César du meilleur espoir musical

À Suivre | Voici quatre Lyonnais sur lesquels on veut bien miser quelques gonettes cette année. Suivez-les de près.

Sébastien Broquet | Mardi 20 septembre 2016

Photo : © DR


Big Junior

Qu'est-ce que cela donnerait si Grandmaster Flash avait mangé Damon Albarn au goûter, et quelques synthétiseurs au souper ? Réponse : Big Junior. Emmené par quatre briscards de la scène lyonnaise émergente (Matthieu et Richard, ex-Welling Walrus, Adrien et Johan, de Hokins), la formation pour le moins singulière se veut fondatrice d'un nouveau genre, le hip-wave. Avec un premier EP en poche (Snii), les Big Junior enchaînent les dates avec toujours la même énergie communicative. Avec du flow, du beat et des riffs tout le monde est servi : il ne vous reste plus qu'à taper du pied.

Pomme

Elle n'a pas 20 ans mais l'assurance vocale des plus grandes. Autodidacte de talent, Pomme n'a besoin que d'une guitare, d'un banjo et d'un violoncelle pour ouvrir les portes d'un univers mielleux. Après cinq ans à arpenter les caveaux et les péniches lyonnaises, elle s'exporte enfin grâce à l'aide de Polydor. Si elle n'a pour l'heure qu'un EP en poche (En Cavale), Pomme devrait en dévoiler un peu plus cette année. En tournée à partir du mois de novembre, la jeune chanteuse part conter sa poésie dans toute la France. Une chose est certaine avec cette Pomme : c'est une Golden.

Mazalda / Super Orion

En résidence prolongée de trois semaines du côté de Bizarre!, le groupe Mazalda n'en finit plus de dynamiter les structures, les rythmes et les projets à coups d'envolées collaboratives, comme avec ce projet Super Orion dont on devrait beaucoup entendre parler cette année, réunissant le chanteur algérien Sofiane Saïdi, petit prince du renouveau raï, et des percussionistes sénégalais, chantres du m'balax. Là encore, pas de disque à se mettre sous la dent mais des concerts en vue, à commencer par le Marché Gare le 7 octobre. À suivre de très près.

The Pilotwings

Le duo, dans les musiques électroniques, c'est la base. Et à Lyon, en voici venir un nouveau qui affole tous les dancefloors depuis quelques mois, du Terminal aux Nuits Sonores : The Pilotwings. Évidemment, Guillaume Lespinasse et Louis de la Gorce ont sorti leur premier disque sur le label qui compte ces temps-ci, BFDM, avant de sortir un EP sur Macadam Mambo. Leur premier album Les Portes du Brionnais arrive le 30 septembre, toujours sur BFDM, et au su de la bruissante rumeur, ils pourraient bien voir grand, munis de pépites oscillant entre italo disco, électro pop et house baléarique. Impatience !

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La Première de Pommerat au TNP annulée

Théâtre | En raison de la grève nationale du mardi 10 décembre, la première représentation prévue au TNP de Contes et légendes de Joël Pommerat est annulée. La pièce se (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

La Première de Pommerat au TNP annulée

En raison de la grève nationale du mardi 10 décembre, la première représentation prévue au TNP de Contes et légendes de Joël Pommerat est annulée. La pièce se joue néanmoins jusqu'au 21 décembre. Plus de renseignements sur le site https://www.tnp-villeurbanne.com.

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7 spectacles pour lesquels vous devriez réserver

La Saison Théâtre | De Joël Pommerat à l'implacable Tatiana Frolova, voici sept pièces aimées ou prometteuses sur lesquelles nous misons cette saison.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

7 spectacles pour lesquels vous devriez réserver

Départ flip Ils et elles grimpent sur un toit de cordes et rampent. Nous les regardons là-haut comme nous regarderions au zoo une kyrielle de singes se mouvoir avec attention et agilité. Les trapèzes ? Ils sont leurs objets collectifs car c’est bien à la rencontre avec une tribu que nous convie Aurélie La Sala, ancienne boxeuse, circassienne qui a repris seule la compagnie Virevolt fondée avec Aurélien Cuvelier. Sans numéros d’épate, au sol, dans les airs, amassés sur un cube à 80 cm du sol comme si une mer menaçante allait les aspirer, les acrobates signent un spectacle bouleversant sur ce qu’il nous reste de liberté, la capacité et/ou la nécessité d’être seul ou plusieurs, comment on se débat avec les contraintes extérieures et nos urgences intérieures. Superbe. À Villefontaine le 23 novembre À Villefranche le 4 mai Je n’ai pas encore commencé à vivre Ce fut une claque. Tatiana Frolova ne nous est pourtant pas inconnue. Grâce au festival Sens interdits, elle présente même à Lyon son quatr

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Un seul être vous manque...

La rentrée théâtrale | Des spectacles par centaines au programme. Lyon et son agglo regorgent de propositions théâtrales mais il manque toujours des noms majeurs du théâtre contemporain.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Un seul être vous manque...

