Jérôme Bel fait valser les codes de la danse

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 novembre 2016

Photo : © Josefina Tommasi


Apparu sur les scènes françaises au milieu des années 1990, le chorégraphe Jérôme Bel (né en 1964) devient immédiatement un trouble-fête, déconstruisant et décortiquant les codes de la danse et du spectacle, avec sens critique et sens de l'humour.

Son grand œuvre, The Show must go on, créé en 2001, fera le tour de la planète, avec pour seule boussole cette question : « Pourquoi, à l'heure d'Internet et d'Hollywood, ça continue quand même le spectacle vivant, qu'est-ce qu'on fait là tous les deux (le performeur et le spectateur), qu'est-ce qui est en jeu dans cet espace-temps singulier, qu'est ce que cette co-présence vivante qu'on ne trouvera nulle part ailleurs ? » répondait-il dans un entretien au Petit Bulletin en 2007.

Sa dernière création, Gala, s'inscrit dans le même sillage, entremêlant danseurs professionnels et danseurs amateurs recrutés sur Lyon. Mais ici Jérôme Bel interroge moins les standards du spectacle que la standardisation des corps, leur lissage et leur normalisation. Dans Gala, chaque "protagoniste" ouvre la scène chorégraphique et le regard à d'autres danses et à d'autres physionomies... Et, au fond, ce ne sont rien de moins que nos rapports sociaux et notre rapport à l'altérité que vient titiller et faire trembler Jérôme Bel.

Gala
À la Maison de la Danse les mardi 15 et mercredi 16 novembre

Cédric Andrieux
À la Maison de la Danse le vendredi 18 novembre


Gala

De Jérôme Bel, 20 danseurs de tous horizons viennent présenter leurs numéros à la façon des galas de fin d'année.
Maison de la Danse 8 avenue Jean Mermoz Lyon 8e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Cédric Andrieux

Chor Jérôme Bel, solo de Cédric Andrieux
Maison de la Danse 8 avenue Jean Mermoz Lyon 8e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Festivals de cinéma : reports pour les Reflets et Les Intergalactiques

Cinéma | Les Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-américain comme Les Intergalactiques, échaudés, ont d'ores et déjà ciblé le mois de septembre pour leur édition 2021.

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2021

Festivals de cinéma : reports pour les Reflets et Les Intergalactiques

Le 7 février, le symbolique cap des 100 jours de fermeture consécutifs pour les salles de spectacles et de cinéma a été franchi. Prudence étant mère de sûreté, les festivals prennent les devants et commencent à annoncer des décalages, des reports ou des aménagements. Il faut dire que l’exemple vient d’en haut : la Berlinale se déroulera du 1er au 5 mars en ligne et Cannes (qui avait tant tergiversé l’an dernier) s’est positionné du 6 au 17 juillet sur la Croisette. Bien malchanceux en 2020 (le premier confinement les avait frappés de plein fouet, même s’ils avaient pu proposer une version allégée après l’été), Les Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-américain ont ainsi choisi de renoncer au mois de mars, ciblant la quinzaine entre le 22 septembre et le 6 octobre, pour une mise à l’honneur « de l’Espagne, du Portugal, du Mexique ». Du côté des Intergalactiques, on la joue aussi rebelote : le 9e édition ne pouvant se tenir en avril 2020 avait é

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5 spectacles de danse à ne pas rater cette saison

Danse | Cinq rendez-vous chorégraphiques à ne pas rater ces prochains mois… De la rétrospective concoctée en images de et par Jérôme Bel au spectacle limite de Sciarroni, en passant par les fantasmagories de Peeping Tom.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 28 septembre 2020

5 spectacles de danse à ne pas rater cette saison

Triptyque Kylián Élégance, virtuosité, néoclassocisme : ces trois mots clefs pourraient définir l’œuvre gigantesque du chorégraphe tchèque Jiří Kylián. Pas moins de dix-sept de ses pièces sont inscrites au répertoire du Ballet de l’Opéra. Trois d’entre elles constitueront le programme du Ballet en novembre : Bella Figura et ses images théâtrales explorant la représentation scénique, l’aérienne Wings og Wax autour du mythe d’Icare, et Gods and Dogs où huit danseurs oscillent entre des pôles contraires, entre folie et normalité, maladie et santé, humanité et animalité… Jiří Kylián À l’Opéra du jeudi 12 au dimanche 15 novembre Jérôme Bel, en images et en texte « Rétrospective met en scène mes principales obsessions comme le corps, la culture, le langage, le pouvoir, la vulnérabilité et l’émancipation » dit de sa dernière pièce l’enfant terrible de la danse française Jérôme Bel. Une pièce qui est en l'occu

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Nicolas Galaud, nouveau directeur de la Bibliothèque Municipale de Lyon

Mercato | Nicolas Galaud sera le futur directeur de la Bibliothèque Municipale de Lyon et prendra ses fonctions le 1er octobre prochain, succédant ainsi à Gilles (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 18 juin 2020

Nicolas Galaud, nouveau directeur de la Bibliothèque Municipale de Lyon

Nicolas Galaud sera le futur directeur de la Bibliothèque Municipale de Lyon et prendra ses fonctions le 1er octobre prochain, succédant ainsi à Gilles Eboli, bientôt retraité, qui était en poste depuis 2011 et « a fait un travail remarquable » selon Loïc Graber, l'adjoint à la culture. Nicolas Galaud dirige actuellement la bibliothèque de Bordeaux, depuis 2016, après avoir œuvré à Brest et à Reims. « C'est un très bon profil pour nos BM. Il saura succéder à Gilles Eboli » nous a déclaré l'adjoint à la culture. La date de nomination a été imposée par l'État, qui souhaitait que la décision soit prise le 22 juin au plus tard.

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Le dilemme du léopard de Rhino

Hip-Hop | Rhino fusionne les frontières derrière ses boîtes à rythmes : sa base hip-hop old school est actualisée par des influences jazz, blues, électro. Considéré comme l’un des meilleurs performeurs du continent, il sort son nouvel EP The Leopard Dilemma, sur Galant Records le 26 avril. Sa release party aura lieu lors d'une nocturne de Peinture Fraîche.

