Le Misanthrope aux abords du ring

Théâtre | Qu'est-ce qui peut pousser à monter encore Le Misanthrope ? Peut-être un désir d'attirer le plus grand nombre (ah Molière !) pour mieux montrer sa vision du théâtre. À la lisère du texte et de son époque, Louise Vignaud impose sa patte : respectueuse mais pas trop.

Nadja Pobel | Mardi 30 janvier 2018

Photo : © Michel Cavalca


Tout lui réussit. À 29 ans, Louise Vignaud dirige le Théâtre des Clochards Célestes et après une création l'an dernier aux Célestins, une cette saison au TNP (elle appartient au "cercle de formation et de transmission"), elle s'apprête à monter Phèdre de Sénèque au Studio-Théâtre de la Comédie-Française avant une version, qui nous intrigue grandement, du Quai de Ouistreham de Florence Aubenas aux Clochards en fin de saison. Dans ce marathon vertigineux, la normalienne-ensatienne ne bâcle rien. Le Misanthrope en est la démonstration. Parfaitement huilé dès sa première date, ce spectacle n'est pas lesté du décorum du XVIIe siècle.

Un plateau en quadri-frontal quasi dénudé offre un très intelligent terrain de jeu aux protagonistes en tête desquels Alceste, constamment sur le qui-vive, semblant être dans l'attente d'une passe, en l'occurrence une réplique ou d'une joute de son adversaire à la langue ampoulée et en vers, Oronte, ou d'une Célimène instable. Mikael Pinelli, absolument remarquable dans le travail d'Olivier Maurin (En courant dormez, Illusions), trouve ici un rôle auquel il ne confère ni lourdeur ni trop de malignité. Il aurait été facile de cabotiner face à cet aréopage de courtisans cernés par ce dispositif de plateau. Il nous prend, public, à témoin de la duplicité de ses acolytes mais sans jamais les écraser.

« Je hais tous les hommes »

De plus, un autre personnage mystérieux, rôdant tantôt au sol, tantôt dans les travées supérieures du théâtre, accentue cet effet d'observation qui contraste avec un éventuel jugement. Pour autant, dans cette volonté de bien faire, de trouver un équilibre perpétuel, pointe une forme de maniérisme qui se décline dans une bande-son de grondements orageux et dans les costumes lointainement inspirés de l'époque (pantalon bouffant pour les hommes) mais agrémentés d'une pluie de perles pour les gardes.

Louise Vignaud a l'art du (léger) pas de côté à l'instar aussi de la musique (un instrument période Molière, le clavecin, qui semble désaccordé). Son théâtre offre un point de vue décalé (les lectures de lettres dans le 5e acte ne sont pas faites par ceux que l'auteur a désigné) sans trop froisser l'œuvre.

Le Misanthrope
Au TNP jusqu'au 15 février


Le Misanthrope

De Molière, ms Louise Vignaud, 1h55
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Martha Spinoux-Tardivat, la pétillante nouvelle directrice des Clochards Célestes

Théâtre | À 34 ans, Martha Spinoux-Tardivat vient d’être nommée directrice des Clochards Célestes, où elle exerçait déjà en accompagnant avec entrain tant les artistes que les spectateurs et spectatrices. Portrait.

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Depuis six années, Martha Spinoux-Tardivat est un phare aux Clochards Célestes. Enjouée, professionnelle tant à l’égard des compagnies invitées que du public, des professionnels et des étudiants qui parfois font halte pour leur formation dans ce théâtre de 49 places. Martha est arrivée sous l’ère d’Élisabeth Saint-Blancat et aura prolongé son apprentissage aux côtés de Louise Vignaud dans la foulée. Le 27 août dernier, elles étaient réunies sur la place Chardonnet pour un hommage à la comédienne-directrice décédée d’un cancer six jours plus tôt. Une cérémonie simple, chaleureuse et émouvante pour celle qui porta haut, de 1986 à 2017, cette maison fondée en 1978. Alors, quand Louise Vig

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Aux Clochards Célestes, Martha Spinoux-Tardivat succède à Louise Vignaud

Mercato | À compter de septembre, Martha Spinoux-Tardivat dirigera le Théâtre des Clochards Célestes, en remplacement de Louise Vignaud.

