Les 10 concerts à voir en avril

MUSIQUES | Sortez vos agendas : voici dix concerts à ne pas manquer ce mois-ci ; du show latino où emmener votre maman à l'indie pop dépressive où s'oublier. Par Stéphane Duchêne & Sébastien Broquet.

Sébastien Broquet | Jeudi 14 avril 2016

Photo : Jamika © DR


Get Well Soon

Quand il est apparu au monde de la pop chercheuse et bien mise, rayon dandy touche à tout, le Mannheimois Konstantin Gropper évoquait aussi bien Beirut que Radiohead, Arcade Fire que Magnetic Fields. Génie solitaire, il a prouvé par la suite qu'il était capable de partir dans toutes les directions et c'est davantage en mode crooner qu'il nous revient, genre Neil Hannon chevalier teutonique, avec un album LOVE, rempli d'amour (fut-il tordu comme sur le single It's Love) et de tubes à emporter. LOVE en live, on pressent que ça va le faire.

À l'Épicerie Moderne le samedi 16 avril

Calexico

On l'a souvent dit, Calexico, c'est comme les genêts ou les bêtes à cornes, c'est encore Jean-Louis Murat qui en parle le mieux : « Oui, je vois mieux qui je suis, moi, là, avec Calexico » chantait l'Auvergnat avec façon sur son Viva Calexico circa Mustango (1999). Le duo Joey Burns/John Convertino et sa bande d'arizonards de Tucson, après une splendide tournée avec orchestre symphonique revient en mode indie avec un énième album, Edge of the Sun, plutôt digne successeur du splendide Algiers (2012) qui rayonne comme toujours entre expérimentation, traditions exotiques sauce piquante et pop premier choix. Mais c'est en live, encore une fois qu'on voit mieux qui est Calexico.

À l'Épicerie Moderne le vendredi 22 avril

Casey

Avec Casey, le hip-hop en français s'est trouvé une voix peu commune, rêche, tranchante, aux textes ciselés sur mesure contant l'époque avec une acuité rare : aucun tabou chez cette jeune femme qui sait évoquer immigration, intégration et société meurtrie sans sombrer dans les clichés. Avec La Rumeur ou Rocé, elle incarne le rap d'aujourd'hui dans toute sa splendeur, dans toute sa noirceur.

À la MJC Ô Totem le vendredi 22 avril

Yuri Buenaventura

Le colombien s'est fait une spécialité de croiser salsa de son pays natal et chanson, plus ou moins respectable, de sa patrie d'adoption — il vit à Paris depuis le début des 90's, où il s'est intégré très vite dans la vivace scène latino de l'époque gravitant autour de La Java. C'est le grand passeur RKK qui repéra sa cover de Ne me quitte pas de Jacques Brel et initia la reconnaissance mainstream, faisant de celui qui doit son prénom à un cosmonaute une figure aujourd'hui incontournable œuvrant aux frontières de la variété et de la sono mondiale.

À l'Amphithéâtre de la Cité Internationale, dans le cadre du Printemps de Pérouges, le lundi 25 avril

Nada Surf

On peut reprocher beaucoup de choses à Nada Surf. D'avoir capitalisé sur un tube, Popular, qui les a mis en orbite pour toujours — mais qui a aussi été le boulet de la suite de leur carrière. D'avoir une fâcheuse tendance à faire plus de reprises que le groupe de bal de votre beau-frère, d'en avoir fait un album et pire d'avoir "couvert" l'Aventurier d'Indochine — preuve qu'avoir étudié au lycée Français de New York peut vous exposer au pire. Mais on n'enlèvera jamais au groupe de Matthew Caws, qui vient de sortir en 2016, son 7e album studio, d'avoir un don sans pareil pour la ritournelle indie pop sans âge (façon Teenage Fanclub), balançant entre power pop et ligne claire ; d'avoir sorti quelques albums bien plus indispensables qu'il n'y paraît (The Weight is a gift, Lucky) ; et de réussir le tour de force de nous faire croire quand on les écoute, qu'on a tous les jours 20 ans. Ce sera le cas en ce soir d'avril.

À l'Épicerie Moderne le mardi 26 avril

Dhafer Youssef & Dave Holland

Chanteur tunisien, virtuose du oud, Dhafer Youssef partage ici l'affiche avec Dave Holland. Entre celui qui s'inspire des traditions soufies et l'insatiable curieux ayant croisé le chemin de Zakir Hussain, un même élan, un même dialogue s'instaure autour du jazz et des musiques improvisées : les voici réunis pour la première fois en un duo qui promet des étincelles.

Au Musée des Confluences le mardi 26 avril

The Apartments

Depuis le temps que l'on patiente dans cette chambre noire à essayer de déterminer disque après disque, concert après concert, chronique après chronique qui est digne du titre flou de "meilleur groupe du monde que personne ne connaît" (eh oui, ça veut dire quoi "meilleur groupe du monde", c'est qui "personne" et c'est quoi "connaître" mais arrêtez deux secondes de faire vos Michel Onfray). Il suffit du retour de The Apartments à Lyon après 22 ans d'absence (à vue de nez) pour que le titre soit remis en jeu. Génie de la chanson désarmante, prince de la mélancolie australienne, king de l'arrangement cuivré, le grand Peter Milton Walsh, l'un des plus magnifiques losers de la pop mondiale se pointe au Marché Gare en acoustique et en Petit Bulletin Live, juste pour faire plaisir à la diaspora de ses fans. Et croyez-nous, ça n'a pas de prix.

Au Marché Gare le mardi 26 avril

Michel Cloup Duo + Matt Elliott

Clou d'un mois d'avril, riche en indie rock... Michel Cloup duo, auteur en 2015 de deux disques toujours empreints de sa colère d'animal blessé : un live à la Gaîté Lyrique (tu parles d'une ironie) et un Ici, Là bas, sur lequel aux commandes de sa guitare barytone et de ses désillusions (une chanson baptisée La Classe ouvrière s'est enfuie), épaulé par la main lourde du batteur Patrice Cartier, Cloup revient dans une veine rageuse qui rappelle les moments les plus punks d'Experience. Un bonheur et un malheur, on ne sait plus trop n'arrivant jamais seul, le concert accueillera aussi un autre habitué des scènes lyonnaises et pas des moindres : le grand Matt Elliott, comique devant l'éternel lui aussi et également Docteur en recherche de midi à quatorze heures.

