John Zorn, Chassol et Hocus Pocus programmés à Jazz à Vienne

Jazz à Vienne | Jazz à Vienne dévoile les premiers noms de l'édition 2019 et celui de l'auteur convié à réaliser l'affiche de la prochaine édition : Jacques de Loustal.

Sébastien Broquet | Mardi 20 novembre 2018

Photo : Chassol © DR


Jazz à Vienne est définitivement passé dans une nouvelle ère : depuis l'arrivée à la coordination artistique de Benjamin Tanguy, une excitation nouvelle s'est instaurée à l'annonce de la programmation de ce festival créé en 1981 par Jean-Paul Boutellier. Déjà, par le renouvellement annuel du créateur de l'affiche, désormais à chaque fois un auteur de bande dessinée. Et pour 2019, il s'agit de Jacques de Loustal : autant dire l'un des plus crédibles pour associer son trait à la note bleue, lui qui fut longtemps un compagnon de route de Rock'n'Folk, dès la fin des 70's, où il rencontra Philippe Paringaux avec lequel il publia quelques merveilles d'albums tels que Barney et la Note bleue ou Kid Congo. L'ancien étudiant en architecture a aussi beaucoup œuvré du côté du polar, en compagnie de Jérôme Charyn, Dennis Lehane et Tonino Benacquista, publiant au total près de 80 ouvrages et collaborant toujours avec la presse, en particulier l'illustreThe New Yorker.

Chassol et Brecht Evens, univers croisés

La bande dessinée est désormais irrémédiablement liée au festival, par l'affiche, mais aussi par une création mêlant en live un dessinateur et un musicien. Pour cette édition, le niveau est très, très élevé puisque le Belge Brecht Evens dont nous vous avons déjà dit le plus grand bien dans nos pages, auteur du tout récent Les Rigoles chez Actes Sud, est convié à œuvrer en compagnie de l'enchanteur Chassol, l'un des plus intrigants et passionnants musiciens du moments, qui échappe à toute envie de l'étiquetter mais sait peindre des paysages sonores chatoyants. Cette création sera présentée au public viennois le dimanche 7 juillet 2019, après un premier passage à Angoulème en janvier.

John Zorn, enfin

Autre surprise de taille : le trop oublié dans nos contrés John Zorn est également convié. Saxophoniste roi de l'improvisation, figure culte de la scène new-yorkaise, il vient là avec un projet dantesque nommé Bagatelles Marathon : soit quatre heures de concert, avec la crème de la scène de Big Apple réunie en diverses formations interchangeables interprétant cinquante compositions parmi les trois-cent formant le répertoire de The Bagatelles, composées en 2015. On retrouvera parmi ces formations le Masada du maître, avec Joey Baron à la batterie, mais aussi Sylvie Courvoisier & Mark Feldman, John Medeski Trio, Asmodeux avec Marc Ribot ou encore Ikue Mori.

Enfin, plus classique, Bobby McFerrin sera aussi de la fête. L'auteur du hit Don't Worry, Be Happy viendra présenter son dernier album, Spirityouall. Il faudra aussi compter avec le retour de Hocus Pocus, le groupe nantais mêlant hip-hop et jazz dans une formule live souvent explosive et que l'on a pu entendre collaborer par le passé avec Akhenation, Oxmo Puccino ou encore Fred Wesley. Ces cousins de The Roots s'offrent une tournée nostalgique en revisitant le meilleur de leur répertoire.

L'ensemble de la programmation sera dévoilée le 19 mars 2019 et les places seront mises en vente dès le lendemain. Mais il est d'ores et déjà possible d'acheter un pass donnant accès à sept concerts au choix du festival à tarif préférentiel.

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Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

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Droit comme un i, vêtu avec une élégance non ostentatoire, il saute prestement de sa bicyclette, semblant surgir d’un album de ses confrères Dupuy & Berbérian. Quelques volées d’escalier plus haut, on pénètre dans son atelier d’artiste ; les murs confirment sans l’ombre d’une hésitation son identité. Outre quelques peintures accrochées ici ou là, et quelques travaux en cours, une bibliothèque chargée jusqu’à la gueule d’albums et d’ouvrages mêlant jazz, cinéma, littérature et illustration, voisine avec des piles de CD. L’atmosphère studieuse de cet antre du XIXe arrondissement parisien ne la rend pas moins accueillante : le canapé, guère éloigné de la table à dessin, ne semble pas avoir pour seule vocation de décorer les lieux. Jacques de Loustal s’y octroie une poignée de minutes de sieste chaque jour, dit-on. On raconte aussi qu’il aurait un autre studio dans les Monts d’Or quand il se déplace en région lyonnaise. Car l’homme aime les voyages, autant qu’il est passionné de musique. La faute à ses grands frères, qui l’ont initié au jazz, au blues et ensuite au rock :