Nadja Pobel | Jeudi 18 février 2021

Aux Clochards Célestes, Martha Spinoux-Tardivat succède à Louise Vignaud

Martha Spinoux-Tardivat officiait déjà au poste de "coordination générale, communication et relations publiques" depuis 2015 au Théâtre des Clochards Célestes. Elle succèdera en septembre à Louise Vignaud qui, après quatre années à la tête de ce lieu, a choisi de se consacrer entièrement à son travail de metteuse en scène au sein de sa compagnie La Résolue. Seule candidate, Martha Spinoux-Tardivat a défendu une continuité avec sa prédécesseuse et a convaincu le jury. Elle mise également sur un renforcement des liens avec l’arrondissement du 1er (avec notamment des propositions place Chardonnet, le "parvis" quasiment du théâtre) et sur le fait de repenser la place des artistes associés (un peu moins nombreux mais accompagnés sur une période plus longue). Le Théâtre des Clochards Célestes, 40 places, est l’un des quatre théâtres appartenant au réseau municipal (auquel se sont adjoints la DRAC et la Région) des Scènes Decouvertes et l’un des plus en scrutés par les programmateurs et programmatrices de la région.

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Pluie d'été sur "Agatha" de Louise Vignaud

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Pluie d'été sur

La langue durassienne est reconnaissable entre mille. Les phrases commencent puis s’évaporent. « C’est ça… jamais… on croit la connaître comme soi-même et puis, non… » dit-il dans Agatha. Parfois, elles sont courtes et en contradiction les unes avec les autres : « tu ne peux pas savoir. Tu me tues. Tu me fais du bien. Tu me tues. Tu me fais du bien. J’ai le temps. Je t’en prie. Dévore-moi » dit-elle dans Hiroshima mon amour. À chaque fois Elle et Lui, un amour émietté qui résiste. Mais ici, dans Agatha, publié en 1981, l’écrivaine pose le tabou de l’inceste sans jamais le juger alors que pourtant, quatre ans plus tard, elle fera de Christine Villemin une coupable « forcément sublime ». Cette neutralité est précisément ce qui suscite l’intérêt de Louise Vignaud quand elle décide de s’emparer de ce texte « sans amener de thèse au plateau » nous confiait-elle récemment. Tu n’a

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C'est leur Fleury-Mérogis. De l'autre côté des Alpes, Rebibbia est un synonyme de prison, le nom de celle de Rome où s'entassent notamment des femmes. D'emblée sur le plateau, elle est là, comme un mur imposant fait d'échafaudages. Deux niveaux, des escaliers. Des cellules ouvertes mais que l'on sent bel et bien fermées tant le travail sur le son est millimétré à chaque pas ou presque que font les détenues. La lumière oriente le regard et élargit plus ou moins l'espace selon les situations. Dans la pénombre, Goliarda Sapienza, tout juste balancée en cage, dit la souffrance, « cette tentation presque voluptueuse en comparaison de la souffrance que l'on sent autour de soi ». Elle est cette intellectuelle italienne, féministe et anarchiste, qui ne connaîtra le succès qu'après sa mort (1996) avec L'Art de la joie puis cet ouvrage autobiographique, récit de ses cinq jours en prison pour vol de bijoux. Le temps s'étire. Louise Vignaud confère à ce texte une a-temporalité étonn

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Peut-être aurions-nous dû prendre conscience du morcellement irrémédiable du travail avant que la journaliste Florence Aubenas nous le livre il y a presque dix ans ou avant que Louise Vignaud et Magali Bonat ne le portent sur un plateau de théâtre. D'ailleurs, il ne s'agit plus de trouver du travail mais "des heures" comme il nous est précisé. Sûrement le savions-nous un peu mais la force tant du bouquin et plus encore du spectacle est de l'incarner, d'en faire récit. C'est simple, et Louise Vignaud en voix-off contextualise : la grande reporter (Libé, L'Obs puis Le Monde) s'est teinte en blonde, est partie à Caen et s'est inscrite à Pôle Emploi, sous son nom, pour gagner une vie jusque-là – fictivement – entretenue par un mari qui s'est fait la malle. Elle sera femme de ménage, puisque comme lui assène un agent de l'ex-ANPE « vous êtes plutôt le fond de la casserole ». Ainsi, d'emblée l'humain n'est plus qu'une chose que des employeurs vont trimbaler dans les « sani », les douches des ferrys amarré

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Louise Vignaud : « Du temps pour créer ! »

Les Clochards Célestes | C'est ce qui s'appelle une passation de pouvoir réussie. À 29 ans, la metteuse en scène Louise Vignaud succède à Élisabeth Saint-Blancat à la tête des Clochards Célestes avec bienveillance et cohérence et propose une saison plus qu'alléchante dédiée à la jeune création.

