de donner une suite à «La Cicrane (dont les ailes étaient en raquettes de tennis, souvenez-vous, lol) et la Froumi». Bref, on a un peu cru à la blague. Savant mélange plutôt efficace – quoi qu'un peu putassier – d'inspiration house (de racket) et de pop à la Phoenix, on goûtait un peu moins les paroles en français un peu pourraves, ce qui n'empêcha guère le petit succès de Forty Love et du single Oh Yeah !, y compris à l'étranger où l'on ne comprenait pas un traître mot de tout ça.

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Noir c'est noir

MUSIQUES | «Les mathématiques ne peuvent effacer aucun préjugé», écrivait Goethe dans son recueil de Maximes et réflexions. «Ils auraient même tendance à les renforcer», (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 12 octobre 2011

Noir c'est noir

«Les mathématiques ne peuvent effacer aucun préjugé», écrivait Goethe dans son recueil de Maximes et réflexions. «Ils auraient même tendance à les renforcer», aurait pu ajouter le penseur teuton. Exemple avec l'addition suivante : Hawaï + musique = bonhomme en paréo et à la chevelure de noix de coco qui chante au ukulélé la beauté de son île. Genre Israel Kamakawiwo'ole, Israel Iz pour les intimes, roi de la synchronisation publicitaire post-mortem avec sa reprise du Somewhere Over the Rainbow de Judy Garland in Le Magicien d'Oz. Ce qu'omet cette implacable opération, c'est qu'avant d'être une manne pour les éditeurs de catalogues de voyages, ce coin du Pacifique est un point chaud très prisé des géologues. Autrement dit une bombe volcanique à retardement, dont l'instabilité notoire ne pouvait qu'engendrer l'un des groupes les plus explosifs de l'histoire des musiques amplifiées. Ce groupe, c'est Chokebore, et on est prêt à parier notre collection de chemises à carreaux que ses fondateurs, à savoir Troy Von Balthazar, les frères James et Jonathan Kroll, et Johnny Keep ont passé leur adolescence à zoner sur les pentes du Kilauea. Cheval de TroyDébutée pour de bon en 1993

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Un plan culte

MUSIQUES | Ne boudons pas notre plaisir. Sur le papier au moins, il y a fort longtemps qu'on n'avait vu à Lyon se dessiner un automne aussi «rock n'roll», pour (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 16 septembre 2011

Un plan culte

Ne boudons pas notre plaisir. Sur le papier au moins, il y a fort longtemps qu'on n'avait vu à Lyon se dessiner un automne aussi «rock n'roll», pour reprendre les mots de Sean Bateman, dans Les Lois de l'Attraction. Et d'attractions, cette rentrée n'en manquera pas. On le sait : «Être un programmateur libéré tu sais, c'est pas si facile» chante le refrain bien connu des Lyonnais (lire l'interview avec le collectif Grnd Zero). N'empêche que les différents acteurs locaux des musiques actuelles, des plus petits (Sonic, Kraspek, Kafé) aux plus gros (Transbordeur et Épicerie Moderne, qui remporte cette année encore la palme du meilleur boutiquier), se sortent les doigts du séant pour nous offrir le meilleur avec les moyens du bord et un maximum d'inspiration. Au point que même chez les groupes lyonnais, on sent comme une espèce d'émulation au point qu'on miserait bien quelques drachmes sur le futur des Salmon Fishers, Ronan Siri ou Taïni & StroNgs (lire l'encadré Découvertes). Certaines semaines, le mélomane qui n'a pas la chance d'être au chômage ou d'avoir le «cancer de l'assistanat» devra prendre un congé sans solde et certains soirs avoir le don d'ubiquité (ou avoir lu le Petit Bull

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Chokebore

MUSIQUES | Une autre victime de l'éclipse Nirvana. En effet, Chokebore a beau avoir été régulièrement désigné par Kurt Cobain comme «son groupe préféré», on ne peut pas dire que (...)

Benjamin Mialot | Lundi 12 septembre 2011

Chokebore

Une autre victime de l'éclipse Nirvana. En effet, Chokebore a beau avoir été régulièrement désigné par Kurt Cobain comme «son groupe préféré», on ne peut pas dire que l'annonce de sa reformation l'an passé a fait grand bruit. Un comble quand on sait que ces Hawaïens, emmené par le doux-dingue Troy Von Balthazar (dont la carrière solo est aussi sujette à dévotion), ont acquis l'éternel respect de la communauté indie rock sur la foi d'un spleen abrasif digne d'un bœuf entre Radiohead et Sonic Youth. Et si on réévaluait à la hausse les années 90 ?

