Avignon - Jour 1 - Static or not static

SCENES | "Par les villages" et "Remote Avignon"

Nadja Pobel | Jeudi 11 juillet 2013

En sortant de la cour d'honneur du Palais des Papes, 4h30 apres y être entré, un soulagement a envahi l'ensemble des spectateurs restés jusqu'au bout du solo de Jeanne Balibar, crispant quand il était audible. Car en adaptant Par les villages, long poème dramatique de Peter Handke, Stanislas Nordey, artiste associé de l'édition 2013 du Festival d'Avignon, a aussi fait le choix de l'anti spectacle. Autant l'enchaînement de deux monologues dans Clôture de l'amour ne manquait pas de puissance, autant l'exercice produit ici une ambiance mortifère, les émotions restant enfouies sous des gravas de logorrhée. La faute à une absence de réelle mise en scène - les acteurs, ultra-statiques, se parlent à dix mètres les uns des autres sur un plateau dont l'immensité offrait pourtant des conditions de jeu inouïes. Balibar n'est jamais dans son rôle, hautaine et absente à la fois. À cour, Olivier Mellano assure lui un splendide début de spectacle, avant que sa partition se fasse de plus en plus menue - et c'est d'autant plus regrettable qu'il était de loin la personne la plus investie de la distribution. Au final, seule Emmanuelle Béart parvient à être touchante. Quant au texte, il a beau être passionnant (Handke y sonde l'écart se creusant entre les ruraux qui ne sont jamais partis et les urbains qui ont tourné le dos au monde ouvrier pour intégrer des sphères plus intellectuelles) mais on ne cesse de le perdre, tués que nous sommes par l'ennui.

Changement de cap avec un spectacle intinérant de deux heures dans les rues de la ville par le Rimini Protokoll, Remote Avignon. Guidés au casque par une voix inconnue, nous formons avec cinquante autres spectateurs une véritable horde. Après avoir quitté le cimetière de Vérant et nous être interrogés sur notre condition de mortel, direction le supermarché, les parkings et même (suprême ironie !) un théâtre à l'italienne pour questionner la masse, la déférence, le libre arbitre, la confiance et in fine, la démocratie. Le propos n'est ni neuf ni révolutionnaire pour ce type de théâtre participatif, il n'en est pas moins toujours revigorant et a le mérite de nous éviter, nous autres festivaliers, de céder à la tentation de l'avachissement.

Nadja Pobel 

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Point du Jour et Célestins : cap sur la saison 2020-21

Au Théâtre l'année prochaine | Quand ils se sont fermés le 14 mars, les théâtres publics fignolaient leur saison prochaine. Voici que le Point du Jour et les Célestins en ont dévoilé tout le contenu cette semaine. Et voient les choses en grand.

Nadja Pobel | Vendredi 12 juin 2020

Point du Jour et Célestins : cap sur la saison 2020-21

Angélique Clairand et Éric Massé, pour leur deuxième saison, ont choisi de reporter tous les spectacles annulés ce printemps dont ceux des deux compagnies en résidence : les Y d'Étienne Gaudillère (avec Pale blue dot, fresque sur la plateforme lanceuse d'alerte Wikileaks et l'art et ses enjeux politique dans Cannes) et le collectif Marthe pour Tiens ta garde, d'après l'ouvrage d'Elsa Dorlin relatif à l'autodéfense et l'histoire des luttes menées par les femmes. Avec Le Monde renversé, ces filles, fraîchement sorties de l'École de la Comédie de Saint-Étienne, avaient démontré la pertinence et la solidité de leur travail de plateau sur un sujet politique puissant : déjà sur les persécutions

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Corbeille et somme : "Merveilles à Montfermeil"

Comédie | Fraîchement séparés, Joëlle et Kamel se côtoient tous les jours au sein de l’équipe de la Maire de Montfermeil, une illuminée rêvant, entre autres excentricités des années 1980, d’implanter une école de langues démesurée dans cette cité de banlieue. Cela n’arrangera pas leurs relations…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Corbeille et somme :

