Le Radiant, nouveau radar

Nadja Pobel | Mercredi 4 septembre 2013

Photo : "Mon traître", Emmanuel Meirieu © Mario Del Curto


C'est tel un Monsieur Loyal qui aurait emprunté sa chevelure à Krusty le Clown que le sémillant Victor Bosch a, en juin dernier,  lancé la saison 2013/2014 du Radiant-Bellevue, bousculant au passage la cartographie culturelle de l'agglomération - et les habitudes de communication, avec une plaquette originale, dédiée autant au public, en photo à chaque page, qu'aux artistes. Car non content d'être avant tout une salle de concerts éclectique (d'Axelle Red à Johnny Clegg en passant par SKA-P, Brigitte Fontaine ou du classique), le lieu, rouvert en janvier, autorise à son directeur tous les grands écarts théâtraux. Le public est là pour se divertir, nous dit-il, alors il aura droit à sa dose de comédie (Le Jeu de la vérité avec les "vus-à-la-télé" Vanessa Demouy et David Brécourt) et de grandes stars (Delon père et fille dans Une journée ordinaire). Ainsi considéré, le public (à 30% des habitants de Caluire) a toutes les raisons de faire confiance à ce grand manitou au carnet d'adresses conséquent, donc de répondre à ses invitations appuyées à applaudir «la nouvelle découverte que vous ne pouvez pas manquer», en l'occurrence la création de la jeune Marielle Hubert, Dommage qu'elle soit une putain.

On avait entrevu son talent du temps où elle écumait le Théâtre de l'Elysée et les salles de répétitions du TNG, la voilà propulsée sur la scène du Radiant, portée par l'enthousiasme du maître des lieux, dont les qualités de bateleur (et le carnet de chèque) lui ont également permis de ramener à Caluire des spectacles autrefois programmés aux Célestins : les clowns russes de la famille Semianyki et surtout Emmanuel Meirieu, inusable Lyonnais qui après de grandes réussites - et quelques loupés - dans sa ville, crée désormais à Vidy-Lausanne et truste les Bouffes du Nord parisiennes. La représentation qu'il donnera au Radiant de Mon traître (spectacle siglé... Balises),  sa très attendue adaptation de deux ouvrages du journaliste-écrivain Sorj Chalandon,  sera d'ailleurs sa seule date en ses terres. Autre incontournable de la saison : André. Ce petit spectacle sur la vie d'André Agassi, campé par Marie Rémond, modeste et réussi, a fait le buzz au Off d'Avignon 2012 et au Rond-Point à Paris. Au Radiant, il débarque… entre IAM et Joyce Jonathan !

Nadja Pobel


Mon traître

D'après Sorj Chalandon, ms Emmanuel Meirieu, 1h10
Radiant-Bellevue 1 rue Jean Moulin Caluire
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Dommage que ce soit une putain

De John Ford, ms Marielle Hubert, 2h30. Giovanni découvre que son amour passionnel et sulfureux pour sa sœur est réciproque
Radiant-Bellevue 1 rue Jean Moulin Caluire
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


André

De Marie Rémond, 1h15. Biographie de la vie d'André Agassi
Radiant-Bellevue 1 rue Jean Moulin Caluire
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Le dessin est un médium qui a le vent en poupe depuis quelques années. Depuis 2016, il a même un salon qui lui est entièrement dédié à Lyon : Lyon Art Paper, du 7 au 11 octobre au Palais Bondy. On pourra y découvrir cette année quelque 600 œuvres signées par presque soixante-dix artistes contemporains, s’exprimant aussi bien à travers le crayon, que le fusain, l’aquarelle, le collage, voire des outils numériques… Cette édition 2020 a pour invité d’honneur l’artiste néerlandais Pat Andrea (né en 1942). Son œuvre singulière et osée met en scène surtout des jeunes femmes en proie à d’étranges métamorphoses, ou figurées dans des scènes à haute teneur fantasmatique.

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Qui pourrait aimer Lara Jenkins ? L’héroïne-titre du nouveau Jan-Ole Gerster (Oh boy !) n’a rien d’aimable et cette sexagénaire anguleuse ne se prive pas de le montrer. Égarée dans les lignes froides d’une ville de béton géométrique et la bile de son ressentiment, Lara aura été — on le découvre — une fonctionnaire efficace mais peu appréciée de ses subalternes, une voisine ne s’occupant pas (des affaires) des autres, une mère exigeante prodiguant des leçons de piano à son fils avec une rigueur à la mesure de son perfectionnisme. Bref, une figure d’un bloc d’austérité brute semblant s’ingénier à saboter toute manifestation d’amitié ou de tendresse. Mais une autre vérité se fait jour peu à peu, éclairant ce portrait subtil de bienvenus bémols. Personnage ingrat et froid qu’on aurait pu croiser chez Chabrol ou Haneke campé par Isabelle Huppert — ne vous méprenez pas : Corinna Harfouch s’avère parfaite dans le rôle —, Lara n’est pas exempte de circonstances atténuantes. On découvrira (avec elle) comment la crainte de ne pas être une concertiste exceptionnelle l’a conduite à

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Pourquoi avoir choisi d’aborder ce sujet ? André Téchiné : Comme toujours, c’est la conjonction de plusieurs choses. On part souvent d’un roman qu’on adapte à l’écran ; là j’avais envie d’une démarche inverse, de partir de tout le travail d’enregistrement, d’entretiens et de reportages fait par David Thomson sur tous ces jeunes qui s’engageaient pour la Syrie et sur ces repentis qui en revenaient. Comme c’était de la matière brute, vivante, et qu’il n’y avait pas de source policière ni judiciaire, j’ai eu envie de mettre ça en scène ; de donner des corps, des visages, des voix. Dans les dialogues du film, il y a beaucoup de greffes, d’injections qui viennent de la parole de ces jeunes radicalisés. Mais j’avais envie que ça devienne un objet de cinéma : la fiction, c’était pour moi le regard sur ces radicalisés de quelqu’un de ma génération et, par affinité, avec Catherine Deneuve — car j’ai fait plusieurs films avec elle — et parce qu’elle incarne un côté Marianne, français. Et puis je voulais que ce soit intergénérationnel.

