Le divin Comédie

SCENES | Le CNP Odéon est mort, vive le Comédie Odéon, café-théâtre de 300 places dont les portes s'ouvriront pour la première fois au public lundi 31 décembre. En attendant de pouvoir vérifier s'il fera honneur à son titre (auto-décerné) de «plus beau café-théâtre de France», petit tour des propriétaires. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 12 décembre 2012

Photo : Nathalie Nicoloff


Les cafés-théâtres, c'est comme les bouchons, il y en a tellement qu'on a arrêté de les compter. Heureusement, d'autres le font à notre place. La Direction des affaires culturelles de la Ville de Lyon, notamment, en recense pas moins de treize. De quoi estimer la ville suffisamment équipée en la matière ?

Ce n'est pas le constat dressé par Stéphane Cassez, Marion Gervais et Philippe Giangreco, les codirecteurs du tout nouveau tout beau Comédie-Odéon : «Lyon est très bien pourvu en cafés-théâtres d'une centaine de places. Mais il y a une pénurie criante de salles de 300 places, particulièrement en centre-ville, qui sont le chainon manquant entre les cafés-théâtres traditionnels et les grandes salles comme le Transbordeur, le Radiant, la Bourse du Travail... Nous avons voulu ouvrir avec le Comédie Odéon une salle dans la veine du Splendid, à Paris, c'est-à-dire combinant le confort et les standards techniques d'un théâtre, comme des sièges de cinéma ou un plateau de 40 m², avec l'esprit de convivialité et l'accessibilité tarifaire propres au café-théâtre».

Connaissant le caractère éminemment concurrentiel de cette branche du spectacle vivant, l'ambition n'est pas mince. Surtout que le lieu est installé dans les murs du CNP Odéon, historique cinéma lyonnais sis en plein quartier Grolée, ce bout de presqu'île appelé à constituer une alternative au «carré d'or» entourant l'avenue Édouard Herriot mais qui pour l'instant est si peu animé qu'il pourrait servir de cadre à une fiction post-apocalyptique.

Tiens bon la barre (de rire)

Cette situation a beau s'enliser depuis maintenant quatre ans, elle est loin d'inquiéter les trois associés : «Un théâtre n'est pas tributaire du passage, c'est plutôt lui qui draine le public. Et puis tôt ou tard le projet des Docks Lyonnais (NDLR : la société foncière qui gère la grande majorité des immeubles du coin) aboutira et nous serons alors au cœur d'une des plus belles zones de Lyon».

Il faut dire qu'ils ne sont pas les premiers venus dans le milieu. Philippe Giangreco a ainsi fondé il y a près de trente ans L'Accessoire, tandis que Marion Gervais et Stéphane Casez, le producteur du carton Arrête de pleurer Pénélope, exploitent le Boui-Boui et le Rideau Rouge (et le Palace, l'un des épicentres du Off d'Avignon). Et ils ont une idée assez précise de la façon dont le Comédie Odéon peut se distinguer au sein de ce petit empire du rire : «Au-delà de sa jauge et de son confort, par sa programmation, résolument grand public, centrée sur l'humour mais aussi ouverte à la musique, au cabaret, au music hall...».

Dont acte avec l'impertinente radiophonique Sophia Aram, une paire de révélations du Jamel Comedy Club (Dedo, Claudia Tagbo), l'interprète du personnage secondaire le plus poilant de Bref (Kheiron), la pétillante Constance et le boulevard à succès J'aime beaucoup ce que vous faites, pour ne citer que les entrées les plus signifiantes du programme que déroulera le Comédie-Odéon sur le premier semestre 2013.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Réouverture de la Comédie Odéon le 23 juin

SCENES | C'est fait ! La Comédie Odéon a dévoilé sa date d'ouverture avec des mesures sanitaires susceptibles d'être modifiées d'ici là (port du masque, gel (...)

Nadja Pobel | Vendredi 12 juin 2020

Réouverture de la Comédie Odéon le 23 juin

C'est fait ! La Comédie Odéon a dévoilé sa date d'ouverture avec des mesures sanitaires susceptibles d'être modifiées d'ici là (port du masque, gel hydroalcoolique à disposition, un fauteuil de distance laissé entre les groupes, files d’attentes organisées). Au programme pour ce retour : - Du 23 au 27 juin, Le Porteur d’Histoire de Alexis Michalik - Du 30 juin au 4 juillet, La vie est une fête de Jacques Chambon - Du 7 au 11 juillet, Famille pour tous... Et les enfants seront bien gardés ! de Ségolène Stock - Le 28 juin, San-Antonio chez les gones - Les 4 et 11 juillet, Le Prix de l’ascension, d’Antoine Demor et Victor Rossi Des stages de théâtre pour les 5-12 an

Continuer à lire

« Si nous ne signons pas très vite, on va vers une mort certaine »

ACTUS | Julien Poncet : Nous sommes un projet commercial différent du Radiant. Nous n’avons pas assez de jauge, et on n’a pas un vrai théâtre : c'est un (...)

