Pas la moindre des choses

Benjamin Mialot | Mardi 11 mars 2014

A la fin de l'année dernière, la Familie Flöz, collectif berlinois passé maître dans l'art de la pantomime masquée, donnait à voir, dans une généreuse débauche d'énergie et de fantaisie, les querelles, délires et autres micro-événements plus ou moins cocasses qui, peut-être, à l'abri des regards, surviennent dans les coulisses d'un théâtre. Cette semaine, au TNP, leur compatriote Heiner Goebbels, compositeur et metteur en scène dont l'œuvre structure la septième édition de la très avant-gardiste biennale Musiques en Scène, met lui au centre du plateau les objets et phénomènes qui d'ordinaire participent de la magie d'un spectacle sans qu'on les remarque vraiment : projecteurs, instruments, bouts de décors, écrans, gouttes de pluie qui résonnent sur le toit...

Autant d'éléments qui s'imbriquent dans Stifters Dinge («les choses de Stifter», du nom d'un écrivain autrichien romantique du XIXe siècle), atonale «œuvre pour piano sans pianiste mais avec cinq pianos» qu'interprète un assemblage assez monumental et motorisé desdits pianos, à mi-chemin de l'installation contemporaine et du bazar horrifique, de l'exposition de trophées de chasse et de la pièce de machinerie. Le concept est un peu fumeux. Le résultat, lui, est fumant – y compris au sens propre, le tout surmontant une sorte de bassin dont l'eau se change en des vapeurs marécageuses : tour à tour angoissante et rêveuse, cette performance quasi-inhumaine est autant une pure expérience sensorielle qu'une fascinante illustration des rapports complexes qui unissent hommes et machines.

Stifters Dinge 
Au TNP, du jeudi 13 au samedi 15 mars


Stifters Dinge

Par Heiner Goebbels. Spectacle musical sans acteurs ni musiciens, 1h10
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Espace-son

ARTS | Dans le cadre de l'exposition "Listen Profoundly" au Musée d'art contemporain, l'artiste allemand Heiner Goebbels présente une fort belle installation entremêlant sons et éléments visuels. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 25 mars 2014

Espace-son

Invité d'honneur de la biennale Musiques en scène, l'inclassable Heiner Goebbels (né en 1952 en Allemagne, il est à la fois compositeur, metteur en scène et musicien) nous aura pour le moins déçu à travers deux de ses pièces de théâtre musical présentées au TNP. La troisième partie de I went to the house but did not enter allait même jusqu'à "lyncher" l'un des plus beaux textes de Beckett, Cap au pire, en le faisant chanter par l'ensemble Hilliard, plus habitué aux partitions médiévales. Rendre Beckett lyrique relève pour le moins du contresens, voire du mauvais goût. Considérée comme l'une des œuvres-clés de Heiner Goebbels, Stifters Dinge et ses cinq pianos automatiques a fini elle aussi par nous lasser, malgré ses prouesses techniques et quelques passages esthétiquement séduisants à base de fumerolles à la surface de l'eau. On allait donc découvrir l'installation de l'artiste au Musée d'Art Contemporain un peu à reculons... A tort, tant Genko-An 69006 se révèle être une expérience sensorielle envoûtante et zen ! La quadrature du cercle

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L'interprétation des rêves

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 mars 2014

L'interprétation des rêves

Freudiens tenez-vous bien, l'artiste multimédia et compositeur Jean-Baptiste Barrière (né en 1958 à Paris) propose une nouvelle interprétation des rêves ! Une interprétation interactive, en musique et en images, qui plus est.  Dans l'une des grottes de fraîcheur du jardin du Musée Gadagne, le visiteur fait face d'abord à sa propre image, refletée par une sorte de miroir multimédia. Ses mouvements déclenchent ensuite le récit d'un rêve accompagné du portrait du récitant, que l'on peut en bougeant distordre visuellement et musicalement. «Il n'est pas question, déclare l'artiste, d'illustrer les rêves en sons et en images, mais plutôt d'explorer ces matériaux comme on se promènerait dans un jardin inconnu et merveilleux, à la découverte de sensations nouvelles. Ce sont autant de paysages et situations imaginaires, dans lesquels on découvre des rêves racontés par des gens du monde entier dans toutes les langues». La banque des rêves exploitée par Jean-Baptiste Barrière est en effet alimentée à la fois par un site Internet où chacun peut raconter ses aventures oniriques (

