Avignon : papes, etc

Vaucluse | Fermez les yeux, tentez d’oublier ce froid crispant, imaginez un endroit où à 21h, il est encore possible de sortir et où se déroule un festival… Uchronie ? Pas tant que ça. Avignon s’apprête à vivre un succédané de festivités théâtrales. Allons voir si on y danse encore.

Nadja Pobel | Jeudi 22 octobre 2020

Photo : © NP


Premièrement, il va vous falloir bien observer les trajets en train et éviter d'attraper un TGV qui vous laissera poireauter jusqu'à 49 minutes (!) en gare d'Avignon TGV avant de monter cinq minutes dans un TER pour rejoindre le centre (ou le bus n°10, plus fréquent, mais plus long). Le TER sans changement entre Lyon et la Cité des Papes, c'est 2h20 : le temps de regarder le sud s'approcher pour 36, 20€.

Ensuite, se faire à l'idée que la ville n'est pas la même en juillet que le reste du temps : 91 000 habitants à l'année, six fois plus pendant le festival. Enfin, quitter jupette et sandales pour s'apercevoir avec effroi que oui, même en PACA, il fait froid l'automne.

Mais diantre, puisque la culture résiste, que Roselyne Bachelot a élu domicile dans cette ville pour des États Généraux des Festivals début octobre, Avignon n'a pas dit son dernier mot pour 2020. Une Semaine d'art, du 23 au 31 octobre, se tiendra en lieux fermés et chauffés (voir ci-dessous) et le Palais des Papes, aussi copieux à visiter que le célèbre pont est rapide, sont ouverts. Redécouverte.

Le Palais des Papes

Même lorsque sa cour est garnie des gradins accueillant 2000 festivaliers chaque soir, les portes de ce palais restent ouvertes pour des touristes — Européens et Américains en tête — qui se massent là où le pape français Clément V élit sa terre en 1309 pour préparer un concile, puisque l'Italie était déchirée par des luttes intestines. Sept papes y séjournèrent jusqu'au début du XVe. Les remparts tels que nous les connaissons ont été édifiés à cette époque. Le palais épiscopal ? Benoit XII l'a fait détruire pour y construire ce Palais Vieux auquel s'est ajouté le Palais Neuf qui a permis, en se refermant sur le Vieux, de laisser place à cette grande cour, dite "d'honneur". Dressé en moins de vingt ans, cet édifice, le plus grand en style gothique de l'Occident chrétien, est dû aux architectes français Pierre Peysson et Jean de Louvres, dit de Loubière.

Il faut imaginer que sur cette place où les spectacles de rues se donnent l'été, il y avait maisons, jardins, vergers et potager. Au-dedans c'est un labyrinthe qui mène par exemple au splendide et majestueux tinel, cette salle des festins, vaisseau de 48 mètres de long où cinq services de quatre plats se succédaient quotidiennement… Un restaurant clandestin avant l'heure ? Tout près de là, toujours au premier étage, se trouvent les pièces phares de ce palais tant leurs ornements ont résisté à l'épreuve du temps. Ainsi la Chambre du parement, où le pape venait déguster fruits confits et dragées seul ou lors d'audiences privées, est couverte de tommettes ocres qui, plus loin, dans la chambre du pape revêtent des couleurs turquoise, émeraude ou rouille. Les murs peints de natures mortes sont éblouissants. Le Palais Neuf, extension des appartements, est lui aussi très richement décoré par une équipe franco-italienne en 1343. Longtemps cachés, ces dessins ont été retrouvés lors de l'évacuation de la caserne en 1906. Car ce Palais des Papes, après son rôle pontifical, fut le lieu des légats italiens jusqu'à que ce territoire soit rattaché à la France en 1791. Dès lors le palais devenu fort abrita une prison dédiée aux adversaires du parti révolutionnaire avant enfin de réchapper à la démolition pour devenir un bâtiment militaire au début du XIXe. Début XXe, la Ville en reprit logiquement la jouissance.

