Amis du peuple

SCENES | La rentrée théâtrale 2013 démarre sous des auspices dont aucun curieux (amateur ou – et surtout - réfractaire) n’osait rêver : Robert Lepage puis Thomas Ostermeier sont parmi nous en janvier. S’ensuivront de bons restes d’Avignon, des argentins bluffants et des retrouvailles. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 4 janvier 2013

Joël Pommerat n'est pas le seul incontournable de la planète théâtre ; pour trouver aussi talentueux et singulier, il faut pousser les frontières. Coup de chance, les Célestins et le TNP ont convié dans leurs salles le Canadien Robert Lepage et l'Allemand Thomas Ostermeier. Le premier vient avec une pièce créée en mai dernier à Madrid,  Jeux de cartes : Pique, début d'une tétralogie explorant les rapports entre le monde occidental et le monde arabe. Puisque la pièce ne peut se jouer que dans un lieu circulaire, elle le sera au Studio 24 à Villeurbanne (voir portrait de Robert Lepage en page 12). Ostermeier arrive lui avec un spectacle phare du dernier festival d'Avignon : Un ennemi du peuple, où il dynamite une fois de plus l'œuvre d'Ibsen, déjà infiniment moderne pour son époque. Ça suinte, ça gicle, ça crie, ça vit avec une force scénique qui n'a d'égale que sa maîtrise. Autre pépite du festival qui déboule sur "nos" planches bientôt : Plage ultime (Renaissance, mars) d'après Crash de J.C. Ballard, surprenante pièce de la jeune Séverine Chavrier qui prend son temps et nous renvoie à notre vacuité, à notre façon d'agiter de l'air pour avoir l'impression de vivre quelque chose. Dernier immanquable de la saison : Les Enfants sont endormis (Croix-Rousse, février), version très personnelle de La Mouette de Tchekhov par le grand Daniel Veronese. Cet argentin avait déjà donné un nouveau souffle à Maison de poupée et Hedda Gabler, vus à Lyon aux Célestins en 2011, Célestins qui accueilleront d'ailleurs en février une autre version de La Mouette, signée Bélier-Garcia.

Le Français à Lyon

Au rayon des retrouvailles, citons la compagnie l'Unijambiste de David Gauchard, qui présentera à Villefranche une de ses anciennes créations d'après le dramaturge anglais David Harrower, Des couteaux dans les poules (mars). Nicolas Ramond sera lui à Vénissieux (janvier) puis au TNP (février) avec Annette de Fabienne Swiatly, tandis que Serpent à sonnette (Toboggan, février), tragi-comédie belge de Philippe Sireuil, Céline, joué par l'immense Denis Lavant (Bourgoin-Jallieu, janvier) et la trilogie sportive de Laurent Vercelletto (Charlie Chaplin, janvier) s'annoncent aussi intrigants que différents. Côté lieux, ça bouge. Le Point du Jour est en jachère (mais ouvrira à des dates fixes encore inconnues) le temps que le nouveau directeur Gwenael Morin trouve ses marques. Sur la colline d'en face, à Caluire, la nouvelles salle de concert du Radiant-Bellevue fait également la part belle au théâtre et plus particulièrement à la Comédie Française. D'abord avec Le Jeu de l'amour et du hasard (avril) par Galin Stoev, puis avec l'une des anciennes sociétaires du Français, Catherine Hiegel, qui met François Morel en scène dans Le Bourgeois Gentilhomme (janvier). L'insaisissable Laurent Brethome y présentera pour sa part TAC (mars). Enfin, s'il ne fallait retenir que deux spectacles jeune public, ce serait Poucet pour les grands, belle fable de Gilles Granouillet (à l'Atrium de Tassin, Saint-Genis-Laval puis à Vénissieux) et Everest qui, au TNG, marquera les retrouvailles de Nino d'Introna et Stéphane Jaubertie. Ils avaient déjà produit ensemble le splendide Yael Tautavel puis Jojo au bord du monde.


Des couteaux dans les poules

De David Harrower, ms David Gauchard, mus Robert Le Magnifique, cie l'Unijambiste, 1h10. Dans la campagne écossaise une jeune femme analphabète va prendre conscience d'elle-même et du monde qui l'entoure
Théâtre de Villefranche Place des Arts Villefranche-sur-Saône
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Jeux de cartes 1 : Pique

De Robert Lepage, 3h, en anglais, français, espagnol, surtitré en français. Mise en parallèle de deux cités construites au cœur de deux déserts au moment où les États-Unis envahissent l'Irak : Las Vegas et Bagdad

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Un ennemi du peuple

D'Ibsen, ms Thomas Ostermeier, 2h, en allemand sur-titré. Le docteur Stockmann découvre que les eaux de la station thermale de son village sont gravement contaminées par la tannerie locale. Il décide de prévenir la population
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Un ennemi du peuple" : Nicolas Bouchaud, seul contre tous

Théâtre | Qui n’a jamais vu sur scène le comédien Nicolas Bouchaud doit très vite réparer son erreur. En fonçant par exemple aux Célestins découvrir "Un ennemi du peuple", texte phare du dramaturge norvégien Henrik Ibsen mis en scène par Jean-François Sivadier.