Bien sûr, nous ne nous ennuierons pas cette saison en matière de théâtre à Lyon et dans les alentours, tant il y a un foisonnement d’offres et pourtant, lorsqu'à la fin du printemps, nous prenions connaissance de ce qui ferait nos soirées prochaines, s'imposaient d'abord les absents. Cruel constat qui n'est pas neuf sous nos cieux gaulois. L'ex-enfant terrible du théâtre français – qui désormais gesticule beaucoup, soit - Vincent Macaigne ? Jamais venu. Christiane Jatahy, metteuse en scène brésilienne qui a fait les beaux jours de la Comédie-Française avec sa version très populaire, limite démago de La Règle du jeu de Renoir et qui a signé une version des Trois sœurs tcheckhoviennes renversante et renversée par des écrans vidéo qu'elle manie parfaitement ? Pas là. Et surtout, Milo Rau, l'artiste européen majeur actuellement, de surcroît francophone ? Aucune trace. Les Lyonnais n'ont eu la chance de connaître son travail que via Hate radio programmé à Sens interdits en 2015 (le festival, off cette année, fait tout de même revenir la très agitante polonaise Martha Gornicka avec H

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Les décapants Thérapie Taxi au festival Changez d'Air

Festival | Il en fallait de la suite dans les idées pour pérenniser un festival chanson pop à Saint-Genis-les Ollières hors-saison (des festivals s'entend). Ça fait (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 22 mai 2018

Les décapants Thérapie Taxi au festival Changez d'Air

Il en fallait de la suite dans les idées pour pérenniser un festival chanson pop à Saint-Genis-les Ollières hors-saison (des festivals s'entend). Ça fait pourtant 18 éditions, âge de la majorité, que ça dure et perdure. La faute, si l'on peut dire, à une programmation qui sait taper là où il faut, entre branchitude et satisfaction populaire (deux notions à prendre dans toutes leur relativité). Ainsi donc de cette édition 2018 de Changez d'Air qui verra se côtoyer, du 23 au 26 mai, aux côtés d'une Clarika ou une Giedré, une belle plante en devenir comme Pomme, un duo fouineur toujours impressionnant (Pethrol), l'énigmatique duo stéphanois Terrenoire, vu aux Inouïs de Bourges cette année ou le rappeur néo-puriste Davodka. Et surtout, surtout, les gentiment décapant Thérapie Taxi, délicieuse et vénéneuse sensation électro-french-pop que l'on conseille aux traumatisés d'Uber et ses conséquences sur notre civ

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French kiss à la Comédie Odéon

Chanson | Après la Féline et Louis-Jean Cormier le mois dernier, c'est cette fois avec Tim Dup et Pomme que la Comédie Odéon poursuit – en partenariat avec À Thou Bout (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 12 décembre 2017

French kiss à la Comédie Odéon

Après la Féline et Louis-Jean Cormier le mois dernier, c'est cette fois avec Tim Dup et Pomme que la Comédie Odéon poursuit – en partenariat avec À Thou Bout d'Chant et Morpheus Productions – son festival des dimanches baptisé French Connexion et part à l'assaut de la chanson franco-lyonno-québécoise. Et donc d'essence francophone. Au menu chaque mois, un artiste du cru (Leila Huïssoud, Sarah Mikovski, Melba) et une tête d'affiche nationale (Fishbach s'annonce en janvier) ou québécoise (Cormier, Klô Pelgag, bientôt). Ce mois-ci, ce sont quasiment deux têtes d'affiche qui se produiront. Car si elle fait figure de régionale de l'étape, la Caluirarde Pomme peut s'enorgueillir d'un parcours long comme le bras et empreint de réussite, puisque la pop-folk francophone aux arrangements élégants de cette toute jeune femme émarge désormais chez Polydor/Universal où est sorti son très mal nommé album À peu près. On ne dira pas autre chose de ce Tim Dup

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The Pilotwings, explorateurs nostalgiques

Italo disco | Un succès qui s'exporte hors de nos frontières, une Boiler Room remarquée et un premier album en 2016 : les Lyonnais The Pilotwings jouent live à domicile, entre électro disco et house rétro.

Corentin Fraisse | Mardi 16 mai 2017

The Pilotwings, explorateurs nostalgiques

Fin 2016, The Pilotwings sortaient leur premier véritable album, après deux EPs et un mini LP déjà signés chez la grande famille BFDM (Brothers From Different Mothers), label lyonnais hyperactif. Le duo formé par Guillaume Lespinasse et Louis de la Gorce vogue sur des courants alternatifs, expérimentant, tournoyant quelque part entre l'italo disco, l'acid des années 1990 et la balearic house des eighties. Ce premier opus, Les Portes du Brionnais, est un concentré de house et de disco aux sons presque métalliques : des basses grasses, des nappes de synthé, quelques rythmiques tribales... De l'électronique moite pour faire transpirer les foules. Entre textes en français et en anglais, sons rétro et mélodies peu communes, l'album est homogène, parfaitement encourageant. Les compositions se veulent volontairement kitsch, comme l'imagerie. En témoigne une pochette d'album aux faux airs de Wham!. Chez The Pilotwings, tout semble tourner autour du jeu vidéo, à commencer par leur nom tiré d'un simulateur de vol sur Nintendo 64... Ils s'avouent influencés par des bandes-son minimalistes comm

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Insomniaque

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 20 décembre 2016

Insomniaque

22>12>16 LE SUCRE CASSIUS --- Attention : en raison d'un problème de santé de l'un des membres de Cassius, cette date est reportée à la rentrée 2017. Infos billets sur le site du Sucre --- L'autre duo ayant explosé les codes de la house en pleine french touch a su sans cesse se réinventer, accumulant les hits même quand on ne les attendait pas (I <3 u so) ; l'un, Zdar, s'imposant aussi comme orfèvre du son pour tout ou presque ce que la planète compte de stars. À intervalles réguliers, la paire trouve encore le temps de se retrouver derrière les platines pour quelques sets où l'hédonisme se décline sous toutes ses facettes. Ibiza. 23>12>16 LE SUCRE LA CHINERIE Il va falloir tenir onze heures d'affilée, et les huîtres de Oyster Sonore (Clément Marandon, l'un des meilleurs écaillers de France) ne seront pas de trop pour vous revitaliser même si le line-up, comme toujours bien senti, c

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Nouvelles Voix en Beaujolais

Festival | Résister. Ne faire aucun jeu de mots lié au beaujolais nouveau, à l'ivresse, avec "grand cru". Causer musique : voici donc venir le programme des Nouvelles (...)

