Un seul être vous manque...

La rentrée théâtrale | Des spectacles par centaines au programme. Lyon et son agglo regorgent de propositions théâtrales mais il manque toujours des noms majeurs du théâtre contemporain.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Photo : © DR


Bien sûr, nous ne nous ennuierons pas cette saison en matière de théâtre à Lyon et dans les alentours, tant il y a un foisonnement d'offres et pourtant, lorsqu'à la fin du printemps, nous prenions connaissance de ce qui ferait nos soirées prochaines, s'imposaient d'abord les absents. Cruel constat qui n'est pas neuf sous nos cieux gaulois.

L'ex-enfant terrible du théâtre français – qui désormais gesticule beaucoup, soit - Vincent Macaigne ? Jamais venu. Christiane Jatahy, metteuse en scène brésilienne qui a fait les beaux jours de la Comédie-Française avec sa version très populaire, limite démago de La Règle du jeu de Renoir et qui a signé une version des Trois sœurs tcheckhoviennes renversante et renversée par des écrans vidéo qu'elle manie parfaitement ? Pas là.

Et surtout, Milo Rau, l'artiste européen majeur actuellement, de surcroît francophone ? Aucune trace. Les Lyonnais n'ont eu la chance de connaître son travail que via Hate radio programmé à Sens interdits en 2015 (le festival, off cette année, fait tout de même revenir la très agitante polonaise Martha Gornicka avec Hymn to love, aux Célestins le 13 novembre). Pour voir son Five easy pieces (où des enfants rejouent l'affaire Dutroux), il faudra aller à Saint-Étienne...

Alors oui, il y a parallèlement eu ici, depuis une quinzaine d'années, de nombreuses pièces (pas toutes évidemment tant ces metteurs sont prolixes) d'Ostermeier, quelques Simon McBurney ou Ivo Van Hove. Mais certains manquent cruellement. Cependant, comme bien souvent, la pièce phare du Palais des Papes avignonnais passe par là : Thyeste de Thomas Jolly, mois creuse que son Richard III mais bardée de spotlights inutiles pour reveler la noirceur infinie du texte de Sénèque.

Vincent Dedienne et Wajdi Mouawad de retour

D'autres metteurs en scène internationaux viendront fouler les planches : l'Italienne Emma Dante (et son spectacle nu, Bestie di scena, aux Célestins du 15 au 17 novembre), la Russe radicale Tatiana Frolova au sommet de son art et de son analyse sur ce qu'il reste de l'URSS (Je n'ai pas encore commencé à vivre, aux Célestins, du 27 novembre au 12 décembre), des Roumains (dans le cadre de l'année France-Roumanie)...

De grosses créations qui marqueront (au moins médiatiquement) l'année seront aussi de la partie comme le Ervart dans lequel Laurent Fréchuret distribue un Vincent Dedienne qui n'en finit pas de revenir aux planches (Théâtre de la Croix-Rousse, du 9 au 13 octobre) ou le dernier opus de Wajdi Mouawad (Inflammation du verbe vivre, au TNP du 11 au 22 juin) ; Seuls sera repris à Pôle en scène (les 24 et 25 janvier).

À sec de nouveautés depuis son passionnant Ça ira de 2015, Joël Pommerat revient lui avec La Réunification des deux Corées, certes tranchant et poignant spectacle sur ce qui nous lie et nous délie mais quel étrange chose que de le voir programmer six ans après sa création dans un lieu si important que le TNP (du 10 janvier au 1er février) ! Et à la Comédie Odéon, c'est le double moliérisé Porteur d'Histoire qui s'installe pour quatre mois avec une distribution lyonnaise (du 29 septembre au 30 janvier) ! Sans star mais avec une fidélité permanente, le TNG poursuit sa route avec Catherine Hargreaves et Michel Schweizer, avec une approche expérimentale du théâtre dans ce CDN double (Ateliers et Vaise) qui s'affirme haut et fort comme un lieu de création avec quasiment la moitié de la programmation en co-production.

