Alela Diane : « En tant qu'artiste féminine, il y a une pression constante »

Petit Bulletin Festival | Quelques semaines après la sortie de son album "Cusp" qui embrasse la question de la maternité, Alela Diane sera l'une des têtes d'affiche du Petit Bulletin Festival. À cette occasion, elle nous entretient de son rapport de mère et de femme avec sa vie de musicienne et le regard qu'elle porte sur le monde.

Stéphane Duchêne | Mardi 24 avril 2018

Photo : © Jaclyn Campanaro


Cusp est un album sur la maternité, enregistré pendant votre seconde grossesse. Vous y évoquez votre expérience de mère et la difficulté d'être éloigné de son enfant pendant une tournée. La maternité a-t-elle fait de vous une artiste différente ?
Alela Diane : C'est très compliqué de concilier la musique et le fait d'être mère. Aujourd'hui, je ne peux pas juste prendre ma guitare et décider de me mettre à composer. Je dois employer des trésors de stratégie pour trouver du temps pour travailler, être plus structurée et tout planifier. C'est pour cela qu'il était si important pour moi d'aller à Caldera [où elle a composé Cusp en résidence, au cœur de l'Oregon NDLR] de manière à me concentrer uniquement sur ma musique. Pour moi, cet album est aussi une sorte d'escapade. Cela faisait longtemps que je n'avais pas été seule, ni eu l'occasion d'écrire dans de telles conditions. De me centrer sur moi-même, qui plus est loin de chez moi. Ça m'était soudain d'autant plus facile de réfléchir à ma vie à la maison que je n'y étais pas.

À Caldera, les choses ont failli tourner court à cause d'une blessure au doigt qui vous a empêché de jouer de la guitare et contrainte à vous adapter en composant au piano, ce qui a donné une autre orientation à l'album...
C'était une blessure complètement idiote : j'ai cassé l'ongle de mon pouce en déblayant de la neige et comme j'utilise mes ongles pour jouer, c'était très handicapant. J'étais là en résidence d'écriture pour la première fois et je ne pouvais même pas jouer de guitare (rires). Mais il y avait sur place un piano, j'ai commencé à en jouer et à découvrir combien j'aimais cela. J'ai donc continué et ç'a été merveilleux. J'ai beaucoup appris sur la manière de donner vie à mes idées en utilisant un autre chemin. Le challenge était soudain de faire un album folk avec cet instrument qui ne l'est pas vraiment. Mais au fond peu importe l'instrument, c'est juste un outil que j'utilise pour écrire des mélodies et mettre en musique des paroles, ce qui importe c'est l'artisanat qu'il y a autour. Et puis il y a quand même de la guitare sur ce disque et je crois que c'est un bon mélange, un bon équilibre.

Pour revenir à la maternité, vous soulignez que pour une artiste c'est un sujet qu'il vaut mieux évacuer. Ce que vous avez justement choisi de transgresser avec cet album...
Je crois que c'est une question fondamentale pour toute femme qui fait de la musique, de l'art ou pour qui que ce soit ayant une vie publique. En tant qu'artiste féminine, il y a une pression constante : être jolie, être utile, en gros, correspondre à un certain nombre de valeurs totalement superficielles. Les gens ne s'attendaient sûrement pas à ce que je compose un album sur la question de la maternité. Parce que ce qu'on attend de vous quand vous montez sur scène, c'est que vous soyez désirable et dans l'esprit des gens c'est tout à fait contradictoire avec l'idée d'être une mère. Et encore plus avec le fait de le revendiquer.

Ce que vous dites entre d'une certaine façon en résonance avec le mouvement des femmes auquel on a assisté depuis l'affaire Weinstein...
C'est incroyable que les femmes puissent désormais en parler librement. Parce que pour les femmes être harcelées, eh bien ça fait partie de notre vie depuis toujours. Quand vous êtes une femme et que vous rentrez chez vous le soir, vous devez toujours regarder par dessus votre épaule. Je crois qu'avec la libération de cette parole, qui est merveilleuse, beaucoup de gens et notamment des hommes sont surpris, choqués, et se disent « Mon Dieu, c'est ce qu'il se passe derrière les portes closes ! ». Cette prise de conscience là aussi est importante et j'espère que ça contribuera à nous aider tous à aller vers davantage d'égalité entre les sexes.

Le premier single de Cusp, Émigré, vous a été inspiré par la terrible condition des migrants venus d'Afrique et du Moyen-Orient et par le destin du petit Aylan [un enfant kurde retrouvé mort sur une plage dont la photo a fait le tour du monde, NDLR]. Était-ce une évidence pour vous de l'inclure dans l'album ? Même si cette histoire a choqué le monde entier, est-ce autant la mère que l'artiste que l'on entend ici ?
Cette photo a touché beaucoup de gens, mais il se trouve que ma propre fille a l'âge qu'avait ce garçon. Quand j'ai vu cette image je n'ai pas pu faire autrement que me mettre à la place de sa mère et ressentir cette tragédie profondément. Parce que simplement la plus grande terreur d'une mère est de perdre son enfant. Or les migrants sont dans de telles situations que les mères mettent non seulement leur propre vie en danger, mais aussi celle de leurs enfants pour tenter de gagner un pays où ils trouveront la liberté ou un peu d'espoir. Ce n'est pas une décision qu'une mère devrait avoir à prendre. C'est de là qu'est venue cette chanson qui raconte le destin de ces gens, et en cela elle s'accorde au thème de cet album.