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Encore un peu secouée par la liquidation de sa petite société d’édition, Janne se rend à une soirée d’anciens. Si elle renoue avec un prof d'antan, elle y rencontre aussi le patron de celui-ci qui abuse d’elle. Sous le choc, Janne est incapable de réaliser ce qu’elle a subi… On ne pouvait choisir meilleur titre pour ce portrait de femmes — car au-delà de Janne, sa mère et l’épouse de son agresseur sont aussi représentées — à la fois mélancolique et terriblement actuel. Perturbant dans le bon sens du terme, ce film sortant dans le sillage du mouvement #MeToo met en lumière l’état de sidération psychique touchant de nombreuses victimes de viol pouvant les rendre mutiques, honteuses voire les contraindre à refouler leur traumatisme, histoire de “sauver les apparences“. Piégée par son silence, par le contexte social et les pressions professionnelles comme sa volonté de donner le change pour complaire aux stéréotypes sociétaux, Janne perd doucement pied ainsi que ses proches. Renvoyant chacune et chacun à son seuil d’acceptation et de tolérance face aux agressions du quotidien, qu’el

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« Sans la musique, la vie serait une erreur » disait Nietzsche. Prendre la musique, et plus largement le son, comme thématique pour ses premières expositions à la tête du MAC, est une idée plutôt revigorante de la part d'Isabelle Bertolotti. Ça bruisse, ça tinte, ça "drone", ça chante, ça pianote à tous les étages du musée, et toute cette rumeur donne une vitalité et une énergie de bon aloi pour le nouveau virage pris par le musée... Au premier étage, c'est l’œuvre de David Tudor (1926-1996) Rainforest V (Variation 2), récemment acquise, qui est mise en avant. En 1965, ce compositeur américain proche de John Cage tente d'attribuer une voix aux... objets ! Après plusieurs tentatives décevantes, c'est auprès de l'armée américaine qu'il trouve le matériel adéquat pour sonoriser divers objets et utiliser le tout pour la pièce chorégraphique de Merce Cunningham, Rainforest. Ce projet, David Tudor l'a retravaillé toute sa vie ou

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Aurélien Martinez | Mardi 26 février 2019

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Voilà un spectacle qui connaît un beau succès depuis sa création il y a deux ans, l’auteur du texte et l’un des deux interprètes n’étant autre que le rappeur Kery James, connu pour son rap politique et engagé. Logique donc que le sujet de cette courte pièce (1h15) soit lui aussi politique et engagé. Soit, sur scène, deux aspirants avocats qui s’affrontent dans un combat d’éloquence autour d’une question : l'État français est-il coupable de la situation actuelle des banlieues ? À travers eux (Kery James d’un côté, le comédien Yannik Landrein de l’autre), ce sont deux France qui se font face. Un postulat de départ fort qui, s’il aurait demandé plus de nuances du côté de l’écriture et du jeu (l’affrontement arrive d’emblée, et semble parfois surfait), a le mérite de porter sur le plateau des enjeux peu entendus à cet endroit, avec des mots percutants. Et de considérablement rajeunir le public spectacle vivant, comme nous avons pu le constater lorsque nous avons découvert le résultat à l'automne 2017 à Paris, au Théâtre du Rond-Point. En résulte alors une joute verbale très agréable à suivre qui, comme les textes de Kery James, e

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À quel moment avez-vous choisi la tonalité de ce nouveau film ? Deny Arcand : Je ne sais jamais quel film que je vais commencer quand j’en termine un ! Là, il s’était produit une espèce de règlement de comptes à Montréal : un chef de gang noir avait été abattu pour avoir prêté allégeance au “mauvais“ leader de la mafia calabraise. Ce chef de gang avait une fausse boutique de mode dans le centre de Montréal, qui en fait était une banque : rien que dans la section ouest de Montréal, son commerce récoltait cinq millions de dollars par mois et lessivait l’argent. Dans mon film, on a la récolte de deux mois. Le patron de la mafia calabraise a décidé de l’exécuter, et il y a plusieurs morts. Ça a été extrêmement violent, d’autant que ça s’est passé à midi et demi en plein milieu de rues passantes. J’ai pris des notes, j’ai rencontré un inspecteur de police mêlé à l’histoire et j’ai commencé à m’intéresser à la manière dont on pouvait faire sortir cet argent là du pays. Car si on l’enterre, il ne rapporte pas : il faut le sortir du pays, le blanchir. Tout le monde à toutes sortes de stratagèmes pour cela. Un départ très violent est tr

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Slika, le retour

ARTS | Après s’être fait la malle en juin de leur écrin de la rue des remparts d’Ainay, le fondateur de la galerie Slika Jérémie Masurel et son (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 18 décembre 2018