Intrigante et prometteuse, la séquence d’ouverture montrant le couple Balibar/Bedia se disputant en arabe devant une juge des divorces abasourdie aurait pu — dû ? — constituer l’alpha et l’oméga de cette pseudo comédie politique, mais authentique catastrophe artisanale. Première réalisation solo de la comédienne-chanteuse intello (récemment enrubannée d’un hochet républicain, dans la même promotion que le patron de BlackRock), ce “machin“ a faux sur toute la ligne. La forme, tout d’abord : écrit et joué en dépit du bon sens, il offre à une troupe de bobos hors sol vêtu arty sexy l’occasion de glapir du cri primal dans un simulacre pathétique de Rendez-vous en terre inconnue. Le fond, ensuite. Prêchant une fraternité béate, infantilisant les administrés, le mal titré Merveilles à Montfermeil semble fustiger par le ridicule les exécutifs de gôche engagés dans un clientélisme social mâtiné de new age limite

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La barbe ! (à ras) : "Barbara" de Mathieu Amalric

Biopic | de et avec Mathieu Amalric (Fr, 1h37) avec également Jeanne Balibar, Vincent Peirani…

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

La barbe ! (à ras) :

Une comédienne endosse pour les besoins d’un film le rôle de la chanteuse Barbara. On la suit hors et sur le plateau, tentant de s’approprier ce personnage fantasque et nocturne ; cette icône qui, en réalité, est une idole que fantasme un réalisateur obsessionnel… Mathieu Amalric succombe à son tour à la mode du biopic, tentant une approche conceptuelle d’un fragment de l’existence de la longue dame brune. En l’occurrence, il mêle les répétitions d’une actrice-jouant-Barbara à des images d’archives de l’authentique Barbara répétant en tournée. Un collage-hommage dont on devine l’intention : montrer la convergence de démarches artistiques absolues tout en provoquant un trouble visuel et mental chez le spectateur grâce à la “performance” de la comédienne. Las ! De confusion, il n’y a guère : le mélange d’images fait surtout rejaillir l’artifice et l’inanité du simulacre. Si Jeanne Balibar, tristement horripilante dans le surjeu maniéré dont elle est coutumière, semble donner l’impression de se regarder jouer — et de s’écouter chan

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"À Jamais" : possession, le retour

ECRANS | de Benoît Jacquot (Fr-Port, 1h30) avec Mathieu Amalric, Julia Roy, Jeanne Balibar…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Un réalisateur meurt dans un accident alors qu’il travaille à un nouveau projet. Sa nouvelle compagne et actrice investit alors son absence, au point de ressentir comme une étrange résurgence de sa présence… Inspiré par sa nouvelle muse Julia Roy, l’infatigable Benoît Jacquot poursuit une œuvre habitée par le trouble en s’essayant au film de fantôme. Poursuivre, c’est d’ailleurs le principe de ce thriller “métapsychologique” adoptant un chemin labyrinthique, dupliquant réalité et souvenirs transformés ; faisant la part belle à l’onirisme et aux contours flous de l’état modifié de conscience. Les séquences s’enchaînent dans une splendide disjonction, comme une cascade de songes en mouvement. Sommes-nous dans le dédale d’un deuil impossible dégénérant en pathologie, ou bien assiste-t-on au contraire à son accomplissement — certes particulier ? L’ambiance que dispense Jacquot rappelle celle du mal-aimé Femme Fatale (2002) de DePalma ou de Alice ou la dernière fugue (1976), dont Chabrol disait qu’il était “hélicoïdal” ; des films envoûtants dans lesquels il faut savoir s’abandon

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Le Dos rouge

ECRANS | D’Antoine Barraud (Fr, 2h07) avec Bertrand Bonello, Jeanne Balibar, Géraldine Pailhas, Joana Preis…

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Le Dos rouge

Dans Le Dos rouge, Bertrand Bonello est Bertrand, cinéaste en quête d’inspiration pour un nouveau projet autour de l’idée de "monstruosité". Mais dans cette autofiction, les choses ne sont pas si simples : lorsque Bonello va présenter un de ses films à la Cinémathèque, c’est en fait un de ses scénarios non tournés — un remake de Vertigo du point de vue de Madeleine — qui est projeté ; et si certains acteurs jouent leur propre rôle (Pascal Greggory, Isild Le Besco), d’autres incarnent des personnages (notamment celui de Célia, tenu alternativement par une Jeanne Balibar en pleine autoparodie et par Géraldine Pailhas). Autant dire qu’aborder le film d’Antoine Barraud sans un certain nombre de clés rend sa vision pour le moins difficile, surtout qu’on ne sait jamais vraiment si le cinéaste prend au sérieux certains dialogues ridiculement pédants ou des séquences à la limite du grotesque — la chanson au téléphone, digne d’un Christophe Honoré, ou les conversations avec un Nicolas Maury pathétique d’absence à l’écran. Pourtant, comme dans son précédent Les Gouffres, Barraud a un sens réel de l’étrangeté, une envie de tordre ses images po