Tarifs : 10€/12€


Le Pont

L'idée du pâtre Bénezet était de relier Avignon à Villeneuve et d'en faire la seule jonction au-dessus du Rhône entre Lyon et la Méditerranée (!) mais son pont du XIIe siècle fut maintes fois brisé par les crues jusqu'à être abandonné. À défaut de rejoindre l'autre rive, c'est un amusement de s'avancer sur l'eau et de jeter un œil à la chapelle nichée sur l'un des piliers en chantonnant cet air du XVe siècle panthéonisé par l'opéra comique d'Adolphe Adam Le Sourd ou l'Auberge pleine (1853).

Tarifs : 4€/5€


La Chartreuse

S'il n'y a plus de pont, il reste les bus ou même ses jambes (3/4 d'heure depuis le Palais des papes) pour rejoindre Villeneuve-lès-Avignon, quitter le Vaucluse pour entrer dans le Gard. Là, trône cette chartreuse, d'une superficie double au palais avignonnais, due au cardinal Étienne Aubert qui, devenu le pape Innocent VI en 1352, donna à l'ordre des Chartreux ses terres et son hôtel particuliers. Adossée au fort, cette construction impressionnante abrite aujourd'hui des spectacles et toute l'année le Centre National des écritures du spectacle.

Tarifs : 6, 50€ / 8€


Bellorini, hors Cour

Faute d'édition 2020 pourtant annoncée lors d'une conférence de presse lunaire d'Olivier Py en avril dernier, le festival d'Avignon se transforme en une Semaine d'art — ce que ce rendez-vous fut à son origine en 1947 quand Jean Vilar l'imagina. Du 23 au 31 octobre, pas en plein air mais dans les salles à disposition (chapelle des Pénitents blancs, FabricA…), sept spectacles ont été sauvegardé de l'été. Parmi eux, Le Jeu des ombres du néo-Villeurbannais Jean Bellorini qui aurait dû avoir les honneurs de la Cour. Cette variation sur l'Orfeo de Monteverdi mis en mots par Valère Novarina sera au TNP en janvier. Autre figure de nos contrées à créer dans la Cité des Papes : Gwenael Morin pour un itinérant Andromaque à l'infini. Enfin, le Raoul Collectif fera étape ici avant d'être au Théâtre de la Croix-Rousse au printemps avec son intriguant Une cérémonie.

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Puces du Canal : sur la route d’Avignon… mais à Villeurbanne

Théâtre | Les Puces du Canal lancent dès maintenant un appel à projets pour un mini festival d’Avignon Off, programmé fin juin.

Nadja Pobel | Mercredi 21 avril 2021

Puces du Canal : sur la route d’Avignon… mais à Villeurbanne

Oui ? Non ? Pour l’instant, impossible de savoir si le Off se tiendra à Avignon ; quasi exclusivement en intérieur, il ne part pas avantagé par rapport au In (prévu du 5 au 25 juillet), dont la programmation (plus musclée que jamais) a été annoncée longuement fin mars. Mais ça n’a pas empêché l’équipe des Puces du Canal (à Villeurbanne) d’imaginer un projet culturel sous leur chapiteau pouvant accueillir de 500 à 3000 personnes : Sur la route d’Avignon. L’idée ? Programmer dans un mini-festival, du 24 au 27 juin, quatorze spectacles tout public (en après-midi et soirée) et neuf jeune public (en matinée) afin qu’ils soient vus aussi ici, par le public (s'il est autorisé à venir) et par des professionnels du spectacle vivant (soit qui ne peuvent pas se rendre à Avignon, soit qui y seront noyés dans la masse — rappelons que plus de 1500 spectacles sont présentés dans le Off en trois semaines !). Un appel à projets est d’ores et déjà lancé pour cette manifestation aux P

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Jean Bellorini créera bien en Avignon

Théâtre | Promis à la Cour d'honneur d'un festival balayé par la Covid, Jean Bellorini fera bien, in fine, la création du Jeu des ombres de Valère Novarina dans la (...)