On guette le collectif Os'o et Maud Lefebvre

En marge de ces mastodontes du centre-ville, les théâtres alentours font très bonne figure dans leur acrobatique nécessité d'être pluridisciplinaires. C'est ainsi que le somptueux et bouleversant spectacle d'Aurélie La Sala, Départ flip sera à Villefontaine (23 novembre) et à Villefranche (4 mai). Ce théâtre-là avec une saison signée pour la première fois par sa nouvelle directrice Amélie Casasole fait la part belle aux jeunes artistes (voir page 6) tout comme La Renaissance qui accueille Maud Lefebvre (Maja, du 14 au 16 mars), metteuse en scène de Cannibale que nous avons ardemment défendue ici et le collectif Os'o qui avait fait sensation avec Timon/Titus et propose un spectacle plus ancien, L'Assommoir (20 au 22 mars).

À Vénissieux, il sera possible de voir la trop rare et délicate compagnie Pôle Nord avec Sandrine, premier volet d'un diptyque présenté aux Célestins il y a fort longtemps. Les indispensables Tg STAN seront eux à La Mouche (Saint-Genis Laval) pour leur version très directe de La Cerisaie (les 12 et 13 janvier) ainsi qu'Olivier Maurin, une valeur très sûre. Il y crée Ovni de Viripaev dont il avait déjà monté Illusions (repris au TNP en ouverture de saison).

Concernant les découvertes, filez aux Clochards Célestes et à l'Élysée sans modération. Et bien entendu aux Subsistances qui toujours accompagnent des artistes intrigants qui nous amusent (On traversera le pont une fois rendu à la rivière par, entre autres, Antoine Defoort de Germinal, du 27 au 29 septembre), nous irritent (le Zerep qui vient avec sa création parodique Purge, baby, purge, du 18 au 20 octobre) ou nous séduisent (Alexander Vantournhout, du 18 au 24 mars).


Bestie di Scena

De et ms Emma Dante, 1h. 14 comédiens-danseurs sur un plateau vide sans texte, sans rôle, sans décor, sans costume...
Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche

De Hervé Blutsch, ms Laurent Fréchuret, 2h15. Comédie autour d'un anti-héros fou de jalousie au point de mettre la ville à feu et à sang.
Théâtre de la Croix-Rousse Place Joannès Ambre Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


La Réunification des deux Corées

De Joël Pommerat, 1h50
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

La Première de Pommerat au TNP annulée

Théâtre | En raison de la grève nationale du mardi 10 décembre, la première représentation prévue au TNP de Contes et légendes de Joël Pommerat est annulée. La pièce se (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

La Première de Pommerat au TNP annulée

En raison de la grève nationale du mardi 10 décembre, la première représentation prévue au TNP de Contes et légendes de Joël Pommerat est annulée. La pièce se joue néanmoins jusqu'au 21 décembre. Plus de renseignements sur le site https://www.tnp-villeurbanne.com.

Continuer à lire

Sens interdits à quai

Théâtre | La 6e édition du festival Sens interdits aura fait la part belle à la capacité de jeunes artistes belges à gratter et bousculer autant leur art que leur temps quand les Russes ne cessent de tenter de prendre la mesure de la répression soviétique à l'aune de l'ère poutinienne. Retour sur dix jours bringuebalés dans la tourmente du monde et de tentatives d'en faire théâtre.

Nadja Pobel | Mercredi 13 novembre 2019

Sens interdits à quai

Sens Interdits s'est joué dans treize théâtres mais aussi sous le chapiteau, où spectateurs et artistes se rencontraient, notamment lors de table rondes. À la veille de la clôture, Tatiana Frolova, qui avait ouvert le festival dix jours plus tôt, le disait : « rien n'a changé ». La metteuse en scène évoquait l'époque des années 30 où Mandelstam, poète dissident arrêté et déporté, n'aura été soutenu que de façon verbale et pas concrètement par son ami Pasternak (son épouse refusait d'héberger ce dissident). Quand Mandelstam lui lit un poème virulent contre le régime, celui-lui lui rétorque « qu'il n'a rien entendu » afin de ne pas être complice, ainsi que le relate la pièce montée par Roman Viktyuk et présentée également dans le festival. « Quand je joue Je n'ai pas encore commencé à vivre à Vladivostok, les journalistes sortent en disant qu'ils n'ont rien entendu » confiait-elle. Ma petite Antarctique n'a pas la force dramaturg

Continuer à lire

Hasta siempre Sens Interdits !