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Tu veux ou tu veux pas

ECRANS | De Tonie Marshall (Fr, 1h28) avec Sophie Marceau, Patrick Bruel, André Wilms…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Tu veux ou tu veux pas

Le pitch de Tu veux ou tu veux pas n’est, si l’on est honnête, pas plus stupide que ceux de la plupart des comédies américaines trash régulièrement louées dans nos colonnes : une nymphomane tente de faire craquer son nouveau patron, un ancien sex addict abstinent depuis un an. On doit même reconnaître à Tonie Marshall l’envie de donner à son film un rythme soutenu et une précision dans la gestion de ses effets comiques, situations comme dialogues. Un énorme handicap pèse cependant sur la mise en scène : Patrick Bruel. Il erre dans les plans en marmonnant son texte, ne punche jamais aucune de ses répliques et traîne son regard de poisson mort durant tout le film comme s’il se demandait s’il joue dans une comédie ou une tragédie. Il offre ainsi un boulevard à une Sophie Marceau épatante, et pas que par contraste, alliant naturel et folie délurée avec une décontraction irrésistible. Ce déséquilibre finit par avoir raison du film tout entier, lorsque se profile une hypocrite et rassurante résolution de comédie romantique lestée de quelques idées auteurisantes complètement hors de propos. Comme si Marshall voulait rappeler in extremis qu’ell

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Avignon - Jout 6 - Gloire au spectacle vivant !

SCENES | "Cour d’honneur" et "Place du marché 76"

Benjamin Mialot | Vendredi 19 juillet 2013

Avignon - Jout 6 - Gloire au spectacle vivant !

On écrit souvent tout le bien que l’on pense du travail de Jérôme Bel, chorégraphe atypique de la scène française, adepte notamment d’une forme proche du spectacle-documentaire. Au fil des ans, l'instigateur du hit The Show Must Go On a ainsi construit diverses créations pensées autour de la figure d’un danseur – Véronique Doisneau du Ballet de l’Opéra de Paris, Cédric Andrieux de la compagnie Merce Cunningham... Un danseur qui donne son nom au spectacle et qui, sur scène, évoque sa vie tant personnelle que professionnelle, notamment en rejouant des extraits des pièces auxquelles il a participé – ce qui permet à Jérôme Bel d’affirmer crânement n’avoir jamais écrit un seul pas de danse.Suivant toujours cette logique et désirant imaginer un spectacle sur «la mémoire d’un lieu, d’un théâtre», Jérôme Bel a conçu Cour d’honneur : oui, car quel plus beau théâtre que la Cour d’honneur du Palais des papes, place centrale et majestueuse de l’incontournable Festival d’Avignon ? Pour évoquer cette mémoire, après plusieurs pistes de réflexion (il voulait d’abord interroger tous ceux qui travaillent dans le lieu), Bel a fait appel au

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Avignon - Jour 5 - Tout et son contraire

SCENES | "D'après une histoire vraie", "Drums and Digging"

Benjamin Mialot | Mardi 16 juillet 2013

Avignon - Jour 5 - Tout et son contraire

Christian Rizzo a souvent divisé notre rédaction, entre admirateurs de la ligne claire du chorégraphe et pourfendeurs d’un langage hermétique – pour rester poli. D’après une histoire vraie, sa dernière création dévoilée au Festival d’Avignon, rebat les cartes, Rizzo lui-même expliquant avoir changé sa façon de travailler. Stop aux corps frêles et au sous-texte cérébral, place à une émotion brute. Soit huit danseurs et deux batteurs, pour une pièce centrée sur les danses folkloriques de groupe, imaginée à partir d’un souvenir fort – un spectacle vu par Rizzo à Istanbul « dans lequel jaillissait un groupe d’hommes se livrant à une danse traditionnelle, complètement effrénée, avant de disparaître aussitôt ».Un jaillissement retranscrit sur scène en 1h15, dans une lente progression. D’où un spectacle qui prend du corps au fil de la représentation, emportant littéralement l’audience qui finit par se croire à un concert de rock – même si, le jour où nous y étions, personne n’a osé se lever. On ne savait pas Christian Rizzo capable d’une telle intensité, et l’on espère revoir ce spectacle en 2014/2015 dans la région – une autre pièce de Christia