Nadja Pobel | Jeudi 25 juin 2020

Jean Bellorini créera bien en Avignon

Promis à la Cour d'honneur d'un festival balayé par la Covid, Jean Bellorini fera bien, in fine, la création du Jeu des ombres de Valère Novarina dans la cité des Papes du 23 au 30 octobre à la FabricA. En effet, une Semaine d'art en Avignon vient d'être annoncée par le festival. Elle se tiendra du 23 au 31 octobre dans des lieux fermés de la ville avec sept spectacles rescapés, dont Une cérémonie du Raoul Collectif (à voir au Théâtre de la Croix-Rousse du 30 mars au 3 avril 2021). Olivier Py renoue là avec l'origine du festival créé en 1947 par Jean Vilar puisqu'il se nommait alors précisément comme cela. Des rencontres, des Ateliers de la pensée et un programme de performances issues de résidences internationales avec la Collection Lambert (¡Viva Villa!) émailleront ces huit jours. Le directeur du TNP,

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À Avignon, Blanche-Neige dynamitée

Théâtre | Michel Raskine, ancien directeur du théâtre du Point du Jour, s'offre une cure de jouvence avec son premier spectacle jeune public, "Blanche-Neige histoire d'un prince". Dans le In d'Avignon, il convoque le rire lié à une noirceur dont s'enduisent tous les autres spectacles vus au cours du festival. Pour l'occasion, il retrouve l'autrice Marie Dilasser dont il avait déjà monté "Me zo gwin ha te zo dour" ou "Quoi être maintenant ?". "Blanche-Neige" sera longuement en tournée dans les prochains mois et notamment au Théâtre de la Croix-Rousse, en janvier prochain. Le metteur en scène nous amène à la genèse de ce projet détonnant et la folle caisse de résonance que produit le festival.

Nadja Pobel | Mardi 20 août 2019

À Avignon, Blanche-Neige dynamitée

Vous connaissiez bien déjà Marie Dilasser dont vous aviez déjà monté des textes. Quelle est l'origine de ce nouveau projet ? Michel Raskine : Un projet s'est cassé la gueule et ça m'avait un peu atteint et j'ai dit à Marief Guittier [NdlR, comédienne avec qui il fraye depuis plus de trente ans] que depuis le temps qu'on voulait faire un spectacle jeune public, on allait le faire. Claire Dancoisne que je connais bien a un lieu sublime de résidence, le Théâtre de la Licorne, à Dunkerque. Elle nous a accueilli, mais il fallait intégrer des objets au spectacle car son lieu est axé sur la recherche pour la marionnette contemporaine et le théâtre d'objets. Ces contraintes ont été bénéfiques manifestement... Évidemment que c'est bien. On n'a pas trouvé la pièce que l'on voulait. Je ne voulais plus faire de duos avec Marief, il fallait minimum un trio. On a décidé de faire Blanche-Neige et qu'elle serait le prince. J'ai voulu un personnage de Blanche-Neige qui soit le plus loin possible de celui du prince. Je connaissais Tibor Ockenfels de l'École de la Comédie de Saint-Étienne. Si il y avait beaucoup d

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Ivan Calbérac : « d’un traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle »

Venise n’est pas en Italie | Comme un prolongement logique de son roman et de son spectacle, Ivan Calbérac a réalisé le film semi-autobiographique "Venise n’est pas en Italie". Une démarche cathartique qui prend la forme d’une comédie, dont il s’est ouvert lors des Rencontres d’Avignon, mais aussi de Gérardmer…

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

Ivan Calbérac : « d’un traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle »

L’aventure de Venise n’est pas en Italie a commencé il y a longtemps pour vous… Ivan Calbérac : Oui, elle est en partie autobiographique parce que mes parents me teignaient les cheveux en blond de sept à treize ans — ouais, c’est moche (rires). À l’époque, ils m’avaient convaincu que j’étais plus beau comme ça. Je pensais que c’était dans mon intérêt, donc j’étais complètement consentant et même limite coopératif : je demandais ma teinture — j’étais vrillé de l’intérieur. Mais en même temps, j’en avais super honte : j’avais toujours peur qu’on dise : « aïe aïe, il a les cheveux teints, la honte ! », et à 14-15 ans, j’ai voulu arrêter, ils m’ont dit OK. La plupart de mes amis qui me connaissaient à cet âge-là n’étaient pas au courant. Et puis j’ai grandi et à l’âge de 38-40 ans, cette histoire est redevenue présente. De cette sorte de traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle en la racontant d’abord comme un roman. Mais j’avais tout de suite en tête l’envie d’en faire un film, parce que je voyais un road-movie, plein d’images.