Sébastien Broquet | Mardi 23 avril 2019

 « Si nous ne signons pas très vite, on va vers une mort certaine »

Julien Poncet : Nous sommes un projet commercial différent du Radiant. Nous n’avons pas assez de jauge, et on n’a pas un vrai théâtre : c'est un ancien cinéma. Si on veut se développer aujourd’hui, c’est grâce à un soutien pour la diffusion, ou refaire un vrai théâtre en centre-ville de 400 ou 500 places, qui permette à la fois de produire et d’accueillir des spectacles qui ne passent jamais à Lyon. Certains sont des succès énormes à Avignon et à Paris, mais ils sautent la case lyonnaise, car ils ne sont pas dans le réseau ici. On ne les voit jamais. Ce travail est d’intérêt général et pourrait être soutenu par la collectivité, à qui on ne demande pas de subventionner à perte mais de réfléchir à soutenir la filière théâtre, comme elle soutient d’autres filières économiques. Notamment en restant bien une assurance. Quel est ce projet "d’assurance théâtre" que vous désirez développer et pour lequel vous sollicitez les collectivités ? Mon constat : il y a énormément de compagnies sur la métropole qui ont des difficultés non seulement à diffuser leurs spectacles, mais aussi à les créer. Il y a peu de lieux pour les accueillir. Surto

Continuer à lire

Julien Poncet, porteur d'histoires

SCENES | « Les cartes sont brouillées, comme si elles étaient en train de changer de main, entre le théâtre subventionné et les entreprises privées de (...)

Nadja Pobel | Mardi 23 janvier 2018

Julien Poncet, porteur d'histoires

« Les cartes sont brouillées, comme si elles étaient en train de changer de main, entre le théâtre subventionné et les entreprises privées de spectacle » : ainsi commençait un papier de deux pages dans Le Monde mi-janvier. En reprenant le Théâtre Comédie Odéon en 2016, Julien Poncet a établi ce même genre de pont. Il a initié tôt Les Naufragés, la prochaine création d'Emmanuel Meirieu en juin, un enfant du théâtre public : les Nuits de Fourvière viennent de s'y associer en portant la moitié de l'engagement financier. Ce directeur affable a le désir de proposer ce qui ne venait jamais à Lyon : « 80% de la production théâtrale en France n'est pas présentée pas dans cette ville. Pour les Lyonnais, le théâtre privé c'est Tête d'Or et du gros boulevard bien perave. Ce n'est pas possible. Je connais des gens qui écrivent des textes formidables, qui ont de l'audace, vont à Avignon, finissent par jouer 500 dates, et ça peut être un théâtre de gr

Continuer à lire

En régie pub ce soir

ACTUS | Vous avez l'impression que le tunnel de pub subi avant chaque film vu dans un multiplexe pourrait rendre gratuite votre place de cinéma, tant (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

En régie pub ce soir

Vous avez l'impression que le tunnel de pub subi avant chaque film vu dans un multiplexe pourrait rendre gratuite votre place de cinéma, tant elle semble amortie par cette litanie de spots ? Au théâtre, bientôt, vous ne serez plus à l'abri de cette sensation. À Lyon, aucun lieu ne franchira le pas dès cette rentrée, mais cela pourrait advenir prochainement. À l'origine de ce projet, la régie publicitaire ODW qui, en discutant avec le Comedy Club de Paris, s'aperçoit que les théâtres, toujours en manque de ressources, pourraient reprendre ce modèle des salles obscures. Très encadré et beaucoup moins long qu'au cinéma, ce que propose la régie parisienne est nettement plus digeste : il s'agit d'un format de 4'10 maximum, comprenant une introduction (le logo du lieu), une bande-annonce d'un autre spectacle donné dans le même théâtre et deux spots de publicité de trente secondes. Avant, de nouveau, une bande-annonce et deux autres publicités. Dix-sept théâtres, tous privés, se sont déjà embarqués dans ce nouveau modèle. Douze sont à Paris et cinq autres dans quatre villes de province (Marseille, Avignon, La Rochelle et Rou

Continuer à lire

La politique, c'est du sérieux

ACTUS | Mensonges, emplois fictifs, détournements de fonds publics, magouilles et ragots... Personne ne peut s'y tromper : la France est bien en période électorale. (...)