Slika, le retour

Après s’être fait la malle en juin de leur écrin de la rue des remparts d’Ainay, le fondateur de la galerie Slika Jérémie Masurel et son acolyte Félix Baezner annonçaient un retour à l’automne. Nous y sommes : la galerie a déménagé quelques pâtés de maison plus loin, au numéro 25 de la prestigieuse rue Auguste Comte. Dans un lieu incroyable : un ancien atelier de 280 mètres carrés (l’ancienne galerie en faisait 60) au fond d’une cour, cachée au public depuis 1985. Six mois de travaux plus tard, avec le concours de l’architecte Thibaut Ressy, de l’architecte d’intérieur Anne-Laure Aliaga et de la styliste d’intérieur Nathalie Rives, l’espace prend forme. Sous une verrière de cinq mètres de hauteur et des poutres apparentes, le lieu est pensé comme un espace d’exposition - doté d’un éclairage exceptionnel - mais aussi comme résidence d’artistes, territoire d’expérimentations et d’échanges lors d’évènements, et toujours de lieu de vie avec la continuité du café, déjà présent depuis l’inauguration de la galerie Slika en 2014. ADN Pour son “grand opening”, Slika tape fort et propose une exposition collective en lien di

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Pachamama

ECRANS | La statuette de Pachamama, la déesse protectrice garante de la fertilité des récoltes de leur village, ayant été subtilisée par le collecteur d’impôts, deux (...)

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Pachamama

La statuette de Pachamama, la déesse protectrice garante de la fertilité des récoltes de leur village, ayant été subtilisée par le collecteur d’impôts, deux enfants se rendent à Cuzco, la capitale Inca, afin de la récupérer. Pile au moment où les Conquistadores débarquent… Terrible dans ce qu’il raconte des attaques commises contre des civilisations et peuples précolombiens, ce conte ne se distingue pas seulement par sa tonalité historico-politique bienvenue : il fait se répondre fond et forme. À l’instar de Brendan et le Livre de Kells qui semblait donner vie à des motifs gaéliques, Pachamama adopte un style graphique atypique faisant écho aux esthétiques, couleurs et représentations artistiques andines. Visuellement éclatant, le résultat tranche parce qu’il prend des libertés avec la doxa animée — des entorses à la règle à mettre en regard avec la poésie magique dont le film de Juan Antin est nimbé : la poésie comme la magie ont la faculté, voire l’obligation de s’autoriser toutes les transgressions. Et comme tout film d’appr

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Utøya, 22 Juillet

ECRANS | 22 juillet 2011, sur l’île norvégienne d’Utøya où se tient un camp réunissant de jeunes travaillistes, la nouvelle de l’attentat venant de toucher le (...)

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Utøya, 22 Juillet

22 juillet 2011, sur l’île norvégienne d’Utøya où se tient un camp réunissant de jeunes travaillistes, la nouvelle de l’attentat venant de toucher le quartier des ministères à Oslo est à peine digérée que des tirs retentissent : une attaque terroriste est en cours ! Katja tente de se mettre à l’abri… C’est peu dire que l’on redoutait ce film. Car l’événement dont il s’inspire a traumatisé la société scandinave, laquelle a eu encore plus de mal à se remettre du procès du mégalomane extrémiste responsable des faits — ce dernier en profitait comme d’un piédestal pour vanter ses idées nauséeuses, avec force provocations narquoises. Comment, alors, évoquer cette journée funeste sans héroïser survivants, survivantes et martyres, sans donner du meurtrier une image qui le remplirait d’orgueil, ni coudre de fil blanc les pages du drame ? Trop de cinéastes omettent de se poser des questions basiques d’éthique, que les bons sentiments pas plus qu’une musique empathique ne résolvent. Faut-il mettre au crédit de la “rigueur protestante“ et pragmatique les choix opérés par

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Transmission réussie : "Astérix - Le Secret de la Potion Magique"

ECRANS | L’accident idiot : une branche qui rompt fait choir le druide Panoramix. Lequel y voit un signe des Dieux : penser à sa postérité et transmettre le secret (...)

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Transmission réussie :

L’accident idiot : une branche qui rompt fait choir le druide Panoramix. Lequel y voit un signe des Dieux : penser à sa postérité et transmettre le secret de sa potion magique. Il part alors en quête d’un jeune successeur. Las ! Un confrère jaloux, le fourbe Sulfurix, a des vues sur la recette… Tombé dans la potion magique des mages Uderzo et Goscinny dès son plus jeune âge, Alexandre Astier en a gardé quelques séquelles — d’aucuns diraient même que les effets en sont permanents sur lui. Aussi n’avait-il eu guère de peine à enfiler les braies de ses aînés pour signer l’adaptation du Domaine des Dieux, où déjà affleuraient quelques velléités d’émancipation : tout en respectant le principe d’une histoire “astérixienne“, la langue et les attitudes évoluaient vers “l’astierisquien”. Entièrement original dans l’écriture, ce nouvel é

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Alexandre Astier : « nos fantasmes d’enfant sont le réel matériau dans lequel on pioche »

ECRANS | Avec cette histoire originale, vous vous êtes retrouvé en situation d’apprenti devant obtenir la bénédiction du vénérable druide Uderzo. Au-delà de la mise en (...)