Aurélien Martinez | Mardi 5 novembre 2019

Aujourd’hui en France, il y a peu de comédiens de la trempe de Nicolas Bouchaud. C’est peut-être même le plus grand, et il n’y a qu’à le voir sur un plateau pour le constater. Dans les spectacles de Jean-François Sivadier par exemple, avec lequel il collabore depuis presque vingt ans. Logique donc qu’on le retrouve dans le rôle-titre d’Un ennemi du peuple, dernière mise en scène de Sivadier dévoilée en mars à la MC2 Grenoble. Bouchaud pourrait même être un argument de vente à lui tout seul, tant il donne une fougue bienvenue au texte politique et acerbe (aucun personnage n’est sauvé, même le héros) d’Ibsen publié en 1882 en incarnant le docteur Stockmann, lanceur d’alerte avant l’heure. Il faut le regarder chuter progressivement, passant de l’homme sûr d’œuvrer pour le bien commun en dénonçant un scandale sanitaire (les eaux de la station thermale de la ville sont impropres) au paria qui risque de mettre à terre toute une économie et une population : il est grandiose. Notamment dans la scène du simili procès public, lorsqu'il s’écarte de la trame d’Ibsen pour disserter sur le théâtre. Le passé a de

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Quand les plateaux deviennent chaînes d'info

Théâtre | Cette saison, les artistes s'attachent à malaxer (au mieux) ou à commenter (au pire) l'actualité immédiate. Cette lame de fond du théâtre contemporain se vérifiera tout au long des prochains mois dans les salles et sera ponctuée par l'indispensable festival Sens interdits qui accueille l’immense Milo Rau.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Quand les plateaux deviennent chaînes d'info

Dans quelques mois, sur les scènes de théâtre, peut-être sera-t-il question du rapport à sens unique de l'IGPN sur la mort de Steve Maia Caniço et alors ce fait sociétal et politique deviendra œuvre de théâtre. Et si le militant antifa Antonin Bernanos, qui a écopé de quatre mois supplémentaire de détention provisoire au cœur de l'été, avait bientôt un avatar scénique ? Si le théâtre a toujours épongé et transformé les soubresauts du monde, force est de constater qu'il le fait de plus en plus immédiatement et frontalement. Cette saison vont débouler sur les plateaux de Lyon et de la métropole des récits récents ayant fait la Une des médias ces derniers mois. Parfois en les devançant et les fictionnant de façon uchronique : c’est le cas de Olivier Masson doit-il mourir ? (aux Célestins en janvier, et à La Mouche en mars), une variation sur l’affaire Vincent Lambert qui a connu son épilogue cet été. Le jeune auteur et metteur en scène François Hien traite le procès de l’aide-soignant où se confrontent la mère et l’épouse du

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6 pièces de théâtre à réserver sans tergiverser

Sélection | Les cadors on les retrouve aux belles places, nickel comme disait le chanteur. La preuve par six.

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

6 pièces de théâtre à réserver sans tergiverser

Vincent Dedienne Bien sûr, ce spectacle n’est pas neuf. Il date même de 2013. Mais voilà, c’est la fin d’une tournée triomphale méritée et largement médiatisée par l’aura de ce chroniqueur passé par Inter et Canal +, avant de livrer des revues de presse redoutables chez Yann Barthès. Au commencement, Vincent Dedienne est un comédien brillant qui, contrairement à la plupart des ses confrères solistes et humoristes, sait occuper un plateau. Et qui, à la place de blagues politico-foireuses se met à nu avec une délicatesse tout simplement bouleversante. Il signe là l’un des grands spectacles de théâtre de ces dernières années. Au Radiant les 19, 20, 25 et 26 septembre, les 20 et 21 octobre, et au Toboggan le 27 septembre Bovary par Tiago Rodrigues Il l'avait créé dans le Théâtre National de Lisbonne qu'il dirige. Devenu coqueluche de l'Hexagone (malgré l'ennuyeux Sopro présenté à Avignon cet été), le très doué Tiago Rodrigues présente sa version du roman de Flaubert, avec notamment Jacques Bonnaffé et Grégoire Monsaingeon (vu chez Gw

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Ostermeier s'empare de Tchekhov

Théâtre de Villefranche | Aucun théâtre de la Métropole n'a programmé Ostermeier cette année : c'est à Villefranche (les 8, 9 et 10 février) qu'il faut aller, et si cela exige de (...)

Nadja Pobel | Mardi 31 janvier 2017

Ostermeier s'empare de Tchekhov

Aucun théâtre de la Métropole n'a programmé Ostermeier cette année : c'est à Villefranche (les 8, 9 et 10 février) qu'il faut aller, et si cela exige de s'organiser pour les non motorisés (aller en TER et retour en autostop), en contrepartie sachez qu'il reste de la place. Ce serait idiot de ne pas en acquérir, c'est plutôt rare... Le metteur en scène star vient avec une distribution en français (Valérie Dréville en tête, excusez du peu !) pour une adaptation de La Mouette déjà montée en 2013 à Amsterdam avec une autre troupe. Nous ne l'avons pas encore vue, mais au travers des répétitions filmées pour Arte, l'Allemand qui s'est appuyé sur une traduction de l'écrivain Olivier Cadiot, a tenté de rapprocher au maximum ses acteurs des personnages en les faisant travailler des impros d'après leur vie réelle. Autant de matière pour oublier le siècle et demi qui sépare l'écriture de Tchekhov d'aujourd'hui, et laisser entrer dans l’œuvre du Russe des problématiques bien actuelles comme le devenir de l'Europe et celle des artistes et des intellectuels.

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Beaucoup de promesses sur les scènes

Théâtre & danse | Quelques grands noms du panthéon théâtral et de nombreux trentenaires au talent cru : voilà de quoi remplir la deuxième moitié de saison qui, espérons-le, sera plus nourrissante que la première.