Le jeudi 28 avril (lieu à définir, le Sonic où devait se dérouler le concert étant sous le coup d'une fermeture administrative)

Jamika & The Argonauts

Révélée par ses multiples interventions au sein de Zenzile, l'Américaine développe en parallèle un projet plus personnel avec The Argonauts où sa poésie scandée se confronte à un groove décalé concocté en trio, avec un batteur ayant œuvré pour Fred Wesley. After assuré par DJ Twelve (High Tone).

Au Kraspek Myzik le jeudi 28 avril

Boy, Espoir de Kaloum

Échappé des Espoirs de Coronthie, Mohamed Boy Camara a lancé en 2013 son projet solo pour conter ses expériences personnelles, celles d'un immigré en France venu de Kaloum, en Guinée Conakry. Installé à Lyon, Boy puise dans la culture mandingue les influences faisant de lui l'un des plus intéressants projets de sono mondiale dans la ville.

À 6ème Continent le samedi 30 avril


Nada Surf + Arman Méliès


Épicerie Moderne Place René Lescot Feyzin
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Get Well Soon + Doomhoud


Épicerie Moderne Place René Lescot Feyzin
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


The Apartments

Marché Gare 34 rue Casimir Périer Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Calexico + Gaby Moreno

Épicerie Moderne Place René Lescot Feyzin
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Casey

+ Tupan Mc Brasileiro + Deux Lyricists vs Cas d'école + Robse la plume noire + Le Labo
Ô Totem 9 bis avenue Général Leclerc Rillieux-la-Pape
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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The Fall, chute libre

Critique | Pour son deuxième tribute à une figure éteinte mais toujours lumineuse du rock, à paraître le 15 novembre, Teenage Hate Records a fait plancher la scène rock française (et partiellement lyonnaise) sur l'oeuvre abyssalle et atrabilaire d'un pilier du post-punk : The Fall et feu son lider maximo Mark E. Smith.

Stéphane Duchêne | Mardi 12 novembre 2019

The Fall, chute libre

S'il est un groupe qui ne se laisse pas approcher facilement c'est bien The Fall. Essayer d'en reprendre les morceaux insaisissables, à piocher dans une discographie qui compte en tout (studio, live, compilation) plus d'une centaine d'albums, revient à risquer le saut de la foi dans le cratère d'un volcan. Quant à se glisser dans la peau inhabitable du regretté Mark E. Smith (décédé début 2018), l'exercice requiert l'équivalent de la production mondiale de vaseline. Cela n'a pas eu l'heur d'effrayer le label lyonno-viennois Teenage Hate, artisan producteur de quelques excellents groupes du crû (The Scaners, Off Models, Hi-

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Apartments à louer

Pop | C'est peu dire que l'Australien Peter Milton Walsh, seul maître à bord de The Apartments, aime la France, sa culture (à commencer par la Nouvelle Vague), (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 8 octobre 2018

Apartments à louer

C'est peu dire que l'Australien Peter Milton Walsh, seul maître à bord de The Apartments, aime la France, sa culture (à commencer par la Nouvelle Vague), ses villes, ses paysages, sa gastronomie. C'est peu dire aussi qu'une partie, même si toute petite, de ce pays lui a rendu au centuple cet amour, louant comme nulle part ailleurs ses chansons. Mais le business musical et la vie, qui n'a pas fait de cadeau à PMW, sont des choses si aléatoires que cet amour n'a que rarement pu être consommé. Et comme le temps répare tout, les choses se sont arrangées et c'est en France, une poignée de petits labels rééditant ses albums (il ne manque à ce jour à l'appel que le magnifique A Life Full of Farewells), quelques bonnes volontés opiniâtres le poussant à remonter sur scène que la carrière de The Apartments a redémarré. C'est ce qui avait conduit l'ami Peter à honorer un Petit Bulletin Live bouleversant il y a un peu plus de deux ans au Marché Gare. Dans le cadre d'une tournée fleuve pour lui de sept dates françaises à même de combler sa francophilie, ce même Marché Gare a sauté sur l'occasion de le réinviter, cette fois hors-l

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15 concerts à ne pas louper cet automne

Bons Plans | Coming Soon Cela fait dix ans que le Scooby Gang baptisé Coming Soon a publié son premier album. Un petit peu plus que (fin 2006) le groupe (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

15 concerts à ne pas louper cet automne

Coming Soon Cela fait dix ans que le Scooby Gang baptisé Coming Soon a publié son premier album. Un petit peu plus que (fin 2006) le groupe avait fait forte impression lors du tremplin Dandelyon. Sans doute à l'époque aviez-vous découvert ce groupe dans ces pages. Il a depuis fait du chemin, que ce soit à travers de nombreuses collaborations et en multipliant les projets parallèles. Surtout en ouvrant l'éventail de son anti-folk initial vers des esthétiques alors insoupçonnées dont leur dernier album Sentimental Jukebox semble être un concentré. Le passage de Coming Soon pour un French Kiss au Club Transbo (petit nom des release parties consacrées aux locaux et aux amis) est comme une manière de retour au bercail pour les plus Lyonnais des Anneciens. Au Club Transbo le mercredi 10 octobre The Apartments La date du très rare Peter Milton Walsh au Marché Gare à l'occasion d'un Petit Bulletin Live en 2016 aura sans doute contribué à débloquer le compteur lyonnais de celui qui incar

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Apocalexico à l'Épicerie Moderne

Pop western | De retour à l'Épicerie Moderne, les arizonards de Calexico viendront présenter leur dernier morceau de bravoure The Thread that keeps us, où s'agitent les fantômes de l'Amérique de Trump vécue comme une fin du monde.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 mars 2018

Apocalexico à l'Épicerie Moderne

D'album en album, Calexico arpente les territoires mentaux de son americana musicale, sorte de pays rêvé constitué d'un mélange de country, de folk, de valse et d'indie-rock, assaisonné de sauce tex-mex, tendance mariachi et irradié de soleil crevé. Mais le groupe mené par le duo Joey Burns/John Convertino sillonne aussi, pour produire ses disques, le territoire "américain" : de la Nouvelle Orléans pour Algiers au Mexique pour Edge of the Sun. Pour The Thread that keeps us, Calexico s'est cette fois relocalisé au nord de la Californie, dans un home studio appartenant à un proche du groupe, construit à partir de débris et de bois récupérés sur des chantiers navals. De cet endroit, rebaptisé « Le Vaisseau Fantôme », le duo a fait jaillir les siens, ceux qui hantent sa musique depuis toujours pour les faire défiler sur le territoire étrange et inhospitalier de ce nouvel album. Un rendu d'autant plus réussi que