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Audrey Diwan : « le doute m’a permis d’avancer »

Mais vous êtes fous | Pour son premier long-métrage, Mais vous êtes fous, l’ancienne journaliste Audrey Diwan s’est penchée sur une histoire d’addiction à fragmentation multiple. Propos rapportés des Rencontres du cinéma d’Avignon et de Gérardmer.

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Audrey Diwan : « le doute m’a permis d’avancer »

Pourquoi ce titre ? Audrey Diwan : Je voulais donner un élan. Quand il y a une pulsion dramatique, on ne va pas la renforcer par quelque chose de triste — j’ai l’impression que le film n’est pas forcément comme ça. J’avais envie d’un titre inclusif pour les deux personnages du couple Céline Sallette et Pio Marmaï. Comment vous êtes tombée sur ce fait divers ? J’ai rencontré par hasard la femme dont est tirée l’histoire vraie — ce qui ne veut pas dire que c'est son histoire parce que derrière on a pas mal fictionnalisé. Et j’ai été bouleversé par cette femme qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait, parce qu’elle venait de découvrir que son mari souffrait d’une grave addiction, que sa famille était contaminé. Elle était surtout pleine de questions, sidérée et puis bouleversée pour elle mais aussi pour lui. C’était quelqu’un capable de sentiments très forts. J’ai longtemps pensée à elle, jusqu’à apprendre quelle avait été la résolution de cette histoire, quelques années plus tard, et comment s’était effectuée la contamination.

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Olivier Maurin : « nous voulions faire Avignon dans la bonne humeur »

Festival d'Avignon | Rencontre avec Olivier Maurin : le brillant metteur en scène d' "Illusions" d'Ivan Viripaev est au Festival d'Avignon pour la première fois.

Nadja Pobel | Jeudi 12 juillet 2018

Olivier Maurin : « nous voulions faire Avignon dans la bonne humeur »

C'est la première fois que vous venez ici. Qu'est-ce qui vous a poussé à franchir le pas ? Olivier Maurin : Les rencontres. Le fait que la directrice qui dirige le lieu est venue voir le spectacle quand nous le jouions au TNP en octobre dernier. Cela a ouvert des portes. Ça me semblait être le spectacle possible. Ça semblait aussi financièrement être le moment de le faire, ce qui n'était pas le cas les années précédentes. On pouvait économiser assez d'argent sur le reste de l'année pour pouvoir être ici et le faire dans des conditions correctes. Quel est le montant de l'investissement ? De 25 000 à 30 000€. La location de la salle est de 15 000€, auxquels il faut rajouter de quoi se loger, manger, payer l'équipe. Nous voulions le faire dans la bonne humeur, ne pas se dire qu'on mettrait la clé sous la porte si on n'avait pas de spectateurs payants. Quelle image aviez-vous du off avant de venir ? Ce qui est compliqué, c'est qu'il y a plein de off différents dans des théâtres très variés. On fait tous la même chose : on joue devant des gens ; et en même temps, on n'a pas tous les mêmes prat

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Philippe Mangenot : « tout le monde est à Avignon ! »

Festival d'Avignon | 1538 spectacles, 133 lieux, 440 pages de programme. Le Off d'Avignon (du 6 au 29 juillet) bat tous les records. Faut-il se jeter dans la jungle ? Pour quelles retombées ? Dialogue avec le Lyonnais Philippe Mangenot, qui dirige la compagnie Théâtres de l’Entre-Deux.

