Sens Interdits 2015 : 4 spectacles à ne pas manquer

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2015

Le Songe de Sonia (Russie)

Pour la troisième fois, Tatiana Frolova expose sa Russie au festival. Elle qui, en 1985, fonda le KnAM, un des tout premiers théâtres libres de Russie, tente aujourd'hui de survivre sous Poutine et met en avant ce que le régime tait, ici le mystère qui plane sur le nombre élevé de suicides dans son pays. Elle s'appuie pour cela sur un travail vidéo une fois de plus remarquable et sur Le Songe d'un homme ridicule de Dostoïevski, où un homme sur le point de se supprimer est rattrapé par le souvenir d'une enfant.
Du 15 au 23 octobre et du 3 au 7 novembre aux Célestins

Dreamspell (Lituanie)

Encore étudiante en troisième année à l'académie lituanienne de musique et de théâtre, Kamilé Gudmonaité s'est elle aussi inspirée d'un Songe, celui, plus onirique, de Strinberg cette fois-ci. Elle y emmène six comédiens très expressifs, en exploration de questions existentielles tenant, par exemple, au rôle de l'individu dans le système sociétal. Ce spectacle inédit en France a déjà été salué dans plusieurs festivals européens, notamment celui de Brno où a il reçu, en 2015, le prix de la meilleure mise en scène.
Du 26 au 28 octobre à l'ENSATT

Speak ! (Pays-Bas)

Avec son acolyte Jorre Vandenbusshe, la Serbe Sanja Mitrović se joue de nous. Face à un micro, chacun va tenter de séduire le public par de grandes diatribes politiques et sera soumis au vote des spectateurs, qui découvriront ensuite s'ils ont plébiscité une personne fréquentable ou non. Car tous les textes prononcés émanent de grandes figures historiques, de Churchill à... Mussolini ! Pour mieux s'approprier cette étrange matière théâtrale, les deux acteurs sont allés jusqu'à suivre une formation au "Bureau des débats" des Pays-Bas où s'enseignent la rédaction et la prononciation des discours éloquents.
Du 24 au 26 octobre aux Ateliers

Displaced women (Allemagne-Pologne-Bélarusse)

Lauréate du Prix Nobel de littérature depuis le 8 octobre dernier, la Biélorusse Svetlana Alexievitch vient à nous via ce spectacle puisant, entre autres, dans son ouvrage La Guerre n'a pas un visage de femme. Une Allemande, une Polonaise et une Biélorusse y disent des souvenirs de guerre au sortir du deuxième conflit mondial. Avec ses jeunes comédiennes et un travail vidéo, la metteur en scène Monika Dobrowlańska ressuscite des individualités absorbées dans la grande Histoire, furent-elles victimes ou bourreaux.
Les 24 et 25 octobre au Théâtre de la Renaissance, Oullins

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Tatiana Frolova : sous la Russie, la glace

Théâtre | Le 16 octobre, le festival de théâtre Sens interdits entamera dix jours dédiés aux résistances avec la dernière création de Tatiana Frolova. De l'art de la fidélité.

Nadja Pobel | Mardi 8 octobre 2019

Tatiana Frolova : sous la Russie, la glace

« Il n'est pas de hasard, il est des rendez-vous » murmure-t-il depuis des décennies. Étienne Daho pourrait apposer sa jolie ritournelle sur ce lien établi entre Sens Interdits et l'autrice et metteuse en scène Tatiana Frolova. Pas de hasard, car pour faire la route de sa Sibérie natale à l'Europe, elle a dû retrousser ses manches pour sortir de sa ville fermée et faire le chemin jusque dans nos contrées où Patrick Penot (voir son portrait page 15) a rencontré son œuvre, après maintes péripéties, en 2010 à Vandœuvre-lès-Nancy. Voici déjà quatre rendez-vous avec le festival, qui la porte à chaque édition depuis 2011 et lui permet désormais de faire sa création sur le grand plateau des Célestins. Une première pour celle qui incarne la résistance, dont le festival a fait sa ligne de conduite avec pertinence. Née en 1961, Tatiana Frolova est diplômée de mise en scène de l'Institut de la Culture de Khabarovsk, dans l'Extrême-Orient russe. Sous ses atours frêles, sa silhouette masque une volonté de fer pour dire la Russie et l'URSS, ce dont elle a hérité et comment elle s'en débrouille. De son parco

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Tatiana Frolova : Back in the U.S.S.R. au Point du Jour

Théâtre | Depuis 1985, de sa Sibérie natale, Tatiana Frolova dit ce qu'est son pays, ses errements et son incapacité à se regarder. Créé l'an dernier à Lyon, Je n'ai pas encore commencé à vivre revient au Point du Jour. Sans concession et ultra sensible.