Nadja Pobel | Mardi 3 janvier 2017

Beaucoup de promesses sur les scènes

Étrange début de saison où les seules vraies émotions ont émané du solo de Vincent Dedienne, de deux des trois Fugues par le Ballet de l'Opéra, de la petite forme Udo de La Cordonnerie, du best of des Subs ou de La Cuisine d'Elvis à la Comédie de Saint-Étienne ; justement, son directeur Arnaud Meunier viendra bientôt avec son spectacle pour enfants Truckstop au TNG puis Je crois en un seul Dieu aux Célestins, où il retrouvera Stefano Massini après Chapitres de la chute. La Meute est de retour L'attaque en trombe de 2017, confiée à La Meute, devrait faire mentir cet automne morose : avec La Famille royale dès le 4 janvier au Toboggan (dont la directrice Sandrine Mini est poussée vers la sortie par sa municipalité) déjà, et dans la foulée aux Célestins qui ont l'intelligence de leur faire de nouveau confiance. Après Belgrade, la jeune troupe adapte le roman sulfureux et vigoureusement

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Inuk : David Gauchard brise la glace

Théâtre | Après avoir beaucoup travaillé Shakespeare, David Gauchard, le metteur en scène de la compagnie L'unijambiste s’adresse pour la première fois aux petits et aux grands. Et part au pays des Inuits pour un spectacle sensoriel d’une qualité rare.

Nadja Pobel | Mardi 5 avril 2016

Inuk : David Gauchard brise la glace

C’est comment la vie dans les glaciers ? Ça craque. Cette sensation autant que ce bruit irriguent la nouvelle création de David Gauchard (cie L’unijambiste), conçue après un voyage de deux semaines sur la banquise — à Kangiqsujuaq, la porte d’entrée du Nunavik, la terre des Inuits du Québec. Oui, ça craque et ça part en lambeaux à mesure que la planète se réchauffe. Il était impensable et impossible pour le metteur en scène de ne pas évoquer le dérèglement climatique actuel, non par démagogie (inexistante ici) mais par simple conscience. Sans didactisme, le texte relatif à cette question n’apparaît que dans les cartels des surtitres à destination des adultes, les enfants restant les yeux rivés au plateau sur lequel les pas des Inuits craquent lorsqu’ils bougent sur cette fausse glace en débris, laissant s’échapper un son d’une justesse absolue. Gauchard a également su instaurer les sensations de froid et d’hostilité dans lesquelles évoluent ses personnages semblant lutter de toutes leurs forces contre des vents contraires. Fondre devant l’inconnu Sans suivre de trame narrative précise, les séquences s’enchaînent comme autant d’instants

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"887", la belle boîte à souvenirs de Robert Lepage

SCENES | En se racontant à la première personne, Robert Lepage livre avec "887" un spectacle d’une humilité et d’une sincérité désarmantes qui allie sa maitrise de la technologie du plateau à un discours engagé. Critique et parole à l'artiste.

Nadja Pobel | Mardi 17 novembre 2015

Comment se souvient-on et de quoi ? La technologie nous laisse-t-elle encore le choix ? En prenant pour prétexte, véridique, de devoir apprendre par cœur un texte, Speak White de Michèle Lalonde, pour le quarantième anniversaire de la Nuit de la poésie et son inquiétude de ne pas y arriver, Robert Lepage a décidé de questionner sa mémoire et donc son histoire. Ayant compris que le «le théâtre c’est magique quand il n’y a pas de théâtre au début» (dans un entretien avec Stéphane Bureau paru aux éditions Amerik-média en 2008), il commence par faire, toutes lumières éclairées, les recommandations habituelles (éteindre son téléphone, etc.) puis enchaîne, l’air de rien, en nous racontant comment il s’aide d’un moyen mnémotechnique, le "palais de la mémoire". Le sien est le 887 rue Murray, l’immeuble où il a grandi à Québec, à peine plus haut que lui-même. En décrivant toutes les cases de cette maison de poupée – y compris les appartements de ses voisins – il dresse un portrait sensible autant que sociologique de sa ville et, surtout, met à nu sa famille, son père notamment, chauffeur de taxi qui ne sait quasiment ni lire ni écrire mais parle angla

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Robert Lepage : «Le théâtre est là pour changer les choses»

SCENES | La première lyonnaise de "887" avait lieu vendredi 13 novembre à 20h. Au sortir du spectacle, au traditionnel pot de première, la rumeur parcourait les Célestins : il y aurait des fusillades Paris. Très vite, chacun ne parle plus que de cela, se connecte comme il peut au web, appelle ses proches vivant à Paris et file rejoindre un téléviseur. Le lendemain à 13h, Robert Lepage nous accorde une interview prévue de longue date. Il a lui-même passé la nuit à zapper sur des chaînes anglophones. En début d'entretien, il ne pouvait qu'être question de ce carnage.