Alela Diane + Lior Shoov
Aux Subsistances dans le cadre du Petit Bulletin Festival
le samedi 28 avril


Alela Diane + Lior Shoov

Folk
Les Subsistances 8 bis quai Saint-Vincent Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Stéphane Duchêne | Jeudi 5 avril 2012

Folk & Folk

On avait découvert Mariee Sioux Sobonya alias Mariee Sioux, par la grâce – à tous les sens du terme – de son amie d'enfance Alela Diane, qu'elle accompagnait sur scène lors de sa première tournée, tout en assurant ses premières parties, seule à la guitare. Puis avec Faces in The Rocks, album de folk animiste comme un hommage à la musique de ses ancêtres maternels Paiute (et non Sioux, comme pourrait l'indiquer son deuxième prénom). Après un double 45t en duo avec Bonnie 'Prince' Billy enregistré par Jonathan Wilson (deux chansons originales, deux reprises), la fille de Nevada City, étoffe son registre, plus orchestré, moins incantatoire mais toujours étourdissant, sur Gift for the end. Un album, qui comme son auteur, également d'ascendance polono-hongroise par son père, joueur de mandoline et hispanique par sa mère, est aux croisements de la musique améri

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La voix de Diane

MUSIQUES | Pop / C'est donc maintenant Alela Diane «& Wild Divine». Du nom du groupe qui l'accompagne, bien sûr. Tout est dans le «&», comme une tentative de (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 30 septembre 2011

La voix de Diane

Pop / C'est donc maintenant Alela Diane «& Wild Divine». Du nom du groupe qui l'accompagne, bien sûr. Tout est dans le «&», comme une tentative de mettre à distance sans pourtant parvenir à la renier, l'image qui fut la sienne à ses débuts : celle d'une divine sauvageonne descendue des collines de Nevada City, volière à hippies sur le retour. Mais de la pochette sépia des débuts, façon Edward S. Curtis, ethnologue et photographe des native americans, on est passé à une image plus hollywoodienne : rouge à lèvres brûlant, carré 50's. Peu importe, l'habit ne fait pas nécessairement la religieuse folk. C'est la voix, d'où résonne les vibrations de l'Amérique. Du pur produit du quart monde white-trash tennessean viré poupée à néons Dolly Parton, à la « native » sans frontières Buffy Sainte-Marie en passant par les sangs-mêlés (Karen Dalton, Joan Baez), le vibrato de la corde féminine vaut vibration commune. Si bien qu'il faudrait se pencher un jour sur l'histoire du folk féminin américain à travers l'analyse du vibrato comme symptôme des soubresauts sociaux et hoquets historiques du pays, du Coat of Many Colors de Parton au Universal Soldier de la Sainte Buffy. Et si elle s'est affranch

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Alela Diane

MUSIQUES | Fini les tresses d'indiennes, les pochettes sépias et les robes cousues mains par mémé dans une caravane de Nevada City, qui donnaient à la chanteuse et à son (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 15 septembre 2011

Alela Diane

Fini les tresses d'indiennes, les pochettes sépias et les robes cousues mains par mémé dans une caravane de Nevada City, qui donnaient à la chanteuse et à son propos des airs de carte postale. Alela Diane s'est émancipée de son propre folk(lore) et sa musique avec, qui flirte parfois avec la pop. Reste ce talent de composition indéniable et cette voix, au croisement de Dolly Parton, Karen Dalton et Paula Fraser (Tarnation), c'est-à-dire hantée par des trémolos folk qui sonnent comme les sanglots de l'Amérique. Avec Alela, patronne du new-folk d'outre-atlantique, peu importe le flacon, l'ivresse est toujours au rendez-vous.

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Al(l)el(ui)a, Diane !

MUSIQUES | On commence à connaître la chanson : la belle chanteuse folk solitaire venue d’un trou perdu de l’Amérique qui, comme d’un coup de baguette magique, excite (...)

Christophe Chabert | Mercredi 13 mai 2009

Al(l)el(ui)a, Diane !

On commence à connaître la chanson : la belle chanteuse folk solitaire venue d’un trou perdu de l’Amérique qui, comme d’un coup de baguette magique, excite la sympathie des auditeurs internationaux, entre trouble érotique et pamoison esthétique. On la connaît si bien qu’elle arrive presque à nous lasser. C’est peut-être ce qu’a dû se dire Alela Diane après l’accueil élogieux réservé à son premier album, où la demoiselle quittait son Nevada City natal, véritable réserve à folkeuse inspirée, pour parcourir le monde et faire découvrir ses morceaux dans leur intense nudité. On attendait donc au tournant la suite, qui n’aura pas mis un an pour arriver sur nos platines. Et c’est une bonne surprise : écriture affinée, mélodies séduisantes et, surtout, envie d’ouvrir les portes du studio à d’autres sons, d’autres instruments, d’autres musiciens. Bien entourée, Alela Diane n’en paraît que plus souveraine dans le paysage du nouveau folk. Le folk en héritageOn ne va pas refaire la biographie détaillée de Miss Diane : lointaines origines indiennes (native americans), parents hippies et musiciens, rencontre providentielle avec la fameuse Joanna Newsom qui l’incite à sortir ses chans

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Danse avec la Sioux

MUSIQUES | Si on dénonce souvent le copinage et le favoritisme, il faut parfois reconnaître que de temps à autre il peut avoir du bon. Car en plus de venir présenter son (...)