Nadja Pobel | Mardi 27 novembre 2018

Tatiana Frolova : Back in the U.S.S.R. au Point du Jour

Comment cautérise un pays ? Sur quoi ses habitants peuvent-il s'appuyer pour être un peu meilleurs que leurs aînés ? Tatiana Frolova identifie comme ciment de ses compatriotes russes la peur. Celle héritée d'histoires familiales douloureuses et d'une nation meurtrière. Certains pourtant, « ces gens qui ne lisaient pas de livres, rackettaient de l'argent avec violence, sont devenus députés » constate-t-elle sans détour. « Ils avaient lutté pour notre liberté mais en fait, la majorité n'en avait pas besoin. Ils avaient juste besoin de s'empiffrer ou d'acheter des meubles et dans les années 90, ils ont enfin pu s'empiffrer, et puis ils ont acheté des meubles, des maisons, des usines et tout le pays ». Ce n'est pas la première fois que la metteuse en scène serpente dans des récits intimes (Je suis) ou nationaux (Une guerre personnelle sur la Tchétchénie)

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7 spectacles pour lesquels vous devriez réserver

La Saison Théâtre | De Joël Pommerat à l'implacable Tatiana Frolova, voici sept pièces aimées ou prometteuses sur lesquelles nous misons cette saison.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

7 spectacles pour lesquels vous devriez réserver

Départ flip Ils et elles grimpent sur un toit de cordes et rampent. Nous les regardons là-haut comme nous regarderions au zoo une kyrielle de singes se mouvoir avec attention et agilité. Les trapèzes ? Ils sont leurs objets collectifs car c’est bien à la rencontre avec une tribu que nous convie Aurélie La Sala, ancienne boxeuse, circassienne qui a repris seule la compagnie Virevolt fondée avec Aurélien Cuvelier. Sans numéros d’épate, au sol, dans les airs, amassés sur un cube à 80 cm du sol comme si une mer menaçante allait les aspirer, les acrobates signent un spectacle bouleversant sur ce qu’il nous reste de liberté, la capacité et/ou la nécessité d’être seul ou plusieurs, comment on se débat avec les contraintes extérieures et nos urgences intérieures. Superbe. À Villefontaine le 23 novembre À Villefranche le 4 mai Je n’ai pas encore commencé à vivre Ce fut une claque. Tatiana Frolova ne nous est pourtant pas inconnue. Grâce au festival Sens interdits, elle présente même à Lyon son quatr

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Sens Interdits, le carrefour mondial du théâtre

SCENES | «Ce n’est pas du jeu, c’est la vie. Et pourtant c’est du théâtre !» Voilà comment Patrick Penot parle de ce festival Sens (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2015

Sens Interdits, le carrefour mondial du théâtre

«Ce n’est pas du jeu, c’est la vie. Et pourtant c’est du théâtre !» Voilà comment Patrick Penot parle de ce festival Sens Interdits qu’il a imaginé en 2009 sous forme de biennale. Au départ, il y a la volonté de montrer un théâtre international peu diffusé sur les scènes lyonnaises, à l’exception des géants Ostermeier ou Claus Peymann – même si, à l’époque, le TNP en accueillait encore quelques-uns dans le sillage du Festival d’Automne parisien. Pour avoir travaillé en Pologne, à Vienne ou Athènes, l’ancien co-directeur des Célestins sait qu’une autre voix dramatique nous manque : celle, plus politique, des pays où la culture n’est pas un joyau de famille comme en France. Cette année, c’est l’exclusion qui constitue le fil rouge de l'événement, celle dont sont victimes les ex-Yougoslaves de Common ground, les rescapées de la Seconde Guerre mondiale de Displaced women ou les Françaises rapatriées d’Indochine (et parquées dans des centres d’accueil sommaires et largement méconnus) de CAFI. Sens Interdits n’est toutefois pas une simple compilation de témoignag

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Les grands rendez-vous de la saison théâtrale 2015/2016

SCENES | Souvent sur un mode biennal, tous les festivals de théâtre qui comptent réapparaîtront cette saison. Présentation.