Anaïs Gningue | Mardi 30 avril 2019

Le dilemme du léopard de Rhino

Tu as grandi entre l'Allemagne, l'Angleterre et la France. Dans quel environnement as-tu évolué ? Rhino : J’ai habité en Allemagne de mes 8 à 18 ans, une période où on construit son goût et son identité musicale. La scène hip-hop était en train d’exploser. C’était encore au niveau des années 80 aux États-Unis : des influences jazz et soul, beaucoup d’énergie et pas encore le hip-hop qui parle d’argent. J’ai donc été influencé par cette musique positive et culturelle. De plus, j’étais dans une école internationale avec près de 63 nationalités, où mes amis venaient de pays différents (Japon, Portugal, États-Unis, Italie…). Ils arrivaient tous avec le son de leur pays. Je me suis imprégné de ces nombreuses influences musicales. En parallèle mon père écoutait Portishead, Moby, The Prodigy. Quels sont tes premiers amours musicaux ? Le premier CD que j’ai acheté était de Notorious B.I.G, puis The Fugees. Après ça, j’écoutais en boucle A Tribe Called Quest et De La Soul. Comment es-tu arrivé dans l'univers des bo

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Des Intergalactiques post-apocalyptiques

Science-Fiction | Au-delà du divertissement, la science-fiction a toujours eu pour fonction de nous prévenir des risques encourus en cas de futur mal négocié. Mais depuis un (...)

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Des Intergalactiques post-apocalyptiques

Au-delà du divertissement, la science-fiction a toujours eu pour fonction de nous prévenir des risques encourus en cas de futur mal négocié. Mais depuis un bon demi-siècle — et grâce aux progrès exponentiels de la connaissance —, le futur a changé d’échelle : jadis horizon éloigné, il jouxte désormais le moment présent au point de se confondre parfois avec lui. Il arrive même que l’avenir soit moins anxiogène que l’époque contemporaine : l’ambiance géopolitique délétère nous indique 23h58 à l’horloge de la fin du monde. Une belle atmosphère collapsogène qui a sans doute incité les programmateurs des Intergalactiques à composer pour 2019 une sélection cinématographique totalement post-apocalyptique. Point d’orgue le samedi 27 avril, la double séance de Mad Max 2 (1982) et Mad Max : Fury Road (2015) présentés par Jean-Pierre Dionnet et séparés par une table ronde tentant d’établir si Fury Road est (ou non) le meilleur film du monde. Meilleur ne veut pas dire seul ; aussi, vous pourrez découvrir les autres gâteries exhumées pour l’occasion. C

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Galant Records, nouvelle fournée

Hip-Hop | Deux des artistes du label lyonnais Galant Records, spécialisé hip-hop, présentent leurs fraîches parutions au Périscope.

Sébastien Broquet | Mardi 22 janvier 2019

Galant Records, nouvelle fournée

Beatmaker épanoui par la récente sortie d'un premier album baptisé Déluge, Rrobin n'a pas toujours émargé sous ce pseudonyme batmanien : il s'est plutôt fait répérer au fil d'incessantes tournées en trio sous le nom de The Imposture, œuvrant alors dans les sphères du dub et des musiques électroniques. Au fil du temps, l'instrumentale musique s'est vue garnie de voix, par la grâce d'une rencontre avec le rappeur Grems en 2013, principalement, qui ouvrit le chemin pour d'autres. Mais c'est en 2017 que le gué est franchit, alors que Rrobin produit pour l'album Sans titre 7 du suscité Grems : désormais, le solo sera de mise et le hip-hop la norme. Sous ce nouveau nom de Rrobin, donc. Enfin, pas si nouveau, puisque l'homme derrière la machine se nomme... Robin Bastide. Et n'est pas si solo que ça, finalement : il aime à convier les voix d'amis pour venir poser sur ses beats, où rap, grime et même deep house s'emmêlent les potards. Nelson Dialect à la fête Sans surprise, Grems est de la fête, rejoint par Le Jouage pour Pétillance, et Elea Braaz, Nancy Fortune, Hedi Yusef ou encore Cosmic Batwota qui enr

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Jeunesse qui rouille fait l’andouille : "Une jeunesse dorée"

Autobiopic | De Eva Ionesco (Fr-Bel, 1h52) avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

 Jeunesse qui rouille fait l’andouille :

1979. Rose quitte le foyer où elle est placée pour vivre avec son amoureux, un peintre débutant. Seule condition : suivre son apprentissage. Qu’elle va vite déserter pour se fondre dans les folles nuits d'une boîte parisienne à la mode, en compagnie d’excentriques autodestructeurs… Poursuivant ici après My Little Princess la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Eva Ionesco aborde à présent la stupéfiante (!) époque du Palace, hantée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses — mais aussi son lot de morts violentes. D’où le ton crépusculaire de cet opus, façon gueule de bois et cendrier froid, traversé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier, Jacno s’y reconnaissent par flashes) et son cousinage avec les ambiances des Nuits de la pleine lune — tout de même, quel flair le vieux Rohmer avait eu en capturant en temps réel la joie triste de cette jeunesse. Mais hélas pour Ionesco, son auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de son interprète principale, l

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Une Biennale tonique avec Maguy Marin et Peeping Tom

Biennale de la Danse | La programmation de la prochaine Biennale de la Danse a été dévoilée cette semaine, et réunit, a priori, tous les ingrédients d'une édition réussie : risquée, créative, pluridisciplinaire.

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 10 juin 2018

Une Biennale tonique avec Maguy Marin et Peeping Tom

À deux exceptions japonaises près, la Biennale de la Danse 2018 est une Biennale européenne. Elle s'annonce donc moins exotique qu'à l'accoutumée, mais plus exigeante artistiquement, et plus aventureuse dans ses formes d'expression... L'un des fils rouges de cette édition est celui des liens entre la danse et les images, images issues des nouvelles technologies notamment. Ce fil rouge ira, par exemple, de l'utilisation par Merce Cunningham (1919-2009) du logiciel informatique DanceForms (mouvements et enchaînements générés par ordinateur) pour sa pièce Biped, à des créations s'étayant sur la réalité virtuelle par le chorégraphe suisse Gilles Jobin ou par le poète circassien Yoann Bourgeois (artiste très présent dans cette Biennale avec trois spectacles). 27 créations et premières Parmi les 42 spectacles programmés en salles, on compte 27 créations et premières françaises qui constituent le cœur de cette Biennale et, bien souvent, celui de nos attentes... Maguy Marin cré

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Les Intergalactiques, embarquement porte 7

Science-Fiction | Tout le monde s’accroche à son voisin, décollage imminent pour Les Intergalactiques ! Le festival de science-fiction se met en orbite autour du thème de la (...)