Sébastien Broquet | Mardi 15 novembre 2016

Nouvelles Voix en Beaujolais

Résister. Ne faire aucun jeu de mots lié au beaujolais nouveau, à l'ivresse, avec "grand cru". Causer musique : voici donc venir le programme des Nouvelles Voix en Beaujolais, festival lancé en 2005 et qui du 14 au 20 novembre prochain va agiter toute l’agglomération de Villefranche-sur-Saône en divers spots. À commencer par le théâtre de la ville, qui accueille le vendredi 18 trois merveilles estampillées sono mondiale : les sœurs israëliennes d'A-Wa mêlant folklore yéménite et beats électro, assurément l'une des plus belles découvertes de l'année, qui partagent l'affiche avec le Camerounais Blick Blassy que l'on chérit tant il progresse d'album en album, couvé par l'excellent label Nø Førmat. Soom T, la MC incendiaire de Glasgow, complétant le programme. La couleur du festival reste axée chanson et découvertes : on suivra ainsi les performances de Pomme (le 15) et de Sarah Mikovski (le 17), repérées par ici. À guetter également : Ala.ni, elle aussi hébergée par Nø Førmat et ancienne choriste de Damon Albarn et Mary J. Blige (le 16 à Gleizé)

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Vice ouvre un bar éphémère sur les quais de Saône

Liqueur | Le Repaire, bar éphémère de Vice, ouvre à Lyon le 10 novembre pour trois semaines.

Lisa Dumoulin | Vendredi 4 novembre 2016

Vice ouvre un bar éphémère sur les quais de Saône

Après un premier succès à Paris en juin dernier, Vice, en partenariat avec une marque d'alcool, inaugure un nouveau bar éphémère à Lyon, investissant le Ké Pêcherie (1 rue de la Platière) sur les quais de Saône. Dès le 10 novembre et pendant trois semaines, il sera transformé en maison de chasse : collections de trophées, fusils et cheminées à larges foyers envahiront les lieux jusque sur la terrasse. La façade aussi sera redécorée, par le collectif Ready Made France qui réalisera une fresque inédite. Le duo est composé de V2M (Vincent de Mestral) et B00K (Adrien Bertrand), deux artistes bien connus des Lyonnais qui ont traîné dernièrement du côté de la Taverne Gutenberg, de la boutique Blitz ou du festival Graffik’Art. Le groupe de médias Vice proposera ainsi moult animations, trois soirs par semaine, de 18h à 1h. Les jeudis seront pilotés par Munchies, la chaîne food, les vendredis par No

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Super Orion bouscule le raï

Sono Mondiale | Mazalda, combo d'alternatifs ambianceurs férus de pulse afrobeat et de sono mondiale camouflée façon Sublime Frequencies, s'aventure dans un projet au nom 70's en compagnie de la voix de miel de Sofiane Saidi : ça s'appelle Super Orion et vous allez en entendre parler. Ici-même par Stéphane Cézard, leur guitariste, pour commencer.

Sébastien Broquet | Mardi 4 octobre 2016

Super Orion bouscule le raï

Mazalda : origine et influences ? Stéphane Cézard : Mazalda est un sextet qui existe depuis quinze ans, ayant endossé de nombreuses formes : orchestre de rue accoustique, groupe de scène ou exploration sonore multi-spatiale, avec depuis le début un amour des traditions populaires du monde entier. C'est nourri de ces influences multiples allant notamment du raï, des musiques traditionnelles africaines, indiennes ou européennes au rock prog, que la musique et le son unique de Mazalda sont nés. Super Orion : un projet multiple, avec des invités d’horizons divers… Il y a eu deux phases dans la construction du projet : d'abord en 2014/15, 10's Orion Raï avec le chanteur Cheb Lakhdar et le derbki (joueur de derbouka) Mohamed Ben Amar, lors de laquelle Mazalda a eu une première approche du raï avec ces deux musiciens oranais et a commencé à s'approprier les danses, les façons d'orner et d'accompagner le raï. Puis, Super Orion où Mazalda s'affranchit du répertoire de Cheb Lakhdar et élargit ses influences à la musique turque, égyptienne ou marocaine, en plaçant la

