Fin de partie

SCENES | Théâtre / Avec leur dernière création, Jérôme Deschamp et Macha Makeïeff convient les spectateurs à un concours musical dans une triste "Salle des fêtes". Où l'on retrouve leur savoir-faire mais aussi de trop nombreuses scènes caricaturales. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 4 juin 2010

Photo : Agathe Poupeney / Photoscene.fr


Depuis plus de trente ans et leur première création "La Famille Deschiens" dans le théâtre d'Ivry dirigé par Antoine Vitez, Jérôme Deschamp et Macha Makeïeff décortiquent les vies des gens qui ne savent pas s'exprimer, quand ils n'adaptent pas des classiques qui leur vont comme un gant ("L'Affaire de la rue de Lourcine" de Labiche ouvrait la saison des Célestins il y a quatre ans). La matière textuelle de leurs pièces n'est pas à proprement parler un récit mais plutôt une suite de saynètes dans lesquelles un personnage se débrouille avec les moyens du bord pour transmettre une émotion ou, plus souvent, pour témoigner de sa solitude. Dans "Salle des fêtes", Lorella Cravotta est la patronne du Macumba, une salle désertée. Elle veut qu'on l'embrasse, mais personne ne répond à son désir. Et lorsque deux autres personnages égarés lui proposent un peu de tendresse, elle fait mine d'accepter leur amitié avant de les houspiller et de les sortir sans ménagement du plateau. Dans ces moments-là, où les protagonistes semblent marcher sur un fil, on retrouve le savoir-faire de la troupe, sa capacité à regarder les personnages les juger, à créer de douces situations absurdes. Tout comme lorsque Deschamps et Makeïeff transforment des micro outils de travail en symbole de pouvoir : Lorella Cravotta utilise frénétiquement son tampon administratif ou dévide le rouleau de sa calculette pour compter combien font quatre fois un...

Bienvenue au zoo

Ces observations des failles humaines ne sont malheureusement que de courts intermèdes entre de longues et nombreuses scènes de chant qui succèdent façon catalogue des styles musicaux existants. Et à chaque genre correspond une image non pas parodique mais caricaturale : le chanteur rock grunge joue Nirvana les cheveux dans les yeux, le hip-hop se pratique en capuche, fredonner du reggae engendre forcément de fumer un pétard qui met dans un état second avec, si possible, une casquette aux couleurs de la Jamaïque vissée sur la tête, la jeune chanteuse à la guitare sèche semble sortir de sa ferme du Larzac... Dave, les Rita Mitsouko et bien évidemment Johnny sont conviés à ce concours de chant interminable. À de rares instants, ces séquences musicales poussent Jérôme Deschamp et Macha Makeïeff à inventer une gestuelle loin du mime, comme lorsque les apprentis rappeurs font mine de mixer ou scratcher des vinyles sur des sets de table. Les metteurs en scène retrouvent alors leur créativité. Mais les scènes chorégraphiées, fussent-elles bien interprétées par des comédiens dévouées dans des costumes bariolés impeccables, tournent à vide.

Salle des fêtes
Au Théâtre des Célestins, jusqu'au dimanche 13 juin.

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Macha, baba des Dadas

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Pascale Clavel | Dimanche 28 novembre 2010

Macha, baba des Dadas

De l’audace à l’Opéra de Lyon. Enfin le public peut voir du loufoque, du dada, du surréalisme, du transgenre... Vive Milhaud, vive Poulenc et tous ces compositeurs qui ont bien fait d’exister au début du XXe siècle. Après le traumatisme de la guerre, étrangement, les Dadaïstes ont su rebondir et faire souffler un vent de liberté. Les Mamelles, opéra-bouffe en deux actes et multitude de loufoqueries est une escapade musicale insolite et décalée. On connaît le Poulenc spirituel du Dialogue des Carmélites ou encore du Stabat Mater, on a moins l’habitude du Poulenc des Mamelles, burlesque, drôle jusqu’à l’absurde. «Je crois bien que je préfère cette œuvre à tout ce que j’ai écrit. Si l’on veut se faire une idée de ma complexe personnalité musicale, on me trouvera très exactement dans les Mamelles de Tirésias», a-t-il déclaré. Nous sommes plongés là dans un véritable manifeste féministe : «Débarrassons-nous de nos mamelles», chante Thérèse avant de devenir Tirésias. Elle coupe ses attributs féminins qui, transformés en ballons, s’envolent vers le ciel. Quant à son mari, il devient femme. L’intrigue ? Absurde. La fin ? Assez morale somme toute : «Écoutez, ô Français, les leçons de la gue