Pierre Deroudilhe | Mardi 3 avril 2018

Les Intergalactiques, embarquement porte 7

Tout le monde s’accroche à son voisin, décollage imminent pour Les Intergalactiques ! Le festival de science-fiction se met en orbite autour du thème de la Femme : il sera question de sa place dans la pop culture et de la technologie comme outil d’émancipation. On ne peut évidemment pas parler de SF sans quelques bons films : les rétrospectives du festival sont là pour ça. De Cherry 2000 (1988) de Steve de Jarnatt, film d’action déjanté où le protagoniste part à la recherche des pièces détachées pour réparer l’amour de sa vie, un robot à la perruque rousse flamboyante, au délirant Frankenhooker (1991) du culte réalisateur Frank Henenlotter, où un amoureux un peu dérangé assemble des morceaux de prostituées pour greffer sur ce corps le cerveau de sa bien-aimée, il y en aura pour tous les goûts, surtout extrêmes. Des longs mais aussi des courts-métrages : le festival est l’occasion de participer au concours "48h plus tard", durant lequel les équipes devront réaliser en deux jours une production de SF, toujours contraints par les règles farfelues du jury. Et si vous ne vous sentez pas l’âme d’un cinéaste

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En présence d’un doute : "L'Apparition"

Mystère mystérieux | de Xavier Giannoli (Fr, 2h21) avec Vincent Lindon, Galatea Bellugi, Patrick d’Assumçao…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

En présence d’un doute :

Encore blessé et traumatisé par la mort d’un confrère sur le terrain, un reporter de guerre accepte de sortir de sa prostration quand un évêque du Vatican lui demande de participer à une enquête canonique : une jeune fille prétend que la Vierge lui est apparue, mais rien n’est moins sûr… Xavier Giannoli traite ici, comme dans nombre de ses réalisations précédentes — ses courts-métrages y compris —, d’une fascination pour une forme d’aura inexplicable ; la grâce mystique prenant dans L’Apparition le relai de la notoriété (Superstar), du charisme (Quand j’étais chanteur) ou du (non-)talent artistique (Marguerite). À cette note fondamentale, il ajoute un autre thème récurrent et souvent complémentaire : la dissimulation et l’usurpation de qualité. Pour les figures centrales de ses fi

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Les Mots et les Choses de Bertrand Burgalat

Pop | Avec Les Choses qu'on ne peut dire à personne, Bertrand Burgalat a sans doute livré l'an dernier son album le plus personnel. Où la richesse des mots le dispute à l'éclectisme musical, l'intime à l'universel et la légèreté de la confession à la gravité de ce que l'on garde pour soi.

Stéphane Duchêne | Mardi 23 janvier 2018

Les Mots et les Choses de Bertrand Burgalat

Avec sa mise de dandy, son aura de gourou de l'easy-listening, Bertrand Burgalat est toujours parvenu à nourrir une certaine hype sans jamais être à la mode. Peut-être parce que depuis ses débuts, Burgalat, dont son label Tricatel serait le navire amiral, est barré dans un espace temps porteur tout à la fois d'une conception toute personnelle de la pop (mélange de pop légère, d'instrumentaux cinématographiques, de groove tentateur et de musique d'ascenseur émotionnel) et d'une certaine idée de la France (avant-gardiste à force de vintage). Si avec Les Choses qu'on ne peut dire à personne, son album publié l'an dernier, Burgalat poursuit dans cette voie, il en infléchit malgré tout la course, dans un voyage au cœur d'une géographie intime, la sienne et celle de la France d'aujourd'hui, ce fantôme envahissant. Aux plumes de Laurent Chalumeau qui lui livre le magnifique morceau-titre, Philippe Vasset, Hélène Pince, Yattanoel Yansane ou, à trois reprises, Blandine Rinkel, auteure multitâche membre du collectif Ca

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Les concerts à ne pas louper

La Rentrée Musique | La trêve des confiseurs à peine achevée, la dinde à peine digérée, voilà que redémarre déjà la saison des concerts. Pour vous éviter une autre indigestion, nous avons sélectionné pour vous, d'une main innocente, incontournables et découvertes de cette nouvelle année.

Stéphane Duchêne | Mardi 9 janvier 2018

Les concerts à ne pas louper

Bertrand Burgalat & AS Dragon Avec l'album Les Choses qu'on ne peut dire à personne, le gentleman de la pop française et patron plénipotentiaire du label Tricatel a effectué l'an dernier un retour plutôt magistral, se livrant paradoxalement comme jamais. Musicalement, où le spectre burgalatien (comme on dirait martien) s'étend de la pop à la bossa, de l'électro à l'easy listening, ou au cœur de ses textes, rappelant parfois le Présence humaine de Houellebecq. Une bonne nouvelle qui en amène une autre puisque le maître se produira en concert avec son groupe de (presque) toujours : les redoutables AS Dragon. Au Sonic le mercredi 24 janvier (avec Catastrophe) Pierre Lapointe « La science du cœur est un objet d'abstraction propulsée par la volonté qu'ont les gens tristes à se laisser toucher » chante Pierre Lapointe en ouverture de son album La Science du cœur. Cette science, c'est peu de dire que

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Bel et Buffard, les enfants terribles de la danse contemporaine

Non Danse | Une carte blanche donnée à Jérôme Bel, une reprise-hommage d'un chef-d’œuvre de Alain Buffard : la saison danse s'ouvre avec les plus exigeants et les plus talentueux des chorégraphes français. Retour sur deux figures dites de la non danse, qui sont d'abord et surtout deux artistes du corps et de la pensée en mouvement.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 septembre 2017

Bel et Buffard, les enfants terribles de la danse contemporaine

Le 21 décembre 2013, le chorégraphe Alain Buffard disparaissait sans que cela ne fasse la Une des journaux (mais pas dans l'indifférence totale de la presse pour autant). Pour les amoureux de la danse, pour les Lyonnais en particulier, c'est toute une série de souvenirs qui ont défilé ce jour-là, sur l'écran de nos mémoires : ceux de pièces atypiques, dérangeantes, expérimentales, pas toujours entièrement convaincantes, découvertes pour la plupart sur une petite ou une grande scène des Subsistances... Et, foudroyant et intact, s'est levé aussi le souvenir d'une pièce à part d'Alain Buffard, une fulgurance de noirceur et de travail complexe sur les ambiguïtés de la mémoire justement : Les Inconsolés, créée en 2005 aux Subsistances. Pièce résonant musicalement à nos oreilles de la superbe reprise du Roi des Aulnes de Goethe-Schubert par le chanteur travesti de cabaret Georgette Dee : « Mon fils, pourquoi caches-tu avec tant d'effroi ton visage ? / Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ? / Le Roi des Aulnes avec sa traîne et sa couronne ? / Mon fils, c'est un banc de brouillard.