Tour du monde | En mode biennale, le festival dédié au théâtre de l'urgence célèbre, du 16 au 27 octobre, fête ses dix ans avec une programmation extrêmement prometteuse où les maux du monde sont exprimés avec forces et talents par des artistes résistants et résistantes, à commencer par le maître Milo Rau. Débroussaillage avec le fondateur et directeur Patrick Penot.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Hasta siempre Sens Interdits !

La Russie Cette habituée du festival (quatre spectacles déjà passés par là) nous avait bluffés avec la raideur et la profonde émotion et intelligence qui se dégageait de Je n'ai pas encore commencé à vivre, bilan de ce que fut l'URSS et de ce qui se dessine en Russie. Cette fois, Tatiana Frolova fera sa création sur le grand plateau des Célestins ! De quoi la changer de son théâtre KnAM où en Sibérie elle dispose de vingt places. Elle travaille sur le gel dans Ma petite Antarctique « car il a deux effets : il détruit la vie par son intensité et la protège via le permafrost ». En 2021, est d'ores et déjà annoncé un festival dans le festival dédié à cette équipe rare, politiquement intransigeante avec le pouvoir actuel, pas par contestation viscérale mais par le simple fait de dire ce qu'est la Russie d'aujourd'hui. Ma petite Antarctique Aux Célestins d​u mercredi 16 au samedi 19 octobre Le Mexique Souvent le festival a déplacé ses spectateurs en Amérique du Sud. Le Chilien R

Continuer à lire

Quand les plateaux deviennent chaînes d'info

Théâtre | Cette saison, les artistes s'attachent à malaxer (au mieux) ou à commenter (au pire) l'actualité immédiate. Cette lame de fond du théâtre contemporain se vérifiera tout au long des prochains mois dans les salles et sera ponctuée par l'indispensable festival Sens interdits qui accueille l’immense Milo Rau.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Quand les plateaux deviennent chaînes d'info

Dans quelques mois, sur les scènes de théâtre, peut-être sera-t-il question du rapport à sens unique de l'IGPN sur la mort de Steve Maia Caniço et alors ce fait sociétal et politique deviendra œuvre de théâtre. Et si le militant antifa Antonin Bernanos, qui a écopé de quatre mois supplémentaire de détention provisoire au cœur de l'été, avait bientôt un avatar scénique ? Si le théâtre a toujours épongé et transformé les soubresauts du monde, force est de constater qu'il le fait de plus en plus immédiatement et frontalement. Cette saison vont débouler sur les plateaux de Lyon et de la métropole des récits récents ayant fait la Une des médias ces derniers mois. Parfois en les devançant et les fictionnant de façon uchronique : c’est le cas de Olivier Masson doit-il mourir ? (aux Célestins en janvier, et à La Mouche en mars), une variation sur l’affaire Vincent Lambert qui a connu son épilogue cet été. Le jeune auteur et metteur en scène François Hien traite le procès de l’aide-soignant où se confrontent la mère et l’épouse du

Continuer à lire

Désertions et convoitises à la tête des théâtres

Rentrée Théâtre | Étrange rentrée que celle-ci dans le domaine du théâtre. Les spectacles sont multiples, mais rien ne semble immanquable a priori, et des directeurs ou directrices quittent la Ville abruptement... Débroussaillage.