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Nuage : matière absorbante

MUSIQUES | Le bavard et le faux taiseux. L’un, Damien Pousset, délégué artistique de la Biennale Musiques en scène, qui s'ouvre prochainement, trouve l’idée fondatrice et la malaxe jusqu’au cœur. L’autre, James Giroudon, Directeur Général de Grame, milite poliment et depuis toujours pour une musique contemporaine accessible à chacun. Rencontre avec deux hommes sur un nuage. Propos recueillis par Pascale Clavel

Pascale Clavel | Mardi 25 février 2014

Nuage : matière absorbante

Quid de la musique contemporaine aujourd’hui ?James Giroudon : L’idée de Grame a toujours été de trouver, en face de la création contemporaine sous ses diverses formes, des publics qui ne soient pas uniquement des publics de spécialistes. C’est un challenge que nous nous sommes toujours fixés. Les musiques contemporaines doivent être immergées complètement dans la modernité, dans ce qui fait les mutations de la société. La création musicale d’aujourd’hui, ce sont des œuvres de concert aux formats traditionnels mais élargis aux nouvelles technologies. Ce sont aussi beaucoup d’autres types de regard en direction de l’art numérique, de l’image, des arts plastiques… La Biennale, cette année, davantage que d’autres éditions, grâce à la présence d’Heiner Goebbels, donne cette ouverture à 360 degrés. Musiques en scène 2014, c’est la musique présente, ici dans un théâtre, ici dans un musée, dans des lieux que fréquentent des publics très variés. C’est aussi dans la modernité des propositions que nous allons chercher un nouveau public. La musique est là, dans ce melting pot des moyens d’expression. Damien Pousset : Vous nous demand

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Des airs de saison

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Pascale Clavel | Vendredi 3 janvier 2014

Des airs de saison

En matière de musique classique, la proposition reste alléchante pour cette deuxième moitié de saison : variée comme on aime, surprenante comme on n'y croyait plus. Quelques pistes pour se frayer un chemin de traverse dans un paysage musical parfois brumeux : en mars des Cantates de Bach par le chef d’orchestre japonais Masaaki Suzuki, à entendre au Festival de musique baroque de Lyon ; en avril, au même endroit, Marc Minkowski s’emparera avec fougue de La Passion selon saint Jean, pur bonheur. Du côté de l'Orchestre National de Lyon, on peut se frotter les mains, l’orchestre renouant pour de bon avec la musique vocale avec, en février, Roméo et Juliette de Berlioz, en mars les incontournables mais captivantes Carmina Burana et en avril La Passion selon saint Matthieu, dirigée par un Ton Koopman au sommet. Le Concert de L’Hostel Dieu offrira quant à lui un moment musical atypique, dialogue envoutant autour de la nuit, durant lequel les leçons de Ténèbres de Couperin s’emmêleront aux ragas des indiens. Piano à Lyon poursuit sur sa lancé

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MUSIQUES | Signe d’une grande et belle vitalité artistique, cette saison encore les plus grands interprètes seront à Lyon. De Grame à l’Auditorium en passant par l’Opéra, Piano à Lyon et tant d’autres, tous s’y mettent pour proposer à public exigeant toujours plus, encore mieux. Petit tour d’horizon… Pascale Clavel

Pascale Clavel | Vendredi 20 septembre 2013

Ça bouge chez les classiques

Quelle autre ville que Lyon peut s’enorgueillir d’abriter en son sein autant de propositions musicales généreuses et surprenantes ? Pour son 31e Festival de musique baroque, Eric Desnoues surprend encore et fait venir à Lyon les immenses Savall (le 12 octobre à la Chapelle de la Trinité), Jaroussky (le 12 décembre), Minkowski (le 15 avril) et Herrweghe (le 11 juin). Cerise sur le gâteau, il accueillera le 20 mars le chef d’orchestre japonais Masaaki Suzuki, qui dirigera des cantates de Bach. Suzuki à la baguette et le Kapellmeister renait de ses cendres. Piano à Lyon, qui se délocalise pour une saison salle Rameau, offre de son côté dix concerts de haute volée, Jérôme Chabanne ayant tissé un programme où anciens et nouveaux se croisent. Gautier Capuçon et son complice Frank Braley reviendront ainsi ébouriffer le public lyonnais le 7 février tandis que l’hypnotique Alexandre Tharaud se frottera à l’Adagietto de la 5e symphonie de Mahler - qu’il a lui même transcrit pour piano - le 24 avril. Les Percussions Claviers de Lyon, quant à

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