Morrissey - World Peace Is None of Your Business

Stéphane Duchêne | Samedi 1 novembre 2014

Il y a vingt ans, Morrissey publiait Vauhxhall and I. Une merveille de sensibilité combinant avec un souffle rare l'art de la torch song et du crooning soul. Le Moz a alors 35 ans – soit l'âge où, répète-t-il souvent, les compositeurs classiques sont déjà morts – et on peut dire ce qu'on voudra, en solo, il n'a jamais fait et ne fera jamais mieux. Ni même aussi bien. Il aurait pu mourir tranquille. Certains vous diront que World Peace Is None of Your Business, premier album post-autobio paru cet été, est justement son meilleur depuis Vauxhall. Il ne faut à peu près rien en croire. Déjà parce qu'on nous fait le coup à chaque fois, ensuite parce que même dans ses tentatives de recréer certaines des atmosphères singulières de Vauxhall (I Am Not a Aan est à sauver coûte que coûte) ou de renouer avec le glam contondant de Your Arsenal (Staircase at the University, gâté par excès de zèle), Morrissey fait ici des entrechats avec des semelles de plomb : potards au max, batterie envahissante, bref muscles trop saillants. Que dire enfin de ces infâmes envolées flamenco (The Bullfighter Dies) sans doute destinées à achever de charmer (ou achever tout court) les foules latino qui se pâment devant l'Hidalgo de Hulme ?

Morrissey n'aime pas la guerre, la viande, les toreros (sauf quand ils meurent), la pollution, les enfants battus. Autant de choses que l'on savait déjà, même et surtout quand il s'agissait de lire entre les lignes ou d'écouter entre les notes. Or le roi de la mise à nu esthétiquement distanciée nous agite ici son attirail sous le nez en mode full frontal. Et quand ça sonne trop fort, ça sonne souvent faux. Morrissey, qui abhorre institutions et obligations, est devenu sa propre institution, son propre petit système de contraintes. Le journal intime discographique de jadis s'est changé en cahier des charges, à mesure que l'encre, moins sympathique – dans tous les sens du terme, semble s'assécher au bout d'une plume trop ouvertement acide. De sa proverbiale misanthropie Morrissey fait ici une telle mise en tropisme qu'on se dit qu'au fond la paix dans le monde et toutes ces sortes de choses, il se pourrait bien que ça lui passe justement pile au niveau du business.

Stéphane Duchêne

World Peace Is None of Your Business (Harvest / Universal)

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