Nadja Pobel | Mardi 8 janvier 2019

Désertions et convoitises à la tête des théâtres

« Cette ville est formidable, je l'adore, mais elle n'est pas dynamisante » déclarait Cathy Bouvard à nos confrères de Lyon Capitale en novembre dernier. La directrice des Subsistances quitte précipitamment mais pas tout à fait par hasard ce navire-phare qu'elle a dirigé avec rigueur et curiosité durant quinze ans et rejoint les Ateliers-Médicis à Clichy-sous-Bois. Lyon n'a pas su garder non plus Marc Lesage, qui, à la co-direction des Célestins a fait de ce théâtre le plus audacieux des mastodontes locaux. Il a désormais les rênes du théâtre (privé) de l'Atelier à Paris. Pierre-Yves Lenoir, co-créateur du Rond-Point avec Jean-Michel Ribes administrateur de l’Odéon aux côtés d’Olivier Py, Luc Bondy et Stéphane Braunschweig le remplace. Il arrive tout droit de la toute nouvelle La Scala (ouverte en septembre dernier) où il était directeur exécutif. . Plus problémat

Continuer à lire

7 spectacles pour lesquels vous devriez réserver

La Saison Théâtre | De Joël Pommerat à l'implacable Tatiana Frolova, voici sept pièces aimées ou prometteuses sur lesquelles nous misons cette saison.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

7 spectacles pour lesquels vous devriez réserver

Départ flip Ils et elles grimpent sur un toit de cordes et rampent. Nous les regardons là-haut comme nous regarderions au zoo une kyrielle de singes se mouvoir avec attention et agilité. Les trapèzes ? Ils sont leurs objets collectifs car c’est bien à la rencontre avec une tribu que nous convie Aurélie La Sala, ancienne boxeuse, circassienne qui a repris seule la compagnie Virevolt fondée avec Aurélien Cuvelier. Sans numéros d’épate, au sol, dans les airs, amassés sur un cube à 80 cm du sol comme si une mer menaçante allait les aspirer, les acrobates signent un spectacle bouleversant sur ce qu’il nous reste de liberté, la capacité et/ou la nécessité d’être seul ou plusieurs, comment on se débat avec les contraintes extérieures et nos urgences intérieures. Superbe. À Villefontaine le 23 novembre À Villefranche le 4 mai Je n’ai pas encore commencé à vivre Ce fut une claque. Tatiana Frolova ne nous est pourtant pas inconnue. Grâce au festival Sens interdits, elle présente même à Lyon son quatr

Continuer à lire

Le vol libre de Wajdi Mouawad

Théâtre | Il est difficile de ne pas aimer Tous des oiseaux qui signe le retour de Wajdi Mouawad au premier plan. Adulé par tout Paris pour cette création livrée (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 mars 2018

Le vol libre de Wajdi Mouawad

Il est difficile de ne pas aimer Tous des oiseaux qui signe le retour de Wajdi Mouawad au premier plan. Adulé par tout Paris pour cette création livrée à l'automne, le nouveau directeur du Théâtre de la Colline a le sens du récit. C'est indéniable. Un jeune juif annonce à ses parents que son amoureuse est une Américaine nommée Wahida. Pour ces derniers, elle n'est qu'une Arabe. Pourtant, en partant en Israël démêler les fils de son parcours bien moins monolithique qu'il n'en a l'air, Eitan se prend l'Histoire en pleine face, blessé dans un attentat. Pour faire ces voyages entre Allemagne, États-Unis et État hébreu, l'auteur et metteur en scène a la modestie de jouer avec une scénographie simple et diablement efficace (des panneaux gris modulables) et l'excellente idée de faire entendre les langues des pays de ses personnages en fonction du lieu et du contexte où ils se trouvent. De toute évidence, le spectacle perdrait beaucoup de l'émotion qu'il véhicule à être francisé et les comédiens polyglottes défendent parfaitement ce particularisme qui est autant le leur que celui de leurs rôles. Pourtant le bât blesse. Parce

Continuer à lire

Vincent Dedienne : « La scène, un lieu sacré »

Seul en scène | Alors qu'il s'apprête à jouer (à guichet fermé) les dernières dates de son seul en scène si émouvant, Vincent Dedienne nous parle, avec une sincérité qui n'est pas si commune, du théâtre, de son amour du jeu, du cinéma à venir et de cette diversion qu'est la télévision. Sans oublier la joie.