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Insomniaque

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 6 septembre 2016

Insomniaque

09.09.16 > BELLONA DJ SNEAK Les soirées In Osmose With ont fait le bonheur de L'Ambassade, emmenées de main de maître par Julien Kano et faisant la part belle à la house music. En cette nouvelle saison, elles migrent vers la péniche Bellona avec une première de très, très haut niveau en compagnie de l'historique DJ Sneak, légende de la house de Chicago (comme Paul Johnson et Green Velvet, qui le signa sur son label Cajual) qu'il a largement contribué à populariser dans nos contrées où il eut une influence considérable : la disco filtrée, donc la french touch, c'est lui. Teacher. 09.09.16 > LE SUCRE DISCWOMAN Encore une prog' impeccable au Sucre ce soir avec le collectif & label new-yorkais Discwoman, dont le credo est limpide : mettre en l'air les femmes queer et transgenre de la scène électronique. Illustration avec Avalon Emerson, pépite issue de la scène techno de San Francisco, DJ Haram venue de Philadelphie où elle dirige le club ATM, mêlant avec une

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Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

SCENES | Cinq mois après la version magistrale de Godot par Jean-Pierre Vincent, Lyon reçoit celle du stéphanois Laurent Fréchuret : si le casting est plus inégal, la vivacité et la férocité de l’époustouflant texte de Beckett sont bien là. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 26 janvier 2016

Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

Pour ceux dont les souvenirs remonteraient aux vieilles années du lycée, il y a urgence à réentendre ce texte. Plus puissant que Fin de partie ou Premier amour qui tournent partout, En attendant Godot est un chef d’œuvre, parfaite alchimie entre une désespérance profonde et un espoir ultime, celui d’être ensemble, toujours, même - et surtout - face à l’inéluctable. Laurent Fréchuret n’a pas souhaité faire le malin face à ce texte-monstre, bien lui en a pris : il suit les très précises indications que Beckett a livré en didascalies et c’est dans ces contraintes qu’il trouve la liberté de rire. Pour cela, le Stéphanois a convoqué un acteur immense, Jean-Claude Bolle-Reddat. Parfait Estragon qui, entre mille autres choses, a été membre de la troupe du TNS époque Martinelli, est passé dans le décapant Prix Martin de Labiche mis en scène par Boëglin, ou a joué au cinéma sous l’œil du surdoué en surchauffe François Ozon (Une nouvelle amie). En une fraction de seconde, Bolle-Reddat est juste et il tiendra cette tension deux heu

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Révolutionnaire Pommerat

SCENES | Quand, en avril 2005, le TNG accueille Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, le metteur en scène débarque à Lyon comme la mère de la petite fille : (...)

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Révolutionnaire Pommerat

Quand, en avril 2005, le TNG accueille Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, le metteur en scène débarque à Lyon comme la mère de la petite fille : marchant sur la pointe des pieds, mais faisant résonner le bruit de talons invisibles. Entendez par là : il arrive le plus discrètement possible, mais fait son effet. Cette pièce est la première qu’il consacre aux enfants (suivront les sombres et néanmoins féériques Pinocchio et Cendrillon), mais il fait alors du théâtre depuis plus de dix ans et s’apprête à être invité du Festival d’Avignon l’année suivante. Acteur, il a rapidement cessé de l’être, à 23 ans, pour se lancer dans «l’écriture de spectacles» selon ses mots. Du monologue Le Chemin de Dakar en 1990 à la création des Marchands en 2006, il fait ses armes, avant de rencontrer un succès qui ne s’est plus démenti. Associé aux Bouffes du Nord puis à l’Odéon, et désormais aux Amandiers-Nanterre, il crée à un rythme effréné des pièces d’une qualité constante, qui toutes creusent les paradoxes de l’Homme et la manière dont la mécanisation du travail le broie (Les Marchands, Ma Chambre froide

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Au TNP, Joël Pommerat fait sa Révolution

SCENES | À force d’ausculter le travail, les rapports de hiérarchie et les questions de libre arbitre, il fallait bien qu’un jour Joël Pommerat ose affronter les prémices de la liberté et de l’égalité des droits. En 4h30, il revient aux origines de la Révolution française avec "Ça ira". Et c’est un exceptionnel moment de théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Au TNP, Joël Pommerat fait sa Révolution

«Il n’y a pas de point de vue» reprochent à Ça ira les rares qui osent critiquer aujourd’hui Joël Pommerat, devenu en quinze ans une figure absolument singulière et, pour tout dire, monumentale du théâtre français actuel, de surcroît plébiscitée par les spectateurs partout sur le territoire. À Nanterre, où il est artiste associé, il a affiché complet durant tout novembre et les malchanceux dont la représentation tombait sur les deux jours d’annulation post-attentats ont dû jouer sévèrement des coudes pour rattraper au vol des billets sur Le Bon Coin. Cette supposée absence de point de vue – aucun personnage n’étant désigné comme bon ou mauvais – est en fait la preuve qu’il y en a une multitude. Tout le monde s’exprime au cours de cet épisode de l’Histoire dont le choix constitue en lui-même un acte politique fort, comme Pommerat en signe depuis ses débuts. Comme il le précise souvent, «il ne s’agit pas d’une pièce politique mais dont le sujet est la politique», soit la vie de la cité, selon l’étymologie du mot. Plutôt que de proposer un manifeste, Pommerat amène à mieux comprendre la naissance de la Révolution et même, puisqu’il n’es

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Joël Pommerat fait sa révolution

SCENES | La pièce débute ce vendredi 8 janvier et elle se tiendra jusqu’au 28 au TNP, qui pour assurer une si longue série a uni ses forces à celles des Célestins. (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 janvier 2016