Nadja Pobel | Dimanche 15 novembre 2015

Robert Lepage : «Le théâtre est là pour changer les choses»

Quelle réaction avez-vous à l’issue de cette nuit ? Robert Lepage : Je suis complètement atterré, surtout que j’étais à Paris il y a deux soirs. Mon équipe et moi avons des amis qui jouent en ce moment à la Villette. On était à la première. Et tout à coup cette chose arrive. Ils avaient toute une série jusqu’au 28… Chez nous, on est toujours doublement choqué. Ce n’est pas que vous êtes habitués en Europe, mais on est moins la cible de genre d’événements. En Amérique, quand il y avait eu le 11-Septembre, le continent était vierge de ce genre de choses, ça avait été vraiment comme un viol. Mais c’est fou, on était dans le Marais il y a deux jours, on a déjà joué au Bataclan, on y a fait des ligues d’impro, on connait bien la salle. Aujourd’hui, c’est plus une salle de concert, mais à l’époque il y avait toutes sortes d’événements. Ça me bouleverse. J’ai retrouvé une interview dans laquelle vous parliez du terrorisme (entretien paru sur Amerik-média en 2008). Vous disiez que la peur était due à l’ignorance, qu’il fallait t

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Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

SCENES | Des spectacles à venir, "Riquet" (délesté de sa houppe) est sans conteste le plus émouvant et le plus abouti. Retour sur ce travail de Laurent Brethome qui passera par le Toboggan et tour d’horizon des propositions jeune public de la saison. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 9 septembre 2015

Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

C’est quoi être différent ? Comment faire avec ce qui manque ? La beauté pour cette fille laide mais intelligente, la jugeote pour sa ravissante sœur, que leur père fatigué de porter la couronne veut marier à un prince repoussant ? De toutes ces aspérités handicapantes, il émane une humanité qu’Antoine Herniotte a su magnifiquement retranscrire dans son adaptation de Riquet et que Laurent Brethome a transposé sur le plateau en éléments très concrets. Les robes de princesse sont en papier froissé, le château se dessine en direct, les baguettes magiques sont des brosses à WC... À cette apparente économie de moyens correspond une débauche de créativité et, surtout, un goût pour une forme artisanale de théâtre qui ramène à des émotions très enfantines. Invité à ouvrir rien moins que le In d’Avignon cet été, Brethome a une nouvelle fois livré un spectacle très organique (la peinture dans Les Souffrances de Job, l'eau dans

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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Faites entrer l'accusée

SCENES | Adoptant à bras le corps le chaotique "Ekaterina Ivanovna" du Russe Leonid Andreïev, David Gauchard signe un spectacle d'une sidérante âpreté. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 12 novembre 2014

Faites entrer l'accusée

Dans Des couteaux dans les poules, Vincent Mourlon interprétait, avec une intensité si redoutable qu'on se demande encore s'il était dans le sur-mesure ou dans la composition, un médiocre laboureur dont la femme s'éveille au langage et au désir au contact d'un meunier lettré. Dans Ekaterina Ivanovna, il campe un peintre hâbleur aux mœurs marginales qu'éclabousse l'effondrement du couple d'un ami député accusant avec une violence meurtrière sa femme d'adultère. Et sa prestation fait sourdre un doute similaire... Car tel est le théâtre de David Gauchard, le metteur en scène derrière ces distributions, depuis la fin de sa trilogie shakespearienne qui le vit rajeunir des tragédies du barde d'Avon avec une malice confinant à l'insolence : si viscéral qu'il en devient plus vrai que nature. Mise à nu Une conséquence directe de sa décision de réinterroger son art est de le confronter à des auteurs plus contemporains : hier David Harrower, aujourd'hui Leonid Andreïev, sulfureux et pourtant méconnu dramaturge russe dont il adapte ici l'un des textes les plus féroces, rendant à ses comédie

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Dix incontournables pour 2014/2015

SCENES | Outre les spectacles cités dans notre gros plan et les panoramas lisibles par ailleurs, voici une dizaine de spectacles qui attisent notre curiosité ou réveillent de bons souvenirs. Bien plus, en tout cas, que les deux mastodontes avignonnais un peu fades qui passeront par là, au TNP, "Orlando" d'Olivier Py et "Le Prince de Hombourg" de Giorgio Barberio Corsetti.

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Dix incontournables pour 2014/2015

Phèdre Avec Les Serments indiscrets l’an dernier, Christophe Rauck présentait une version très personnelle, entre suavité et force, de la pièce méconnue de Marivaux. Il s’attaque maintenant au classique de Racine que tous les grands comédiens ont un jour joué dans leur vie, à commencer par Dominique Blanc sous la houlette de Patrice Chéreau. Dans ce casting-ci, on retrouvera la mythique Nada Strancar (dans le rôle de Oenone, nourrice de Phèdre), au milieu d'un décor agrègeant une nouvelle fois les apparats de l’époque Louis XIV à un univers moins propret, aux murs à nu voire lézardés. Rauck se garde de ripoliner les œuvres majeures pour mieux les révéler. Faisons-lui à nouveau confiance. Nadja Pobel Du 8 au 17 octobre aux Célestins  

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L’éternel retour d’Ostermeier

SCENES | Il est la star que toutes les scènes d’Europe s’arrachent depuis plus de dix ans. Et pour cause, Thomas Ostermeier dépoussière avec génie tout ce qu’il touche. Mais avec "Les Revenants", en s’attaquant pour la première fois à un travail en français dans le texte, il semble – momentanément - s’assoupir sur ses lauriers. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 11 mars 2014

L’éternel retour d’Ostermeier

La présentation d'un travail de Thomas Ostermeier est toujours un événement, quand bien même il n’est plus aussi rare qu’auparavant. Habitué à monter deux à trois créations par an à la Schaubühne, le théâtre berlinois qu’il dirige depuis quatorze ans, ou dans des festivals internationaux, il a l'an passé franchi le pas de la mise en scène en français, langue qu’il parle couramment. Un exercice que bien des salles lui réclamaient depuis déjà longtemps, et auquel il semble s’être plié, à première vue, avec un enthousiasme modéré, piochant à nouveau dans le répertoire de son auteur fétiche, Ibsen, dont il monte là une sixième pièce. Un texte qui certes a fait scandale à son époque au point d'être interdit, mais qui se révèle plus psychologisant, moins politique que ne le sont les glaçants Hedda Gabler et Maison de poupée ou l’époustouflant Ennemi du peuple. Une maison de trompés Comme à son habitude,