Nadja Pobel | Mardi 26 septembre 2017

Vincent Dedienne : « La scène, un lieu sacré »

Vous avez suivi une des formations les plus solides pour un comédien en France, la Comédie de Saint-Etienne. Comment y êtes- vous arrivé ? Vincent Dedienne : Comme je voulais faire du spectacle quand j'ai découvert Muriel Robin, j'ai fait un bac théâtre. J'ai dû aller pour cela à Chalon sur Saône, le seul endroit où il y avait cette option dans mon département. Puis je ne savais pas quoi faire après le bac alors je suis allé à Lyon en fac d'art du spectacle. Alors c'était déjà... à Bron (rires). C'était très théorique or je pensais que j'allais jouer la comédie. J'y suis donc peu allé et j'ai entendu parler de l'école de la Scène du Saône. J'ai passé le concours l'année d'après. C'est là que je me suis fait tous mes copains et que j'ai joué beaucoup. Et un garçon de ma promo, Gabriel Le Chevallier, passait les concours des grandes écoles ; je lui ai donné la réplique à Rennes. On a fait 9h de train pour trois minutes de scène. Après il passait Saint-Étienne ; là je me suis inscrit aussi parce que ça faisait trop de train pour même pas avoir un peu de trac. Je n'ai passé que Saint-Étienne. J'ai été pris. Si je passais ces concours aujourd'

Continuer à lire

Vincent Dedienne : cap sur le cinéma !

ECRANS | Alors qu'il termine sa tournée le 31 décembre avec son seul-en-scène Il se passe quelque chose (à guichets fermés au Radiant et au Toboggan), Vincent (...)

Nadja Pobel | Jeudi 21 septembre 2017

Vincent Dedienne : cap sur le cinéma !

Alors qu'il termine sa tournée le 31 décembre avec son seul-en-scène Il se passe quelque chose (à guichets fermés au Radiant et au Toboggan), Vincent Dedienne passe devant la caméra. Dans une interview qu'il nous a accordé ce mercredi 20 septembre, il nous précise qu'il tourne très prochainement dans un film de Marie-Castille Mention-Schaar (réalisatrice du Ciel attendra), un film choral dans lequel il joue le fils de Nicole Garcia. À leurs côtés se trouvent Clotilde Courau, Gustave Kervern, Carmen Maura. Ensuite, il tournera dans Premières vacances, écrit par Camille Chamoux et réalisé par Patrick Cassir avec Camille Cottin, Jérémie Elkaim et Jonathan Cohen. Enfin viendra un film avec Josiane Balasko en janvier. Au théâtre, il sera Porte Saint-Martin dès le 16 janvier dans Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, mis en scène par Catherine Hiegel avec Nicolas Maury (vu chez Cantarella et dans 10 pour cent) et Clotide Hesmes.

Continuer à lire

6 pièces de théâtre à réserver sans tergiverser

Sélection | Les cadors on les retrouve aux belles places, nickel comme disait le chanteur. La preuve par six.

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

6 pièces de théâtre à réserver sans tergiverser

Vincent Dedienne Bien sûr, ce spectacle n’est pas neuf. Il date même de 2013. Mais voilà, c’est la fin d’une tournée triomphale méritée et largement médiatisée par l’aura de ce chroniqueur passé par Inter et Canal +, avant de livrer des revues de presse redoutables chez Yann Barthès. Au commencement, Vincent Dedienne est un comédien brillant qui, contrairement à la plupart des ses confrères solistes et humoristes, sait occuper un plateau. Et qui, à la place de blagues politico-foireuses se met à nu avec une délicatesse tout simplement bouleversante. Il signe là l’un des grands spectacles de théâtre de ces dernières années. Au Radiant les 19, 20, 25 et 26 septembre, les 20 et 21 octobre, et au Toboggan le 27 septembre Bovary par Tiago Rodrigues Il l'avait créé dans le Théâtre National de Lisbonne qu'il dirige. Devenu coqueluche de l'Hexagone (malgré l'ennuyeux Sopro présenté à Avignon cet été), le très doué Tiago Rodrigues présente sa version du roman de Flaubert, avec notamment Jacques Bonnaffé et Grégoire Monsaingeon (vu chez Gw