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Jazz à Vienne | Pour sa venue à Jazz à Vienne, le protée musical John Zorn ne fait pas les choses à moitié : cinquante œuvres tirées de ses Bagatelles, quatorze groupes sur scène et quatre heures de concert. Un marathon immobile à courir absolument.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 juin 2019

John Zorn, marathon man

Inclassable, voilà sans doute le seul terme qui permette de définir (et donc de ne pas définir) le travail du musicien d'avant-garde John Zorn. Saxophoniste alto, clarinettiste, pianiste influencé par la musique de compositeurs comme Charles Ives et John Cage, on pourrait dire que le New-Yorkais de 65 ans a touché à tout. Mais en réalité, il a fait plus que cela, ce qu'il a touché, il l'a creusé en profondeur, déconstruit et remodelé, comme lorsqu'il s'est attaqué à une relecture d'Ennio Morricone, encensée par le compositeur lui-même, a appliqué les trouvailles cinématographiques de Godard à la musique, réinterprété Ornette Coleman sous un angle punk hardcore, testé les limites « du format habituel du groupe de rock » au sein d'un combo comprenant notamment le guitariste Bill Frisell et le chanteur Mike Patton, puis avec Bill Laswell. Zorn a ainsi ratissé tous les genres possibles, de la country au grindcore, en passant plus tard par la musique klezmer, avec son groupe Masada, et les musiques classiques et mystiques. S'inspirant en grande partie des techniques de John Cage et du free jazz qui, chacun à leur manière, laisse

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Jazz à Vienne | Une semaine après Fourvière, c'est au tour de Jazz à Vienne d'annoncer un programme d'autant plus touffu qu'il ne s'étale que sur une quinzaine du 28 au 13 juillet. En voici les grandes et incontournables lignes.

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16 jours, 250 concerts (dont les trois-quarts sont gratuits) et 1000 artistes. Voilà trois chiffres qui suffisent à résumer le force de frappe démultipliée de Jazz à Vienne. Impossible donc d'en faire la recension complète. Mais pour ce qui est de sa vitrine principale, le Théâtre Antique, le festival ouvrira comme chaque année les portes imaginaires par un concert destiné aux enfants des classes primaires, confié cette fois à Raphaël Imbert. Qui livrera une version de son très américain Music is my hope, primé aux Victoires du Jazz 2018 et qui déambule avec bonheur sur les traces de la soul et du gospel. Une belle entrée en matière dès 10h du matin, le 28 juin, qui précédera... Raphaël Imbert le soir-même mais au sein du projet Up Above My Head réunissant Camille, Sandra Nkaké et son initiateur Raphaël Lemonnier, qui revisite les black convict songs entonnés jadis dans les prisons du Sud des États-Unis par les repris de justice durant leurs travaux forcés.

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Laurent Garnier : "Lil Louis, c'est le patron"

Nuits Sonores | Douze ans que Laurent Garnier se pointe à chaque édition de Nuits Sonores, renouvelant sans cesse sa participation, d'un closing d'anthologie à un set pour les enfants, marquant de son empreinte l'histoire du festival. Cette année, le voilà curateur de trois scènes en une journée forcément à l'image de ce maître absolu de la techno en France : éclatée, pointue, festive, diverse. De Chassol à Jackmaster, la palette est aussi large que la curiosité de l'ancien résident de l'Hacienda. Suivez le guide.

Sébastien Broquet | Mercredi 4 mai 2016

Laurent Garnier :

#Afrique On sait d’où vient la musique électronique, et plus précisément la techno : ses racines, si l’on n'évoque pas l’Afrique... on oublie beaucoup de choses. On attendait un mouvement de ce continent depuis ces dix dernières années, avec des gens comme Buraka Som Sistema, comme Frédéric Galliano. Toute cette mouvance kuduro, ça a commencé à gratter les oreilles des gens ici. Depuis cinq ans, l'échange est beaucoup plus important : forcément, des choses reviennent à nos oreilles. C’est le bon moment. Et c’est tout à fait logique : ça fait longtemps que l’on se dit que c’est là-bas que ça va se passer, qu’il faut regarder. C’est à la fois un retour aux sources et une avancée. On a été tellement loin dans le côté extrêmement synthétique, très Blanc, qu'il faut revenir à un truc beaucoup plus Black. Je trouve ça très sain. #Chassol Je l’ai fait jouer en concert privé pour la soirée de mes 50 ans. On était 100, uniquement mes proches venus passer deux jours pour fêter ce moment forcément important pour moi. J’avais envie de leur offrir quelque chose : quel est le groupe qui va mettre tout le monde d’accord ? L’idée de Cha

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Sébastien Broquet | Samedi 23 janvier 2016