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Entrée en 6e pour les Intergalactiques

ECRANS | Encadré par sa fameuse Nuit des séries de science-fiction (à la polarité très politique cette année), et le vide-grenier du geek — soit deux gâteries pour mordus (...)

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Entrée en 6e pour les Intergalactiques

Encadré par sa fameuse Nuit des séries de science-fiction (à la polarité très politique cette année), et le vide-grenier du geek — soit deux gâteries pour mordus d’expériences ultimes combinant pizzas, liquides pétillants divers et fourbis électroniques, si l’on schématise honteusement —, le festival des Intergalactiques déploie en son milieu moult autres trésors. À commencer par ses séances cinéma. Une rétrospective de l’anticipation dystopique, des années 1960 à 1990, comprenant des films rares sur grand écran tels que le matriciel et épuré THX 1138 de George Lucas, le déprimant La Planète des Singes de Franklin J. Schaffner et le vrombissant La Course à la mort de l’an 2000 signé Paul Bartel. Prouvant au passage que le futur, ce n’était pas mieux avant. On ne saurait trop vous conseiller de garder des forces pour deux autres séances prodigieuses. D’abord, la soirée Invasions !, avec le chef-d’œuvre de Carpenter, Invasion Los Angeles : l’une des plus

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Sabrina Ouazani : Chacune sa voix, chacune son chemin

Portrait | Séduit par sa fougue, Édouard Baer a récrit pour elle le premier rôle de Ouvert la nuit, initialement destiné à un comédien. Une heureuse inspiration qui donne à Sabrina Ouazani une partition à sa mesure.

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Sabrina Ouazani : Chacune sa voix, chacune son chemin

Il n’y a pas eu de trimestre en 2016 sans qu’elle figure sur les écrans, enchaînant des films pour le moins éclectiques : la comédie Pattaya de Franck Gastambide, le biopic inspiré de l’affaire Kerviel L’Outsider de Christophe Barratier, et enfin les drames Toril de Laurent Teyssier et Maman à tort de Marc Fitoussi. Et 2017 s’engage sous les mêmes auspices, puisqu’après avoir partagé avec Édouard Baer la vedette du pléthorique Ouvert la Nuit, on la retrouvera deux fois d’ici le printemps. À 28 ans depuis la dernière Saint-Nicolas, dont (déjà) plus de la moitié de carrière, Sabrina Ouazani a le vent en poupe. Elle possède aussi un sourire ravageur, volontiers prodigué, qui s’envole fréquemment dans de tonitruants éclats communicatifs. On n’aurait pas à creuser longtemps pour faire rejaillir son tempérament comique ; pourtant c’est davantage vers la gravité de compositions tout en intériorité que les réalisateurs l’ont aiguillée, l’obligeant à canaliser son intensité native. La faute à Abdel Le cinéaste Abdellatif

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Édouard Baer : “Je rêvais de constituer une troupe de cinéma”

Rencontre | On se l’imagine souriant, légèrement décoiffé, la main fouillant la poche droite de sa veste à la recherche d’un hypothétique briquet ou d’un trousseau de clefs fantôme. Et c’est ainsi qu’il apparaît, affable, érudit et charmeur. Tel qu’en lui-même, et en Luigi, son lui-autre…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Édouard Baer : “Je rêvais de constituer une troupe de cinéma”

Quelle est la distance entre votre personnage, Luigi, et vous-même ? Édouard Baer : Elle est totale parce que j’ai vraiment écrit un personnage de fiction à partir de choses que je connais ou que j’ai vécues ; à partir de gens que j’ai croisés, comme Jean-François Bizot [NDLR le créateur d’Actuel et de Nova] que j’admirais ou certains producteurs de cinéma. J’ai mélangé des sentiments, des peurs et des envies… Luigi, c’est moi, très exagéré, en bien et en mal : il est beaucoup plus enthousiasmant, plus courageux et, j’espère, plus sombre, plus menteur et manipulateur. Si on se croit suffisant pour être un personnage de cinéma, il faut aller voir un psy ! Même les grands maîtres de l’ego-cinéma comme Woody Allen — qui, dans la vraie vie, fait de la boxe — s’inventent un personnage de fiction. Que vous a apporté Benoît Graffin, votre co-scénariste, dans l’écriture d’un film en apparence aussi personnel ? Il a été une sorte d’accoucheur pour ce road movie que je ne voulais pas linéaire, ni plat. J’avais lu ses scénarios pour Pierre Salvadori (H

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John Musker & Ron Clements : « Notre défi majeur : que Vaiana soit vraiment l’héroïne »

3 questions à.... | Sur un canevas parsemé de fils clairs, les deux vétérans du plus puissant studio au monde ont brodé quelques points baroques. Ils s’en expliquent…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

John Musker & Ron Clements : « Notre défi majeur : que Vaiana soit vraiment l’héroïne »

Vaiana précise qu’elle n’est pas “princesse, mais fille de chef” ; Maui redoute qu’elle se mette à chanter… Avez-vous voulu transgresser les codes Disney ? John Musker & Ron Clements : Pour nous, Vaiana n’était pas une princesse comme les autres : elle est moderne, différente de celles que nous avons créées auparavant comme Ariel dans La Petite Sirène. Notre défi majeur, c’était qu’elle soit vraiment l’héroïne, et non pas que Maui porte le film. Elle est là pour sauver le monde. Ce film est avant tout un rite de passage à l’âge adulte, il n’y a pas d’histoire d’amour. Mais sinon, on adore la musique et les chansons ! L’animation stylisée permet par convention aux personnages de montrer leurs passions, leurs sentiments, et tout ce qu’ils éprouvent par le chant. Qu’est-ce qui a changé dans la narration et l’animation depuis vos débuts ? John Musker : Beaucoup de choses ont changé depuis 43 ans que je suis chez Disney. Je n’ai pas connu Disney personnellement, mais j’ai travaillé avec des artistes qui avaient eu cette chance et connu ses points de vue, ses techniques. En un sens, beauco

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"Vaiana, la légende du bout du monde" : l’atoll est aux petits soins