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

Louise Vignaud : « Du temps pour créer ! »

Quelles étaient vos intentions lorsque vous avez postulé à ce théâtre ? Louise Vignaud : En tant que jeune metteuse en scène, je me suis demandée ce qui était important pour ma génération. Du temps pour créer ! Ici, c'est donc un lieu de découvertes (NdlR, il est labellisé comme tel par les tutelles Ville-Région-DRAC) il faut le maintenir et soutenir la nouvelle création. Comment le faire, concrètement ? J'ai choisi des compagnies qui seront présentes deux mois (un mois de plateau, douze soirs de représentations) pour mener à bien une recherche et qui changeront tous les deux mois. On soutient le processus de répétitions car je sais en tant que metteuse en scène que j'en ai besoin. Il s'agit du Théâtre Oblique, de la Compagnie Démembrée, du collectif la Onzième, des Non-alignés et la Doze. Pendant leur présence, quatre d'entre eux vont montrer d'autres projets : ils

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Louise Vignaud, résolument curieuse

SCENES | Elle vient d'être nommée à la tête des Clochards Célestes. Sa mise en scène ultra rythmée du Tailleur pour dames de Feydeau fait salle comble dans la Célestine. Louise Vignaud aime rien tant que raconter des histoires : voici la sienne.

Nadja Pobel | Mardi 24 janvier 2017

Louise Vignaud, résolument curieuse

Au lendemain de sa première aux Célestins, on croit Louise Vignaud soulagée. Erreur. « Non, ce n'est que le début » dit-elle sans se départir de ce sourire qu'elle a continuellement vissé aux lèvres. « Il y a encore tellement de choses à faire ! » Son Tailleur pour dames était pourtant parfaitement au point dès de sa première représentation, en ce jeudi 18 janvier. La réponse de la jeune femme de 28 ans dit l’exigence qu'elle a chevillé au corps, traduit un parcours sans faute dans ce milieu du théâtre qui la berce depuis son enfance. Flash-back. Elle est née à Paris de parents architectes. C'est sa grand-mère, prof' de lettres à la retraite, qui l'emmène avec ses cousins le mercredi et le dimanche, voir les Molière, Racine ou les Fables de La Fontaine à la Comédie française. Mais le choc, c'est sa mère qui lui fait ressentir en lui faisant découvrir la Phèdre de Chéreau, aux Ateliers-Berthier. C'était en 2003. Très tôt donc, le théâtre infuse dans son existence ; lors des rassemblements de famille, les enfants pour s'occuper sont incités à monter une pièce. Elle a

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Après avoir fait en trente ans du théâtre des Clochards Célestes un lieu incontournable pour la jeune création, Élisabeth Saint-Blancat reprend son métier de comédienne et passe la main en douceur à Louise Vignaud, officiellement en fonction cet été. Issue du département mise en scène de l'ENSATT, elle a déjà assisté Michel Raskine, Richard Brunel ou récemment Claudia Stavisky sur Tableau d'une exécution. Elle signera dans la Célestine en janvier son quatrième spectacle, Tailleur pour dames de Feydeau.

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Derrière l'étrange titre En courant, dormez se cache une pièce de Oriza Hirata typiquement japonaise, autrement dit lente et dépouillée. Le plateau construit par le metteur en scène Olivier Maurin est à cette image : composé de quelques éléments dont aucun n'est superflu et en long, ou plutôt en format "paysage", comme on le dit joliment dans le domaine de l'imprimerie. Un terme qui correspond parfaitement à ce spectacle inattendu dans lequel les comédiens utilisent non seulement tout l'espace visible, mais aussi les portes du Théatre de l'Elysée, nous laissant imaginer l'extérieur et l'horizon de ce pays encore très traditionnaliste. Le pitch, qui évoque le quotidien en 1923 de Osugi Sakae et Ito Noe, un couple d'anarchistes tokyoïtes, est au premier abord un peu décevant : il n'est question que d'une jeune femme enchaînant les grossesses et de son homme, attentif et calme qui, entre deux conversations sur la vie quotidienne, lisent et traduisent des ouvrages, disséminés ici et là comme de précieux éléments de leurs vies. Ils vont et viennent dans leur maison, s

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