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Alexandre Astier : « nos fantasmes d’enfant sont le réel matériau dans lequel on pioche »

Avec cette histoire originale, vous vous êtes retrouvé en situation d’apprenti devant obtenir la bénédiction du vénérable druide Uderzo. Au-delà de la mise en abyme, comment s’est déroulée cette transmission ? Alexandre Astier : La première fois que je lui ai présenté le pitch, il m’a dit qu’il ne pouvait pas rester un sujet fondamental qui n’aurait pas été traité en album — et ça se voyait que c’était sincère. J’avais peur du vieillissement parce qu'Astérix est un monde fixe : sans futur ni passé, ni vieillesse, ni mort, ni cheveux blancs, ni enfants pour remplacer les adultes. À chaque aventure, les personnages sont jetés dans une situation, s’en sortent et tout revient à la normale. Je crois qu’il a été touché par l’histoire. Est-ce qu’il l’a rapportée à lui ? Je n’en ai pas l’impression — je ne lui ai pas demandé. Mais je crois qu'il a voulu voir ce que ça allait donner, cette difficulté de trouver un successeur et le risque que cela comportait. En plus, Uderzo est très amoureux et

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Alexandre Vingtier : « il y a sans cesse de nouvelles façons de faire du whisky »

GUIDE URBAIN | Le whisky japonais est-il vraiment le meilleur du monde ? Alexandre Vingtier : Il serait abusif de dire que tous les whiskies japonais sont meilleurs (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 20 novembre 2018

Alexandre Vingtier : « il y a sans cesse de nouvelles façons de faire du whisky »

Le whisky japonais est-il vraiment le meilleur du monde ? Alexandre Vingtier : Il serait abusif de dire que tous les whiskies japonais sont meilleurs que leurs homologues écossais, mais il est vrai que depuis une quinzaine d’années, les plus grandes cuvées japonaises ont remporté presque toutes les récompenses possibles dans les catégories single malt, blended ou blended malt. Un véritable tour de force qui repose sur une poignée de distilleries, tandis qu’on en trouve 150 en Écosse. Avec des techniques traditionnelles de production, un soin tout particulier apporté à la qualité et la diversité des fûts et des assemblages inédits, les Japonais ont su tirer le meilleur de chaque étape et atteignent un niveau de raffinement rarement égalé. Quelles sont les spécificités des whiskies selon leurs pays d’origine ? L’Écosse est avant tout connue pour ses blends, résultant de l’assemblage de dizaines de single malts et de whiskies de grain, souvent avec un profil plus ou moins fumé, et pour ses single malts riches en saveurs du Speyside, des Highlands, des îles comme Islay, de la presqu’île de Campbeltown et des Lowlands. L’Irlan

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Astérix - Le Secret de la potion magique, en présence d'Alexandre Astier et Louis Clichy

ECRANS | Sa recette confidentielle se transmet de druide en druide depuis la nuit des temps ; il se murmure pourtant qu’elle pourrait bien être dévoilée au grand (...)

Vincent Raymond | Jeudi 15 novembre 2018

Astérix - Le Secret de la potion magique, en présence d'Alexandre Astier et Louis Clichy

Sa recette confidentielle se transmet de druide en druide depuis la nuit des temps ; il se murmure pourtant qu’elle pourrait bien être dévoilée au grand public dans Astérix - Le Secret de la potion magique… Rassurez-vous ; il y a peu de chance qu’un tel sacrilège soit ainsi commis par Alexandre Astier et Louis Clichy, de retour à la barre pour ce nouvel opus animé, adapté d’un sujet original. Prévu sur les écrans gaulois le 5 décembre, ce long-métrage effectue son avant-première nationale à Lugdunum (on est capitale des Gaules ou pas ?) en présence des deux auteurs, sous la haute bienveillance de Belisama, Belenos et Toutatis, évidemment. Les bardes sont autorisés, mais muselés. Astérix - Le Secret de la potion magique Au Pathé Bellecour ​le dimanche 25 novembre à 15h20 (et aussi à 11h et 13h30 au Pathé Carré de Soie)

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Mauvaises herbes

ECRANS | Recueilli jadis par Monique, Waël est devenu dans la cité un prince de l’embrouille et de la tchatche, sans perdre son bon fond. Mais un jour, l’une de (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 novembre 2018

Mauvaises herbes

Recueilli jadis par Monique, Waël est devenu dans la cité un prince de l’embrouille et de la tchatche, sans perdre son bon fond. Mais un jour, l’une de ses victimes, par ailleurs vieille connaissance de Monique, le recrute comme éducateur. Waël va faire des miracles… Cette deuxième réalisation de Kheiron entremêle deux récits aux styles très distincts : l’un censé retracer la petite enfance cahoteuse de Waël, jusqu’à son adoption puis son exil, possède des accents dramatiques et symboliques qui ne dépareraient pas la sélection d’un grand festival ; l’autre jouant sur la comédie urbaine, conjugue le tac-au-tac begaudeau-gastambidien du dialogue à une romance tendre pour cheveux gris. Un attelage dont le baroque rivalise avec celui de la distribution mais qui prouve sa validité par l’exemple : Deneuve en bonne sœur retraitée et délurée trouve là un de ses meilleurs emplois depuis fort longtemps, et forme avec Dussollier, merveilleux de bienveillance embarrassée, un couple convaincant. Quant à la troupe de jeunes pousses sur la mauv

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Les Chatouilles

ECRANS | Enfant, Odette a été régulièrement abusée par Gilbert, un ami de la famille masquant ses sévices en “chatouilles“. À l’âge adulte, la danse ne suffisant plus pour (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Les Chatouilles

Enfant, Odette a été régulièrement abusée par Gilbert, un ami de la famille masquant ses sévices en “chatouilles“. À l’âge adulte, la danse ne suffisant plus pour exorciser son passé, Odette entreprend (à reculons) une psychanalyse. Et lutte en sus contre le déni maternel… Comme un écho douloureux. Une semaine après la sortie d’Un amour impossible, ce premier long-métrage coréalisé par Éric Métayer et Andréa Bescond — adaptation du spectacle autobio-cathartique de cette dernière — aborde à nouveau (et plus frontalement encore) l’abominable question des attouchements et des viols sur mineurs. S’il a fallu à l’autrice-interprète principale une dose de courage à peine concevable pour se livrer aussi crûment et se reconstruire, on ne peut cependant pas taire sa perplexité face à la forme de ce film-témoignage : quelque remuant qu’il soit, aucun projet cinématographique ne saurait se prévaloir d’une absolution de principe quant à sa facture, au motif qu