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Nada Surf : Let Go again

Power Pop | Il y a deux ans, Nada Surf sortait You know who you are, sur lequel le groupe new-yorkais démontrait qu'après vingt ans de carrière il n'avait rien (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 6 février 2018

Nada Surf : Let Go again

Il y a deux ans, Nada Surf sortait You know who you are, sur lequel le groupe new-yorkais démontrait qu'après vingt ans de carrière il n'avait rien perdu de sa science de l'alliage power pop. Un disque suivi d'un de ces live symphoniques – avec le Babelsberg Film Orchestra – qui font définitivement de vous une institution, mais une institution bien vivante. Si Nada Surf en est là aujourd'hui, c'est sans doute grâce à Let Go, publié il y a 15 ans, et qui permit au groupe de se remettre du désastre (provoqué par le label Elektra) que fut The Proximity Effect, son disque post-Popular. Un disque intime, combinant ballade et refrains efficaces, sur lequel figurent quelques-uns des classiques éternels du groupe. Une vraie renaissance qui permit sans doute à Nada Surf de dépasser la pression engendrée par le succès mondial de Popular, et responsable du comportement d'Elektra. Et de conquérir au fil des années, de nouveaux publics. Cela valait bien une tournée anniversaire passant par l'Épicerie Moderne le vendredi 9 février. Avec quand même, pour la bonne bouche, un petit goût de nostalgi

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Les concerts à ne pas louper

La Rentrée Musique | La trêve des confiseurs à peine achevée, la dinde à peine digérée, voilà que redémarre déjà la saison des concerts. Pour vous éviter une autre indigestion, nous avons sélectionné pour vous, d'une main innocente, incontournables et découvertes de cette nouvelle année.

Stéphane Duchêne | Mardi 9 janvier 2018

Les concerts à ne pas louper

Bertrand Burgalat & AS Dragon Avec l'album Les Choses qu'on ne peut dire à personne, le gentleman de la pop française et patron plénipotentiaire du label Tricatel a effectué l'an dernier un retour plutôt magistral, se livrant paradoxalement comme jamais. Musicalement, où le spectre burgalatien (comme on dirait martien) s'étend de la pop à la bossa, de l'électro à l'easy listening, ou au cœur de ses textes, rappelant parfois le Présence humaine de Houellebecq. Une bonne nouvelle qui en amène une autre puisque le maître se produira en concert avec son groupe de (presque) toujours : les redoutables AS Dragon. Au Sonic le mercredi 24 janvier (avec Catastrophe) Pierre Lapointe « La science du cœur est un objet d'abstraction propulsée par la volonté qu'ont les gens tristes à se laisser toucher » chante Pierre Lapointe en ouverture de son album La Science du cœur. Cette science, c'est peu de dire que

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Calexico à l'Épicerie Moderne

Plus Loin | Alors qu'un single un peu déroutant (diablement efficace mais étrangement étiqueté indie pop façon Nada Surf) intitulé End of the world with you vient tout juste (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 octobre 2017

Calexico à l'Épicerie Moderne

Alors qu'un single un peu déroutant (diablement efficace mais étrangement étiqueté indie pop façon Nada Surf) intitulé End of the world with you vient tout juste de signer la préface d'un album à venir pour très bientôt, The Thread that keeps us, voici également que Calexico s'annonce à l'Épicerie Moderne, pour l'instant unique date française de leur tournée. Un retour très attendu, tant le duo de Tucson à l'inspiration intarissable et perméable à tous les mélanges sait ménager à son public des concerts épiques. Si ce n'est déjà fait, réservez votre 27 mars, l'affaire ne devrait pas tarder à afficher complet.

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Michel Cloup, debout

Rock | C'était en mode plus qu'intime que Michel Cloup avait en solo (en forme de duo, mais marqué pour la première fois de son vrai nom) fini par « recycler (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 26 avril 2016

Michel Cloup, debout

C'était en mode plus qu'intime que Michel Cloup avait en solo (en forme de duo, mais marqué pour la première fois de son vrai nom) fini par « recycler cette colère » qui a toujours été la sienne, lui le bâtisseur d'hymnes à la moue. Le deuil marquait ainsi puissamment, indélébile, l'immense Notre silence, avant que la meurtrissure du couple blessé ne vienne remuer Minuit dans tes bras. Et voilà que pour son déjà troisième album solo (même remarque que précédemment, même si le batteur Patrice Cartier laisse place à Julien Rufié), Ici et là-bas, investit le terrain d'une révolte on ne peut plus en phase avec la période. À l'heure où le peuple, ou ce qu'il en reste, se lève la nuit à la recherche d'une solution, Cloup acte la disparition de la classe ouvrière (La classe ouvrière s'est enfuie) et la difficulté à dire nous (Nous qui n'arrivons plus à dire nous). Les deux titres étaient annonciateurs de ce disque où Cloup retrouve quelque chose de sa jeunesse énervée et éternelle, qui plus est mûrie et nourrie d'un travail sur ses origines (là encore des chansons qui s'ancrent toutes seules dans la chair de l'actualité).

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The Apartments en aparté

Pop | Génie au destin contrarié et tragique, tiré d'une retraite que l'on pensait définitive par une poignée de fans français, Peter Milton Walsh aka The Apartments vient se livrer sur scène en trio acoustique.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 avril 2016

The Apartments en aparté

« Une vie pleine d'adieux », A Life full of Farewells (1995) resta longtemps le dernier album de The Apartments — on met volontairement Apart (1997) à part —, celui avec lequel de fidèles fans firent leur deuil d'un "groupe" depuis longtemps porté par le seul Peter Milton Walsh, songwriter australien au nom et manières de poète dandy romantique anglais et à la carrière ad hoc : un Paradis perdu d'avance. Entre fulgurances musicales, coups d'arrêts, ruptures, dépressions et coups du sort, Peter Milton Walsh n'a jamais eu le loisir de récolter la gloire connue à divers degrés par ses amis The Saints, The Go-Betweens (dont il fut un temps le quatrième membre), Mick Harvey ou Nick Cave. Mais en voulait-il vraiment ? « J'ai peut-être eu l'envie, il y a un siècle, quand j'avais 18 ans à Brisbane, de devenir la plus grande rock star du monde, rigole-t-il, mais tout a déraillé si vite... La musique n'est pas qu'une activité spirituelle, c'est aussi une discipline et un business : écrire, enregistrer, répéter, faire de la promo, tourner, et recommencer avec un autre disque, je n'ai jamais été très doué pour ça. » Qui plus