Continuer à lire

Lectures de saison

TNP | Voilà une autre façon de faire une présentation de saison. Les comédiens de la troupe du TNP lisent ce vendredi 23 septembre à la Maison de l'Image du livre et (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 septembre 2016

Lectures de saison

Voilà une autre façon de faire une présentation de saison. Les comédiens de la troupe du TNP lisent ce vendredi 23 septembre à la Maison de l'Image du livre et du son à 19h de nombreux textes qui seront à l'affiche du théâtre villeurbannais cette année, à commencer par celui dans lequel ils joueront : La très excellente et lamentable histoire de Roméo et Juliette d’après William Shakespeare mise en scène par l'une d'entre eux, Juliette Rizoud, extraordinaire dans le rôle de la Jeanne de Delteil il y a quelques temps. Tous les autres écrits, très éclectiques, seront montés et interprétés par des personnes extérieures : La Boîte de Jean-Pierre Siméon, Bella Figura de Yasmina Reza, Gonzoo – Pornodrame de Riad Gahmi, Meurtres de la princesse juive d’Armando Llamas, Le Temps et la chambre

Continuer à lire

Un "Enlèvement au Sérail" peu enlevé

Opéra de Lyon | Mozart en été, ça semblait bon. L’Enlèvement au Sérail, longtemps resté dans l’ombre de La Flûte enchantée et de Don Giovanni, est à l’affiche de l’Opéra de Lyon dans une mise en scène de Wajdi Mouawad.

Pascale Clavel | Mardi 28 juin 2016

Un

L’Enlèvement, c’est une bouffée d’air pur, l’emblème du renouveau d’un genre, le point de bascule dans la carrière de Mozart. L’ouvrage mêle à la perfection opéra buffa et opéra seria. Sur fond de divertissement, nous sommes au cœur des grandes préoccupations contemporaines : la peur de l’autre, le droit des femmes, l’acceptation des religions… Depuis que Serge Dorny a pris les commandes de l’Opéra de Lyon, il a très intelligemment imposé que des metteurs en scène venus d’autres horizons se collent à l’univers lyrique : on se souvient du merveilleux Dialogue des Carmélites mis en scène par Christophe Honoré. Pour cet enlèvement,

Continuer à lire

Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

SCENES | Cinq mois après la version magistrale de Godot par Jean-Pierre Vincent, Lyon reçoit celle du stéphanois Laurent Fréchuret : si le casting est plus inégal, la vivacité et la férocité de l’époustouflant texte de Beckett sont bien là. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 26 janvier 2016

Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

Pour ceux dont les souvenirs remonteraient aux vieilles années du lycée, il y a urgence à réentendre ce texte. Plus puissant que Fin de partie ou Premier amour qui tournent partout, En attendant Godot est un chef d’œuvre, parfaite alchimie entre une désespérance profonde et un espoir ultime, celui d’être ensemble, toujours, même - et surtout - face à l’inéluctable. Laurent Fréchuret n’a pas souhaité faire le malin face à ce texte-monstre, bien lui en a pris : il suit les très précises indications que Beckett a livré en didascalies et c’est dans ces contraintes qu’il trouve la liberté de rire. Pour cela, le Stéphanois a convoqué un acteur immense, Jean-Claude Bolle-Reddat. Parfait Estragon qui, entre mille autres choses, a été membre de la troupe du TNS époque Martinelli, est passé dans le décapant Prix Martin de Labiche mis en scène par Boëglin, ou a joué au cinéma sous l’œil du surdoué en surchauffe François Ozon (Une nouvelle amie). En une fraction de seconde, Bolle-Reddat est juste et il tiendra cette tension deux heu

Continuer à lire

Révolutionnaire Pommerat

SCENES | Quand, en avril 2005, le TNG accueille Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, le metteur en scène débarque à Lyon comme la mère de la petite fille : (...)