Joël Pommerat fait sa révolution

La pièce débute ce vendredi 8 janvier et elle se tiendra jusqu’au 28 au TNP, qui pour assurer une si longue série a uni ses forces à celles des Célestins. Grand bien leur en a pris, car Ça ira (1) Fin de Louis est un spectacle hors norme – que nous ne traiterons ici qu'en surface pour mieux lui accorder notre Une la semaine prochaine. Aux Amandiers à Nanterre, où il fut créé, il nous a plongé de prime abord dans une certaine incrédulité avant de nous convaincre totalement. Car pour raconter la Révolution française (jusqu'à 1792), Joël Pommerat a tout misé sur la parole et atténué ses effets scéniques, qui reposaient essentiellement sur un usage sidérant des lumières. Par ailleurs, lui qui a toujours eu un discours si grinçant sur l’aliénation au travail laisse ici s’exprimer toutes les contradictions des puissants et des faibles, ne prenant pas position. Tiède ? Au contraire. En 4h30, il montre avec brio comment, aux cours de débats passionnés, des hommes et des femmes ont tenté de rendre la société plus égale – et y sont parvenus. Sans égréner de dates-clés ni nommer de protagonistes (à l’exception de Louis), mais avec ses comédiens fidèles et son a

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Rentrée théâtre 2016 : n’ayons peur de rien

SCENES | Lancée par la venue de Joël Pommerat et Romeo Castellucci, la seconde partie de saison s’annonce dense et exigeante. Tour d’horizon de ce qui vous attend au théâtre sur les six prochains mois.

Nadja Pobel | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée théâtre 2016 : n’ayons peur de rien

D'un côté la Révolution française revue et corrigée en costard-cravate par Pommerat en 4h30 dans Ça ira (1). Fin de Louis (au TNP, co-accueil avec les Célestins dès cette semaine), de l'autre de vrais singes et des instruments SM pour reconstituer le destin tragique des Atrides dans L’Orestie (aux Célestins, co-accueil avec le TNG plus tard en janvier) du remuant et très rare Romeo Castellucci : le premier mois de l’année ne devrait pas vous laisser indemne. D’autant que s’ajoutent la nouvelle création de Michel Raskine, Quartett d’après Les Liaisons dangereuses (Célestins), pour laquelle il rappelle son duo fétiche Marief Guittier / Thomas Rortais et celle, écouteurs aux oreilles, de Joris Mathieu, l’intriguant Hikikomori (TNG) qui murmurera trois histoires différentes aux spectateurs. Aussi intranquille sera Phia Ménard, artiste transgenre associée au TNG avec son classique Vortex

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La scène locale investit les médiathèques

MUSIQUES | Bon, du rififi peut-être pas, mais de la musique oui, grâce à cette initiative qui voit les médiathèques du Lyonnais accueillir en leur sein, durant tout (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 30 septembre 2015

La scène locale investit les médiathèques

Bon, du rififi peut-être pas, mais de la musique oui, grâce à cette initiative qui voit les médiathèques du Lyonnais accueillir en leur sein, durant tout le mois d'octobre (du 3 au 31), «la crème de la scène locale». Soit une vingatine de concerts tous genres confondus. Cela va en effet des magnifiques Odessey & Oracle, le vent en pleine poupe en ce moment, au ukulélé (bien pratique en médiathèque) de Nazca ; du jazz étrange (car pratiqué à la vielle) des Fuzzing Cats au post-punk de Blackthread ; en passant par les chelous La Fabrique des Boucles et Kcidy (fabrique de boucles et trip hop énigmatique, respectivement). On croisera aussi quelques valeurs devenues sûres dans leur domaine, qu'il s'agisse d'Yvan Marc, de Tachka ou de Faïk (l'ancien chanteur de Fake Oddity, passé en mode solo et folk). Enfin, quelques paris seront à prendre sur de jeunes pousses en pleine poussée justement comme Pomme, Satellite Jockey ou The Black Lilys. Bonne occasio

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Une saison théâtrale sous le signe du politique

SCENES | Souvent taxé d’art vieillissant, le théâtre ne cesse pourtant, à l’instar des sociologues ou historiens, d’ausculter le monde contemporain. Cette saison, plusieurs auteurs décryptant la trivialité des rapports sociaux seront portés au plateau. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Une saison théâtrale sous le signe du politique

Christine Angot le déclarait fin août au Monde : «il n’y a pas de vérité hors de la littérature». Théâtre inclus. Le festival international Sens Interdits, en prise directe avec les maux du Rwanda, des réfugiés ou de la Russie, en sera une déflagrante preuve en octobre. Plus près de nous, avec la vivacité d’un jeune homme, Michel Vinaver (88 ans) a repris la plume pour signer Bettencourt boulevard ou une histoire de France, une pièce en trente épisodes mettant au jour les rouages de la fameuse affaire. Ne surtout pas chercher dans ce texte monté par Christian Schiaretti au TNP (du 19 novembre au 19 décembre) des règlements de comptes entre un chef d’État, une milliardaire et un photographe-abuseur, des comptes-rendus judicaires ou de grands discours. Vinaver fait de ses célèbres protagonistes les personnages d’une tragédie grecque contemporaine, remontant à leurs origines et évoquant leur rapport à la judéité, montrant ainsi, loin des polémiques, comment une vieille dame absolument sénile se laisse courtiser par un bellâtre peu scrupuleux. Ce simple jeu d’influence

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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La saison 2015/2016 du TNP