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Dorotée Aznar | Vendredi 11 décembre 2009

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Opéra / Moscou, quartier des cerises. Un conte avec ses rêveries, ses utopies, ses poudres de perlimpinpin, ses joies et ses peines. Tout cela dans une Union Soviétique d’après guerre qui rêve de reconstruction, d’avenir radieux, de confort et surtout de bonheur de masse. Avec Moscou, quartier des cerises, on fait connaissance avec un Chostakovitch déroutant : un compositeur à l’humour acerbe, un homme qui témoigne d’une tendresse toute particulière pour le genre humain. Entre valses désuètes et drôles, polkas endiablées, chants soviétiques caricaturaux, il nous plonge dans un univers extravagant, mais pas si étranger. Un système s’effondre, des personnes se cherchent, rêvent, se perdent et ne pourront finalement aller au bout de leurs envies. Chostakovitch compose une musique étonnante et captivante, faussement légère, totalement enivrante et hypnotique. Dans cette production, il existe une petite fantaisie qui consiste à chanter en russe et à dire les dialogues en français avec un accent russe, ce qui doit être particulièrement savoureux et plein de souvenirs pour Macha Makeïeff, qui met en scène ce Moscou en construction. C’est aussi une vraie réjouissance d’entendre des chanteu

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Pascale Clavel | Vendredi 11 décembre 2009

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Petit Bulletin : Entre ce que vous aviez imaginé et la réalité du plateau, y a-t-il coïncidence ?Macha Makeïeff : En fait oui. Je ne travaille pas pour l’opéra comme je le fais pour le théâtre. Quand je suis au théâtre, j’ai le temps de l’invention dans la réalité. Je peux reprendre… À l’opéra, la préméditation est d’une autre nature, il faut avoir tout imaginé par rapport à la partition, aux voix, aux tempi. Les règles du jeu sont très différentes de celles du théâtre, on vous confie des artistes que vous n’avez pas choisis. Cela me plait beaucoup parce qu’il faut que j’invente des histoire avec ceux qui me sont confiés. Le travail avec le chef d’orchestre est-il toujours simple pour un metteur en scène ?Je pars de l’idée que le chef, ici Kirill Karabits, est toujours en avance sur mon travail. Il est dans la musique, la possède complètement, il l’a analysée. Moi, je suis dans une approche intuitive, réactive, théâtrale mais je ne maîtrise pas tout. J’attends toujours du chef qu’il me fasse entendre. Avec Karabits, c’est un bonheur. C’est quelqu’un d’une subtilité extrême, qui adore de toute évidence le théâtre et avec qui il existe un véritable

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Théâtre / Un chat mort étranglé, un serviteur benêt et flegmatique, une diva qui chante n'importe quoi et un public séduit (même les plus sceptiques se marrent sous cape)... Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff ont réussi leur pari. Celui de transformer, le temps d'un spectacle, le majestueux théâtre des Célestins en une succursale de café théâtre où les spectateurs se mettent des claques dans le dos et rient comme des tordus. Le secret de cette performance n'est pas bien difficile à percer : les comédiens sont bons. Hilarants même. Ce qu'on l'on peut déplorer, c'est éventuellement le choix du texte de Labiche. L'intrigue de L'Affaire de la rue de Lourcine est mollement captivante : un bourgeois se réveille avec la gueule de bois, aucun souvenir de la nuit qu’il a passée et un homme qu'il ne connaît pas dans son lit. Tout s'accélère quand un journal vieux de vingt ans est pris par hasard pour la gazette du jour. Dans la rubrique des chiens écrasés, on découvre qu'une jeune charbonnière a été sauvagement assassinée la veille au soir par deux hommes. Le doute s'installe, les longueurs également et la morale de l'histoire "au fond nous sommes tous des monstres prêts à nous vautrer dans

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