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High Life

ECRANS | Loin du système solaire, un module spatial. À son bord, un équipage de relégués cornaqués par une infirmière déglinguée a embarqué pour une mission suicide : (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

High Life

Loin du système solaire, un module spatial. À son bord, un équipage de relégués cornaqués par une infirmière déglinguée a embarqué pour une mission suicide : l’exploration d’un trou noir et de ses potentialités énergétiques. Mais le pire péril réside-t-il à l’extérieur ou à l’intérieur ? Que Claire Denis s’essaie à la science-fiction galactique n’a rien de stupéfiant en soi : elle s’était déjà confrontée au fantastico-cannibale dans Trouble Every Day. En vérité, ce n’est pas le genre qui modèle son approche, mais bien la cinéaste qui, par son style et son écriture, modèle le cinéma de genre. High Life tient donc du conte métaphysique et du roman d’apprentissage : il zone davantage dans les environs ténébreux de 2001 et de Solaris qu’aux confins opératiques de Star-Wars-Trek. Claire Denis semble de surcroît s’ingénier à vider son film de sa puissance épique : sa déconstruction de la chronologie du récit, réduit à des

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Ta mort en short(s)

ECRANS | Porté par le César du meilleur film d’animation 2018, le miyazakissime Pépé le Morse de Lucrèce Andreae, cet exceptionnel programme de courts-métrages ose au (...)

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Ta mort en short(s)

Porté par le César du meilleur film d’animation 2018, le miyazakissime Pépé le Morse de Lucrèce Andreae, cet exceptionnel programme de courts-métrages ose au bon moment — pour la Toussaint — aborder l’un des sujets les plus embarrassants pour des adultes (avec son symétrique : « comment fait-on les bébés ? ») : la question taboue de la mort. Elle est ici évoquée de manière poético-allusive à travers la métaphore de la disparition-métamorphose des aïeux (Pépé le Morse, donc), par le souvenir (Mamie) ou carrément frontalement dans Mon Papi s’est caché, tendre peinture mouvante où un grand-père jardinier inscrit son futur trépas dans le cycle de la nature — la forme fait ici joliment écho au fond. Mais là où le programme s’avère le plus culotté, démontrant sa grande intelligence de conception, c’est avec l’ajout de La Poisse et de Los Dias De Los Muertos, deux petites perles d’humour noir. Le premier y promène une créature porteuse de scoumoune pour qui la

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Toubib or not toubib ? : "Première année"

ECRANS | Par conformisme familial, Benjamin entre en première année de médecine où il est vite pris sous l’aile d’Antoine, un sympathique triplant acharné à réussir. (...)

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Toubib or not toubib ? :

Par conformisme familial, Benjamin entre en première année de médecine où il est vite pris sous l’aile d’Antoine, un sympathique triplant acharné à réussir. Quant à l’issue du premier semestre, le nonchalant bleu se trouve mieux classé que son besogneux aîné, leurs rapports changent… Poursuivant son examen du monde médical, Thomas Lilti s’attaque concomitamment dans cette comédie acide à plusieurs gros dossiers. D’abord, ce fameux couperet du concours sanctionnant la PACES — première année commune aux études de santé — mais aussi l’incontournable question de l’inégalité profonde face aux études supérieures. La fracture sociale ne se réduit pas en médecine, bien au contraire : construite sur la sélectivité et l’excellence, cette filière est un vase-clos favorisant la reproduction des élites — et de celles et ceux en maîtrisant les codes. Enfant du sérail ayant déjà pas mal étudié la question, Lilti juge avec clairvoyance cette période plus dévastatrice qu’épanouissante pour les futurs carabins : est-il raisonnable de faire perdre la raison à des aspirants médecins ? Coupable, l’in

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Des naufragés sublimés

SCENES | Il y a un mois, Nuits sonores rugissait dans le quartier Debourg. Plus accessible encore que ces anciennes usines Fagor, Julien Poncet, directeur de (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 juin 2018

Des naufragés sublimés

Il y a un mois, Nuits sonores rugissait dans le quartier Debourg. Plus accessible encore que ces anciennes usines Fagor, Julien Poncet, directeur de la Comédie Odéon de Lyon et initiateur-producteur du spectacle, a trouvé un autre local, sur la ligne de tram, à quelques encablures de la Halle Tony Garnier. C'est un ancien entrepôt de fret-triage dont l'histoire est encore un peu un mystère dans lequel Emmanuel Meirieu fait son retour en terres lyonnaises, les siennes, pour créer Les Naufragés d’après l’invraisemblable et déchirant témoignage qu’a publié l’ethnologue-psychanalyste Patrick Declerck. Depuis vingt ans, à quelques exceptions près (ses Chimères amères, Electre, Médée, De beaux lendemains

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La Route sauvage (Lean on Pete)

ECRANS | Vivant seul avec un père instable, Charley, 15 ans, a su tôt se prendre en charge. À peine arrivé en Oregon, il découvre fasciné le monde hippique et est embauché (...)