ACTUS | 22 spectacles dont 9 émanant de sa direction ou de ses acteurs permanents : la saison prochaine, le Théâtre National Populaire fera la part belle aux talents maison, à commencer par la création très attendue de "Bettencourt Boulevard" par Christian Schiaretti. Autre temps fort : "Ça ira", fable plus que jamais politique du maître Joël Pommerat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 20 mai 2015

La saison 2015/2016 du TNP

L’an dernier à la même époque, Christian Schiaretti pouvait encore rêver de devenir patron de la Comédie Française, tandis que l’État et le Département supprimaient respectivement 100 000€ et 150 000€ de dotation à ce Centre National Dramatique majeur (sur un budget de presque 10M€). Depuis, le Ministère comme le Rhône ont rendu ce qu’ils avaient pris, le TNP peut rouler sur des rails paisibles. Quoique : la troupe permanente de 12 comédiens a été réduite à 6. Le coût de la vie augmentant, il faut bien faire des économies et puisqu’il n’est pas possible de baisser les frais de fonctionnement de cet énorme paquebot, ce sont les artistes qui trinquent. Mais de cette contrainte nait de l’inventivité. Le TNP proposera ainsi neuf spectacles dans lesquels des comédiens de la mini-troupe se feront metteur en scène, tout le monde travaillant de fait à flux constant. Julien Tiphaine portera à la scène La Chanson de Roland, Clément Carabédian et Clément Morinière s’attèleront au Roman de Renart, Damien Gouy au Franc-Archer de Bagnolet d’un anonyme du XVe siècle et Juliette Rizoud

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Dix incontournables pour 2014/2015

SCENES | Outre les spectacles cités dans notre gros plan et les panoramas lisibles par ailleurs, voici une dizaine de spectacles qui attisent notre curiosité ou réveillent de bons souvenirs. Bien plus, en tout cas, que les deux mastodontes avignonnais un peu fades qui passeront par là, au TNP, "Orlando" d'Olivier Py et "Le Prince de Hombourg" de Giorgio Barberio Corsetti.

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Dix incontournables pour 2014/2015

Phèdre Avec Les Serments indiscrets l’an dernier, Christophe Rauck présentait une version très personnelle, entre suavité et force, de la pièce méconnue de Marivaux. Il s’attaque maintenant au classique de Racine que tous les grands comédiens ont un jour joué dans leur vie, à commencer par Dominique Blanc sous la houlette de Patrice Chéreau. Dans ce casting-ci, on retrouvera la mythique Nada Strancar (dans le rôle de Oenone, nourrice de Phèdre), au milieu d'un décor agrègeant une nouvelle fois les apparats de l’époque Louis XIV à un univers moins propret, aux murs à nu voire lézardés. Rauck se garde de ripoliner les œuvres majeures pour mieux les révéler. Faisons-lui à nouveau confiance. Nadja Pobel Du 8 au 17 octobre aux Célestins  

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Pommerat refait les contes

SCENES | Plus de deux ans après sa création, "Cendrillon", enfin, passe par la région lyonnaise. Pièce maîtresse de l’œuvre de Joël Pommerat, ce conte, ici plus fantastique que merveilleux, décline ce qui intéresse tant l’incontournable metteur en scène : tenter d’être soi dans un monde hostile. Une réussite totale et inoubliable. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 11 mars 2014

Pommerat refait les contes

«Ta mère est morte. Ta mère est morte. Comme ça maintenant tu sais et tu vas pouvoir passer à autre chose. Et puis ce soir par exemple rester avec moi. Je suis pas ta mère mais je suis pas mal comme personne. J’ai des trucs de différent d’une mère qui sont intéressants aussi». Voilà ce que se racontent Cendrillon et le jeune prince lorsqu’ils se rencontrent. Pour le glamour, la tendresse et les étoiles dans les yeux, Joël Pommerat passe son tour. Tant mieux : en ôtant toute mièvrerie au conte originel, en le cognant au réel, il le transforme en un objet totalement bouleversant qui, lors de sa création, a laissé les yeux humides à plus de la moitié de salle. Du jamais vu pour ce qui nous concerne. «Ecrivain de spectacles», comme il aime se définir, Pommerat connaît depuis plus de dix ans un succès inédit dans le théâtre français, jouant à guichet fermé partout où il passe. Et il passe partout. Le seul cap qu’il s’était d'ailleurs fixé en renonçant à faire du cinéma, constatant qu’il ne pourrait jamais faire comme son héros David Lynch, était de créer une pièce

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Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

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Prime Pommerat

SCENES | Quoi qu’il fasse, Joël Pommerat le réussit avec une virtuosité inouïe. Dans son spectacle le plus dépouillé et peut-être le moins complexe techniquement, il livre à nouveau une cinglante fable sur le monde moderne. "La Grande et fabuleuse histoire du commerce" est un chef-d’œuvre de plus dans sa singulière carrière. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 9 novembre 2012

Prime Pommerat

Ainsi donc, ils se retrouvent en fin de journée, dans un basique hôtel de province après une journée de travail. Quatre hommes, représentants de commerce, accueillent un petit nouveau dans leur équipe. Comme dans le préambule d’Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin, les personnages nous sont sommairement présentés : «voilà c’est Franck, le fils de ma sœur, lui, c’est René le plus intelligent…». Et comme chez le cinéaste, Pommerat va ensuite observer ce qui grince dans la vie de ses personnages simples qu’il ne regarde jamais de haut. Ils doivent vendre, vendent et vendront. Sous le sceau de cette sainte-trinité moderne, ils ne sont plus que des machines oubliant pourquoi ils s’exécutent, trouvant même qu’en vendant à leurs clients des choses dont ils n’ont nul besoin, ils leur font une faveur ! Quand l’un d’eux est pris d’un accès de conscience, il est insulté : «communiste !» lui crient ses collègues, vieux loups rodés aux combines du métier. Puis la pièce, jusque-là baignée dans les années 60 (où Mai 68 se résume à une baisse des ventes !), bascule à

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Fable moderne

SCENES | Le cadeau d’un patron est-il vraiment un cadeau ? Travailler pour soi est-il vraiment plus épanouissant que travailler pour les autres ? Ces questions (...)