Disney de Noël | de John Musker & Ron Clements (E-U, 1h43) avec les voix (V.F.) de Cerise Calixte, Anthony Kavanagh, Mareva Galanter…( V.O.) Dwayne Johnson, Auli'i Cravalho, Alan Tudyk…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Mue d’une irrésistible envie de naviguer depuis son enfance, malgré le refus de son chef de père, Vaiana a été choisie par l’océan pour aider un demi-dieu vantard à briser une malédiction condamnant son peuple. Elle embarque donc vers l’aventure… Après la parenthèse Zootopia, retour à une formule plus “classique” de parcours initiatique pour une héroïne nantie d’un faire-valoir costaud mais benêt. Une structure éprouvée signée par les auteurs de La Princesse et La Grenouille ou La Petite Sirène, où Maui le demi-dieu affiches les sempiternelles mimiques d’ado imbu de lui-même ; où l’on subit des chansons aiguës parlant de développement personnel, et où la finesse transparente de l’image nous en met plein la vue. La vraie nouveauté, c’est l’ouverture sur un corpus légendaire océanien (l’Europe, l’Asie, l’Amérique et l’Orient ayant été précédemment essorés) dont le graphisme du film tire parti : les personnages ont ainsi des physionomies “australes” crédibles ; quant aux tatouages tribaux, d’ordinaire si galvaudés, ils reprennent ici leur véritable dessein en étant… animés.

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La saison danse 2016-2017 en un clin d'oeil

La Saison de la Danse | Même si les jeunes chorégraphes ont encore du mal à se faire une place à l'ombre de leurs aînés, la saison danse 2016-2017 s'annonce ouverte, riche et diverse. La fraîcheur des idées n'y sera pas forcément fonction de l'âge du capitaine...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 septembre 2016

La saison danse 2016-2017 en un clin d'oeil

Directrice de la Maison de la Danse et de la Biennale de la Danse, Dominique Hervieu répète à l'envi et avec courage en ces temps de budgets culturels en berne, sa volonté d'accompagner et de stimuler la création chorégraphique. Un nouveau lieu est en cours d'élaboration et de réfection dans l'enceinte de l'ancien Musée Guimet... Reste qu'en jetant un regard rapide sur sa programmation et sur celles de ses confrères, on ne peut s'empêcher d'avoir un sentiment de déjà vu, voire de réchauffé. C'est par exemple "l'archipel" de la Maison de la Danse consacré à Angelin Preljocaj, qui depuis plusieurs années se consacre davantage à l'esthétisme clinquant qu'à l'innovation. C'est la compagnie japonaise Sankai Juku qui viendra fêter ses quarante d'ans d'existence à la Maison de la Danse, alors qu'elle n'est plus que l'ombre de l'ombre d'elle-même, et plombe ce genre fascinant qu'est le

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Les Intergalactiques : tea time machine

Science-Fiction | Pile au moment où vu de France, l'élection d'un musulman fils de prolo à la mairie de Londres semble avoir dans les milieux autorisés des allures de (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mai 2016

Les Intergalactiques : tea time machine

Pile au moment où vu de France, l'élection d'un musulman fils de prolo à la mairie de Londres semble avoir dans les milieux autorisés des allures de scénario de science-fiction, on ne peut que goûter l'ironie de cette édition 2016 des Intergalactiques sur laquelle flottera très largement l'Union Jack. Du 12 au 15 mai, le festival a effectivement décidé de se tourner largement vers la riche école SF britannique entre conférences ("L'humour dans la science-fiction britannique", une tautologie en soi), nuit des séries et projections de films très politiques. De fait, il sera beaucoup question ici de l'articulation entre utopie et réalité ("Cinéma et Littérature, quand l'utopie vire au cauchemar"). Et ce jusque dans l'appellation de la table ronde "Science fiction et politique à l'heure des Nuits debouts ?" Ce n'est pas d'hier que l'avenir des sociétés se lit et se décrypte a priori dans la science-fiction. En la matière, les britanniques ont rarement passé leur tour, de Wells à Ballard, d'Orwell à Clarke. Peut-être que là réside la magie, vue d'ici, de l'élection de Sadiq Khan, réalité anglaise, utopie française.

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Les Intergalactiques, chapitre 5

Festival de Science-Fiction | Grand événement de science-fiction lyonnais, les Intergalactiques possède à l’instar d’une fusée, plusieurs étages. Sauf qu’ici, les différents compartiments (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 mai 2016

Les Intergalactiques, chapitre 5

Grand événement de science-fiction lyonnais, les Intergalactiques possède à l’instar d’une fusée, plusieurs étages. Sauf qu’ici, les différents compartiments s’ajoutent au lieu de se détacher, et permettent au festival de se propulser toujours plus haut. Placée “sous le signe de l’Union Jack”, la 5e édition brasse concerts, tea-time, quizz, tables rondes, conférences, rencontres et signatures avec une trentaine d’invités, ainsi qu’une programmation cinématographique des plus solides. Un “double bill” spécial London burning ! pour commencer avec La Bombe de Peter Watkins et l’un des chefs-d’œuvres de Alfonso Cuarón, Les Fils de l’Homme. Une dystopie implacable sublimée par une réalisation parmi les plus stupéfiantes de la décennie — le triomphe du fond et de la forme réunis. Également à l’affiche du festival, Le Sixième Continent de Kevin Connor, sucrerie d’autrefois, et Moon, premier film de Duncan Jones (dont Warcraft : Le Commencement va bientôt sortir). Notons que les

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Au TNP, un Pinocchio en chair et en os

SCENES | Comment raconter Pinocchio sans marionnette ? Avec les deux éléments-clés de son éthymologie, rappelée par le metteur en scène et acteur Didier Galas : le pin (...)

Nadja Pobel | Mardi 22 décembre 2015

Au TNP, un Pinocchio en chair et en os

Comment raconter Pinocchio sans marionnette ? Avec les deux éléments-clés de son éthymologie, rappelée par le metteur en scène et acteur Didier Galas : le pin (pino) et l'œil (occhio), synthétisés ici par une cabane ajourée. Elle sert de refuge au petit personnage qui, devenu chair, relate les aventures insensées qui ont précédé : l'attaque par le chat et le renard, sa transformation en âne, son engloutissement par la baleine.... Réfutant tout réalisme, Didier Galas mise sur son talent de conteur et invente une situation nouvelle : le théâtre est en fait la salle d'attente du salon de coiffure dans le lequel officie l'ancien pantin. Repenti, il a accédé à un métier moins merveilleux que sa vie passée, mais bien moins destructeur aussi. On est loin de la créativité débordante dont avait faire preuve Joël Pommerat pour restituer cette histoire universelle. L'exercice que propose Galas est radicalement différent puisqu'il fait de son jeu l'axe majeur de son spectacle. Avec agilité et gouaille, il donne un tempo relevé à cette heure de récit (dès 7 ans), n'hésitant pas à interpeller son public et à jouer (malheureusement un peu trop) avec la cap

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Des Intergalactiques dans l'air du temps

CONNAITRE | «Le temps ! Le temps ! Qu'est-ce que le temps ?» Excellente question. Merci au Lièvre de Mars de l'avoir posée dans l'adaptation disneyenne (...)