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Classico Calexico

MUSIQUES | Alternative rock, indie folk, Americana, Tex-Mex, alternative country, post-rock : lorsqu'on jette un œil sur la catégorie musicale dans laquelle l'ami Jean-Christophe Wikipédia classe le dernier album du groupe, Edge of the Sun, voici tout Calexico résumé. Le profane à la recherche de repères ne sera guère plus avancé qu'à la lecture du menu d'un restaurant yucatano-chypriote. Ici, on ne s'étonne plus, on déguste.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 avril 2016

Classico Calexico

Si le nom de scène du duo augmenté Burns/Convertino chevauche la frontière mexico-californienne, s'ils sont physiquement basés à Tucson, Arizona, musicalement, Calexico est partout et nulle part. La relecture live de leurs classiques avec des orchestres symphoniques germaniques réalisée à partir de 2013 ne faisant que souligner l'universalité et les velléités transformistes de cette musique qui, album après album, est de plus en plus fascinante. Chaque fois l'on a l'impression que Calexico n'apporte rien de nouveau depuis l'ultra-transversal Feast of Wire (2003 quand même) — qui en déroulait, du câble musical, pour le coup. Mais chaque fois on est estomaqué. C'était le cas sur le précédent Algiers, ça l'est encore ici — souvent après plusieurs écoutes — par la finesse de ces approches multiples et cette manière d'onduler entre les genres avec une cohérence esthétique époustouflante. De fait, Calexico fait du Calexico et ça ne ress

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The Apartments en PB Live

MUSIQUES | On en n'avait même pas rêvé, Rain Dog Prod l'a fait : un PB Live avec les mythiques Apartments de Peter Milton Walsh, (vrai-faux) groupe australien à (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 4 février 2016

The Apartments en PB Live

On en n'avait même pas rêvé, Rain Dog Prod l'a fait : un PB Live avec les mythiques Apartments de Peter Milton Walsh, (vrai-faux) groupe australien à la trajectoire sinueuse et aux albums indispensables (Drift, The Evening Visits..., A Life Full of Farewell) qui ont marqué l'histoire de l'indie pop à coups de tubes délicats et d'arrangements soyeux. Les fans vont venir de loin pour assister à ce moment historique, sis le 26 avril au Marché Gare. Places en vente dès ce vendredi 5 février via les réseaux habituels.

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Calexico à l'Épicerie Moderne

MUSIQUES | La bande de Joey Burns et John Convertino en concert, c'est toujours quelque chose. Ce fut le cas en 2009 à l'Épicerie Moderne et en 2003 à Fourvière. (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 février 2016

Calexico à l'Épicerie Moderne

La bande de Joey Burns et John Convertino en concert, c'est toujours quelque chose. Ce fut le cas en 2009 à l'Épicerie Moderne et en 2003 à Fourvière. C'est à l'Épicerie Moderne de nouveau, le 22 avril prochain, que le duo de Tucson versé dans un alliage d'expérimentation et de folklore pan-mexicain, vient présenter un Edge of the Sun étonnamment indie pop par moments mais perclus de cuivres.

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Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

MUSIQUES | Entre Polna, Neil Young, les Insus et même le retour du plus si jeune Jon Spencer (porté pâle au printemps), les aînés seront là en force en 2016. Mais la jeune garde veille et ne s'en laissera pas compter.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

Jon Spencer aime tellement nos panoramas de rentrée – il en a déjà fait la Une – qu'il parvient même à y figurer deux fois par an. On l'annonçait en septembre dernier, voilà qu'on le réannonce pour le 6 mars à l'Épicerie Moderne. Avec bonheur, puisque si nous le faisons, c'est que le trio du New-yorkais avait dû annuler à la dernière minute cet automne pour raisons de santé. Tout va mieux, donc tout va bien, et cela indique peut-être que cette année 2016 sera légèrement moins pénible que la précédente – raccrochons-nous aux branches, tant qu'il y a encore des arbres. Or des branches, même vieilles, il se trouve qu'il en repousse, en témoigne une tripotée de reformations plus ou moins récentes de groupes plus ou moins relous à l'oreille (Louise Attaque au Transbo le 29 mars, Elmer Food Beat au CCO le 6 avril) dont la palme revient bien sûr aux Insus, soit Téléphone sans fille (n'y allez pas, c'est complet) – rayon nostalgie de jeunesse, on préférera de loin se consacrer à Nada Surf, qui ne s'est jamais déformé, le 26 avril à l'Epicerie. Ah, tiens on allait oublier Polnareff

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Le Syndrome d'Elliott

MUSIQUES | «Only a Myocardial Infarction Can Break My Heart». Si l'on en croit le titre de son dernier album, seule la mort peut triompher de Matt Elliott. Pour (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 18 mars 2014

Le Syndrome d'Elliott

«Only a Myocardial Infarction Can Break My Heart». Si l'on en croit le titre de son dernier album, seule la mort peut triompher de Matt Elliott. Pour le reste, les avanies oules avaries de la vie et du cœur, la musique sera toujours là pour conjurer le sort et laisser les plaies se refermer sans suture. Il n'est pas d'hier que Matt Elliott est un chanteur de la résignation. Ses précédents albums, la trilogie Songs comme The Broken Man l'ont bien montré. Il n'est jamais question chez lui d'accompagner les tourments par quelque afféterie consolante.  Et pourtant il apparaît qu'en dépit de son titre, Only a Myocardial... soit légèrement moins, non pas affecté, mais infecté que ses prédécesseurs. Alors certes, pour voir la lumière il vaut mieux regarder par le petit bout de la lorgnette. Surtout avec ce The Right to Cry d'ouverture (17 minutes au compteur) qui donne l'impression en plusieurs mouvements que le bébé va être définitivement emporté avec l'eau des pleurs - sur scène ça promet. Comme sur le reste de l'album, qui est davantage celui d'une groupe que d'un music

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Le bruit et la pudeur

MUSIQUES | A "Notre silence", disque étouffant et sublime, le Michel Cloup Duo offre avec "Minuit dans tes bras" un successeur aux subtiles variations sur les mêmes thèmes chers au plus grand pompier pyromane du rock français. Un album qui, entre claques et étreintes bienveillantes, prend quoi qu'il en soit l'auditeur à bras le corps avec la plus grande des pudeurs. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 11 mars 2014