Nadja Pobel | Mercredi 11 juillet 2018

Philippe Mangenot : « tout le monde est à Avignon ! »

Vous étiez déjà venu avec Hamlet 60 en 2013 et c'est la seconde année consécutive que vous présentez Regardez la neige qui tombe. Qu'est-ce qui vous pousse à revenir ? Philippe Mangenot : J'étais venu pour la première fois avec un spectacle de Camille Germser - déjà au Petit Louvre - que j’administrais et produisais. C'est riche de ces aventures que je reviens : c'est très chouette en terme de public, de diffusion, de presse. Peut-être parce que je suis tout le temps dans le même théâtre et que l’accueil, la relation avec le public, sont bien. Bien sûr, ça coûte de l'argent mais il y a une dimension humaine et c'est pour ça que je ne change pas de lieu. Une fidélité avec le public se crée. Quand vous venez pour la première fois avec Hamlet 60, vous vous dites que pour que le spectacle vi

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Rencontres du Sud : l’autre festival d’Avignon

Plus Loin | Prenant chaque année davantage de densité, les Rencontres du Sud annoncent le printemps avec leur cortège d’avant-premières en présence d’équipes. En l’espace (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Rencontres du Sud : l’autre festival d’Avignon

Prenant chaque année davantage de densité, les Rencontres du Sud annoncent le printemps avec leur cortège d’avant-premières en présence d’équipes. En l’espace d’une petite semaine, la bagatelle de 19 films seront ainsi montrés au public, parmi lesquels Sage femme de Martin Provost ou Django d’Étienne Comar en provenance de la Berlinale — mais tourné dans notre région. Un autre film estampillé Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma fera ses grands débuts sur les écrans : Corporate de Nicolas Silhol. Outre une programmation dédiée au jeune public, Ciné-Pitchoun !, les Rencontres proposeront également un drive-in avec la projection de la version Black&Chrome de Mad Max : Fury Road de George Miller. En route vers le Sud ! Rencontres du Sud Au Cinéma Pandora à Avignon du 14 au 18 mars

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A Avignon, le pape est nu

CONNAITRE | Quand les comédiens remballent leurs affiches, que reste-il à Avignon ? Un spectacle son et lumière avec la voix de Francis Huster, oui, bon. Il reste (...)

Nadja Pobel | Mardi 15 juillet 2014

A Avignon, le pape est nu

Quand les comédiens remballent leurs affiches, que reste-il à Avignon ? Un spectacle son et lumière avec la voix de Francis Huster, oui, bon. Il reste surtout ce majestueux Palais des papes qui, une fois le calme revenu, retrouve le silence dans lequel il baignait du temps où il recouvrait sa fonction première de résidence de l’épiscopat. Fondée, en vingt ans (!), dans la première moitié du XIVe siècle, cette construction gothique (la plus grande du Moyen-Âge) sera pillée et largement abîmée lors de la Révolution française. C’est paradoxalement sa transformation en prison et caserne qui la sauve : le revêtement posé sur les murs des cellules protège alors les chefs-d’œuvre peints au-dessous. Au-delà de la fameuse cour d’honneur, ce sont vingt-cinq salles qui se visitent, de l’immense salle des Festins (le "Grand tinel") aux chambres, en tête celle dite "du pape", aux murs bleus décorés d'oiseaux et d'écureuils et dont le sol est recouvert de tomettes colorées. La chambre du cerf, cabinet de travail d’un des deux papes bâtisseurs, Clément IV, possède elle aussi des fresques remarquablement conservées figurant des scènes de chasse, de pêche, de cueillette et de bain, ainsi

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Avignon - Jout 6 - Gloire au spectacle vivant !

SCENES | "Cour d’honneur" et "Place du marché 76"

Benjamin Mialot | Vendredi 19 juillet 2013

Avignon - Jout 6 - Gloire au spectacle vivant !