Benjamin Mialot | Mardi 13 octobre 2015

Des Intergalactiques dans l'air du temps

«Le temps ! Le temps ! Qu'est-ce que le temps ?» Excellente question. Merci au Lièvre de Mars de l'avoir posée dans l'adaptation disneyenne d'Alice au Pays des merveilles – il n'était toutefois pas utile de détraquer au passage, qui plu est au moyen de condiments et confiseries variés, la montre à gousset du Lapin blanc. Et merci, surtout, au festival Les Intergalactiques de consacrer l'essentiel du sien (du 21 au 25 octobre) à y apporter, dans le cadre de discussions impliquant de grands noms régionaux des littératures de l'imaginaire (Alain Damasio, Christian Chavassieux, Jean-Pierre Andrévon...) et exemples cinématographiques à l'appui (L'Armée des 12 singes de Terry Gilliam, le très ardu Primer de Shane Carruth ou encore The Infinite Man, méconnue romcom à paradoxes de Hugh Sullivan), les réponses pleines de gros mots scientifiques (par exemple "relativité") et romanesques (genre "dystopie") dont il a le secret depuis maintenant quatre ans. Trop longue la phrase qui précède ? Tout est relatif, justement. Si ce n'est l'intérêt de cette manifestation, à des années-lumière du rassemblement d'inadap

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Mondkopf - Hadès

MUSIQUES | Quatrième album de Mondkopf, Hadès est le récit d'une métamorphose : celle d'un rêveur – son (...)

Benjamin Mialot | Mardi 20 janvier 2015

Mondkopf - Hadès

Quatrième album de Mondkopf, Hadès est le récit d'une métamorphose : celle d'un rêveur – son pseudonyme germanophone signifie «Tête de Lune» – dont la musique charmait les hommes comme les animaux sauvages – et Zeus sait à quel point la faune électronique en grouille – en un paria en proie aux sentiments les plus vifs. Toute ressemblance avec un personnage célèbre de la mythologie grecque n'est pas fortuite. Véritable Orphée des temps modernes, Mondkopf a lui aussi poursuivi une quête intime dans les profondeurs infernales. Il en a ramené des bourdonnements infra-terrestres, des trompettes apocalyptiques et des mélodies d'une immuable mélancolie, essences d'une musique à mi-chemin de l'ambient et de la noise où la noirceur et le monolithisme ne sont pas des fins en soi – comme c'est le cas chez Sunn O))), dont le spectre encapuchonné plane sur les titres les plus retentissants du disque, à commencer par Eternal Dust – mais les r&eacu

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Dans une galaxie proche, toute proche

CONNAITRE | La rencontre d'Alain Damasio et Bruce Sterling, l'un des pères fondateurs du cyberpunk, fut le moment fort du Lab de Nuits Sonores 2014. Cette fois, (...)

Benjamin Mialot | Mardi 14 octobre 2014

Dans une galaxie proche, toute proche

La rencontre d'Alain Damasio et Bruce Sterling, l'un des pères fondateurs du cyberpunk, fut le moment fort du Lab de Nuits Sonores 2014. Cette fois, c'est pour le festival des Intergalactiques que le maître lyonnais de la fresque polyphonique se prêtera à l'exercice de la rencontre au sommet, puisqu'il y discutera apocalypses écologiques et écosystèmes extra-terrestres avec le pionnier de la SF (et vert notoire) Jean-Pierre Andrevon. Il se prêtera aussi à celui de l'extinction de bougies, à l'occasion des dix ans des insoumises éditions La Volte, animées par les inventions langagières et théories révolutionnaires qui sous-tendent La Zone du dehors, le récit d'anticipation orwellien qui l'a fait connaître. D'autres figures locales du genre, furent-elles des romanciers (Jean-Marc Ligny), des nouvellistes (Sylvie Lainé) ou des essayistes (Raphaël Colson, auteur d'une belle somme sur Hayao Myiazaki, qui animera une projection de Nausicäa), ainsi que de nombreux éditeurs se presseront à cet événement qui s'attache avec succès à mettre en lumière la pertinence sociale et politique des littératures de l'imaginaire. Décollage le 23 oct

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Lyon BD se fait l'Amérique

CONNAITRE | Lyon BD se double d'une convention 100% comics. Une initiative qui, si elle relève pour l'instant plus du gage de bonne volonté que de l'événement per se, l'impose un peu plus comme un rendez-vous majeur. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 10 juin 2014

Lyon BD se fait l'Amérique

«Pourquoi ne pas aimer la bande dessinée? Mais s’en targuer c’est autre chose. C’est dire, en sous main, il n’y a pas d’art mineur» osait Alain Finkielkraut à l'antenne de France Culture début mai. Un mois plus tôt, dans nos pages, Philippe Druillet lui adressait sans le savoir une réponse toute faite : «On est dans les musées, on les emmerde». Une fois de plus, c'est évidemment au légendaire fondateur de Métal Hurlant que le festival Lyon BD donne raison, lui qui s'apprête à reconduire ses impromptus au Musée des Beaux-arts. Mais à Lyon BD, le neuvième art est aussi sur scène, celle de la Comédie-Odéon, qui verra se succéder le temps de créations plus ou moins improvisées l'Allemand Reinhard Kleist, lauréat du Grand Prix de Lyon en 2013, le blogueur culinaire Guillaume Long ou encore Wandrille, le fondateur des très indépendantes (et très atypiques) éditions Warum et Vraoum. 100 balles et un Marsupilami Plus généralement, le casting est une fois de plus très dense. Et on

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Perdu dans l'espace

MUSIQUES | Au Petit Bulletin on a toujours aimé Florent Marchet. Et ce depuis les débuts discographiques du Berrichon il y a une décennie tout juste. On a aimé (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 15 avril 2014