Le bruit et la pudeur

Pour Minuit dans tes bras, deuxième album sous son nom mais pas pour autant solo, Michel Cloup a descellé les parenthèses de "Michel Cloup (Duo)". Lesquelles semblaient marquer une appréhension à se produire seul tout en étant le stigmate d’un album trop personnel pour être pleinement assumé à deux en dépit d'un titre, Notre Silence, qui pouvait laisser penser le contraire. Mais à l’époque ce silence, assourdissant et corrosif, était encore celui de l’homme Cloup : un album de deuil, un cri de douleur poussé face contre terre et chargé de «recycler cette colère» trop lourde à porter. Désormais Michel Cloup Duo assume sans faux-semblant la présence du deuxième élément de la formation, le batteur et fidèle parmi les fidèles Patrice Cartier. Après ces parenthèses marquant aux fers rouges le début de l’aventure Michel Cloup, le Toulousain peut reprendre ses travaux pratiques d'autopsie d’un quotidien bancal et de la désagrégation d'un sentiment amoureux à l'obsolescence programmée, sans pour autant être fatale (les deux morceaux de bravoure que sont Nous vieillirons ensemble, J’ai peur de nous).

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Françoiz, Dom et les autres : le best-of

MUSIQUES | Le Twenty-Two Bar (1995) avec Dominique A C'est elle qu'on aperçoit au premier plan de la pochette de La Mémoire Neuve. La fille avec la grosse guitare du (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 27 septembre 2012

Françoiz, Dom et les autres : le best-of

Le Twenty-Two Bar (1995) avec Dominique A C'est elle qu'on aperçoit au premier plan de la pochette de La Mémoire Neuve. La fille avec la grosse guitare du clip qui révéla Dominique A au grand public, c'est elle aussi. Le climax d'une fructueuse relation musicale (et un temps amoureuse) avec un Monsieur A qui la poussera vers une carrière solo. Dominique A - Le Twenty-two bar par DominiqueA-Official Ballad of Cable Hogue (2002) et Keeper of the Flame (2012) avec CalexicoSur le live World drifts in, elle chante les couplets en Français du titre phare de Calexico. Elle y reprend aussi Si tu disais en duo avec Joey Burns, qui lui rendra la pareille sur un titre d'Un

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A cœur ouvert

MUSIQUES | Quatre ans après A l'Aveuglette, Françoiz Breut est de retour avec "La Chirurgie des Sentiments" et un concert à l'Epicerie Moderne. À cette occasion, elle se confie de bon cœur sur ce disque du changement dans la continuité. Et sur le reste : la musique, l'écriture, la vie, Bruxelles... Texte et entretiens: Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Jeudi 27 septembre 2012

A cœur ouvert

La Chirurgie des sentiments est un titre qui pourrait facilement résumer votre discographie...Françoiz Breut : Sans doute parce que je continue d'y décortiquer le sentiment amoureux. Mais j'y parle aussi de plein d'autres choses (rires). Je travaille un peu par phases : les idées arrivent et d'autres par-dessus, puis elles reviennent. Je construis mes textes et mes albums à partir de cette succession d'idées. Quant à la chanson qui donne son titre à l'album, elle parle du fait qu'on a beau essayer d'être rationnel, le cœur est toujours là qui nous fait faire des choses auxquelles on n'aurait pas forcément pensé. Et c'est très bien, parce qu'au fond, on en a besoin. Le premier titre de l'album, BXL Bleuette, est consacré à Bruxelles, où vous vivez. L'amour des villes, la géographie, le voyage, c'est une autre constante de votre œuvre...C'est vrai : depuis le premier disque, je suis passée par Tarifa, par Portsmouth, par Dunkerque. J'ai aussi parlé des villes en général dan

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Arizona Junior(s)

MUSIQUES | Tucson Songs, l'album, «parrainé» par les incontournables Calexico et Giant Sand (qui clôt la marche), commence par un titre assez extraordinaire qui a le (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 13 avril 2012

Arizona Junior(s)

Tucson Songs, l'album, «parrainé» par les incontournables Calexico et Giant Sand (qui clôt la marche), commence par un titre assez extraordinaire qui a le mérite de mettre immédiatement l'auditeur dans l'ambiance, ne serait-ce que par son titre : The Rust, The Knife interprêté par Gabriel Sullivan, Taraf de Tucson et Brian Sedlmayr. Une envolée à la croisée de Morricone, du Grand Chapparal et de Ghost Riders in the Sky version Johnny Cash. Chœurs épiques, guitares westerns inondées de cuivres mexicains, de violons pincés et de bruitages inquiétants, rejouent une cavalcade digne de nos plus grands souvenirs de western à l'ombre du talk-over conteur de Sedlmayr et de la voix très Tombstone – du nom d'un mythique lieu arizonien – de Gabriel Sulivan. À partir de là, malgré la grande variété stylistique du disque qui témoigne des esthétiques propres à la scène de Tucson, entre mythologie

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Tucsongs

MUSIQUES | Avec "Tucson Songs", spectacle relayant l'album du même nom, l'Épicerie Moderne nous présente la relève de la scène musicale de Tucson, poussée entre cactus, vieux cow-boys à moustache et autres figures tutélaires (Giant Sand, Calexico, Jim Waters) qui ont fait l'histoire d'une ville pas comme les autres. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 13 avril 2012

Tucsongs

«En terre humaine/Je suis d'Arizona», murmurait Murat en 1999 sur le titre Viva Calexico. Cette même année, pour son album Mustango, baroud d'honneur d'un cow-boy alors sur le retour, l'Auvergnat succombait à l'appel de Tucson, Arizona, et y trouvait une inspiration rarement égalée depuis. Si en espagnol, Tucson se prononce «Touquesonne», en américain, on dit «Tout Sonne», ce qui dans notre langue si lacanienne prend tout son sens, tant dans la cité arizonienne tout sonne, résonne d'un même élan. Celui d'un mélange musical sans cesse ravivé par l'hybridation hispano-américaine et l'esprit d'ouverture d'une ville à cheval sur plusieurs cultures : native-américaine, western et hispanique.  Dire qu'à Tucson, «the smallest big city in the USA», on pratique une musique de cow-boy et de desperado serait très certainement un cliché, mais il se trouve que la pop culture vit et meurt par le cliché. La ville elle-même en est un. Surnommée «The Old Pueblo», le nom même de Tucson vient du o'odham (une des nombreuses langues uto-aztèques qui s'étendaient, en plusieurs branches et zones éparses, du territoire des Utes (aujourd'hui l'Utah) à

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Côté obscur

MUSIQUES | Né à la fin des années 90, en plein essor de la drum’n’bass en Angleterre, The Third Eye Foundation a marqué dès son premier album (Semtex, 1996) la (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 16 mars 2012

