Viens voir les comédiens…

SCENES | Une saison de théâtre, c’est aussi, n’en déplaise aux puristes, une saison d’acteurs exceptionnels à découvrir sur scène. D’Arestrup à Catherine Frot, de Cantona à Romain Duris, passage en revue des «stars» de cette rentrée. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 1 septembre 2011

S'il y a un acteur qu'on n'attendait pas là, c'est bien lui. Qu'Éric Cantona, pour qui on a une affection particulière, s'associe à Dan Jemmett, metteur en scène ayant l'habitude de mettre en pièces le répertoire (on se souvient de sa Nuit des Rois d'après Shakespeare), pourquoi pas ? Mais que les deux aient trouvé comme terrain d'entente Ubu enchaîné d'Alfred Jarry, voilà qui a de quoi stimuler les attentes et laisser s'épanouir tous les fantasmes. Ce qui fascine chez Cantona, c'est ce corps à la fois massif et sportif, cette voix puissante et chantante (combien d'acteurs en France ont le droit de jouer avec leur accent d'origine ?) ; un drôle de comédien dans une drôle de pièce, où le tyran devient esclave mais conserve ses humeurs et ses emportements. Romain Duris aussi a su faire de son corps souple et nerveux un instrument de fascination pour les metteurs en scène de cinéma. C'est en le filmant pour son très raté Persécution que Patrice Chéreau, qui ne rechigne plus autant à revenir au théâtre, a décidé de le pousser sur scène, faisant de lui le nouvel interprète (après Pascal Greggory, qui a fait le trajet inverse de Duris, des planches à l'écran) de son auteur fétiche, Bernard-Marie Koltès. La Nuit juste avant les forêts sera un des événements de la réouverture du TNP.Monstres pas sacrés
En apparence, tout sépare André Dussollier de Niels Arestrup. Du premier, on goûte la fantaisie, la douceur et la suavité ; de l'autre, on aime la force, le caractère explosif et imprévisible. Les réunir sur une même scène est donc une belle idée, tant on sait que les opposés s'attirent. C'est Stephan Meldegg qui les dirige dans Diplomatie, un texte de Cyril Gely qui raconte les tractations entre un diplomate suédois (Dussollier) et le général allemand qui voulait faire sauter Paris au moment de la déroute allemande à la fin de la deuxième guerre mondiale. Huis-clos (dans une chambre de l'hôtel Meurice), jeu d'influences et de manipulations, confrontation stratégique mais aussi humaine : il y a là tout pour donner lieu à un spectacle captivant. Aux Célestins, qui est bel et bien le théâtre des grands acteurs (célèbres, car des comédiens moins connus comme David Ayala dans La Comédie des erreurs valent aussi le déplacement cette saison), il ne faudra pas rater le retour sur les planches de Catherine Frot en Winnie dans Oh les beaux jours mis en scène par Marc Paquien. La cote de popularité de l'actrice est à son zénith depuis quelques années, mais la voir passer d'Agatha Christie (chez Pascal Thomas) à Samuel Beckett est la preuve d'un désir salutaire d'aller là où on ne l'attend pas forcément.

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