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«Ne pas devenir des vieux acteurs tout pourris»

Entretien - portrait publié le Samedi 13 mars 2010 par Dorotée Aznar Petit Bulletin n°568 consulté 2159 fois

Propos / Romane Bohringer, comédienne, interprète deux rôles deux femmes aux antipodes dans les deux Labiche mis en scène par Pierre Pradinas. Propos recueillis par DA

Romane Bohringer

Pierre Pradinas
Pierre est un metteur en scène que j’aime et avec lequel j’adore travailler. J’aime ses imperfections, sa folie. Le théâtre qu’il propose est extrêmement vivant et spontané. C’est avec lui que j’ai découvert Labiche, je n’avais jamais vu, ni jamais lu une pièce de Labiche. Pour Pradinas, il ne faut pas chercher à être drôle, la drôlerie vient de la justesse. C’est Labiche qui est drôle, les acteurs doivent simplement servir le texte. Pierre ne veut pas imprimer sa patte, il veut juste raconter la pièce, c’est pourquoi la scénographie est très simple et le jeu est très simple également. Pierre ne fait rien «par-dessus» l’auteur. Deux femmes
Les deux pièces présentées sont vraiment très différentes : il y a une pièce «contemporaine» et une pièce en costumes. Une pièce un peu folle, très courte et dans laquelle il ne se passe finalement rien et une autre qui répond aux critères du vaudeville. Dans la première, «29 degré à l'ombre», je suis Madame de Pomadour, une sorte de Madame Bovary qui s’ennuie dans sa petite vie bourgeoise. Dans «Embrassons-nous Folleville !», j’interprète le rôle de Berthe, une rebelle, que j’imagine un peu comme une adolescente gothique. Il a été plus difficile pour moi d’entrer dans la peau d’une bourgeoise que de jouer la jeune fille rebelle ! Question de rythme
Pour passer d’une pièce à l’autre, d’un univers à l’autre, nous devons aller le plus vite possible. Nous sommes un peu comme des enfants qui jouent à se travestir. Quand on joue Labiche, il faut respecter quelque chose d’assez militaire au niveau du rythme mais en même temps, si on n’a pas une sorte de fraîcheur chaque soir, la pièce se meurt. Mais je pense que cela vaut pour toutes les pièces ; si on ne se réinvente pas chaque soir, on est foutu, on devient des vieux acteurs tout pourris. Théâtre vs cinéma
Ma carrière est en ce moment plus centrée sur le théâtre. Le théâtre m’excite plus que le cinéma car j’aime l’artisanat du théâtre. J’ai été élevée dans l’idée que l’on doit faire les choses par soi-même : faire, fabriquer, être responsable, tout cela a vraiment un sens pour moi. Et au théâtre, les acteurs sont vraiment les murs porteurs du spectacle.


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