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Avignon - Jour 4 - Course de fond

SCENES | "Je hais les gosses", "End/Igné" et le mouvement H/F

Nadja Pobel | Samedi 13 juillet 2013

Avignon - Jour 4 - Course de fond

L'éclectisme à Avignon n'est pas un vain mot. On y retrouve les trois quarts des spectacles programmés tout au long de la saison dans les café-théâtres lyonnais, dont celui d'un certain Monsieur Fraize qui, comme le dit son affiche, se relâche du 4 au 24 juillet. Nul lieu indiqué. Il n'est tout simplement pas là mais sur la photo, son polo et son pantalon de velours côtelé sèchent sur un fil. Joli coin d'œil par l'un des comiques qui nous aura fait pleurer de rire cette année. Mais revenons aux présents, éclectiques donc, avec les chansons d'Entre deux caisses, quatuor de musiciens inspirés par Allain Leprest, auquel ils rendent hommage dans une mise en scène de la chanteuse Juliette. Joli spectacle que ce Je hais les gosses, recommandé pour les enfants dès huit ans, en dépit de son ton un peu assassin envers eux et, surtout, de son caractère politique et utopiste - l'action se situe dans une décennie future et le groupe jette un regard amusé sur nos années deux mille, où l'on travaillait et allait à l'école pour apprendre un métier (folle hérésie !). Très dif

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Avignon - Jour 3 - Ultra moderne solitude

SCENES | "Les Particules élémentaires" et "Exhibit B"

Nadja Pobel | Samedi 13 juillet 2013

Avignon - Jour 3 - Ultra moderne solitude

Le buzz du festival n'est pas dans la cour d'honneur mais à quelques encablures d'Avignon, à Vedène, avec une adaptation improbable et inespérée du deuxième roman de Michel Houellebecq, qui contient tous les autres, Les Particules élémentaires. Aux manettes, un gamin de 26 ans, Julien Gosselin, pêche parfois par excès de jeunisme, comme si un micro et une séquence de coït à poil étaient les ingrédients indispensables d'un spectacle moderne. Passées ces quelques réserves, force est de constater que ce travail ne manque pas d'énergie. C'est toutefois quand on oublie le collectif (onze au plateau) et que le jeu comme le texte se resserrent sur un ou deux personnages, dans la deuxième partie de la pièce (sur près de quatre heures au total),  que ce travail trouve son point culminant. Par exemple dans cette magistrale et déchirante scène où Michel s'aperçoit, à quarante ans, qu'il est passé à côté de l'amour de sa vie, sa triste et désenchantée amie de collège. Gosselin parvient, sur un plateau nu, sans coulisses, avec des acteurs-musiciens en permanence en scène et une utilisation enfin judicieuse de la vidéo, à rendre l'abyssal individualisme q

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Avignon - Jour 2 - Tous azimuts

SCENES | "Ping Pang Qiu", "Orphelins" et "Concerto pour deux clowns".

Nadja Pobel | Vendredi 12 juillet 2013

Avignon - Jour 2 - Tous azimuts

Il nous a fallu laisser Angelica Liddell sur le côté pour enfin attaquer le Off du festival. Mais l'Espagnole n'est pas du genre qu'on oublie : récemment, son texte Belgrade avait résonné d'une manière absolument bouleversante au Théâtre des Ateliers,  grâce au collectif La Meute, et nous attendons depuis que cette création soit diffusée pour vous en parler plus longuement. À Avignon, elle met en scène ses propres textes, dont Ping Pang Qiu, dont le nom fait référence à la "diplomatie du ping-pong" - un échange de joueurs entre la Chine et les États-Unis dans les années 70, grâce auxquels les deux pays entretiennent depuis de bons rapports économiques, tant qu'il n'est pas question de droits de l'homme. Un travail documentaire à quatre voix, parfois trop délirant (le final où tout le monde se jette des nouilles chinoises à la figure) mais bien souvent instructif et intransigeant avec une Chine plus aimée que dénoncée.  De son côté, la comédienne Valérie Marinese, déjà aperçue au Théâtre de l'Elysée à Lyon joue dans Oprhelins, une très bonne pièce d'un dramaturge anglais contemporain, Den

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Arrêtez-moi

ECRANS | De Jean-Paul Lilienfeld (Fr, 1h40) avec Sophie Marceau, Miou Miou...