Perdu dans l'espace

Au Petit Bulletin on a toujours aimé Florent Marchet. Et ce depuis les débuts discographiques du Berrichon il y a une décennie tout juste. On a aimé Gargilesse, Rio Baril et Courchevel parce qu'on aime voyager avec lui. Or c'est à l'amour qu'on porte à un chanteur qu'on peut voir jusqu'où il peut aller trop loin. Car on a eu plus de mal à embarquer pour la Bambi Galaxy, le projet pop intersidéral que nous a livré Marchet en guise de dernier album en date. Un délire certes accrocheur mais qui s'égare parfois à force de vouloir se (nous) perdre dans l'espace. Entre "Sébastien Tellier meets 2001, l'Odyssée de l'espace" et Michel Houellebecq en guest star d'un hypothétique Battlestar Galactica : the musical, Bambi Galaxy est fascinant à bien des égards et aligne son lot de grandes chansons rétrofuturistes. Mais le jusqu’au boutisme du concept – chose avec laquelle Marchet est généralemen

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Norman fait des romans

CONNAITRE | On n'a pas toujours les lecteurs qu'on mérite. Prenez la science-fiction. Hormis une poignée de fanatiques aux doigts gras, qui se soucie de cette branche (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 18 octobre 2013

Norman fait des romans

On n'a pas toujours les lecteurs qu'on mérite. Prenez la science-fiction. Hormis une poignée de fanatiques aux doigts gras, qui se soucie de cette branche de la littérature qui, pour reprendre la définition qu'en donnait Isaac Asimov, se «soucie des réponses de l'être humain aux progrès de la science et de la technologie» ? Malgré les efforts d'une structure comme AOA Prod pour la sortir de l'ornière geek, notamment via le festival des Intergalactiques, pas grand monde. L'époque où l'expression ne désignait que des spooky tales mal dégrossis est pourtant largement révolue. Depuis les années 60 en fait, période à laquelle a déferlé depuis l'Angleterre puis les États-Unis une Nouvelle Vague d'auteurs formellement plus ambitieuse et socialement plus en prise avec son temps. Au même titre qu'Asimov justement, ou Philip K. Dick, le New-yorkais Norm

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Avignon - Jout 6 - Gloire au spectacle vivant !

SCENES | "Cour d’honneur" et "Place du marché 76"

Benjamin Mialot | Vendredi 19 juillet 2013

Avignon - Jout 6 - Gloire au spectacle vivant !

On écrit souvent tout le bien que l’on pense du travail de Jérôme Bel, chorégraphe atypique de la scène française, adepte notamment d’une forme proche du spectacle-documentaire. Au fil des ans, l'instigateur du hit The Show Must Go On a ainsi construit diverses créations pensées autour de la figure d’un danseur – Véronique Doisneau du Ballet de l’Opéra de Paris, Cédric Andrieux de la compagnie Merce Cunningham... Un danseur qui donne son nom au spectacle et qui, sur scène, évoque sa vie tant personnelle que professionnelle, notamment en rejouant des extraits des pièces auxquelles il a participé – ce qui permet à Jérôme Bel d’affirmer crânement n’avoir jamais écrit un seul pas de danse.Suivant toujours cette logique et désirant imaginer un spectacle sur «la mémoire d’un lieu, d’un théâtre», Jérôme Bel a conçu Cour d’honneur : oui, car quel plus beau théâtre que la Cour d’honneur du Palais des papes, place centrale et majestueuse de l’incontournable Festival d’Avignon ? Pour évoquer cette mémoire, après plusieurs pistes de réflexion (il voulait d’abord interroger tous ceux qui travaillent dans le lieu), Bel a fait appel au

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Insomniaque - Semaine du 27 février au 5 mars

MUSIQUES | 01.03. I'm Kenny LarkinVendredi 25 janvier, le DV1 accueillait, pour la première d'un cycle de rendez-vous dédiés aux plus éminentes figures de la techno, (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 21 février 2013

Insomniaque - Semaine du 27 février au 5 mars

01.03. I'm Kenny LarkinVendredi 25 janvier, le DV1 accueillait, pour la première d'un cycle de rendez-vous dédiés aux plus éminentes figures de la techno, l'un des trois pères fondateurs du genre, à savoir Juan Atkins. On a encore du mal à le croire. Il va pourtant bien falloir. Car en attendant, on l'espère, de compléter le tableau en programmant Derrick May et Kevin Saunderson, c'est à Kenny Larkin, autre black de Détroit à la carrière longue comme ça et à l'influence à l'avenant, que le club des pentes a adressé une invitation. Et le bougre a répondu favorablement. Classe. 01.03 Bye Bye Boom Party«Et oui, toutes les bonnes choses ont une fin… Et Dieu, s’il existe, sait ô combien cette chose fut bonne». Ainsi débute le texte promouvant la Bye Bye Boom Party, tout dernier événement organisé par Galacticut, structure bicéphale qui, depuis cinq ans, œuvrait à l'animation des nuits lyonnaises et au développement du vivier électro locale

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L'électro sur son 31

MUSIQUES | Les musiques électroniques sont, dans bien des métropoles françaises, le parent pauvre de la Fête censée les célébrer. À Lyon, elles en sont plutôt l'enfant gâté. Benjamin Milaot

Benjamin Mialot | Jeudi 14 juin 2012

L'électro sur son 31

À Clermont-Ferrand, les musiques électroniques servent de jingles publicitaires à des patrons de bar plus sensibles au tintement de l'or nordique qu'au foisonnement de la scène britpop scandinave. À Grenoble, où l'on enflamme plus volontiers des bolas que des dancefloors, elles sont tout juste bonnes à raviver chez les étudiants le souvenir des soirées «désintégration» données un mois plus tôt. À Tulle, elles sont des beats de foires, qu'on fait parader au rythme trépidant d'un petit train touristique. Quid de Lyon ? Il en va tout autrement : ici, la house, la minimale et toutes leurs copines synthétiques sont autant de Grâces pour lesquelles aucun temple n'est trop beau. Cette année encore, la Ville a ainsi réquisitionné les environs du terrain de Tola Vologe, usuellement dévolu aux entrainements de l'Olympique Lyonnais, pour y installer six remorques sur et aux abords desquels se relaieront de la tombée de la nuit au petit jour des Dj's sélectionnés par des assos aussi notoires que Elektro System,

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SF ? Yo !

