Moi de la danse : Émoi, émois et... moi ?

SCENES | Nouveau festival dédié à la danse contemporaine, le Moi de la danse aux Subsistances poursuit sa quête d'identité(s) et promet, après Manuel Roque, une seconde belle découverte avec le chorégraphe portugais Marco Da Silva Ferreira. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 19 janvier 2016

Le Moi de la danse se focalise sur la singularité : du geste chorégraphié, de l'interprète, du chorégraphe. Avec le canadien Manuel Roque, les trois étaient réunis dans son impressionnant solo Data. Sur le Requiem de Gabriel Fauré, l'ancien circassien au corps en caoutchouc, rappelait que nous sommes tous la somme d'une série de figures mythologiques, religieuses, animales, anthropologiques...

Une somme d'états du corps enracinée dans un passé à la mémoire anatomique que Manuel Roque dépliait, peu à peu, à travers une danse hyper expressive et poignante. On y a perçu les cris d'un enfant comme celui d'un Munch, la violence du toréador ou celle du danseur de flamenco, les métamorphoses d'un Actéon ou la souffrance d'un crucifié...

Le "Je" ou le "Moi" du chorégraphe s'avère être une singularité traversant le millefeuilles archéologique du corps, ravivant sur scène les gestes des morts (Requiem) et les liturgies hiératiques du sacré. En résidence actuellement aux Subsistances, Manuel Roque y présentera une étape de travail de sa nouvelle création le mercredi 27 janvier (entrée gratuite).

Et l'autre ?

Le festival se poursuit pendant plusieurs semaines avec le retour aux Subsistances d'Alexandre Roccoli et un solo autour de la transe, des énergumènes Cecilia Bengolea & François Chaignaud avec un trio sur pointes incongru, et de trois grandes figures féminines de la danse contemporaine française qui viendront parler du fil rouge de leurs œuvres : Maguy Marin (le 30 janvier), Mathilde Monnier (le 5 février) et La Ribot (le 6 février)...
Après Manuel Roque, c'est le jeune chorégraphe portugais Marco Da Silva Ferreira que nous vous conseillons vivement de découvrir.

Hu(r)mano, créé en 2014, est un très singulier quatuor dont la première partie se propose comme une sorte de puzzle humain au beau milieu de l'obscurité et sur le souffle hypnotique d'une bande son électro. Un puzzle qui s'agence selon des configurations multiples, par petites touches, voire par mouvements « infra minces », où le regard des danseurs prend une importance considérable. Le "Moi" individuel s'étonne ici, se ressource et se transforme dans l'émergence d'un "Nous". « Il n'est pas un moi. Il n'est pas dix moi. Il n'est pas de moi. MOI n'est qu'une position d'équilibre. (Une entre mille autres continuellement possibles et toujours prêtes.) Une moyenne de "moi", un mouvement de foule. » écrivait déjà Henri Michaux. JED

Le Moi de la danse
Aux Subsistances jusqu'au 7 février

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Thomas Hauert : une traversée du chaos

Moi de la Danse | Chorégraphe suisse établi en Belgique, Thomas Hauert travaille depuis vingt ans au bord du chaos et de l'informe. Pièce fragile et libre, pour huit interprètes, How to proceed se veut l'écho d'un état du monde contemporain, comme l'explique Thomas Hauert dans cet entretien. La pièce est présentée cette semaine aux Subsistances dans le cadre du festival Moi de la Danse.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 29 janvier 2019

Thomas Hauert : une traversée du chaos

Votre nouvelle création How to proceed marque les vingt ans de votre compagnie ZOO, et l'idée de collectif y semble importante ? Thomas Hauert : Oui, quatre danseurs travaillent avec moi depuis vingt ans, les autres depuis une dizaine d'années, et la compagnie a fonctionné pour cette pièce de manière particulièrement forte en collectif de création. Chacun a apporté son regard, sa matière, ses idées... Ici - d'autant plus qu'au moment de cette création je traversais personnellement une phase dépressive et de crise d'inspiration - la cohésion du collectif, la confiance, une forme d'amour ont permis d'aboutir à cette pièce. Quel est son point de départ ? C'est une forte inquiétude face à notre époque. Journaux et reportages nous bombardent chaque jour de mauvaises nouvelles sur le climat, les injustices sociales, les guerres... Cela provoque un grand nombre d'émotions concrètes de l'ordre du sentiment d'impuissance, de la frustration, de la colère... Ces émotions hétérogènes constituent la base de la pièce et elles sont aussi le moteur de so

Continuer à lire

Qui suis-je quand je danse ?