On écrit souvent tout le bien que l’on pense du travail de Jérôme Bel, chorégraphe atypique de la scène française, adepte notamment d’une forme proche du spectacle-documentaire. Au fil des ans, l'instigateur du hit The Show Must Go On a ainsi construit diverses créations pensées autour de la figure d’un danseur – Véronique Doisneau du Ballet de l’Opéra de Paris, Cédric Andrieux de la compagnie Merce Cunningham... Un danseur qui donne son nom au spectacle et qui, sur scène, évoque sa vie tant personnelle que professionnelle, notamment en rejouant des extraits des pièces auxquelles il a participé – ce qui permet à Jérôme Bel d’affirmer crânement n’avoir jamais écrit un seul pas de danse.Suivant toujours cette logique et désirant imaginer un spectacle sur «la mémoire d’un lieu, d’un théâtre», Jérôme Bel a conçu Cour d’honneur : oui, car quel plus beau théâtre que la Cour d’honneur du Palais des papes, place centrale et majestueuse de l’incontournable Festival d’Avignon ? Pour évoquer cette mémoire, après plusieurs pistes de réflexion (il voulait d’abord interroger tous ceux qui travaillent dans le lieu), Bel a fait appel au

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Avignon - Jour 5 - Tout et son contraire

SCENES | "D'après une histoire vraie", "Drums and Digging"

Benjamin Mialot | Mardi 16 juillet 2013

Avignon - Jour 5 - Tout et son contraire

Christian Rizzo a souvent divisé notre rédaction, entre admirateurs de la ligne claire du chorégraphe et pourfendeurs d’un langage hermétique – pour rester poli. D’après une histoire vraie, sa dernière création dévoilée au Festival d’Avignon, rebat les cartes, Rizzo lui-même expliquant avoir changé sa façon de travailler. Stop aux corps frêles et au sous-texte cérébral, place à une émotion brute. Soit huit danseurs et deux batteurs, pour une pièce centrée sur les danses folkloriques de groupe, imaginée à partir d’un souvenir fort – un spectacle vu par Rizzo à Istanbul « dans lequel jaillissait un groupe d’hommes se livrant à une danse traditionnelle, complètement effrénée, avant de disparaître aussitôt ».Un jaillissement retranscrit sur scène en 1h15, dans une lente progression. D’où un spectacle qui prend du corps au fil de la représentation, emportant littéralement l’audience qui finit par se croire à un concert de rock – même si, le jour où nous y étions, personne n’a osé se lever. On ne savait pas Christian Rizzo capable d’une telle intensité, et l’on espère revoir ce spectacle en 2014/2015 dans la région – une autre pièce de Christia

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Avignon - Jour 4 - Course de fond

SCENES | "Je hais les gosses", "End/Igné" et le mouvement H/F

Nadja Pobel | Samedi 13 juillet 2013

Avignon - Jour 4 - Course de fond

L'éclectisme à Avignon n'est pas un vain mot. On y retrouve les trois quarts des spectacles programmés tout au long de la saison dans les café-théâtres lyonnais, dont celui d'un certain Monsieur Fraize qui, comme le dit son affiche, se relâche du 4 au 24 juillet. Nul lieu indiqué. Il n'est tout simplement pas là mais sur la photo, son polo et son pantalon de velours côtelé sèchent sur un fil. Joli coin d'œil par l'un des comiques qui nous aura fait pleurer de rire cette année. Mais revenons aux présents, éclectiques donc, avec les chansons d'Entre deux caisses, quatuor de musiciens inspirés par Allain Leprest, auquel ils rendent hommage dans une mise en scène de la chanteuse Juliette. Joli spectacle que ce Je hais les gosses, recommandé pour les enfants dès huit ans, en dépit de son ton un peu assassin envers eux et, surtout, de son caractère politique et utopiste - l'action se situe dans une décennie future et le groupe jette un regard amusé sur nos années deux mille, où l'on travaillait et allait à l'école pour apprendre un métier (folle hérésie !). Très dif

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Avignon - Jour 3 - Ultra moderne solitude

SCENES | "Les Particules élémentaires" et "Exhibit B"