ECRANS | Après ses marches zombies, sa geek week et sa participation aux Épouvantables vendredis de l’Institut Lumière, AOA production dégaine un «festival (...)

Christophe Chabert | Vendredi 20 avril 2012

SF ? Yo !

Après ses marches zombies, sa geek week et sa participation aux Épouvantables vendredis de l’Institut Lumière, AOA production dégaine un «festival intergalactique de l’an 2000», intitulé ronflant et ironique pour désigner une semaine consacrée à la science-fiction. L’affaire sera surtout cinématographique, et de bonne tenue, puisqu’elle démarrera (au Cinéma opéra le mercredi 25) avec deux classiques récents du genre : l’intelligent Bienvenue à Gattaca d’Andrew Nicol et le retors, jouissif et archi-politique Starship troopers de l’immense Paul Verhoeven, qui envoyait Barbie et Ken se faire déchiqueter dans l’espace par des aliens arachnides.  Bande Annonce Starship Troopers Teaser Trailer... par FilmGeek-TV Le lendemain sera à front renversé, puisque le festival balancera deux adaptations aussi nulles l’une que l’autre de Flash Gordon 

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Un poison violent

ECRANS | De Katell Quillévéré (Fr, 1h32) avec Lio, Michel Galabru, Clara Augarde…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

Un poison violent

À Cannes, un confrère nous disait qu’Un poison violent était un film typiquement «CNC». Comprenez : un premier film «sensible» sur l’éveil d’une jeune fille à son corps et à ses désirs, entretenant une relation compliquée avec ses parents et complice avec son grand-père malade. Un programme en effet balisé, auquel Katell Quillévéré n’adjoint que deux bonnes idées : l’intrusion de la religion dans l’histoire (la jeune fille prépare sa première communion) et un papy libidineux et décomplexé, ce qui donne l’occasion à Michel Galabru d’offrir une composition géniale. À part ça ? Le film est effectivement très attendu, ne ménageant guère d’audaces ni dans son scénario (le curé attiré par la mère, le père indifférent) ni, c’est plus problématique, dans sa mise en scène, effacée, comme paralysée à l’idée de sortir des clous d’un classicisme quasi-télévisuel. Ce n’est pas un mauvais film, juste l’ordinaire d’un jeune cinéma français standardisé. Christophe Chabert

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Amorosa Soledad

ECRANS | De Martin Carranza et Victoria Galardi (Arg, 1h16) avec Inés Efron, Nicolas Pauls…

Dorotée Aznar | Vendredi 3 juillet 2009

Amorosa Soledad

Au sortir d’une rupture, Soledad se prend en main et décide d’affronter seule les trois années à venir. Elle bouge ses meubles, tente d’ignorer son ex, de gérer son hypocondrie, son boulot, le mec suave qui lui fait des avances… Conçu comme une succession de vignettes traduisant le vide affectif de son héroïne comme sa défiance du monde extérieur, Amorosa Soledad parvient, à la grâce de son interprète attachante, à titiller une certaine forme d’empathie, assez rapidement entamée par le côté procédurier de la narration. Personnage fonction engoncé dans sa mécanique quotidienne, Soledad s’épanouit progressivement et le film avec elle – dommage que le film se repose quasi entièrement sur cet effet miroir pas vraiment original. FC

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Corps et têtes brûlés

SCENES | À lier / La danse c'est aussi quelques chorégraphes barrés qui tordent et remuent le corps en tous sens pour mieux dégoupiller l'âme. Passage en revue de nos têtes brûlées de prédilection. Jean-Emmanuel Denave

| Mercredi 12 septembre 2007

Corps et têtes brûlés

Le chorégraphe le plus cinglé et casse-cou de la scène contemporaine est belge et se nomme Wim Vandekeybus. Courses effrénées de danseurs-amoks, lancers de javelots sur le plateau, constructions de briques pulvérisées en poudres fiévreuses, portés à l'arrache (où les filles soulèvent les mecs comme des poids plumes), prises de risques inconsidérés, percussions des interprètes comme des crash-tests : c'est peu dire de la danse de Vandekeybus qu'elle est physique, énergique, sulfureuse, indispensable. Elle vous claque au visage comme une explosion de muscles, et secouera la Maison de la Danse à l'occasion de la présentation de Spiegel (du 25 au 27 mars), une sorte de compilation de vingt années de créations signées Vandekeybus... Autre enfant terrible de la danse, au tempo plus apaisé mais aux créations tout aussi iconoclastes : Jérôme Bel. L'ancien assistant de Decoufflé pour la cérémonie des Jeux Olympiques de 1992 et l'ex-danseur de Preljocaj ou Daniel Larrieu, prend un malin plaisir à déboulonner les us et coutumes de la danse contemporaine pour en renouveler de fond en comble les formes. Danse en tubes, chimie d'émotionsÀ la poubelle donc virtuosité, technique, hiér

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La danse, à chaud

MUSIQUES | Portrait / Jérôme Bel transmet The Show must go on aux danseurs du Ballet de l'Opéra. Décryptage d'une pièce mythique avec son créateur, génie «sans qualités». Jean-Emmanuel Denave

| Mercredi 26 septembre 2007

La danse, à chaud

Résumons la situation : The Show must go on est une pièce-ovni, à la fois énorme et dérisoire, fulgurante et désinvolte, insufflant à la danse, à ceux qui la font comme à ceux qui la regardent, une folle bouffée d'oxygène. D'ailleurs, chez Jérôme Bel, la frontière est définitivement brisée : interprètes et public s'en vont danser, yeux dans les yeux, sur une sorte de grand plan horizontal, anonyme, libre, insensé, émouvant. Oui, répétons-le, un grand plan d'immanence avec ses zones de turbulences, ses devenirs en zigzags, ses trous noirs ou jaunes, ses pics d'intensités passant du coq à l'âne, ses petits moments un peu mornes et moches, ses grandes solitudes, ses déceptions, ses rédemptions douces, son flux sans esbroufe qui, envers et contre tout, continue, ne s'éteint jamais, ici et maintenant, dans une salle de spectacle, «avec des gens dans le noir qui regardent des gens dans la lumière». N'en révélons pas trop : vous verrez et entendrez les vingt-huit danseurs du Ballet de l'Opéra en tenue de tous les jours, technique et virtuosité laissées au vestiaire, des tubes universels (Beatles, Bowie, Piaf, Police, Paul Simon, Lionel Richie...) passés par un Dj et illustrés mot à mot pa

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