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Faites entrer l'accusée

SCENES | L'an passé, au Théâtre de Villefranche, Vincent Mourlon interprétait, avec une intensité si redoutable qu'on se demande encore s'il était dans le sur-mesure ou (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 17 janvier 2014

Faites entrer l'accusée

L'an passé, au Théâtre de Villefranche, Vincent Mourlon interprétait, avec une intensité si redoutable qu'on se demande encore s'il était dans le sur-mesure ou dans la composition, un médiocre laboureur dont la femme s'éveille au langage au contact d'un meunier lettré. Les 28 et 29 janvier, il y campera un peintre éclaboussé par l'effondrement du couple d'un député qui accuse, à tort et avec une violence mortelle, son épouse d'adultère. Et on est sûr que le même doute poindra. Tel est le théâtre de David Gauchard, le metteur en scène derrière ces distributions, depuis la fin de sa trilogie shakespearienne, qui le vit rajeunir des tragédies du barde d'Avon avec une malice confinant à l'insolence : si viscéral qu'il en devient plus vrai que nature.  Une conséquence de sa décision de confronter son art à des a

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Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

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Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

SCENES | Sélection réalisée par Nadja Pobel, Benjamin Mialot et Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 10 septembre 2013

Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

Regards Née avec une malformation au visage, Séverine Fontaine a dû composer avec pendant toute son enfance. La jeune femme devenue comédienne a décidé de se nourrir de cette expérience pour livrer ce solo présenté comme «un manifeste pour la différence». Dans une scénographie convoquant une série de lampes, elle joue habilement avec le regard du spectateur. Un spectacle sincère et fort.Au Centre Albert Camus, Bron, du 1er au 4 octobre Le Président C’est grinçant et marquant comme… du Thomas Bernhard. Michel Raskine a su adapter cet immense dramaturge autrichien avec le

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Bonne compagnie

SCENES | Il est des compagnies qui accompagnent. Celle de l’Unijambiste, pilotée par David Gauchard, séduit tour à tour les rédacteurs du Petit Bulletin depuis des années. Après avoir travaillé Shakespeare en musique, c’est avec un texte contemporain et poignant ("Des couteaux dans les poules" de David Harrower) que la troupe revient à Villefranche. On l’a encore suivie. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 7 mars 2013

Bonne compagnie

À l’écouter parler, David Gauchard semble être un artisan du théâtre. Il aime tant sa discipline que jamais il ne cesse de l’améliorer, sans pour autant l’enfermer dans sa spécificité. Depuis quatorze ans et sa première création, il insuffle ainsi musique et vidéo à des textes qu’il défend haut et fort. Mais pas question de les dissoudre derrière des apparats jeunistes. En 2002, lorsqu'il monte Hamlet avec du hip hop et se retrouve catalogué comme faiseur de «Shakespeare sexy», sa volonté est déjà de prendre un chemin de traverse. Il veut monter Des couteaux dans des poules de David Harrower (vu à Lyon avec le splendide et dérangeant Blackbird), qu’il découvre par hasard dans une librairie près du Théâtre de l’Odéon. Il cherche alors une même trame que celle de Mademoiselle Julie - un triangle amoureux et tragique à la campagne. Son enthousiasme ne séduit pas facilement les diffuseurs ; Harrower n’est pas aussi vendeur que le maître du théâtre élisabéthain. Qu’importe, David Gauchard monte la pièce et la joue deux à trois fois par saison depuis six ans désormais.

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Accélération de particules

SCENES | Les héros tchekhoviens par définition s’ennuient. Mais plutôt que d’étirer le temps, l’Argentin Daniel Veronese l’accélère jusqu’à l’étourdissement dans une version énergique et vivace de "La Mouette" rebaptisée "Les Enfants se sont endormis". Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 7 février 2013

Accélération de particules

Méfiez-vous des apparences. Personne ne dort dans cette adaptation plus respectueuse qu'il n'y parait de La Mouette - le changement de titre est un leurre. Les personnages, empêtrés dans leurs vies ratées et languissantes, brassent et parlent à toute allure comme pour contrer le néant et l'inaction - la pièce, en espagnol surtitré, dure 1h30 contre plus de 2h habituellement, se mourrant sur une portion congrue du plateau, territoire volontairement rabougri par une marque au sol. Dans leur modeste maison, pas de grands murs et de beaux fauteuils mais des accessoires de base entravant leurs déplacements entre des murs pas franchement rafraîchis. Car comme dans le texte de Tchekhov, les dix personnages sont bel et bien coincés : ils ont beau essayer de s’échapper par l’une des nombreuses portes, ils finissent toujours par revenir se cogner les uns aux autres. Déjà venu à Lyon avec des variations d’Ibsen (Maison de poupée et Hedda Gabler, renommées Le Développement de le civilisation à venir et Tous les grands gouvernements ont évité le théâtre intime), le metteur en scène Daniel Veronese prouve une fois de plus qu’il a gardé dans son tra

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Interview de Thomas Ostermeier

SCENES | Au lendemain de la triomphale première représentation de "Un ennemi du peuple" au TNP, Thomas Ostermeier a rencontré son public durant 1h30 au Goethe Institut, avant de nous accorder un entretien où il évoque inlassablement et passionnément son approche du théâtre... Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 31 janvier 2013

Interview de Thomas Ostermeier

... en commençant par expliquer pourquoi, après avoir monté des auteurs contemporains (Sarah Kane, Jon Fosse, Lars Noren…), il a ces dernières années tiré nombre de spectacles de textes d'Ibsen ou Shakespeare.