Nadja Pobel | Samedi 13 juillet 2013

Avignon - Jour 3 - Ultra moderne solitude

Le buzz du festival n'est pas dans la cour d'honneur mais à quelques encablures d'Avignon, à Vedène, avec une adaptation improbable et inespérée du deuxième roman de Michel Houellebecq, qui contient tous les autres, Les Particules élémentaires. Aux manettes, un gamin de 26 ans, Julien Gosselin, pêche parfois par excès de jeunisme, comme si un micro et une séquence de coït à poil étaient les ingrédients indispensables d'un spectacle moderne. Passées ces quelques réserves, force est de constater que ce travail ne manque pas d'énergie. C'est toutefois quand on oublie le collectif (onze au plateau) et que le jeu comme le texte se resserrent sur un ou deux personnages, dans la deuxième partie de la pièce (sur près de quatre heures au total),  que ce travail trouve son point culminant. Par exemple dans cette magistrale et déchirante scène où Michel s'aperçoit, à quarante ans, qu'il est passé à côté de l'amour de sa vie, sa triste et désenchantée amie de collège. Gosselin parvient, sur un plateau nu, sans coulisses, avec des acteurs-musiciens en permanence en scène et une utilisation enfin judicieuse de la vidéo, à rendre l'abyssal individualisme q

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Avignon - Jour 2 - Tous azimuts

SCENES | "Ping Pang Qiu", "Orphelins" et "Concerto pour deux clowns".

Nadja Pobel | Vendredi 12 juillet 2013

Avignon - Jour 2 - Tous azimuts

Il nous a fallu laisser Angelica Liddell sur le côté pour enfin attaquer le Off du festival. Mais l'Espagnole n'est pas du genre qu'on oublie : récemment, son texte Belgrade avait résonné d'une manière absolument bouleversante au Théâtre des Ateliers,  grâce au collectif La Meute, et nous attendons depuis que cette création soit diffusée pour vous en parler plus longuement. À Avignon, elle met en scène ses propres textes, dont Ping Pang Qiu, dont le nom fait référence à la "diplomatie du ping-pong" - un échange de joueurs entre la Chine et les États-Unis dans les années 70, grâce auxquels les deux pays entretiennent depuis de bons rapports économiques, tant qu'il n'est pas question de droits de l'homme. Un travail documentaire à quatre voix, parfois trop délirant (le final où tout le monde se jette des nouilles chinoises à la figure) mais bien souvent instructif et intransigeant avec une Chine plus aimée que dénoncée.  De son côté, la comédienne Valérie Marinese, déjà aperçue au Théâtre de l'Elysée à Lyon joue dans Oprhelins, une très bonne pièce d'un dramaturge anglais contemporain, Den

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Avignon - Jour 1 - Static or not static

SCENES | "Par les villages" et "Remote Avignon"

Nadja Pobel | Jeudi 11 juillet 2013

Avignon - Jour 1 - Static or not static

En sortant de la cour d'honneur du Palais des Papes, 4h30 apres y être entré, un soulagement a envahi l'ensemble des spectateurs restés jusqu'au bout du solo de Jeanne Balibar, crispant quand il était audible. Car en adaptant Par les villages, long poème dramatique de Peter Handke, Stanislas Nordey, artiste associé de l'édition 2013 du Festival d'Avignon, a aussi fait le choix de l'anti spectacle. Autant l'enchaînement de deux monologues dans Clôture de l'amour ne manquait pas de puissance, autant l'exercice produit ici une ambiance mortifère, les émotions restant enfouies sous des gravas de logorrhée. La faute à une absence de réelle mise en scène - les acteurs, ultra-statiques, se parlent à dix mètres les uns des autres sur un plateau dont l'immensité offrait pourtant des conditions de jeu inouïes. Balibar n'est jamais dans son rôle, hautaine et absente à la fois. À cour, Olivier Mellano assure lui un splendide début de spectacle, avant que sa partition se fasse de plus en plus menue - et c'est d'a