Côté obscur

Né à la fin des années 90, en plein essor de la drum’n’bass en Angleterre, The Third Eye Foundation a marqué dès son premier album (Semtex, 1996) la réappropriation par Matt Elliott de cette esthétique pas forcément célébrée pour sa finesse. Montées languides, digressions mélodiques inattendues, climax abrasifs chargés en émotions, ses compositions et remixs tranchent du tout venant de la production de l’époque, et assurent à l’artiste sa prime reconnaissance. Jusqu’à ce qu’il décide de faire carrière sous son propre nom en 2003, en de multiples jeux folk autour de la formule guitare / voix. Au sortir d’un stand-by d’une dizaine d’années, Matt Elliott répond à la suggestion de son label Ici d’Ailleurs et se lance dans l’élaboration d’un nouvel album sous le nom The Third Eye Foundation. Il s’entoure de deux musiciens touche-à-tout, Louis Warynski et Chris Cole, mieux connus sous les noms de Chapelier Fou et Manyfingers, et compose dans des conditions… particulières. «Je souffrais d’une infection au poumon, j’étais sous cortisone et ça faisait bouillonner mon cerveau. Je suppose que ça a facilité les choses». Fiévreux, The Dark (sorti en novembre 2010)

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L’effleure du mâle

MUSIQUES | Après un détour fulgurant par son projet électro Third Eye Foundation, c’est un Matt Elliott toujours écorché vif mais apaisé qui nous revient pour défendre les couleurs sépulcrales de son dernier album, "The Broken Man". François Cau

Dorotée Aznar | Vendredi 16 mars 2012

L’effleure du mâle

On a eu la grande chance de le voir par deux fois dans une salle grenobloise alors paumée au beau milieu d’un quartier abandonné des pouvoirs publics. Le simili grenier qui servait de salle de concert y accueillait sa faune d’habitués, de curieux, et même de réels aficionados de l’univers sonore de Matt Elliott. Quand celui-ci arrivait sur scène armé de sa guitare, de sa console et ses pédales d’effets, à chaque fois, l’atmosphère virait au recueillement profane, à la plongée attentive dans l’aura intime, parfois même impudique dégagée par la performance de l’auteur/interprète. Y compris lorsque, au beau milieu de son set, sa maîtrise des boucles d’accords superposées donnaient naissance à un saisissant break électro d’un quart d’heure proprement hypnotique, réminiscence cohérente de son activité musicale au sein de The Third Eye Foundation. Y compris quand il entonnait La Mort de la France, son unique morceau chanté en français, écrit avant l’arrivée au pouvoir de l’actuel président de la République – la violence des paroles, dont

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De Nada

MUSIQUES | Voilà un groupe qui ne nous rajeunit pas. Quand on a eu vingt ans (avec des poussières en plus ou en moins) à la sortie de Popular (1996) l'énorme hit qui les (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 9 février 2012

De Nada

Voilà un groupe qui ne nous rajeunit pas. Quand on a eu vingt ans (avec des poussières en plus ou en moins) à la sortie de Popular (1996) l'énorme hit qui les a lancé un peu trop haut, les entendre chanter When I Was Young – une sublime petite balade folk indé qui s'achève en reflets shoegaze – sur leur dernier album, on est presque tenté d'aller se compter les cheveux gris à la salle de bain. Le groupe de New York lui n'a pas changé. C'est ce qui a fait qu'il ne nous a jamais quitté, et aussi qu'on parfois cessé d'y prêter attention. Le paysage musical, lui, n'est pourtant plus le même depuis l'époque du College Rock, déjà périclitant, qui a fait émerger le groupe avec une poignée d'autres formations cousines (Weezer, Fountains of Wayne.

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Rompre le silence

MUSIQUES | Tout au long de l'album, l'ambiguïté demeure. Deuil ? Séparation ? Les deux ? Un «je», des «tu», comme un dialogue intérieur avec la (les) personne(s) (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 3 février 2012

Rompre le silence

Tout au long de l'album, l'ambiguïté demeure. Deuil ? Séparation ? Les deux ? Un «je», des «tu», comme un dialogue intérieur avec la (les) personne(s) perdue(s) auquel serait invité l'auditeur. Est-ce qui rend cet album si bouleversant ? Sans doute. Au fond, peu importe de savoir car c'est une histoire «universelle, banale, mon histoire, notre histoire», comme il le murmure en préambule de l'album, avant que ne commencent les choses sérieuses. Ce sont les premières notes de Cette colère, manière de comptage d'abatis après un ouragan intime. C'est l'un des plus beaux morceaux écrits par Michel Cloup depuis longtemps. Sur un fond de guitares post-rock ascensionnelles Cloup scande : «Recycler cette colère / Car aujourd'hui plus qu'hier / Cette colère reste mon meilleur carburant». C'est le Cloup de Diabologum et d'Expérience, écorché vif et révolté, celui qui imaginait «de

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Une vie de Cloup :

MUSIQUES | Lucie Vacarme (1988-1992) Nourri de la scène noise américaine et du shoegazing anglais, Michel Cloup et des amis fourbissent leurs premières armes avec (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 février 2012

Une vie de Cloup :

Lucie Vacarme (1988-1992) Nourri de la scène noise américaine et du shoegazing anglais, Michel Cloup et des amis fourbissent leurs premières armes avec tous les défauts et la fougue de la jeunesse. Et une première signature sur le label Lithium.   Diabologum (1990-1998) Le groupe culte (voir interview et encadré), fondé avec Arnaud Michniak (futur Programme), symbole d'un âge d'or du rock français, aux frontières de l'expérimentation. Trop vite séparé et trop brièvement reformé l'an dernier.   Peter Parker Experience (1993) Entre les deux premiers albums de Diabologum, Cloup mélange en solo avant-garde lo-fi et pop, donnant quelques clés pour la suite.   Experience (1998-2010) Après Diabologum, Michel Cloup panse les plaies de la s

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C(l)oup de blues

MUSIQUES | À la suite d'un «drame domestique» qui l'a profondément changé, l'ex-Diabologum et Expérience Michel Cloup a recyclé en solo sa colère sur "Notre Silence". Un album bouleversant, synonyme de nouveau départ, à découvrir sur la scène du Clacson. Propos recueillis Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 février 2012

