Hautecombe, le temps suspendu

Savoie | Lovée entre la montagne et le lac du Bourget, à l'abri des regards, l'abbaye d'Hautecombe compte parmi les joyaux les plus précieux de la région. Nécropole de la Maison de Savoie, elle abrite les sépultures de ses princesses et de ses rois. Son histoire, riche et tumultueuse, et son architecture à couper le souffle, émerveillent chaque année de nombreux visiteurs.

Gabriel Cnudde | Lundi 28 septembre 2020

En 1816, Alphonse de Lamartine sauva une jeune femme seule sur une barque en perdition au milieu du lac du Bourget. Leur amour naissant vogua au gré des eaux et s'arrêta souvent à l'abbaye d'Hautecombe, alors en ruines. De là naquit l'un des plus beaux poèmes de l'ère romantique, Le Lac. Quiconque a déjà visité Hautecombe ne peut en être surpris. Car la beauté des lieux et le calme qui y règne marquent les pieux comme les autres. À l'abbaye, le temps a bel et bien suspendu son cours. Et ce depuis longtemps déjà.

De nécropole à faïencerie

Car c'est au début du XIIe siècle, vers l'an 1139, que l'abbé cistercien Amédée de Clermont fait ériger l'église et les bâtiments de l'abbaye à l'endroit où ils se trouvent encore aujourd'hui. En 1162 et 1189, la Comtesse de Savoie, Anne de Zähringencomte, et son époux, Humbert III, sont enterrés à Hautecombe. Ils seront imités par nombre de grands noms de la Maison de Savoie à travers les siècles. C'est d'ailleurs à l'entrée de l'abbatiale que reposent les corps du dernier roi d'Italie, Umberto II, et de sa femme, la reine Marie-José, morts respectivement en 1983 et 2001. Nichée au creux des Alpes, l'abbaye d'Hautecombe et ses sépultures ont été les témoins privilégiés de l'histoire tumultueuse de la Savoie.

D'abord confiée à des abbés réguliers, dont celui qui deviendra le Pape Célestin IV en 1241, l'abbaye est ensuite administrée par des religieux qui ne résident plus sur les lieux. Son état se dégrade rapidement jusqu'à ce que la Révolution française ne la transforme en faïencerie. Mais rien ne peut empêcher la ruine, et c'est dans ces vestiges d'un autre temps que Lamartine vient puiser son inspiration.

Rattachée au royaume de Sardaigne et de Piémont par le traité de Vienne, l'abbaye reçoit les faveurs du roi Charles-Félix. En 1824, malheureux de découvrir le sort réservé à la nécropole de ses ancêtres, il fait reconstruire l'abbaye et la place, de nouveau, sous la protection de moines cisterciens. Une intervention royale sans laquelle le lac serait aujourd'hui privée de son joyau.

Monts et merveilles

Un joyau qu'on ne peut atteindre que par une petite route bordée d'arbres ou par l'eau. De quoi rendre la découverte de l'abbaye plus majestueuse encore. Dominée par le mont de la Charvaz, elle survit, même pendant la pandémie de Covid-19. Habitée depuis 1992 par la Congrégation du Chemin-Neuf, Hautecombe est même bien peuplée. « Pendant le premier semestre on a 80 personnes à peu près : une trentaine de personnes de la communauté et des jeunes qu'on accueille pour une formation de trois mois. On vit au rythme des prières et de divers événements », explique Sœur Bettina, en charge de la boutique de l'abbaye.

À cause de la Covid-19, les visites guidées sont suspendues jusqu'à nouvel ordre. Mais qu'importe, le principal réside dans l'abbatiale qui est elle toujours ouverte. « Il y avait des journées très chargées en août. On a fait une journée avec 900 visiteurs. C'est un lieu vraiment unique avec son style gothique troubadour. C'est un patrimoine exceptionnel », rajoute Sœur Bettina. Et il est impossible de lui donner tort quand on découvre les merveilles architecturales que cache l'abbatiale. Entre tombeaux, coupoles, fresques et sculptures de marbre, le regard danse. Et s'arrête, admiratif, sur la superbe Pietà en marbre de Carrare de Cacciatori. « On vient ici parce qu'on aime l'histoire, la beauté, l'art », conclut la responsable de la boutique. Et Lamartine déjà l'écrivait : « Tous disent : Ils ont aimé ! »


Infos pratiques

Abbaye d'Hautecombe
3700, route de l'Abbaye
73310 Saint Pierre de Curtille
Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h à 11h15 et de 14h30 à 17h
Tarif réduit Covid-19 : 3, 80€ (visite avec guide papier)

Chanaz et le canal de Savières
1h30 en voiture depuis Lyon via l'A43
En train jusqu'à Aix-les-Bains depuis Lyon

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