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Ostermeier ce norvégien

SCENES | Metteur en scène allemand de génie, Thomas Ostermeier monte pour la cinquième fois une pièce du norvégien Ibsen, "Un ennemi du peuple". Décryptage de cette filiation entre deux géants avant que Ostermeier lui-même ne vienne à la rencontre du public lyonnais au Goethe Institut. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 18 janvier 2013

Ostermeier ce norvégien

Depuis 2002, Thomas Ostermeier a monté cinq pièces d’Henrik Ibsen. S’il a commencé par ses classiques et brillantissimes pamphlets féminins et féministes (Une maison de poupée, qu’il a rebaptisé du nom de l’héroïne Nora, puis Hedda Gabler), il a poursuivi avec des textes empreints de politique : Solness le constructeur (monté entre les deux précédents), John Gabriel Borkman, Un ennemi du peuple aujourd’hui, et en mars Les Revenants créé (en français !) à Vidy-Lausanne. Dans l’intervalle, Ostermeier a fricoté avec d’autres et notamment Shakespeare (avec le foudroyant et déchaîné Mesure pour mesure). Mais inlassablement, Ostermeier revient à l’auteur norvégien qui, entre 1867 et 1899, signa une quinzaine d’oeuvres qui ont secoué la froide Scandinavie. Il ne suffit toutefois pas de jouer Ibsen pour s’apercevoir qu’il est infiniment contemporain. Encore faut-il malaxer son écriture, la raboter parfois, la modifier à l’occasion, à tout le moins lui porter un regard actuel pour ne pas la momifier dans le XIXe déclinant. Et dans 150 ans Ostermeier avait changé la fin d’Hedda Gabler

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Lepage et la page blanche

SCENES | On attendait beaucoup de "Jeux de cartes 1 : Pique". C'est peu dire qu'on a été déçu par ce premier volet d'une tétralogie consacrée aux rapports entre Orient et Occident, qui voit se gripper la machinerie théâtrale que maîtrise habituellement si bien le génial metteur en scène Robert Lepage. Compte-rendu. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 10 janvier 2013

Lepage et la page blanche

Qui trop embrasse mal étreint. Le tant attendu spectacle de Robert Lepage, Jeux de cartes 1 : pique, a été la cinglante et triste démonstration de cette maxime lors de sa première représentation à Lyon ce 9 janvier. Installée au Studio 24 plutôt que dans les Célestins qui le programment, cette pièce à "360°" avec plateau central circulaire et public sur quatre côtés est certes une preuve de la maîtrise de la machinerie théâtrale de Robert Lepage. Mais qui a eu la chance de voir les sublimes Face cachée de la lune ou Projet Andersen le savait déjà. Problème ici : cet outil ne sert aucun propos. Car à vouloir traiter trop de sujets, Lepage n’en approfondit aucun, la très faible écriture de l'ensemble (pourtant raccourci de 40 minutes depuis sa création à Madrid) ne constituant par ailleurs pas un socle assez solide pour que la troupe puisse y trouver matière à progresser. Désert Le premier volet de cette tétralogie entend en effet traiter de la deuxième guerre d'Irak en mettant en vis-à-vis Las Vegas et Bagdad, la liberté des femmes américaine

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Robert le magnifique

SCENES | Robert Lepage dit s’être toujours senti différent. Pour devenir un metteur en scène, acteur, auteur singulier et mondialement reconnu, il a fait de ses douleurs d'enfance une force lui permettant de développer un univers onirique stupéfiant et perpétuellement inventif. Avant de découvrir le premier volet de "Jeux de cartes" au Studio 24, portrait de cet artiste majeur. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 7 janvier 2013

Robert le magnifique

À chacun son temple. Celui d’un amateur de théâtre pourrait être l’antre de Robert Lepage, la Caserne, son lieu de repli et de création depuis qu’en 1997, avec sa compagnie Ex Machina fondée trois ans plus tôt, il y a élu domicile. Il y dispose de tout le nécessaire pour créer avec sérénité, dont des plateaux techniquement très bien dotés et capables, en ouvrant sur le parking, d’accueillir du public pour ses habituels work in progress. C'est ici qu'il accueille aussi les acteurs et collaborateurs du monde entier avec lesquels il travaille désormais, au sommet de sa gloire, à 53 ans. Le centre névralgique de sa vie reste ainsi bien ancré à Québec, cette ville qui l'a vu naître et grandir et qui, via son maire, a permis à ce vagabond d'avoir un pied à terre, donnant du même coup à la ville la plus française du Canada un rayonnement artistique aussi fort que Montréal - qui tenait le haut du pavé grâce notamment au Cirque du Soleil. Né dans un milieu modeste avec un père chauffeur de taxi, Robert Lepage n'a pourtant jamais rêvé de théâtre. Il essaye d'abord de vivre avec une alopécie qui, dès l'âge de cinq ans, lui fait perdre son système pileux. S

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Intervention directe

SCENES | Comment parler de «cette génération qui a le cœur à gauche et le portefeuille à droite, qui veut changer le monde sans avoir les mains sales» ? Thomas (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 6 septembre 2012

