Tartuffe, le poing levé

Nadja Pobel | Mardi 8 mars 2016

Photo : © Vincent Arbelet


Depuis plus d'un an, le metteur en scène Benoit Lambert trimballe partout sa version de Tartuffe (jusqu'au 12 mars au théâtre de la Croix-Rousse) relue à l'aune de la lutte des classes : celui qui est par ailleurs directeur du CDN de Dijon a voulu faire du héros moliéresque ce que Jouvet préconisait : « un garçon charmant, inquiétant et très intelligent » loin de la caricature bigote et du scélérat qu'il incarne parfois. Si cet imposteur s'immisce dans la famille bourgeoise d'Orgon, c'est pour bousculer l'ordre établi des puissants.

Tout dans le travail de Lambert cherche à élimer les apparences des nantis : leur intérieur en boiserie est en fait de pacotille, imprimé sur des panneaux… In fine, le retour à la morale n'a pas été modifié mais le prince ne moque pas le pauvre Tartuffe qui parait bien victime d'un système contre lequel il a tenté de lutter avec filouterie. Ajoutez à ce parti-pris des acteurs tous excellents et parfaitement accordés, des transitions menées avec brio et en musique jusqu'à faire résonner James Bond et voilà une adaptation aussi vive et maligne que Tartuffe lui-même. NP


Tartuffe ou l'imposteur

De Molière, ms Benoît Lambert, 2h, dès 15 ans. Pourquoi ne pas prendre le parti de l'imposteur ? Pourquoi ne pas rêver qu'il l'emporte face à cette famille trop polie et trop riche pour être honnête
Théâtre de la Croix-Rousse Place Joannès Ambre Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Benjamin Mialot | Dimanche 31 mai 2015

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Des Fourberies de Scapin décapées au karcher par Laurent Brethome, le crépusculaire Mon traître d'Emmanuel Meirieu, David Bobée et son Lucrèce Borgia à (trop) grand spectacle... L'entame de la saison 2014/2015 du Théâtre de la Croix-Rousse fut l'une des plus fulgurantes qu'on ait connue depuis l'arrivée à sa direction de Jean Lacornerie. La rentrée 2015/2016 est bien partie pour soutenir la comparaison, ne serait-ce que parce qu'elle s'ouvrira sur la reprise du Bigre de Pierre Guillois, comédie muette «à voir et à revoir» (du 29 septembre au 3 octobre) selon la formule consacrée car aussi hilarante qu'ingénieuse. Suivront : une prometteuse transposition des conseils pour accéder à un trône et le conserver de Machiavel dans l'univers férocement contemporain du stage de formation par Laurent Guttmann (Le Prince, du 6 au 16 octobre) ; le retour, sous bannière Nimis Groupe, d'une partie des singuliers Belges du Raoul collectif (Le Signal du promeneur) avec Ceux que j'ai rencontrés ne

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Alors qu’il répare en silence son vieux réveil et qu’elle range placidement ses courses, ils décident subitement de faire le tri dans leur bibliothèque. À peine commencé, le spectacle, extrêmement concret avec son décor brut et rassurant, se décale scénographiquement - du coin à jardin où est aménagée la cuisine, le plateau s’ouvre sur sa longueur et est investi par une charrette de vieux ouvrages bientôt répartis partout au sol - et via la gestuelle des personnages - des mouvements quotidiens, on passe à des amorces de pas de danse maladroits et touchants. Ce pas de côté est un palier pour entrer dans le vif du sujet : jeter ou garder des livres, les balancer aux orties ou sanctifier des périodes historiques ? Les ouvrages sur la Révolution Française ? Il faut bien sûr les conserver car ils relatent la fin des privilèges. A moins qu'il ne faille s'en débarasser, car ils disent aussi la création de La Marseillaise et la Terreur. Et que faire du Capital ? Le réserver car il a influencé positivement des milliers d'hommes ou le mépriser car la révolution russe qu'il a inspiré fut meurtrière ? Rouge tendre Que faire ?

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Théâtre / S'il est toujours difficile de rafraîchir un classique du répertoire français comme "Tartuffe", force est de constater que Philippe Clément et sa troupe s'en sortent honorablement. Sans chercher à donner une lecture décapante de la pièce, ils mettent au mieux en valeur ce texte en alexandrins. Vêtus de costumes sages, presque trop, ils évoluent dans un décor habile fait de panneaux de tissus. La lumière blanche sur ces toiles claires créé une atmosphère "japonisante". Mais ce n'est qu'un hasard semble-t-il car ces panneaux descendant des cintres sont surtout une manière d'offrir aux personnages différents niveaux de jeu : en bord de scène, en arrière plateau ou cachés (mais visibles du public par transparence) dans des boxes. Ce dispositif mouvant permet aussi aux acteurs de travailler avec les ombres pour illustrer certains complots. Et les complots ne manquent pas. Orgon veut mettre marier sa fille Mariane au dévot Tartuffe. Mais il ne voit pas l'hypocrisie de ce dernier. Ce sont sa femme, Elmire, et son fils, Damis, qui usent de stratagèmes afin de lui ouvrir les yeux. Dans ce jeu de dupe, le metteur en scène Philippe Clément n'insiste pas sur l'attaque faite à la reli

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