Les black tripes de Benjamin Booker

MUSIQUES | Phénomène garage-blues poussé comme un champignon atomique en à peine quelques mois, Benjamin Booker a dégommé la critique rock en quelques riffs de guitare enragée et une voix venue du fond des âges et du bout du Sud. Et quand est venu le temps de la confirmation, a enfoncé le clou avec une maturité impressionnante. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2015

De Benjamin Booker, on a dit qu'il était un peu les White Stripes à lui tout seul, ce qui n'est pas rien. Les White Stripes ou même les Black Keys originels, pré-stadium, qui livraient des concerts furieux dans des culs de bouteilles ou des boîtes à chaussures. Booker est dans cette ligne et pourtant il a l'air de porter l'innocence en pavois sur son visage juvénile – il a 26 ans, il en fait 16.

C'est avec le single Violent Shiver que ce petit gars de Virginia Beach émigré en Floride puis installé à la Nouvelle Orléans a déclenché un ouragan pas forcément nommé Katrina mais porteur de quelques beaux dégâts collatéraux dans les esgourdes non préparées – c'est-à-dire celles d'à peu près tout le monde.

Il y a la violence et la cadence, frissonnante donc, de ses riffs de guitare entre blues garage (claviers fous un peu partout), punk et rockabilly assorti d'éclats glam – référencés Gun Club, T. Rex (le terrible Chippewa) et Blind Willie Johnson, preuve que les mélanges se digèrent parfois d'un trait.

Deep South

Mais il y a aussi cette voix, tellement pas à sa place à l'embouchure de ce physique de gamin, tellement sans âge. Á vrai dire, on n'avait plus entendu pareil anachronisme vocal depuis le tout premier essai, le meilleur, de loin, des frères Followill de Kings of Leon, pareil timbre arraché aux pires tourments de gorge et capable de vous renverser comme il le fait sur Slow Coming. Truc de Sudiste, ça.

Car c'est à cette grande tradition de rock du Deep South qu'appartient ataviquement mais aussi par goût Benjamin Booker. Parce que le Sud, on l'entend dans chacun des disques, on le voit dans chacun des films (ou séries) qui en sont profondément issus, vous habite, vous parasite et ne vous lâche plus. Vous l'aimez même quand il vous déteste – parce que vous êtes noir. Il vous imprègne de religion même quand vous n'êtes pas religieux et vous vous mettez à chanter comme un prêcheur, peu importe ce que vous prêchez – c'est en fait le Sud que vous prêchez.

Et puis le Sud fait grandir plus vite, et c'est exactement ce qui est arrivé à Benjamin Booker (contrairement à ce que laisserait entendre le titre Kids Never Growing Older), fraîcheur du jeune talent monté en flèche plus qu'en épingle et capacité captivante à pondre des morceaux (tubesques ou pas) avec la facilité du type qui ferait semblant d'avoir de l'expérience (I Thought I Heard You Screaming).

En cela, oui, Benjamin Booker est un peu une sorte de miroir noir et sudiste deq White Stripes – qui auraient sans doute rêvé d'être les deux. Un genre de Black Stripe avec des black tripes.

Benjamin Booker
Au Marché Gare vendredi 13 mars


Benjamin Booker

Blues garage
Marché Gare 34 rue Casimir Périer Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Bruits de saison

MUSIQUES | Est-ce parce qu'on commence à être habitué à ce genre de cirque ? Toujours est-il que non, le bruit qui accompagnera la venue lyonnaise d'une Christine & the Queens au sommet du succès ne suffira pas à éclipser le reste d'une programmation de fort belle facture. Et vous savez quoi ? C'est tant mieux. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 6 janvier 2015

Bruits de saison

En matière de musique, la hate est un fruit de saison, savamment cultivée par les réseaux sociaux, par ce fléau mondial que constitue l'aigreur d'estomac – surtout en sortie de fêtes de fin d'année –, par quelques médias victimes d'hypocondrie culturelle et, il faut bien le dire, par ceux qui la provoquent. On a ainsi droit comme ça à un ou deux boucs émissaires par an cristallisant les crispations d'une certaine branchitude mal définie. On ne vous fera pas languir plus longtemps : après Woodkid, Stromae et Fauve (qui reviendra, le 2 avril, en grande surface qui plus est, puisqu'à la Halle Tony Garnier, ramasser des forêts de cœurs avec les doigts et sans doute quelques seaux de merde), c'est au tour de Christine & the Queens (4 mars au Transbordeur) d'énerver son monde sur le thème : talent fou ou blague de l'année ? Alors oui, dans ces cas-là, o

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