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

La Route sauvage (Lean on Pete)

Vivant seul avec un père instable, Charley, 15 ans, a su tôt se prendre en charge. À peine arrivé en Oregon, il découvre fasciné le monde hippique et est embauché par l’entraîneur grognon d'un vieux pur-sang, Lean on Pete. Quand il apprend que l’animal est menacé, Charley fugue avec lui. Rebaptisés en débarquant en France, les films étrangers sont souvent gratifiés d’une dénomination outrepassant la pure traduction. Si la mode est aux franglaisicismes approximatifs — The Hangover (La gueule de bois) de Todd Philips se soigne en Very Bad Trip — autrefois, on aimait embrouiller les spectateurs : connu comme La Cinquième Victime, While The City Sleeps (1956) de Fritz Lang pouvait difficilement être traduit par Quand la ville dort, déjà attribué à Asphalt Jungle (1950) de John Huston ! Parfois, les deux titres coexistent. Et se succèdent comme pour témoigner d’une variété de focalisations ou d’inflexions soudaines à venir

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Andrea Petrini, Lyonnais de cœur et de bouche

GUIDE URBAIN | Journaliste, critique culinaire renommé, cinéphile convaincu, passé par les plus importantes revues food, co-fondateur de Gelinaz!, (...)

Elliott Aubin | Mardi 13 mars 2018

Andrea Petrini, Lyonnais de cœur et de bouche

Journaliste, critique culinaire renommé, cinéphile convaincu, passé par les plus importantes revues food, co-fondateur de Gelinaz!, (événement cousin d'Attable), et actuellement conseiller artistique du restaurant À la Piscine où il assure la programmation des chefs étrangers invités, Andrea Petrini est une figure majeure d’une certaine sphère de la cuisine mondiale. Depuis plus de trente ans, cet Italien vit en France, ici, dans la capitale de la gastronomie : « la ville est parfaite (…), Lyon a encore une âme et ne ressemble pas à toutes les grandes cités de la planète » déclarait-il en 2015 dans un entretien pour Atabula. Aujourd’hui, c’est logiquement à Lyon qu’il co-programme avec Matthieu Gallet (Grand Cuisine) le festival Attable. Leur postulat ? La ville serait égarée entre deux époques : « d’un côté, il y a ce passé, cet héritage prestigieux — mais lourd à porter — de ventre du monde. Et de l’autre ? Un futur à écrire dont les activistes food et les gourmands se languissent

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Mala Junta

ECRANS | À force de petites bêtises à la lisière de la délinquance, Tano a gagné un aller-simple chez son père, dans le sud du Chili. L’ado rebelle y fait la connaissance (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Mala Junta

À force de petites bêtises à la lisière de la délinquance, Tano a gagné un aller-simple chez son père, dans le sud du Chili. L’ado rebelle y fait la connaissance de Cheo, son voisin, le souffre-douleur attitré du lycée. La raison ? Il est un peu gauche, et surtout indien mapuche. Trompeuse ouverture de ce film, laissant croire qu’il s’intéresse, à l’instar de tant d’autres, aux misères des ados latino-américains. De brimades sur lycéen il est certes question, mais le propos s’élargit rapidement au-delà du périmètre scolaire : Tano, qui circonscrit sa vie égoïstement en secteurs imperméables (la maison / l’école) va comprendre que tout procède d’un plus vaste ensemble. De même qu’il va saisir — peu à peu, car il part d’une conscience sociale proche du zéro absolu — l’iniquité du sort réservé aux Mapuches, ostracisés par la population, spoliés par le gouvernement, brutalisés par la police pour qu’ils quittent leurs terres. En prenant leur parti, Tano pense pour la première fois à quelqu’un d’autre que lui-même, quitte à jouer contre ses intérêts. Preuve qu’il grandit. Avec son rite

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L'Ordre des choses

ECRANS | Jadis bretteur de compétition, Rinaldi est désormais un superflic chargé par le gouvernement italien de garantir l’étanchéité de la frontière européenne avec la (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

L'Ordre des choses

Jadis bretteur de compétition, Rinaldi est désormais un superflic chargé par le gouvernement italien de garantir l’étanchéité de la frontière européenne avec la Libye. En visite dans un camp de réfugiés dirigé par ses interlocuteurs africains, il est abordé par une jeune femme. Va-t-il l’aider ? Toute l’ambiguïté de la politique européenne en matière et d’accueil, et d’aide humanitaire aux réfugiés (qu’ils soient politiques, climatiques ou économiques) se trouve résumée dans ce film, illustrant à sa manière le concept du mort/kilomètre. Tant que ce haut fonctionnaire gère des flux abstraits, étudie des dossiers et peut rapporter de ses déplacements à l’étranger des bijoux typiques pour son épouse ou enrichir sa propre collection d’échantillons de sable, le cours confortable de son existence ne connaît pas de perturbation. La conscience en veilleuse, bien abritée derrière la raison d’État (ou plutôt des États de l’UE), Rinaldi — impeccable Paolo Pierobon — mène une vie i

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Les Aventures de Spirou et Fantasio

ECRANS | Un rat d’hôtel roux déguisé en groom et un journaliste frustré en quête de scoop partent à la recherche d’un inventeur de génie enlevé par un atrabilaire maléfique, (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Les Aventures de Spirou et Fantasio

Un rat d’hôtel roux déguisé en groom et un journaliste frustré en quête de scoop partent à la recherche d’un inventeur de génie enlevé par un atrabilaire maléfique, désireux de dominer le moooonde. Et voilà comment déboulent des bulles Spirou, Fantasio, Champignac et Zorglub… Réussir l’adaptation d’une bédé au cinéma tient de l’exploit, surtout lorsqu’il s’agit de l’école franco-belge : seul Alain Chabat s’en est tiré sans trop de dégâts (et encore, au risque de défriser la doxa, avec plus de réussite dans Le Marsupilami que dans Mission Cléopâtre). Les raisons expliquant qu’Alexandre Coffre achoppe sont obvies à la vision de ce film d’aventures bon marché. Par exemple, gratifier ses personnages principaux d’un air ahuri permanent et faire jouer à Alex Lutz — qui

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Hannah

ECRANS | L’histoire d’Hannah n’a que peu à voir avec celle de 45 ans sorti en 2016 ; et la forme des deux films diffère. Pourtant, les deux semblent (...)