Intervention directe

Comment parler de «cette génération qui a le cœur à gauche et le portefeuille à droite, qui veut changer le monde sans avoir les mains sales» ? Thomas Ostermeier choisit de mettre en scène Ein Volksfeind (Un ennemi du peuple) d’Ibsen, qui dresse le portrait du jeune docteur Stockmann, luttant seul contre tous pour faire éclater le scandale de la pollution d'une station thermale. Le directeur de la Schaubühne de Berlin ne se contente pas de dépoussiérer le texte original. Il ouvre également le débat entre les acteurs et le public, sur le thème de la crise de la démocratie, avant de reprendre comme par magie le fil de son spectacle. Ovationné au dernier festival d’Avignon, cet Ennemi du Peuple n’est sans doute pas le meilleur spectacle d’Ostermeier, mais il en est certainement le plus surprenant. Ein Volksfeind (Un ennemi du peuple)Au TNPDu mercredi 29 janvier au dimanche 2 février 

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Regardez la différence

SCENES | Ceci n’est pas un classique mais presque un soap-opéra théâtral qui emporte tout sur son passage. Avec "Le Cas de la famille Coleman", Claudio Tolcachir démontre une nouvelle fois que le théâtre argentin ne manque pas d’air. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 16 février 2012

Regardez la différence

On serait bien incapable de faire une amorce de thèse sur le théâtre sud-américain mais force est de constater que lorsqu’il vient (trop rarement) à nous, il laisse de beaux souvenirs. En 2007, la troupe brésilienne d’Enrique Diaz n’avait pas peur de détricoter les classiques Hamlet et La Mouette en portant les coulisses et la fabrication du spectacle sur le plateau du Théâtre national populaire. L’an dernier, l’Argentin Daniel Veronese, après avoir tâté lui aussi du Tchekhov, investissait la petite salle des Célestins avec aussi un dytique qui envoyait balader conventions et codes des glaciales et captivantes pièces d’Ibsen. Maison de poupée et Hedda Gabler se faisaient écho dans un décor de bande dessinée aux couleurs éclatantes, trop belles pour que ne s’y trament pas de drames. À chaque fois, ces créations ont eu en commun de redonner souffle et vitalité à des écrits dont l’extraordinaire modernité est parfois oubliée, étouffée par les metteurs en scène. Avec Le Cas de la famille Coleman, déjà passé par le TNP il y a dix-huit mois, Claudio Tolcachir ne s’emba

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Jouer à Shakespeare

SCENES | David Gauchard termine sa trilogie shakespearienne sur une note résolument optimiste. Avec "Le Songe d’une nuit d’été", il convoque à nouveau la vidéo et une bande son (pop) pour dynamiser ce texte complexe et loufoque. Musique, maestro ! Nadja Pobel (avec Aurélien Martinez)

Nadja Pobel | Vendredi 27 janvier 2012

Jouer à Shakespeare

Il y a eu Hamlet / Thème et variations pour questionner l’héritage et l’importance des choix. Puis un Richard III sombre (et génialement incarné par le granitique Vincent Gourion) pour restituer une réflexion politique sur le pouvoir. Déjà deux claques saluées à chaque fois dans nos colonnes. Non content de faire du théâtre, David Gauchard et sa compagnie L'Unijambiste y adjoignaient de la vidéo et de la musique à haute dose. Le trio hip-hop Abstrackt Keal Agram, Robert le Magnifique et Psykick Lyrikah pour Hamlet auxquels se rajoutait Olivier Mellano (guitariste de Dominique A ou Miossec entre autres) sur Richard III. Plus de live avec Le Songe mais une bande son à tomber par terre (et d’ailleurs éditée) avec sur scène le beatboxer Laurent Duprat et toujours Robert le Magnifique, Thomas Poli et Laetitia Shériff aux commandes. La méthode (qu

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Thomas Ostermeier en six dates

SCENES | 1968 : naissance à Soltau, en Basse-Saxe, près de Hambourg. 1992 – 1996 : il suit les cours de la section mise en scène à la Ernst Busch Hochschule à (...)

Nadja Pobel | Lundi 4 avril 2011

Thomas Ostermeier en six dates

1968 : naissance à Soltau, en Basse-Saxe, près de Hambourg. 1992 – 1996 : il suit les cours de la section mise en scène à la Ernst Busch Hochschule à Berlin.1996-1999 : il devient metteur en scène et directeur artistique de la Baracke, laboratoire artistique du Deutsches Theater de Berlin.1999 : nomination à la tête de la Schaubühne de Berlin. Il co-dirige le théâtre avec la chorégraphe Sasha Waltz jusqu'en 2005. Depuis, il est seul maître à bord.2004 : il est le premier artiste associé au festival d'Avignon, choisi par les directeurs Hortense Archambault et Vincent Baudriller.2010 : il met en scène «Dämonen» puis «Othello ou le Maure de Venise», respectivement ses 26e et 27e créations depuis son arrivée à la Schaubühne.