C(l)oup de blues

Sur le titre Cette colère, il apparaît que la colère que vous pensiez avoir apprivoisée avec l'âge est réapparue suite à un drame personnel pour, dites-vous, devenir votre «meilleur carburant». Est-ce la colère qui a engendré ce disque ?Michel Cloup : Non, ce sentiment est très présent dans le disque, mais n'en est pas l'élément central. J'ai effectivement souvent exprimé, dans chacun de mes différents projets, une colère, pour tout un tas d'autres raisons que le drame domestique qui m'a touché. Là, je voulais surtout rendre les différents états par lesquels on passe quand on perd quelqu'un. La colère, puis les souvenirs qui reviennent, la tristesse, le manque. C'était un cheminement personnel, aller au cœur de ce processus en étant exhaustif dans le rendu. Mais quand je parle de perte, c'est au sens large ; les gens n'ont pas besoin de mourir pour qu'on les perde. Paradoxalement, on sent aussi dans cet album une sorte d'apaisement, beaucoup de pudeur.Exactement. Même, si je ne me suis jamais autant livré, cet album n'est pas une psychanalyse. Le but n'était pas de raconter mes petits malheu

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Un disque à la gum : retour sur #3, l'album culte de Diabologum

MUSIQUES | «Les Diabologum ne sont rien et leurs zélateurs moins que rien». À la sortie de #3 en 1996, le bien nommé troisième album de Diabologum provoque des réactions (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 février 2012

Un disque à la gum : retour sur #3, l'album culte de Diabologum

«Les Diabologum ne sont rien et leurs zélateurs moins que rien». À la sortie de #3 en 1996, le bien nommé troisième album de Diabologum provoque des réactions épidermiques. Celle-ci est signée Rock & Folk, qui qualifiera les Toulousains de «groupe à la gomme». C'est que #3 surprend, comme une gifle à laquelle on ne s'attend pas. Jusque-là, sur C'était un lundi après-midi semblable aux autres ou Le Goût du jour, Diabologum, formé en 1990 et signé sur le mythique label Lithium, véritable labo du rock et d'une chanson française non encore affublée de l'épithète à claques «nouvelle», évolue dans l'expérimentation (collages, samples, critiques des médias et de l'art officiel) et le second degré lo-fi et low-profile. #3, dont la pochette nuageuse est affublée de cette phrase Ce n'est pas perdu pour tout le monde, c'est une toute autre mayonnaise : un laboratoire dans le laboratoire, du bromure dans le Lithium, dont l'art, au cynisme et à l'idéalisme réversibles, culmine ici dans un surprenant fatras sonique jonché de saillies crypto-situationnistes qui n'ont pas vieillies d'un

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Musicophilia

MUSIQUES | Rock, électro, rap — Automne au balcon, printemps au diapason. Trêve des confiseurs et ripailles de Noël digérées, les salles lyonnaises remettent le couvert pour une saison musicale quasiment au niveau de celle que l'on vient de vivre. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 20 décembre 2011

Musicophilia

Ici, on n'est pas du genre à dire «on vous l'avait bien dit», mais avouez qu'on vous l'avait bien dit : l'automne a été particulièrement riche en (bon) cholestérol musical. Et au vu de ce qui se profile dans la première moitié de l'année, on n'a pas fini de saucer. Commençons par une fin en beauté excentrique avec la reine Björk de Biophilia aux Nuits de Fourvière. Un événement ! De même pour la venue le 26 mars à l'Epicerie Moderne de l'immense Jonathan Richman. Une Epicerie qui continuera de régaler cette saison avec le néo-rocker Hanni El-Khatib (26/02), un co-plateau international Piers Faccini (anglo-italo-quasi français) et Chad Van Gaalen (Canadien) le 15 mars, ou encore, la veille, ce sombre illuminé de Daniel Darc. Le printemps fleurera d'ailleurs bon le vieux chanteur «françois» révolté avec un Miossec très rock le 7 février au Transbo mais aussi, le 10, Michel Cloup (ex-Diabologum et Expérience) qui présentera son sublime album solo Notre Silence au Clacson. En dépit de ses difficultés actuelles avec le silence justement, la salle d'Oullins ne désarme pas pour autant avec une progra

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Que Viva Calexico !

MUSIQUES | À l’image d’une Amérique de retour à l’air libre, Calexico respire à nouveau à pleins poumons avec son album "Carried to Dust" qui reprend la route pour élargir le territoire. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 16 janvier 2009

Que Viva Calexico !

Pour qualifier Calexico, les programmateurs, et pas mal de journalistes, présentent souvent le duo de Tucson (Joey Burns et John Convertino) comme du «folk mariachi». Un terme qui fait craindre de voir débouler dans la minute une armée de sombreros psychopathes venus hurler une sérénade hispanisante sous de paisibles fenêtres. C’est un peu la faute du groupe, il est vrai, qui convie régulièrement sur scène la troupe mariachi Luz de Luna, une douzaine de gringos en costume jouant très fort mais très bien (la preuve sur le DVD Worlds Drift In : Live at The Barbican, une merveille). Sur disque aussi, le Mexique n’est jamais loin, comme en témoigne leur titre emblématique The Crystal Frontier et des dizaines d’autres. Mais les frontières musicales de Calexico ne se contentent guère d’enjamber le Rio Grande en d’incessants allers-retours. Au départ projet récréatif développé pendant les vacances que leur accordait leur mentor Howe Gelb au sein de Giant Sand, Calexico est devenu l’un des grands défricheurs musicaux américains de la dernière décennie. Atteignant un climax avec l’album Feast of Wire, véritable condensé de musique américaine passée (jazz, folk),

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Matt le hurleur

MUSIQUES | Fondateur vénéré de Third eye foundation, un nom de groupe de métal qui cachait en fait un homme seul faisant de la drum’n’bass ténébreuse et mystique, Matt (...)