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hannah

L’histoire d’Hannah n’a que peu à voir avec celle de 45 ans sorti en 2016 ; et la forme des deux films diffère. Pourtant, les deux semblent indissolublement liés par la présence de leur interprète féminine commune, Charlotte Rampling. Comme si la comédienne s’appliquait à réunir, dans sa maturité, une galerie de portraits de femmes éprouvées portant haut leur dignité. Des portraits tels qu'elle avait pu esquisser chez Ozon, où elle offre sans fard la dignité de son délitement et qui lui valent aujourd’hui une razzia de prix : après l’Ours d’argent, elle a ici conquis la Coupe Volpi à Venise. Hannah voit ses repères basculer lorsque son époux est incarcéré pour une histoire dont on comprend peu à peu la sombre nature. Mais cette femme droite tente de faire bonne figure, et de ne rien laisser paraître aux yeux du monde… Peu de dialogue et un

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Coco

ECRANS | Depuis qu’une aïeule a été abandonnée par son guitariste d’époux, la famille de Miguel a banni toute musique de sa vie. C’est donc un drame quand le garçonnet (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Coco

Depuis qu’une aïeule a été abandonnée par son guitariste d’époux, la famille de Miguel a banni toute musique de sa vie. C’est donc un drame quand le garçonnet avoue, le Jour des Morts en plus, se destiner lui aussi à la guitare. Miguel espère trouver du soutien auprès de ses ancêtres… S’il faut aux sceptiques une preuve supplémentaire de l’existence d’un particularisme artistique des studios Pixar au sein de l’empire Disney, Coco tombe à pic : il constitue même une manière de manifeste. Là où les productions issues de la maison mère misent sur un arsenal codifié d’éléments rassurants pour fédérer leurs publics — schématisons : la quête d’une princesse entrelardée par des torrents de chansons —, la branche spécialisée dans les images de synthèse s’aventure dans des territoires insolites, plus stupéfiantes encore du point de vue narratif que technique. Une “originalité” artistique autorisée parce qu’elle s’avère globalement payante… notamment du côté du tiroir-caisse. Notes en sourdine Même si la musi

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Battle of the Sexes

ECRANS | Auteur·e·s d’un redoutable hold up aux bons sentiments et au box office il y a une décennie avec sa grossière contrefaçon de "pitit" film indépendant (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Battle of the Sexes

Auteur·e·s d’un redoutable hold up aux bons sentiments et au box office il y a une décennie avec sa grossière contrefaçon de "pitit" film indépendant (Little Miss Sunshine), la paire mixte Jonathan Dayton & Valerie Faris reprend les raquettes. Pour un biopic se doublant d’un sujet de société pile dans l’air du temps : l’inégalité de traitement salarial entre les hommes et les femmes, spectacularisée lors du match de tennis mixte opposant l’ancien champion Bobby Riggs — rien à voir avec L’Arme fatale — à la n°1 mondiale Billy Jean King. Joueur compulsif et macho invétéré, le premier fanfaronnait qu’aucune athlète féminine n’était apte à défaire un porteur de testicules. Jusqu’à ce qu’il se retrouve la queue entre les jambes (6-4, 6-3, 6-3). Les boules pour lui ! Ruisselant d’une musique “contexte temporel” omniprésente, ce catalogue de grimaces attendues s’intéresse moins au sport, à la politique ou au cinéma qu’à la potentielle quantité de citations au Golden Globe et à l’Oscar qu’il peut ravir en surfant sur du consensuel lisse et joliment photographié. Ah sinon, ça fait plai

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Aime le mot dit : "M"

ECRANS | Les gens lisses sont sans histoire. Pas les discrets. En dépit de quelques exubérantes spontanéités télévisuelles lors de remises de trophées ou d’une altercation (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Aime le mot dit :

Les gens lisses sont sans histoire. Pas les discrets. En dépit de quelques exubérantes spontanéités télévisuelles lors de remises de trophées ou d’une altercation avec un partenaire ayant conduit à son éviction d’un tournage, Sara Forestier appartient sans équivoque à cette seconde catégorie d’individus — rien de commun donc avec ces it-girls précieuses usant de tous les canaux médiatiques pour étaler leur ridicule suffisance. La preuve ? Elle n’a pas converti sa consécration dans le Nom des gens (2010) en un passeport pour les premiers plans (et le tout venant), ralentissant même la cadence pour choisir des rôles parfois plus succincts mais avec du jeu et de l’enjeu (La Tête haute). Mais aussi, on le comprend enfin, pour peaufiner l’écriture et la réalisation de son premier long succédant à trois courts ; démontrant au passage que devenir cinéaste pour elle n’a rien d’une toquade. Un film initial Le changement d’état, de statut, par l’accomplissement artistique est précisément l’un des sujets de

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Emmanuel Meirieu : « Donner des émotions fortes c'est mon boulot »

SCENES | Vous souvenez-vous de la raison pour laquelle vous avez voulu faire du théâtre au lycée alors que depuis que vous êtes metteur en scène, vous ne montez (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 octobre 2017

Emmanuel Meirieu : « Donner des émotions fortes c'est mon boulot »