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Le théâtre à vif

SCENES | Portrait / Depuis plus de dix ans, Thomas Ostermeier dirige une des plus importantes institutions théâtrales de Berlin, la Schaubühne, sans s'être assagi pour autant. Portrait d’un metteur en scène. Nadja Pobel

Dorotée Aznar | Lundi 4 avril 2011

Le théâtre à vif

Il dit faire «un métier de vieux». Thomas Ostermeier, 42 ans, éternel sweatshirt Adidas sur le dos, a longtemps cru qu’un metteur scène était un homme très savant d’au moins 50 ans avec une barbe et un gros ventre. Il pensait ne pas avoir le droit d’entrer dans les prestigieuses salles qu’il remplit aujourd’hui partout en Europe. Rien, en effet, ne prédestinait ce fils de militaire et de vendeuse en supermarché à être reconnu internationalement comme l’un des metteurs en scène les plus doués de sa génération. Thomas Ostermeier grandit en Bavière et entre vite en conflit avec sa famille catholique, refuse d’effectuer son service militaire et opte pour un service civil auprès de personnes handicapées à Hambourg. Anarchiste, il débarque à Berlin, s’installe dans le quartier turc de Kreuzberg, partie pauvre de l’Ouest cernée par les frontières de Berlin-Est. Il joue de la basse et de la contrebasse dans des groupes de rock, mais abandonne vite, la faute selon lui, à un manque de travail et de talent. Quand le Mur tombe, il a 21 ans et s’exile dans les pays de l’ex-bloc soviétique. À son retour à Berlin, il intègre la prestigieuse école d’art dramatique, la Ernst Busch Hochschule, en 19

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Richard III outrenoir

SCENES | THÉÂTRE / Au milieu des deux cent sept mises en scène d’un texte de Shakespeare visibles chaque année, celle de David Gauchard détonne, avec son "Richard III" urbain, musical et hypotonique. Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Lundi 25 janvier 2010

Richard III outrenoir

Après la claque "Hamlet, thème & variations" (présenté il y a deux ans à la Renaissance), on attendait non sans impatience la relecture par la compagnie L’unijambiste d’un autre monument shakespearien qu’est "Richard III". Quelle ne fut pas notre surprise : alors qu’on pensait logiquement que David Gauchard allait réutiliser les recettes qui lui avaient si bien réussi la fois précédente (à savoir mixer habilement la verve et la narration shakespeariennes aux sons très contemporains de l’électro et du hip-hop), on se retrouve face à une version on ne peut plus fidèle à l’œuvre originelle – là où dans "Hamlet" il se permettait de tout passer au shaker. Bien sûr, le metteur en scène conserve son univers artistique, mais il le met pleinement au service du texte retravaillé pour le plateau par le traducteur André Markowicz. Son "Richard III" devient alors un spectacle froid et tendu, qui hypnotise ceux qui acceptent de se laisser guider dans ce monde de folie. Et je dis wii Si David Gauchard conserve son équipe d’"Hamlet" (le rappeur Arm, plume et voix de Psykick Lyrikah, l’inclassable R

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Sans contrefaçon

SCENES | Danse / Un metteur en scène et deux danseurs. Robert Lepage, Russell Maliphant et Sylvie Guillem se sont lancés dans un projet inattendu. Raconter et donner à voir sur une scène la vie de Charles de Beaumont, plus connu sous le nom de Chevalier d’Éon.

Dorotée Aznar | Lundi 29 juin 2009

Sans contrefaçon

Danse / Un metteur en scène et deux danseurs. Robert Lepage, Russell Maliphant et Sylvie Guillem se sont lancés dans un projet inattendu. Raconter et donner à voir sur une scène la vie de Charles de Beaumont, plus connu sous le nom de Chevalier d’Éon. Du capitaine des dragons, espion de Louis XV, on retient surtout l’ambiguïté qui demeura autour de son sexe, lui qui fut condamné par Louis XVI à porter pendant plus de trente ans le vêtement féminin. Dans Eonnagata, le trouble n’est pas uniquement sexuel, il est également à l’origine même de ce spectacle mélangeant récits, lectures, arts martiaux japonais et chinois, combats d’épée, danse contemporaine… Trois périodes de la vie du Chevalier sont évoquées dans une succession de tableaux splendides, dont la beauté hypnotique doit beaucoup aux lumières de Michael Hulls. La «griffe» du metteur en scène canadien Robert Lepage est également palpable dans cette création où la danse sert continuellement le récit. Le mélange des sexes, des âges, des références, des cultures ne dessert pas la narration, mais permet au contraire de passer naturellement de la violence sourde des percussions à la grâce aérienne d’une danse sur un miroir. Car, si

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To mix or not to mix

SCENES | Théâtre / Boosté par le plébiscite suscité par la bande originale de la pièce, clé de voûte essentielle du projet, le metteur en scène David Gauchard emmène donc son Hamlet Thème & Variations en tournée... François Cau

| Mercredi 26 octobre 2005

To mix or not to mix

Hamlet version hip hop ? Après tout pourquoi pas : du Roméo queer refoulé de Baz Luhrmann au Richard III crypto-fasciste de Richard Loncraine, le 7e art a tellement dévoyé le pauvre Shakespeare à la sauce post-moderne qu'on n'est plus vraiment à ça près. En même temps, l'intitulé est clair : Thème & Variations, un jeu annoncé sur le texte et surtout la substance sonore, axe majeur de la création. En homme avisé, David Gauchard s'est entouré d'un casting de rêve. Prenant pour base la nouvelle traduction du texte, signée André Markowicz, le metteur en scène s'est adjoint les services d'un trio létal pour sa bande-son : Tepr, My Dog is Gay (le duo d'Abstrackt Keal Agram) et le non moins grandiose Robert Le Magnifique. Des compositions plus que concluantes, à même de survivre à la création de façon autonome, et vaillamment soutenues par les flows des comédiens (parmi lesquels on retrouve ledit Robert, mais aussi Arm, MC de Psykick Lyrikah, et par ailleurs auteur de l'excellent texte final, Hier). Ajoutez à cela une contribution plastique de la marionnettiste huppée Emilie Valantin et vous obtenez un projet presque trop prometteur. To mix ! Mea Culpa

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