Christophe Chabert | Jeudi 15 janvier 2009

Matt le hurleur

Fondateur vénéré de Third eye foundation, un nom de groupe de métal qui cachait en fait un homme seul faisant de la drum’n’bass ténébreuse et mystique, Matt Elliott a, depuis qu’il a récupéré son patronyme, pris le large. The Mess we made, l’album de la rupture, transcrivait de manière organique les épanchements électroniques précédents, et reste un de ses putains de bon disque que l’on ne se lassera jamais de redécouvrir. Elliott se lança ensuite dans une trilogie marquée par une envie de chanter malgré ses maigres capacités vocales ; ce timbre rauque et caverneux a toutefois gagné un charme entêtant au fil du temps. Failure songs, Drinking songs et aujourd’hui Howling songs correspondent aussi à l’errance de leur Anglais d’auteur à travers l’Europe, un temps fixé en France, puis en partance pour l’Espagne, avec quelques séjours en Allemagne au milieu. C’est pourtant la musique des Balkans qui s’est engouffré dans son œuvre, avec des accords de guitares gitanes virant parfois vers une sorte de «flamenco brisé» (titre d’un de ses derniers morceaux). Mais la vraie nature de cet homme étrange, sentimental et dépressif, politisé tendance radical (Bomb

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GET WELL SOON Rest Now, Weary Head ! You Will Get Well Soon (City Slang/Cooperative/Pias)

MUSIQUES | C’est probablement convaincu de son talent que le jeune Allemand Konstantin Gropper, leader autocrate car unique membre de Get Well Soon, a choisi son (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 26 septembre 2008

GET WELL SOON
Rest Now, Weary Head ! You Will Get Well Soon
(City Slang/Cooperative/Pias)

C’est probablement convaincu de son talent que le jeune Allemand Konstantin Gropper, leader autocrate car unique membre de Get Well Soon, a choisi son sobriquet. Que pouvait-il faire d’autre que de souhaiter un «prompt rétablissement» à des auditeurs sur le flanc après écoute d’un album qui est peut-être la claque de la rentrée ? Car de son appartement berlinois, le jeune homme a accouché d’un album monstre, ouragan pop baroque d’une richesse épuisante qui multiplie les fausses pistes : des fanfares de l’Est aux sidérantes contrées intersidérales d’un Scott Walker punk (If This Hat is Missing I’ve Gone Hunting). Par moment on croit dénicher dans ses compositions ce qu’aurait pu devenir Radiohead si le groupe ne s’était vaporisé à force d’abstraction. Mais c’est alors que surgissent des envolées lyrico-éthyliques à la Beirut (Your Endless Dream et son banjo claudiquant). On s’abasourdit de sa reprise désarmante de l’éculé Born Slippy d’Underworld, hymne d’une génération de Trainspotters passés au Lexomil ou de sa berceuse orchestrale aux sorcières en feu (Witches ! Witches ! Rest no

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Surfers d’argent

MUSIQUES | Le succès est une chose bien volatile. Il y a ceux qui comme Cindy Sander courent après toute leur vie, de quinzaines du cochon en castings téléréalistes, (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 17 avril 2008

Surfers d’argent

Le succès est une chose bien volatile. Il y a ceux qui comme Cindy Sander courent après toute leur vie, de quinzaines du cochon en castings téléréalistes, avant de s’apercevoir qu’ils font du surplace sur un tapis roulant, et ceux qui s’en moquent mais le prennent en pleine poire (le succès, pas le tapis roulant). C’est le cas de Nada Surf, qui en 1992 pond un tube parlé-chanté qui dépeint le darwinisme social à l’œuvre dans les cours de lycée et dont le titre porte en lui sa propre prémonition : Popular. À l’époque, les combos power pop poussés sur les ondes des college radios américaines font un mini-tabac. Weezer, The Rentals ou Fountains of Wayne se livrent de redoutables joutes mélodiques avec un empressement digne des ancêtres Buzzcocks ou Big Star, pères du concept power pop, ce sucré-salé de pop bubblegum et d’intensité punk. Mais c’est Popular qui fait un carton mondial insensé. Pour Nada Surf, c’est là que la galère commence. Luttes intestines avec les maisons de disques qui veulent un Popular 2 et soufflé qui retombe au gré d’albums inégaux. Jusqu’à The Weight is a Gift (2005) et son single Blonde on Blonde, où Nada Surf s’affranchi

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Bateau hanté

MUSIQUES | Aussi indispensable que désespérée, la musique de Matt Elliott poursuit sa plongée dans les tréfonds de l'âme de son créateur. Des chansons à boire comme un grand cru millésimé au... Bistrot de Vaise ! Emmanuel Alarco

| Mercredi 9 novembre 2005

Bateau hanté

Le souffle glaçant des abysses ; un fracas sourd mêlé à de lointains cris de panique ; une guitare et quelques arpèges mineurs, vite rejoints par un chœur de condamnés : "L'eau monte et lentement nous mourrons/Nous ne reverrons pas la lumière/Nous ne reverrons pas nos épouses". Sur le cinquième morceau de son dernier album, Matt Elliott délivre sa vision des ultimes soubresauts de l'équipage du Kursk (le sous-marin russe ayant mystérieusement sombré il y a 5 ans), un requiem à l'image de l'œuvre de l'Anglais : habité et déchirant. Pièce centrale de Drinking songs, The Kursk (comme tout le reste du disque) trouve ses racines dans The Sinking ship song, autre chant du cygne d'une bande de marins mal en point et monument prémonitoire du précédent opus d'Elliott. Noir comme le souvenir Sorti en 2003, The Mess we made marque un tournant décisif dans la carrière de son auteur. Après avoir maltraité la drum'n'bass à coup de bandes inversées et d'ambiances spectrales pendant près d'une décennie, Matt Elliott choisit d'apparaître à passeport découvert et d'abandonner (jusqu'à nouvel ordre) son blason mythique : Third Eye Foun

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Refondation

MUSIQUES | Diantre ! On pensait que Matt Elliott, Anglais dépressif installé dans le Sud de la France pour écrire et composer des chansons austères et désespérées, avait (...)

| Mercredi 11 avril 2007

Refondation

Diantre ! On pensait que Matt Elliott, Anglais dépressif installé dans le Sud de la France pour écrire et composer des chansons austères et désespérées, avait rendu définitivement les clés de sa Third Eye Foundation. C'est ce projet-là qui lui a pourtant apporté une (petite) notoriété dans le milieu de la musique électronique : une forme de drum'n'bass métaphysique hantée conjointement par les spectres de Brian Eno, de Bauhaus et de la musique sacrée. Trois albums fondamentaux ont écrit les évangiles de cette fondation du troisième œil : le bruitiste et oppressant Ghosts, à la production particulièrement raide ; le très beau You guys kill me, disque de l'urbanité stressée où retentissaient d'inquiétantes sirènes avant de décrire une «galaxie de cicatrices» surgie du plus hardcore des magasins de piercings. Enfin, Little Lost soul, un chef-d'œuvre absolu qu'Elliott avait composé en hommage à ce qui semble être la seule compagnie qu'il ait jamais eu de toute sa vie, son chat. Pour célébrer les obsèques de ce «félin aimant», il convoquait des chœurs synthétiques qui propulsaient chaque morceau vers des hauteurs d'émotion que seules les â

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