Gabriel Cnudde | Mardi 14 février 2017

La politique, c'est du sérieux

Mensonges, emplois fictifs, détournements de fonds publics, magouilles et ragots... Personne ne peut s'y tromper : la France est bien en période électorale. Si cette campagne présidentielle s'annonce morose et met déjà en lumière des affaires qui font certainement rougir Marianne, elle est aussi une mine d'or pour les humoristes. À la radio, à la télévision, dans la presse et dans les salles de spectacle, on rigole quotidiennement des déboires de la vie politique française. L'humour est-il le meilleur remède quand une société s'effrite ? A-t-on seulement déjà autant ri de nos politiques ? Si oui, le faisions-nous de la même manière ? Autant de questions qu'il convient de se poser à l'heure où chroniques et one-man-show s'enchaînent à un débit impressionnant. Plus profond, le regard Selon Stéphane Casez, directeur du Boui Boui, du Rideau Rouge et des Tontons Flingueurs, « on ne parle pas plus de politique dans les cafés-théâtres, on en parle simplement différemment. » Adieu l'époque des chansonniers rois, des blagues sur tel homme politique ou telle actualité. La période est à un regard plus profond. « Jim, qui a fait un an au B

Continuer à lire

Thaïs, pépite d'humour

SCENES | Elle porte toujours un jean, un t-shirt noir un peu ample et des baskets qu’elle « use jusqu’à la semelle ». Elle a une voix qui porte, un débit (...)

Julie Hainaut | Mardi 18 octobre 2016

Thaïs, pépite d'humour

Elle porte toujours un jean, un t-shirt noir un peu ample et des baskets qu’elle « use jusqu’à la semelle ». Elle a une voix qui porte, un débit kalachnikov (mais ultra-limpide) et un charme qui opère très vite. Dès les premières minutes, les spectateurs ont les yeux braqués sur cette petite boule d’énergie de 24 ans qui enchaîne avec dérision des scènes de galères du quotidien. Le ton est vif, les répliques piquantes et l’humour décapant. Thaïs prend des cuites, s’essaie aux sites de rencontre – mais refuse de mettre une photo duckface –, s’extirpe du lit d’un mec (moche) rencontré la veille et dont elle ne se rappelle même plus le prénom, n’aime pas aller chez sa gynéco et a déjà affronté le regard moralisateur de la pharmacienne – et des jeunes mamans en pénurie de lait maternel – à 6 heures du matin lorsqu’elle demande discrètement la pilule du lendemain. Elle alterne avec une facilité déconcertante voix suave (dans le métro face au contrôleur) et criarde (quand elle campe Gisèle, une mère célibataire de sept enfants qui témoigne de son quotidien dans Confessions Intimes). Chaque geste est précis, chaque parole est maîtr

Continuer à lire

«Plus d’offre crée plus de public»

SCENES | L’ouverture de nouvelles salles de café-théâtre à Lyon répond-elle à une véritable demande du public ? Stéphane Casey : L’ouverture de nouvelles salles correspond, (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 7 septembre 2012

«Plus d’offre crée plus de public»

L’ouverture de nouvelles salles de café-théâtre à Lyon répond-elle à une véritable demande du public ? Stéphane Casey : L’ouverture de nouvelles salles correspond, je pense, à une demande du public mais aussi à une demande de la production. Jusqu’à maintenant, les «gros» spectacles ne pouvaient pas venir à Lyon par manque de structures pour les accueillir. Certains spectacles ont besoin d’une grande salle. Disposer de salles de tailles différentes permet de proposer à la fois des artistes en développement et des artistes confirmés. Tous ne peuvent pas se produire dans la même salle. Le café-théâtre, c’est aussi du business, notre réflexion est forcément fondée sur la rentabilité car nous ne sommes pas subventionnés. Parallèlement à cela, à mon avis, plus il y a de restaurants et plus il y a de gens qui vont au restaurant. C’est un peu pareil pour les théâtres. Prenez par exemple les théâtres de Broadway : ils sont tous blindés ! Dans les limites de chaque ville évidemment, je pense que plus d’offre crée plus de public, c’est une spirale positive. Bien sûr, il y a une crise économique qui fait que les gen

Continuer à lire