Vous souvenez-vous de la raison pour laquelle vous avez voulu faire du théâtre au lycée alors que depuis que vous êtes metteur en scène, vous ne montez quasiment pas de textes de théâtre (mais des contes, des romans) ? Vous vouliez casser le théâtre ? Je n'en ai pas eu l'intention. Même au tout début, je n'ai jamais eu la volonté d'être original, ou décalé, de casser les codes. Je n'ai pas poursuivi une recherche formelle ou de langage du théâtre. J'ai pas cherché ça. Quelle langue vous alors donné envie de faire du théâtre ? C'est le vivant et l'humain. C'est ma passion. Ce sont les voix humaines. Le théâtre n'est que ça. Il n'y a pas ça au cinéma. Pour autant, vos références sont souvent cinématographiques. Quand vous montez À tombeau ouvert, c'est parce que vous avez vu le film de Scorsese. Pas parce que vous avez lu le texte. Oui c'est vrai pour A tombeau ouvert,

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Le Maître est l'enfant

ECRANS | Jeune papa, Alexandre Mourot estime que la société protège trop les tout-petits en bridant leur instinct d’apprentissage. Pensant avoir trouvé la panacée (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Le Maître est l'enfant

Jeune papa, Alexandre Mourot estime que la société protège trop les tout-petits en bridant leur instinct d’apprentissage. Pensant avoir trouvé la panacée éducative dans la méthode Montessori, il s’immerge une année dans une école adhérant à ce modèle pédagogique alternatif… Classe apaisée, encadrant à la voix douce bannissant le dirigisme, quasi absent pour que s’exprime la spontanéité de chaque enfant ; encourageant les approches expérimentales et l’entraide…Bien que tourné dans le Nord, ce film tient de l'image d’Épinal. Scandé d’extraits de textes théoriques de la pédagogue italienne ayant donné son nom à la “méthode”, s’il livre une image idyllique de l’enseignement, il tient davantage de la réclame que du documentaire impartial — puisque grandement financé par les écoles et leurs apôtres. Et si ce qu’il montre semble positif sur les enfants, ce qu’il tait (ou ce qu’il omet de préciser) est problématique : payantes, privées, hors contrat avec l’Éducation nationale, les Montessori ne sont pas des parangons

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Ça

ECRANS | 1988. Sans le savoir, la petite ville de Derry abrite depuis des siècles dans ses égouts une créature protéiforme se déguisant en clown pour attraper ses proies (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Ça

1988. Sans le savoir, la petite ville de Derry abrite depuis des siècles dans ses égouts une créature protéiforme se déguisant en clown pour attraper ses proies : les enfants. Mais le Club des Ratés (des gamins considérés comme ringards), va oser affronter le monstre… et ses peurs. Le public eût sans doute apprécié de savoir que cette (longue) adaptation de Stephen King ne couvrait que la moitié du roman : il faut en effet attendre le générique de fin pour découvrir un timide “Chapitre un”, promesse d’une suite. Oh, cela n’empêche pas de comprendre l’histoire, mais ne la boucle pas tout à fait. Et explique certainement que Muschietti se soit abandonné à un empilement de séquences répétitives, au lieu de chercher à concentrer l’angoisse. Bien sûr, la qualité du script initial et des effets spéciaux rend le spectacle convenable ; les apparitions de Grippe-Sou le clown obéissent aux lois du genre (surprise, gros plans, zooms avant, fixité sardonique etc.) et sont donc d’une totale efficacité. Il manque cependant le pendant adulte à l’épopée de ces t

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Faute d'amour

ECRANS | Moscou, de nos jours. Un couple se déchire dans la séparation, se querellant sur la vente de son appartement et se désintéressant du fruit de son union, (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Faute d'amour

Moscou, de nos jours. Un couple se déchire dans la séparation, se querellant sur la vente de son appartement et se désintéressant du fruit de son union, Alyocha. Lorsque celui-ci disparaît subitement, les deux parents prennent conscience de leur faute d’amour. Mais n’est-ce pas trop tard ? « Une bête, il faudrait être une bête pour ne pas être ému par la dernière scène de Paris, Texas. » C’est par ces mots que Serge Daney débutait sa critique du film de Wim Wenders (1984) dans Libération, trahissant l’urgence de se délivrer (et de partager) l’absolue incandescence d’une séquence rejaillissant sur un film tout entier. Gageons que Daney aurait éprouvé un bouleversement jumeau devant Faute d’amour, et ce plan aussi admirable qu’atroce sur le visage défiguré par la douleur d’un garçon hurlant un cri muet, et dont le silence va résonner longtemps dans le crâne des spectateurs. Ce masque de désespoir flottant dans la pénombre, c’est l’effondrement en temps réel d’un enfant qui, témoin invisible d’une dispute entre ses parents, a compris qu’il était de t

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Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

ECRANS | Vous abordez ici le thème du secret de famille, très fécond au cinéma… Carine Tardieu : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Vous abordez ici le thème du secret de famille, très fécond au cinéma… Carine Tardieu : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de familles dans lesquelles il y avait des secrets — beaucoup autour de la paternité, car on sait qui est la mère d’un enfant. On en entend davantage parler depuis que les tests ADN existent. Des gens m’ont raconté leur histoire : certains ont eu envie de chercher leur père biologique, d’autres n’ont jamais voulu savoir… Paradoxalement, découvrir que son père n’est pas son père biologique permet à votre héros de mieux le connaître le premier… Absolument. J’ai eu moi-même la sensation de rencontrer mon père assez tard, alors que mon père je le connais depuis toujours. Parfois, la rencontre se fait à un moment précis de la vie : quand on devient soi-même père ou mère, on se demande quel homme et quelle femme nos parents ont été. On projette des choses sur eux, qui sont juste une petite partie de leur réalité : ils sont bien davantage que nos parents.

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