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Un nouveau pan du soyeux tissu qui recouvre encore Nuits sonores s’est évaporé ce matin, laissant entrevoir les choix musclés opérés par Laurent Garnier pour son Day : Chassol, vu il y a quelques jours au centre culturel Charlie Chaplin, sera de retour dans nos contrées pour ce vendredi 6 mai résolument placé sous le signe de l’exigence et de la diversité musicale. Valeurs défendues par la très cotée Radio Meuh, que nous ne sommes pas surpris de retrouver ici puisque le maître a relancé sa mythique émission It is what it is sur cette web radio et l’a déjà conviée à faire vibrer le sound-system de son Yeah festival, l’an dernier. Sur cette Esplanade confiée aux diggers, outre Radio Meuh, le collectif de Brighton Mr Bongo partagera ses perles de rare groove dénichées de par le monde et parfois rééditées sur leur label. Le brésilien Ivan Conti, habituellement batteur du groupe funk & samba Azymuth, complétera l’affiche aux platines. Versant concerts, pour tenir chaud à Chassol au Sucre, Garnier invite le duo Frontières composé de Arnaud Rebotini et Ch

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Christophe Chassol, pianiste de formation, a fait seize ans de conservatoire classique, mais passe son temps à cheminer en dehors des sentiers battus. C'est-à-dire tout autant sur la bande d'arrêt d'urgence du classicisme que sur les routes du bout du monde, d'où il ramène en fait sa musique... nourrie d'images. Car Chassol est un compositeur de musiques de films (il vient d'ailleurs de signer celle du long métrage éthiopien Lamb), sauf qu'à l'exception précitée, il les réalise lui-même, dans le seul but d'en tirer ce qu'on appelle dans le jargon un score – et même dans son cas des ultrascores. Il y a là une démarche proche de la créolisation chère au penseur Edouard Glissant : celle du mixage, du grand mélange ; Chassol créolise les sens et la matière qu'ils captent. Comme il l'avait fait avec La Nouvelle Orléans ou l'Inde, accouchant alors des albums Nola Chérie et Indiamore, il s'est plus récemment rendu sur ses terres d'origine, la Martinique, pour tourner Big Sun et en faire son propre bouillon de culture musical, "harmoniser le réel". Le concept est fort et le concert visuel annonc

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MUSIQUES | Points culminants d'une édition d'A Vaulx Jazz centrée sur le piano et la voix, ce sont quatre volcans monumentaux de l'histoire musicale qui rendront A Vaulx Jazz visibles de très loin. Éruption imminente, dans un Centre Charlie Chaplin qui promet de bouillir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 18 mars 2014

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«Un volcan s’éteint, un être s’éveille» dit le célèbre adage publicitaire. Il est pourtant des volcans qui ne s’éteignent jamais, ou plutôt continuent à faire jaillir boules de feu, laves et fumerolles bien longtemps après leur ultime éruption. C’est en tout cas ce que s’est dit cette année A Vaulx Jazz, au moment de s’atteler à une programmation qui, tout en faisant la part (très) belle aux pianistes (Craig Taborn, Robert Glasper, Sophia Domancich, Giovanni Mirabassi…) et aux voix (Sandra Nkaké, LaVelle et même Yasiin Bey/Mos Def !...) tout en continuant d’explorer des genres cousins ou non – folk, blues, funk, flamenco, électro – à coups de grands noms (Bill Frisell, Zombie Zombie, C. J. Chenier…) a décidé de se lancer dans la volcanologie musicale. Métaphoriquement s’entend. Encore que… Car les volcans en question sont bien entendu sonores – et d’ailleurs la plupart d’entre eux n’ont probablement jamais vu et encore moins bu une goutte de Volvic, de Quézac ou d'eau ferrugineuse de leur vie. Et ce sont à la fois leurs fantômes, leur souvenir et leurs ravages qu’on célébrera ici. Ils sont au nombre de quatre : Miles Davis, Nina Simone, Iggy Pop et John Zorn.

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Oiseaux Jazz

MUSIQUES | Qui dit été dit festivals, qui dit festivals dit jazz, qui dit jazz dit Jazz à Vienne, point de rencontre annuel de la grande migration des jazzeux du monde entier. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 21 juin 2012

Oiseaux Jazz

Avec l'été et l'avènement des festivals, on assiste chaque année à une migration qui pourrait nous rappeler celle de certains volatiles sensibles au climat (oies, grues, etc...). Chaque été, à la même période, c'est la grande transhumance des jazzmen, irrésistiblement attirés par la qualité du climat français, et ici, rhonalpin, et la qualité de ses sites antico-historico-touristiques. Parmi ceux-ci, le théâtre antique de Vienne n'est pas le moins prisé. Or, la notoriété et le talent de ces drôles d'oiseaux aux cris étranges, trompettistes, saxophonistes, chanteurs, pianistes, guitaristes, n'est pas sans attirer de concert toute une foule d'amateurs qui, elle aussi opère une migration vers ce lieu de rassemblement, comme le fauve attiré par la pause réhydratation d'un troupeau de flamands roses. Cette année, à Vienne, les oiseaux sont encore une fois loin de se cacher pour mourir même si une partie d'entre-eux n'est pas de prime jeunesse. Mais ce sont eux qui ont construit la légende du jazz et par là d'un festival qui n'a de jazz que la raison sociale, car toutes les espèces de m

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