"Hors jeu" fait entendre la voix des sans-voix

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2015

À ceux qui pensent – notamment nos gouvernants – qu'un licenciement (voire 2900) est moins révoltant qu'une chemise de cadre sup' déchirée, la vision de Hors jeu ne serait pas superflue. Car Enzo Cormann a écrit un texte (d'après un fait-divers allemand) qui résonne furieusement avec l'actualité et, plus globalement, fait écho à la violence du déclassement social.

«Il était une fois» un ingénieur fraîchement viré, protagoniste d'un cruel conte moderne qui, même avec la meilleure volonté de son interlocutrice à Pôle Emploi, ne pouvait que prétendre à un poste de technicien de surface. "Critères rationnels", "coach", "radiation" : les mots eux-mêmes sonnent comme des agressions, quand ils ne sont pas de risibles concepts ("employabilité", "gisement d'emploi"). Le personnage interprété par Vincent Lindon dans La Loi du marché n'est pas loin, bien que cette pièce adaptée par Philippe Delaigue soit antérieure au film de Stéphane Brizé – elle a été créée à Avignon en 2014.

Seul sur le plateau, Cormann est entouré de haut-parleurs dont émanent les voix de sa compagne, d'un dealer ou de sa conseillère. Orchestré avec intelligence et fluidité, ce dispositif parvient à la fois à rendre compte de la solitude dans laquelle le chômeur s'enferme progressivement tout en donnant chair à un entourage malmené par cet homme enragé. En tête Janis, délicate secrétaire que la force d'évocation du théâtre transfigure en un magnifique personnage sans visage.

Hors jeu
Au Théâtre de la Renaissance jusqu'au 23 octobre


Hors jeu

D'Enzo Cormann, ms Philippe Delaigue. La dérive d'un homme
Théâtre de la Renaissance 7 rue Orsel Oullins
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Tirésias : Ce n'est pas à un vieux sage...

Théâtre | Philippe Delaigue s'attele à la figure mythologique de Tirésias : à voir au Théâtre de la Renaissance.

Nadja Pobel | Mardi 7 mars 2017

Tirésias : Ce n'est pas à un vieux sage...

Le metteur en scène Philippe Delaigue ne manque pas d'ambition et c'est tout à son honneur. Après avoir livré récemment un cinglant et très juste Hors-jeu sur le déclassement d'un ingénieur (avec Enzo Cormann à l'écriture et sur le plateau), il s'est attelé à la figure mythologique de Tirésias, un homme ayant eu une parenthèse de vie de femme et étant ainsi le plus apte à trancher les conflits sentimentaux de ses contemporains. Bien qu'aveugle et retiré des affaires, il accepte pour sa fille de se remettre en selle et de dispenser ses conseils comme un coach fatigué. Grimé, avec sa tête de savant fou, il est las d'une vie sans fin et, à l'instar de la fée du Cendrillon de

Continuer à lire

Cairn

SCENES | Conflit social, délocalisation, grève, évacuation d'usine par des CRS... la chronique écrite 2003 par Enzo Cormann n'a rien perdu de son actualité. «De quoi vit (...)

Nadja Pobel | Vendredi 26 novembre 2010

Cairn

Conflit social, délocalisation, grève, évacuation d'usine par des CRS... la chronique écrite 2003 par Enzo Cormann n'a rien perdu de son actualité. «De quoi vit l'homme ? De son travail - De quoi il meurt ? De son travail» analyse-t-il. De ce premier épisode du texte, virulente critique à l'encontre du monde professionnel, Léa Sabot et sa troupe du collectif Debout tirent (aux Clochards Célestes jusqu'au dimanche 5 décembre) un spectacle fantaisiste et trop léger qui édulcore la portée politique du texte. Les personnages sont engoncés dans des costumes censés les identifier facilement mais qui les caricaturent (Cairn en super héros, sa prétendante en robe rose bonbon...), les interpellations au public se multiplient et le texte se noie. NP

Continuer à lire

Artisan chaosmique

CONNAITRE | Le très talentueux Enzo Cormann sera mercredi à la médiathèque de Vaise pour une rencontre autour de ses multiples activités : auteur, metteur en scène, acteur, enseignant et désormais... romancier. Yann Nicol

| Mercredi 1 décembre 2010

Artisan chaosmique

Si vous voulez une idée précise de ce qui anime Enzo Cormann, on vous conseille vivement de faire un tour sur son site Internet (www.cormann.net). Vous y verrez, en page d'accueil, un certain nombre de liens sortir de son crâne pour former une toile aux multiples ramifications. Il y a, d'abord, tout ce qui relève de la scène : ses multiples mises en scène pour le théâtre (on se souvient de La Révolte des anges, dans lequel il ressuscitait les figures de Koltès, Basquiat et Chet Baker), ses nombreuses contributions pour la radio (France Culture), ainsi que les représentations en lien avec le jazz en compagnie de son vieux compère Jean-Marc Padovani (des farces chantées, des «jaseries jazziques», des récitals et des lectures, notamment des poèmes de Kerouac). Vous y trouverez ensuite tout ce qui fait de Cormann un «artisan chaosmique», c'est-à-dire l'ensemble des influences artistiques qui le constituent : des photographies, des extraits de textes, des jactances (paroles sans P. majuscule) et de nombreuses notes de lectures sur des auteurs comme Deleuze, Joyce, Breton ou Kafka. Vous trouverez, enfin, dans la partie «Écrits», tout ce qui constitue son œuvre publiée : des essais (À quo

Continuer à lire