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I’m still here – the lost year of Joaquin Phoenix

ECRANS | Dans la foulée du tournage de Two Lovers, Joaquin Phoenix craque, renonce à sa carrière d’acteur pour se lancer dans le hip-hop, en dépit d’un manque criant (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 6 juillet 2011

I’m still here – the lost year of Joaquin Phoenix

Dans la foulée du tournage de Two Lovers, Joaquin Phoenix craque, renonce à sa carrière d’acteur pour se lancer dans le hip-hop, en dépit d’un manque criant de talent dans cette discipline, et de la dépression qui semble le dévorer peu à peu. On le sait à présent, tout cela n’était qu’un canular, confectionné avec la complicité de Casey Affleck, beau-frère de Phoenix. On peut applaudir la performance de l’acteur, qui sera resté plus d’un an dans un rôle qu’on devine lourdement destructeur. On peut aussi se demander, face au résultat final, si le jeu en valait vraiment la chandelle. En fait de scènes trash (Joaquin prend plein de drogues, fréquente des prostituées, a un ego surdimensionné…), I’m still here accumule les clichés ronflants sur le star-system et n’en dit rien, s’enfonçant dans une sombre entreprise de voyeurisme autour d’une star échouée dans une dérive sans sens. Les seules scènes qui fonctionnent sont celles où Phoenix voit son déclin se refléter dans les yeux de ses interlocuteurs : qui d’un Ben Stiller moqué de façon gênante alors qu’il venait lui proposer un rôle dans Greenberg, d’un Puff Daddy effondré à l’écoute de ses pathétiques ba

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Tueurs nés

MUSIQUES | Musique / Luke Lalonde, le leader des Canadiens de Born Ruffians n'a probablement rien à voir avec Brice, l'ex-leader écolo à la veste réversible. Encore que (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 26 novembre 2010

Tueurs nés

Musique / Luke Lalonde, le leader des Canadiens de Born Ruffians n'a probablement rien à voir avec Brice, l'ex-leader écolo à la veste réversible. Encore que sur son nouveau disque, "Say it", il soit question de canard ("Retard Canard"), d'élan ("The Ballad of Moose Bruce"), d'eau et de soleil ("Blood, the Sun and the Water"). Après tout on, est au Canada. Et que lui aussi a, musicalement, en tout cas, fait évoluer quelques-uns de ses principes. Une chose est sûre, le «Little Garçon», comme on le surnomme, a grandi et fait du chemin. On avait connu Born Ruffians plus échevelés, plus rock, plus nus, avec "Red, Yellow & Blue", et voici leur deuxième album, davantage tourné vers une pop aux accents afro-beat, ce petit virus dansant qui en quelques années a contaminé tout un pan de la pop mondiale. De fait, les fans de Vampire Weekend ne seront probablement pas dépaysés par l'écoute de ce deuxième album des Born Ruffians. Et il y a fort à parier qu'en concert, les jambes devront frissonner d'aise et d'envie de danser. Encore faut-il savoir comment. Car la patte Lalonde demeure : naïve et toujours aussi enthousiaste, malgré les tensions intervenues dans le groupe entre les deux albums.

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THE DODOS Time to Die Frenchkiss/Wichita

MUSIQUES | Tout d’abord une précision de taille : les ornithologues et les cryptozoologues ne vous le diront peut-être pas, mais il y a «Dodos» et «Dodoz». Tout (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 5 octobre 2009

THE DODOS
Time to Die
Frenchkiss/Wichita

Tout d’abord une précision de taille : les ornithologues et les cryptozoologues ne vous le diront peut-être pas, mais il y a «Dodos» et «Dodoz». Tout tient ici à l’importance de la lettre finale, concernant ces homonymes de l’oiseau emblématique de l’île Maurice. Ne pas confondre donc The Dodoz, formation toulousaine auteur de ‘Do You Like Boys’, sympathique mais de consommation rapide, et les nettement plus intéressants The Dodos, trio psyché sévissant du côté de la baie de San Francisco et remarqué ici avec leur précédent album, l’excellent ‘Visiter’. Contrairement au dodo, qui ne pouvait pas voler pour cause d’embonpoint et d’ailes un peu courtes, ces Dodos-là, réfractaires à la basse et la grosse-caisse, n’ont aucun mal, ainsi affranchi d’une rythmique trop terrestre, à s’élever au-dessus du sol. Légers comme l’air ou la fumée émanant de quelque combustible psychédélique, les Dodos optent pour une pop qui tout en privilégiant les détours labyrinthiques à l’évidence mélodique, retombe toujours sur ses pattes même si le plus tard possible. Sans doute grâce à Phil Ek, producteur souvent en charge de canaliser l’inspiration un peu envahissante de groupes comme The Shins ou Fleet Fo