Nadja Pobel | Jeudi 22 décembre 2011

Fable moderne

Le cadeau d’un patron est-il vraiment un cadeau ? Travailler pour soi est-il vraiment plus épanouissant que travailler pour les autres ? Ces questions sont d’emblée posées dans Ma chambre froide par le boss, Blocq, qui considère ses sociétés comme ses créations. Il fait le ménage dans ses troupes et demande à deux d’entre eux de choisir qui doit garder son poste. «Un travail aujourd’hui, c’est un privilège, et un privilège, faut que ça se mérite ; c’est ça la démocratie». Sans faire de leçon partisane, Pommerat, en auscultant à quel point le travail pousse chacun dans ses derniers retranchements, livre une grande fable sociale acerbe et donc forcément politique, dans son acceptation la plus large. Quand Blocq annonce son décès imminent (une tumeur) et la cession de ses entreprises à ses employés (car il hait sa famille), il bouscule la sacro-sainte répartition simpliste des rôles dans lesquels chacun trouvaient bon an mal an son compte : patron-profiteur et employé-exploité. Il n’y a plus ni supérieur ni hiérarchie et tout se déglingue. La bonhomie d’Estelle, sur qui tout le monde se reposait avant,

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La science des rêves

SCENES | L’homme par qui la magie fait sens : l’indispensable metteur en scène Joël Pommerat ne lésine avec les artifices du théâtre pour passer à la loupe ses contemporains sans oublier de montrer leurs rêves et cauchemars. La preuve par l’exemple avec "Ma chambre froide" accueilli au TNP pendant dix jours. Portrait et critique.

Nadja Pobel | Mercredi 21 décembre 2011

La science des rêves

Joël Pommerat a cessé d’être acteur à 23 ans en 1986. Pas encore très vieux mais une évidence est là : il ne veut pas être une marionnette sur laquelle un metteur en scène tout puissant dépose un rôle préconçu. Car pour lui, l’acteur est au cœur du dispositif théâtral, le metteur en scène doit composer avec son être entier et le dépouiller de ses automatismes et de son savoir-faire. Pommerat se met alors à «écrire des spectacles». Ni metteur en scène, ni écrivain, mais bien auteur de spectacle. Ses pièces sont pourtant publiées, mais deux mois après le début des représentations car elles sont écrites au plateau, fignolées en jeu. Avec sa troupe fidèle, il fonde la compagnie Louis Brouillard au début des années 90. Ce nom, pas tout à fait anodin, donne une idée du bonhomme : «Je me dis parfois que Louis Brouillard a vraiment existé comme Louis Lumière, qu’il a inventé le théâtre et que je suis le seul à le savoir» disait-il en plaisantant récemment au micro de France Culture. Plus sérieusement, il fige ce nom à une époque où le théâtre du Soleil est omniprésent, où les jeunes compagnies prennent un nom de météo (embellie, vent…). Lui opte pour le brouil

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Le Cas Pommerat

SCENES | Après "Les Marchands" en novembre, le TNP accueille "Je tremble, 1 et 2", autres pièces immanquables de l'auteur et metteur en scène Joël Pommerat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 23 avril 2010

Le Cas Pommerat

Joël Pommerat est un grand auteur de spectacles. Certes ce n'est pas nouveau (son premier grand succès date de 2004 avec "Au monde", ses premières créations remontent à 1990), mais cela ne cesse de se confirmer. En janvier, il proposait "Cercles/fictions", son dernier spectacle dans les murs décrépis du théâtre parisien des Bouffes du Nord où il est en résidence pour encore quelques mois. Cette pièce sombre et grinçante était une succession de fragments des maux du monde (la solitude, le pouvoir de l'argent, la déréliction de l'homme) affublée d'une bonne dose de fantasmagorie (l'apparition burlesque d'un cheval entre autres). C'est avec «Je tremble», en 2007, que Pommerat avait amorcé cette déconstruction du récit et projeté sur scène un Monsieur loyal que l'on retrouve dans chacun de ses spectacles. Micro en main, ce speaker accompagne le déroulé du spectacle et se moque d'un éventuel suspens qu'il annihile en annonçant sa mort au terme de la pièce. Ce qu'il y a à entendre compte autant que qu'il y a à voir. Avec «Je tremble», Pommerat s'affranchit de la narration classique et se débarrasse du décor. En fond de scène, seul un rideau rouge à paillettes habille l'espace. Ce pour