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Révolutionnaire Pommerat

Quand, en avril 2005, le TNG accueille Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, le metteur en scène débarque à Lyon comme la mère de la petite fille : marchant sur la pointe des pieds, mais faisant résonner le bruit de talons invisibles. Entendez par là : il arrive le plus discrètement possible, mais fait son effet. Cette pièce est la première qu’il consacre aux enfants (suivront les sombres et néanmoins féériques Pinocchio et Cendrillon), mais il fait alors du théâtre depuis plus de dix ans et s’apprête à être invité du Festival d’Avignon l’année suivante. Acteur, il a rapidement cessé de l’être, à 23 ans, pour se lancer dans «l’écriture de spectacles» selon ses mots. Du monologue Le Chemin de Dakar en 1990 à la création des Marchands en 2006, il fait ses armes, avant de rencontrer un succès qui ne s’est plus démenti. Associé aux Bouffes du Nord puis à l’Odéon, et désormais aux Amandiers-Nanterre, il crée à un rythme effréné des pièces d’une qualité constante, qui toutes creusent les paradoxes de l’Homme et la manière dont la mécanisation du travail le broie (Les Marchands, Ma Chambre froide

Continuer à lire

Au TNP, Joël Pommerat fait sa Révolution

SCENES | À force d’ausculter le travail, les rapports de hiérarchie et les questions de libre arbitre, il fallait bien qu’un jour Joël Pommerat ose affronter les prémices de la liberté et de l’égalité des droits. En 4h30, il revient aux origines de la Révolution française avec "Ça ira". Et c’est un exceptionnel moment de théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Au TNP, Joël Pommerat fait sa Révolution

«Il n’y a pas de point de vue» reprochent à Ça ira les rares qui osent critiquer aujourd’hui Joël Pommerat, devenu en quinze ans une figure absolument singulière et, pour tout dire, monumentale du théâtre français actuel, de surcroît plébiscitée par les spectateurs partout sur le territoire. À Nanterre, où il est artiste associé, il a affiché complet durant tout novembre et les malchanceux dont la représentation tombait sur les deux jours d’annulation post-attentats ont dû jouer sévèrement des coudes pour rattraper au vol des billets sur Le Bon Coin. Cette supposée absence de point de vue – aucun personnage n’étant désigné comme bon ou mauvais – est en fait la preuve qu’il y en a une multitude. Tout le monde s’exprime au cours de cet épisode de l’Histoire dont le choix constitue en lui-même un acte politique fort, comme Pommerat en signe depuis ses débuts. Comme il le précise souvent, «il ne s’agit pas d’une pièce politique mais dont le sujet est la politique», soit la vie de la cité, selon l’étymologie du mot. Plutôt que de proposer un manifeste, Pommerat amène à mieux comprendre la naissance de la Révolution et même, puisqu’il n’es

Continuer à lire

Joël Pommerat fait sa révolution

SCENES | La pièce débute ce vendredi 8 janvier et elle se tiendra jusqu’au 28 au TNP, qui pour assurer une si longue série a uni ses forces à celles des Célestins. (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 janvier 2016

Joël Pommerat fait sa révolution

La pièce débute ce vendredi 8 janvier et elle se tiendra jusqu’au 28 au TNP, qui pour assurer une si longue série a uni ses forces à celles des Célestins. Grand bien leur en a pris, car Ça ira (1) Fin de Louis est un spectacle hors norme – que nous ne traiterons ici qu'en surface pour mieux lui accorder notre Une la semaine prochaine. Aux Amandiers à Nanterre, où il fut créé, il nous a plongé de prime abord dans une certaine incrédulité avant de nous convaincre totalement. Car pour raconter la Révolution française (jusqu'à 1792), Joël Pommerat a tout misé sur la parole et atténué ses effets scéniques, qui reposaient essentiellement sur un usage sidérant des lumières. Par ailleurs, lui qui a toujours eu un discours si grinçant sur l’aliénation au travail laisse ici s’exprimer toutes les contradictions des puissants et des faibles, ne prenant pas position. Tiède ? Au contraire. En 4h30, il montre avec brio comment, aux cours de débats passionnés, des hommes et des femmes ont tenté de rendre la société plus égale – et y sont parvenus. Sans égréner de dates-clés ni nommer de protagonistes (à l’exception de Louis), mais avec ses comédiens fidèles et son a

Continuer à lire

Rentrée théâtre 2016 : n’ayons peur de rien

SCENES | Lancée par la venue de Joël Pommerat et Romeo Castellucci, la seconde partie de saison s’annonce dense et exigeante. Tour d’horizon de ce qui vous attend au théâtre sur les six prochains mois.