Benjamin Mialot | Lundi 4 février 2013

Arrêtez-moi

Adaptation de l'indigeste et neuneu Jean Teulé par l'auteur de La Journée de la jupe, Arrêtez-moi orchestre la nuit exténuante d'une flic (Miou Miou) refusant de prendre la déposition d'une femme battue (Sophie Marceau) qui cherche à se faire condamner pour le meurtre de son mari, tué dix ans plus tôt. Fable faussement intelligente sur la culpabilité, le pardon, la justice ou plus généralement la morale et sa relativité, Arrêtez-moi est surtout d'une ringardise filmique aussi terrifiante que la bêtise dont il fait preuve. Décors théâtreux impossibles réchappés des années 80, dialogues chichiteux pavés de mots d'auteur balourds et injouables, acteurs hystériques en roue libre, ambiguïté inexistante ou toujours battue en brèche par la pire vision déterministe et sociale, tout frise ici le supplice permanent. Le sommet étant atteint par le gimmick visuel du film : la femme battue en vue subjective. Pire que tout, cette immersion de Gaspar Noé du pauvre donne la nausée. Jérôme Dittmar

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L’Âge de raison

ECRANS | De Yann Samuell (Fr, 1h37) avec Sophie Marceau, Jonathan Zaccaï…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

L’Âge de raison

Après "Jeux d’enfants" et son remake hollywoodien inédit de "My Sassy girl", Yann Samuell revient en France, entre la Cité internationale à Lyon et Saoû dans la Drôme exactement, pour raconter l’histoire d’une business woman hyperactive qui reçoit les lettres qu’elle s’était écrite enfant et dans laquelle elle avait consigné ses rêves de petite fille. Qui, de la réalité libérale ou du conte de fée, triomphera ? La naïveté volontariste de Samuell ne laisse guère de doute sur la réponse, mais c’est surtout le cinéma qui sort perdant de l’affaire : très mal écrit et filmé comme une contrefaçon cheapos du style Jean-Pierre Jeunet, "L’Âge de raison" déroule son programme lénifiant entre embardées oniriques façon origami et comédie de l’époque déjà datée. Quant à Sophie Marceau, en plein trip, on a le sentiment de la voir refaire pendant une heure trente son discours cannois.CC

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Ne change rien

ECRANS | De Pedro Costa (Fr-Por, 1h40) documentaire avec Jeanne Balibar, Rodolphe Burger, Hervé Loos…

Dorotée Aznar | Jeudi 21 janvier 2010

Ne change rien

Version longue d’un court métrage tourné en 2005, "Ne change rien" ressemble a priori à un documentaire sur Jeanne Balibar chanteuse. Mais venant de Pedro Costa, cinéaste radical qu’on sait très proche des Straub, il est évidemment plus que ça. C’est d’abord un portrait, au noir et blanc halluciné, de Balibar en muse. Un film sur son visage, émergeant d’une obscurité où la lumière perce avec la fragilité d’un songe, et surtout sa voix, dont le velours lascif imprègne la texture sonore. Plus encore, Costa enregistre et travaille la matière musicale. On a rarement montré avec autant de finesse et de partis pris stylistiques le processus créatif d’un groupe : puisque si le film est dédié à Balibar, il s’intéresse aussi à ses musiciens. Parfois répétitif (mais c’est l’idée), "Ne change rien" fascine par sa capacité à faire éclore une mélodie des ténèbres. JD

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Ne te retourne pas

ECRANS | De Marina De Van (Fr-Lux-Belg-It, 1h51) avec Sophie Marceau, Monica Bellucci…

Christophe Chabert | Mercredi 27 mai 2009

Ne te retourne pas

Marina De Van, ancienne scénariste de François Ozon, avait signé un premier film intrigant, bancal mais intéressant, Dans ma peau. Rien ne laissait donc penser que son deuxième long serait une telle catastrophe… C’est pourtant le cas ici : rien ne passe, ni l’idée de départ (une femme se transforme en une autre sans que cela provoque de réaction particulière dans sa famille), ni sa mise en équation scénaristique (retour à l’enfance et au trauma oublié), ni sa mise en scène (une suite d’effets balourds traités avec une esthétique outrageusement lisse et laide). Le pire étant le jeu des acteurs, qui semblent paumés dans une sitcom métaphysique, récitant leurs dialogues avec un manque de conviction sidérant. On n’est pas loin du nanar complet, et l’ambition de De Van (placer son film quelque part entre Nicolas Roeg et L’Échelle de Jacob) vire au pensum prétentieux à fort potentiel de ridicule. CC

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