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La Reine des pommes

ECRANS | De et avec Valérie Donzelli (Fr, 1h24) avec Jérémie Elkaïm…

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

La Reine des pommes

À ceux qui pensent avoir tout vu concernant le cinéma français, on recommande la vision masochiste de La Reine des pommes. Jusqu’ici, c’est-à-dire tant qu’elle n’était qu’actrice, on aimait bien Valérie Donzelli. Mais là, elle vient de commettre ce qu’on peut appeler le Plan 9 from outer space du cinéma d’auteur hexagonal : un film tourné en DV entre un appartement et un parc d’un amateurisme criminel, exploitant un sujet ô combien éculé (comment se remettre d’une rupture amoureuse) avec des idées toutes plus mauvaises les unes que les autres. Exemple définitif : donner à Jérémie Elkaïm, acteur nullissime, tous les rôles masculins du film. Une sensation d’incrédulité gagne le spectateur à la vision du film : grosse blague à prendre au millième degré ? Énorme ratage que l’on n’a pas osé ranger pudiquement dans un tiroir ? Petit film entre amis parisiens désœuvrés ? Et surtout, comme dirait l’autre : what the fuck ?! Christophe Chabert

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La prophète

SCENES | Théâtre / Joël Pommerat présente au studio 24 - TNP 'Les Marchands', créé en 2006. Une fable sociale sur la misère humaine et le travail glaçante, radicale mais surtout profondément émouvante. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 5 novembre 2009

La prophète

Combien sont-ils les metteurs en scène qui en cinq minutes de spectacle à peine ont déjà marqué de leur «patte» leur travail ? Joël Pommerat est incontestablement de ceux-là. Pour qui a déjà vu ses créations («Le Petit Chaperon rouge» et «Pinocchio» sont passés par Lyon), les souvenirs affluent dès l'amorce de cette pièce, pour les autres, ils viennent de découvrir une manière radicale et enchantée de faire du théâtre. Dans «Les Marchands» et comme souvent, Joël Pommerat use du style indirect. Une voix-off raconte toutes les actions. Elle est l'amie du personnage central, mais pourrait tout aussi bien être chacun d'entre nous. Sa voix résonne deux heures durant dans une cage grise traversée de faisceaux lumineux. Pommerat dessine l'espace à l'aide de son fidèle scénographe Eric Soyer qui est aussi logiquement le responsable lumières. Quelques chaises, une table puis un meuble tentent de trouver une place dans l'appartement d'une femme désœuvrée. Elle n'a plus de travail, s'ennuie chez elle. La télévision est sa seule distraction, son lien au monde. Face au vide, elle trouve que les gens qu’elle côtoie ont des ressemblances avec sa mère décédée, elle fait d'un homme dont on ne sa

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Le Chaperon rouge mis à nu

SCENES | Joël Pommerat offre une version du Petit Chaperon rouge épurée. Retour aux fondamentaux avec ce metteur en scène au travail limpide. A voir ou à revoir au théâtre de Vénissieux. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 3 décembre 2008

Le Chaperon rouge mis à nu

Tout le monde connait l'histoire du Petit chaperon, mais Joël Pommerat décide de la raconter comme si c'était la première fois. Il fait appel à un narrateur. Debout, droit comme un piquet, un peu sombre, omniprésent. Sa voix grave énonce : «La petite fille pensait souvent à la mère de sa maman. Elle y pensait tellement souvent qu'elle demandait si c'était aujourd'hui le jour d'aller la voir». Les dialogues sont économisés. C'est pour Pommerat un artifice peu nécessaire pour donner des informations. Le narrateur raconte ; les personnages, pantins désarticulés, incarnent. Transposé dans une époque qu'on devine être la nôtre, la petite fille n'a plus de chaperon ni de rouge sur les épaules ; elle s'ennuie, s'agrippe à une mère insaisissable, happée par une autre vie. Cette mère avance mécaniquement sur le plateau, trace de longues lignes en marchant sur la pointe des pieds. Un bruitage strident accompagne ses pas d'un claquement de talon. Pommerat dessine son espace scénique comme un architecte : un carré de lumière pour espace de jeu, deux chaises et des variations d'intensités d'éclairage pour construire une forêt, dire la balade insensée de la petite fille à la recherche de sa g

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Jouissance entravée

SCENES | Théâtre / "Ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants". À force de n'en entendre que la fin, on oublie que les contes pour enfants sont bien moins (...)

Dorotée Aznar | Mardi 22 avril 2008

Jouissance entravée

Théâtre / "Ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants". À force de n'en entendre que la fin, on oublie que les contes pour enfants sont bien moins niais qu'il n'y paraît. Tortures physiques, solitude, injustice, abus de confiance, Joël Pommerat a choisi de garder ce qui fait l'essence du Pinocchio de Carlo Collodi. Il montre ce qui est redouté, pour mieux le mettre à distance par l'ironie et le rire, dans une version qui ne se veut pas moderne à tout prix. Certes Pommerat réécrit le conte, coupe des passages, supprime des personnages et remet quelques éléments au goût du jour (les liasses de billets ont remplacé les écus d'or), pourtant, dans son adaptation, le metteur en scène ne se débarrasse pas des accès moralisateurs et des théories éducatives discutables dont Pinocchio fait les frais dans la version originale. Ce qui fait son actualité, sa "modernité", c'est cette mise en images, en sons et en mots de la violence ; la violence de renoncer aux plaisirs et à la jouissance immédiats, la violence de se confronter à la réalité. Avant d'accéder à l'humanité et de devenir un vrai petit garçon, le Pinocchio de Pommerat devra comme l'original renoncer à ses désir

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