Le Moi de la Danse | Troisième édition pour Moi de la Danse qui a pris ses quartiers d’hiver, côté Saône, depuis la semaine dernière. Le festival des Subsistances continue de (...)

Anne Huguet | Mercredi 17 janvier 2018

Qui suis-je quand je danse ?

Troisième édition pour Moi de la Danse qui a pris ses quartiers d’hiver, côté Saône, depuis la semaine dernière. Le festival des Subsistances continue de mettre en valeur les belles singularités de la danse contemporaine d’aujourd’hui, s’intéressant plutôt aux trajectoires personnelles et explorant la singularité des gestes chorégraphiques. Qui suis-je quand je danse ? Quelle partie de moi nourrit mon geste ? Qu’est-ce qui me fait danser ? Comment mon langage et ma gestuelle évoluent ? Fidèle à ses bonnes habitudes, le festival donne à voir de la danse mais aussi fait danser les spectateurs (danse-minute pour s’initier au lindy-hop ou popping, Bal dansant avec Thomas Lebrun) et alterne conférences ("Grand témoin" avec Christian Rizzo), ateliers, workshops et projections. À ne pas rater cette année : Flatland, œuvre vidéo multiprimée des deux artistes iraniens Alireza Keymanesh et Amir Pousti qui donnent vie, de manière poétique, par le biais de la danse, à des formes géométriques.

Continuer à lire

Avril en vrille : fragile et solide comme un Roque

Danse | Après Data, le chorégraphe Manuel Roque poursuit sa quête de fondements du sujet. Son solo Bang bang allie la puissance du dépassement physique de soi à l'ouverture de failles où se dévoile la fragilité humaine.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 mars 2017

Avril en vrille : fragile et solide comme un Roque

Huit spectacles pendant quatre jours, tel est le programme du festival Avril en vrille aux Subsistances. Parmi eux, deux de danse : Après-coups, projet un-femme n°2 de Séverine Chavrier, et la nouvelle création de Manuel Roque, Bang bang, sur laquelle nous avons choisi de nous concentrer... Il y a plus d'un an, aux Subsistances déjà, le chorégraphe canadien nous avait impressionné avec son solo Data sur le Requiem de Gabriel Fauré. Son corps hyper expressif et souple parvenait à figurer, en quelques mouvements, toute une série de personnalités, d'icônes religieuses ou historiques, voire de comportements animaux... Somme inconsciente des figures et des gestes dont chaque sujet, au fond, est constitué ! L'artiste a eu une formation tissée de fils multiples et bariolés : des études de théâtre puis de cirque à Montréal, un passage par la compagnie circassienne Eloïze, et, enfin, une transition vers la danse, notammen

Continuer à lire

Le rythme dans le moi-peau

Le Moi de la Danse | Les Subsistances présentent la deuxième édition du passionnant rendez-vous Le Moi de la Danse : un festival de soli, où le moi se fait dansant, vibrant, changeant.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 janvier 2017

Le rythme dans le moi-peau

Et si, plutôt que de nous figer dans nos peurs et nous réfugier dans l'immobilité, nous inventions un "moi" dansant, plus souple dans son rapport à lui-même et aux autres ? Le chorégraphe Boris Charmatz nous y invite comme, plus largement, ce festival des Subsistances où il est invité : Le Moi de la Danse. Ce festival rassemble des artistes émergents (comme Fouad Nafili) et d'autres plus renommés (Carolyn Carlson) autour de ces questions de l'identité, singulière et plurielle à la fois. Depuis, au moins, l'écrit de l'anthropologue Marcel Mauss, Les techniques du corps, l'on sait les constructions historiques et relatives de nos postures corporelles et de nos façons de nous mouvoir. L'on sait aussi la possibilité

Continuer à lire