Nadja Pobel | Mercredi 9 septembre 2015

Les grands rendez-vous de la saison théâtrale 2015/2016

Sens Interdits C’est LE festival. Celui qui tous les deux ans nous transmet les récits du monde, de ses déchirures et de ses espoirs, sur un plateau. Cette année, quinze spectacles venus de quatorze pays permettront d’explorer notre mémoire commune, le long du fil rouge de l’exclusion, qu'il soit question des migrants avec Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu ou du Chili traumatisé par Pinochet avec Acceso par le réalisateur Pablo Larraín (No). Les rescapés du Rwanda se feront aussi entendre dans Hate Radio grâce au Suisse Milo Rau et la fidèle Tatiana Frolova reviendra pour la troisième fois avec un spectacle documentaire qui mènera chez elle, au fin fond d’une Russie endolorie. Mais si les thèmes abordés à Sens Interdits sont durs, jamais ce festival n’est mortifère. Il est, au contraire, depuis trois éditions, la preuve que le théâtre contemporain est d’une vitalité inouïe. Du 20 au 28 octobre aux Célestins et dans la Métropole

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

ACTUS | Ludique et politique est le visuel de la nouvelle plaquette (une croix faite de craies fragilisées) du Théâtre de la Croix-Rousse. Ludique et politique (et du coup franchement excitante) sera sa saison 2015/2016. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 31 mai 2015

La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

Des Fourberies de Scapin décapées au karcher par Laurent Brethome, le crépusculaire Mon traître d'Emmanuel Meirieu, David Bobée et son Lucrèce Borgia à (trop) grand spectacle... L'entame de la saison 2014/2015 du Théâtre de la Croix-Rousse fut l'une des plus fulgurantes qu'on ait connue depuis l'arrivée à sa direction de Jean Lacornerie. La rentrée 2015/2016 est bien partie pour soutenir la comparaison, ne serait-ce que parce qu'elle s'ouvrira sur la reprise du Bigre de Pierre Guillois, comédie muette «à voir et à revoir» (du 29 septembre au 3 octobre) selon la formule consacrée car aussi hilarante qu'ingénieuse. Suivront : une prometteuse transposition des conseils pour accéder à un trône et le conserver de Machiavel dans l'univers férocement contemporain du stage de formation par Laurent Guttmann (Le Prince, du 6 au 16 octobre) ; le retour, sous bannière Nimis Groupe, d'une partie des singuliers Belges du Raoul collectif (Le Signal du promeneur) avec Ceux que j'ai rencontrés ne

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Sens interdits 2013, jour 4 : «avec humanité et chœur»

SCENES | "Chœur de femmes" de Marta Górnicka. "Je suis" de Tatiana Frolova.

Nadja Pobel | Dimanche 27 octobre 2013

Sens interdits 2013, jour 4 : «avec humanité et chœur»

Il est facile de parodier cette petit phrase perfide et cynique que Jean-Louis Debré, alors ministre de l’Intérieur, avait prononcée lors de l’évacuation musclée de trois-cents sans-papiers de l’église Saint-Bernard en 1996, mais elle résume bien notre quatrième journée passée à Sens interdits, le cœur s'y étant allègrément confondu avec le chœur des Polonaises. Nous les avions ratées lors de leur passage dans ce même festival en 2011, et ce n’est pas en voyant Chœur de femmes que notre curiosité fut rassasiée. Car aussitôt conquis, la frustration de manquer les deux autres volets (Magnificat et Requiemachine) a fait son apparition (on ne pas être partout…). C’est que ces femmes de tous âges, toutes tailles et toutes corpulences, sont épatantes. Impeccablement dirigées, autant vocalement que dans l’espace du plateau, par Marta Górnicka, elles disent rien moins qu’elles existent, que la vaisselle ne leur est pas exclusivement réservée, que Lara Croft, c’est elles aussi. Elles le martèlent avec conviction mais aussi avec humour, elles le chantent collectivement, et parfois

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La mémoire de l'oubli

SCENES | Venus du fin fond de la Russie, en Sibérie, où ils s'obstinent à faire du théâtre envers et contre tout, Tatiana Frolova et ses comédiens nous livrent "Je suis", un spectacle d'images d'une précision de dentellière et d’une acrimonie légitime vis-à-vis de Poutine. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Dimanche 27 octobre 2013

La mémoire de l'oubli

Sous le déluge d'images que nous propose Tatiana Frolova avec Je suis ne se cache pas une pièce high tech, mais bien un travail de laborantin ultra-concentré sur son objet. Frolova soulève les couches d’histoires que son pays refuse de regarder (hier la guerre de Tchétchénie dans Une guerre personnelle, aujourd'hui la répression des années 30 et les mensonges de Poutine). Elle gratte sans les outils d'un archéologue ou la science d’un historien, mais avec les armes d'une metteur en scène avide de nouvelles formes. Alors elle essaye. Elle a planqué ses trois comédiens derrière un rideau de tulle, écran de projection de photos, mais aussi de sous-titres pensés comme autant d'éléments graphiques de son tableau. Des caméras filment en gros plan les visages, une table en verre devient un astucieux réceptacle de la vie de chacun, des dessins représentant des ancêtres apparaissent puis, pour ceux qui ont connu une fin plus tragique que les autres,  disparaissent noyés

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