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MUSIQUE – ÉLECTRO POP

MUSIQUES | Qui de Chairlift ou de Phoenix mérite le devant de la scène, mercredi 14 octobre au Transbordeur ? Les deux groupes ont le vent en poupe, ex-æquo dans leur (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 1 octobre 2009

MUSIQUE – ÉLECTRO POP

Qui de Chairlift ou de Phoenix mérite le devant de la scène, mercredi 14 octobre au Transbordeur ? Les deux groupes ont le vent en poupe, ex-æquo dans leur facilité à ficeler des chansons radieuses aux refrains primesautiers. Alors même si la chanteuse Caroline Polachek, sorte de Julee Cruise aux synthés éthérés, ne compte pas de Coppola parmi ses fans VIP, reste que le trio de Boulder, Colorado, a su se créer un buzz mérité, ici en servant son Bruises enjoué pour la pub du dernier iPod, là en copinant avec Passion Pit et MGMT, pour finir par rameuter l’ex-Animal Collective John Maus sur leur présente tournée. Ajoutons à cela le parrainage de Marc Jacobs côté garde-robe, et gageons que Chairlift devrait nous servir, sinon un concert haute couture, du moins une première partie de haute volée.

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Two lovers

ECRANS | Un grand cinéaste fait toujours le même film, à ce qu’on dit… James Gray, jusqu’ici, faisait en effet toujours le même film ; mais ce qu’on appréciait dans The (...)

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

Two lovers

Un grand cinéaste fait toujours le même film, à ce qu’on dit… James Gray, jusqu’ici, faisait en effet toujours le même film ; mais ce qu’on appréciait dans The Yards et La Nuit nous appartient, c’était les variations qu’introduisait le cinéaste par rapport à Little Odessa, moins les ressemblances trop voyantes entre chacune de ces œuvres. Two Lovers vient redistribuer les cartes… Fini le polar, place à un drame romantique avec des pointes de comédie. Adieu les familles new-yorkaises héritières des tragédies grecques, voici l’histoire, en apparence archi-classique, du fils d’un modeste tailleur juif qui hésite entre deux femmes, sa voisine blonde, goy et en pleine confusion intime et une amie de la famille, brune, juive et les pieds sur terre. Ce qui est beau dans Two lovers, c’est que ce changement radical de genre ne fait que renforcer l’obsession fondatrice du cinéma de James Gray. Mieux : il l’exprime cette fois avec une bouleversante clarté. La blonde ou la brune Leonard, ado attardé et névrosé (Joaquin Phoenix, magnifique, et qui a pourtant annoncé la fin de sa carrière de comédien ; pourvu qu’i

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Papys belges à Hawaii

MUSIQUES | Il en va de l’Histoire du rock récent comme d’une leçon de géographie écrite par un savant ivre : des lignes impossibles apparaissent reliant des points du (...)

Dorotée Aznar | Mardi 11 mars 2008

Papys belges à Hawaii

Il en va de l’Histoire du rock récent comme d’une leçon de géographie écrite par un savant ivre : des lignes impossibles apparaissent reliant des points du globe séparés par des milliers de miles, des filiations s’inventent à cinquante ans d’écart et des contrées jusqu’alors désertiques se transforment en oasis chatoyantes. Quand le premier album de Girls in Hawaii est sorti, on ne parlait que de cette surprenante irruption d’un rock belge qui n’avait peur de rien, et surtout pas de s’exporter dans le reste de l’Europe. Aux précurseurs dEUs s’ajoutaient les allumés de Ghinzu et le popeux Austin Lace, avant que le duo post-Libertines The Tellers ne vienne mettre tout le monde à genoux. Girls in Hawaii, qui est donc un groupe de mecs francophones basés à Liège, faisait figure d’élément fédérateur à cette scène joyeusement anarchique. Ses influences vastes comme un réseau Internet (de Nirvana à Sparklehorse en passant par les Pixies), la qualité de ses compositions et de ses arrangements, sa fière énergie à les transmuer sur scène en pure dynamite rock : le groupe avait tout pour plaire et, d’ailleurs, il a beaucoup plu (et pas que de la drache). La Grande évasion

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