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Surveiller et ravir

SCENES | Moyennement voire très sévèrement accueilli par la presse au dernier festival d’Avignon où il fut créé, matière à diviser les rédactions (dont la nôtre), Plage ultime est pourtant un spectacle puissant pour qui accepte de se laisser engloutir par ses sables mouvants. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 13 mars 2013

Surveiller et ravir

Un fatras d’accessoires jonche le plateau : un bar, un piano à queue, des fauteuils mais aussi et surtout, au premier plan, un tapis roulant d’aéroport et juste derrière un pont métallique suspendu, comme une passerelle dont on ne sait ni d’où elle part ni où elle mène. Les comédiens vont et viennent, maugréent, rient, échangent parfois quelques bribes d’histoires. Alors bien sûr, ce travail (initialement annoncé d’une durée de 2h40 et fort heureusement pour son rythme resserré en 1h40) n’est pas narratif, il est même parfois très épars mais peu importe car ce que parvient à capter Séverine Chavrier est la frénésie - ou l’arrêt brutal - des déplacements et le néant auquel renvoie ce perpétuel et obsédant besoin de se rendre d’un point à un autre. Les valises valsent, tombent, s’entrechoquent souvent dans ce spectacle inspiré de l’univers de l’écrivain américain J. G. Ballard ; les gens courent, se figent, se cognent, recommencent dans ce qui peut être un hall de gare, symbole implacable d’une société trop pressée. Mais il s'agit plus sûrement encore d'un no man’s land voire d'une loupe posée s

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On tire la langue, on tape dans les mains

SCENES | Festival d'Avignon (9) / 1927. The Animals and Children took to the Streets. Steven Cohen. The Cradle of Humankind

Dorotée Aznar | Mercredi 25 juillet 2012

On tire la langue, on tape dans les mains

Le Off tire la langue. Croisé dans la rue, un comédien lyonnais nous confirme la rumeur qui circule entre les remparts depuis plusieurs jours : il y aurait environ 30% de festivaliers en moins cette année à Avignon. Résultat, pas mal de compagnies jettent l'éponge et plient bagages. Dans le In, tout va bien, les files d'attente sont toujours aussi longues et les spectacles affichent encore complet. Vus depuis la mise en ligne du dernier blog : un fabuleux spectacle tout public à partir de 9 ans (le meilleur spectacle vu depuis notre arrivée ici), The Animals and Children took to the Streets de la compagnie 1927 qui mélange théâtre, animation et musique live dans une ambiance très Triplettes de Belleville. On en reparlera très prochainement. Vu également, le dernier Steven Cohen The Cradle of Humankind où l'artiste, que l'on croise fréquemment à Lyon et qui avait fait scandale (notamment) en déambulant devant le Musée de la Résistance et de la Déportation presque nu, couvert d'une pancarte "Juif", part sur les traces des origines du monde. Dans ce spectacle, on découvre un artiste plus d

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L'addition, s'il vous plaît

SCENES | Festival d'Avignon (8) / Romeo Castellucci. The Four Seasons Restaurant

Dorotée Aznar | Mardi 24 juillet 2012

L'addition, s'il vous plaît

Alors, il est comment le nouveau Castellucci ?  Ce qui est certain, c'est que "The Four Seasons restaurant" ne devrait pas créer la polémique. Et qu'il ne faudra pas trop non plus y chercher l'aspect "based on the true story of Mark Rothko". Car après une formidable introduction où les spectateurs sont soumis aux insoutenables sons produits par des matières aspirées dans un trou noir et un finale tout aussi grandiose dans lequel un tableau vivant emporte tout sur son passage on trouve un... machin antique, interprété  par dix jeunes filles vêtues comme des paysannes. Et dans le machin antique, c'est le drame. Dans les rangs, derrière nous, on parle de "refus de la vulgarité du monde contemporain par la sobriété". Sur la scène, en vrai : c'est juste un peu chiant. Une phrase prononcée par l'un des personnages retient notre attention : "Honore ce que tu ne comprends pas". Pour le coup, on honore Castellucci comme jamais ! Dorotée Aznar

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