Dorotée Aznar | Mardi 8 avril 2008

Danse avec la Sioux

Si on dénonce souvent le copinage et le favoritisme, il faut parfois reconnaître que de temps à autre il peut avoir du bon. Car en plus de venir présenter son très chouette album de folk pastoral, Alela Diane en profitera pour nous présenter, en guise de première partie et de choriste, sa très chouette (et très jolie) copine Mariee Sioux. Laquelle n'est d'après nos informations pas plus mariée que sioux. Elle n'en a pas moins des origines indiennes dont l'écoute de son album Faces in the rocks ne permet guère de douter. Un disque qui n'a rien à envier à celui d'Alela Diane (qui avoue lui devoir son look de squaw) et mérite sans aucun doute de connaître le même succès. Habité par le souci animiste de dénicher le Grand Esprit sous le moindre caillou ou la moindre feuille morte, c'est-à-dire de chercher le Tout dans le souci du détail, Faces in the rock n'en est pas moins d'une simplicité évangélique : une guitare sous hypnose, de discrètes percussions, quelques flûtes et chœurs indiens pour attirer la pluie et bien sûr la voix de Mariee Sioux. Soit la grâce légère de Joni Mitchell, l'esprit ethnique de Buffy Sainte-Marie et ce qu'il faut de dévian

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Herbes folk

MUSIQUES | À Nevada City, Californie, ancienne bourgade de la ruée vers l'or reconvertie en parc à hippies, il y a un nouveau genre de pépite : la chanteuse folk. (...)

Dorotée Aznar | Mardi 8 avril 2008

Herbes folk

À Nevada City, Californie, ancienne bourgade de la ruée vers l'or reconvertie en parc à hippies, il y a un nouveau genre de pépite : la chanteuse folk. C'était de là déjà que nous était parvenu la voix cinglée de Joanna Newsom. De là que nous arrivent maintenant Alela Diane et Mariee Sioux, artisanes d'une musique de cow-boy qui, pour une fois, donnerait aussi le beau rôle à la nation indienne (Mariee est d'ascendance indienne et Alela fait comme si...). Outre qu'elles sont copines, les trois ont en commun le goût de l'intemporel. Une tendance qui n'a rien à voir avec la volonté affichée de sonner vintage, ces filles ayant un peu vécu hors du temps dans une ville semi fantôme, entourée de parents hippies sur lesquels le temps n'a qu'une prise relative. Cultivant l'esthétique sépia et des histoires vieilles comme l'Amérique, elles sont en réalité les héritières de plus de 50 ans de folk féminin. Avec cette particularité qu'elles pourraient aussi bien en être la racine. On n'y verrait que du feu. En Amérique du Nord, les femmes ont bien plus qu'ailleurs toujours eu la guitare qui les démange. Et ont, tout autant que leurs homologues masculins, apporté leur pierre à l'édifi

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«À Nevada City, le temps passe moins vite»

MUSIQUES | Petit Bulletin : Alela Diane, Mariee Sioux, Joanna Newsom, mais aussi Lindsay Clark, Alina Hardin… Pourquoi Nevada City accouche-t-elle d’autant de (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 4 avril 2008

«À Nevada City, le temps passe moins vite»

Petit Bulletin : Alela Diane, Mariee Sioux, Joanna Newsom, mais aussi Lindsay Clark, Alina Hardin… Pourquoi Nevada City accouche-t-elle d’autant de folkeuses ?Alela Diane : Je ne sais pas, c’est assez dingue ! Nevada City est une petite ville, les habitants y sont très tournés vers les arts et nous nageons tous beaucoup dans la rivière, je n’ai pas d’autre explication à ça. Ce qui est encore plus drôle c’est que ces filles sont toutes mes amies ; elles correspondent chacune à une période de ma vie. Je connais Mariee depuis toute petite car nos parents jouaient dans les mêmes groupes. Lindsay Clark était ma voisine d’enfance. Nous allions à la chorale ensemble, attendions le bus dans la neige et à 13 ans nous avons écrit toutes les deux une horrible chanson. Quant à Alina c’est la petite sœur d’une de mes meilleures amies, avec qui j’ai habité à San Francisco. Vous avez toutes en commun de jouer une musique très enracinée, comme si à Nevada City, le temps s’était arrêté. C’est le cas ?Il ne s’est pas arrêté, non. Mais peut-être qu’il passe moins vite qu’ailleurs. Nevada City est un très bel endroit, très insp

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