Nadja Pobel | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée théâtre 2016 : n’ayons peur de rien

D'un côté la Révolution française revue et corrigée en costard-cravate par Pommerat en 4h30 dans Ça ira (1). Fin de Louis (au TNP, co-accueil avec les Célestins dès cette semaine), de l'autre de vrais singes et des instruments SM pour reconstituer le destin tragique des Atrides dans L’Orestie (aux Célestins, co-accueil avec le TNG plus tard en janvier) du remuant et très rare Romeo Castellucci : le premier mois de l’année ne devrait pas vous laisser indemne. D’autant que s’ajoutent la nouvelle création de Michel Raskine, Quartett d’après Les Liaisons dangereuses (Célestins), pour laquelle il rappelle son duo fétiche Marief Guittier / Thomas Rortais et celle, écouteurs aux oreilles, de Joris Mathieu, l’intriguant Hikikomori (TNG) qui murmurera trois histoires différentes aux spectateurs. Aussi intranquille sera Phia Ménard, artiste transgenre associée au TNG avec son classique Vortex

Continuer à lire

Une saison théâtrale sous le signe du politique

SCENES | Souvent taxé d’art vieillissant, le théâtre ne cesse pourtant, à l’instar des sociologues ou historiens, d’ausculter le monde contemporain. Cette saison, plusieurs auteurs décryptant la trivialité des rapports sociaux seront portés au plateau. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Une saison théâtrale sous le signe du politique

Christine Angot le déclarait fin août au Monde : «il n’y a pas de vérité hors de la littérature». Théâtre inclus. Le festival international Sens Interdits, en prise directe avec les maux du Rwanda, des réfugiés ou de la Russie, en sera une déflagrante preuve en octobre. Plus près de nous, avec la vivacité d’un jeune homme, Michel Vinaver (88 ans) a repris la plume pour signer Bettencourt boulevard ou une histoire de France, une pièce en trente épisodes mettant au jour les rouages de la fameuse affaire. Ne surtout pas chercher dans ce texte monté par Christian Schiaretti au TNP (du 19 novembre au 19 décembre) des règlements de comptes entre un chef d’État, une milliardaire et un photographe-abuseur, des comptes-rendus judicaires ou de grands discours. Vinaver fait de ses célèbres protagonistes les personnages d’une tragédie grecque contemporaine, remontant à leurs origines et évoquant leur rapport à la judéité, montrant ainsi, loin des polémiques, comment une vieille dame absolument sénile se laisse courtiser par un bellâtre peu scrupuleux. Ce simple jeu d’influence

Continuer à lire

La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

Continuer à lire

Vincent Dedienne de retour à la salle Rameau

SCENES | Vous n'avez toujours pas vu l'excellent seul-en-scène de Vincent Dedienne ? Alors qu'il l'a récemment joué pas moins de huit soirs à l'Espace (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 27 mai 2015

Vincent Dedienne de retour à la salle Rameau

Vous n'avez toujours pas vu l'excellent seul-en-scène de Vincent Dedienne ? Alors qu'il l'a récemment joué pas moins de huit soirs à l'Espace Gerson ? Vous ne faites aucun effort. Mais le successeur de Stéphane de Groot au Supplément de Canal + n'est pas rancunier : il sera de retour à Lyon le 12 mars 2016, à la Salle Rameau. Oui, ce n'est pas pour tout de suite. Mais comme notre coqueluche n'est plus uniquement la nôtre, on préfère vous prévenir en avance.

Continuer à lire

La saison 2015/2016 du TNP

ACTUS | 22 spectacles dont 9 émanant de sa direction ou de ses acteurs permanents : la saison prochaine, le Théâtre National Populaire fera la part belle aux talents maison, à commencer par la création très attendue de "Bettencourt Boulevard" par Christian Schiaretti. Autre temps fort : "Ça ira", fable plus que jamais politique du maître Joël Pommerat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 20 mai 2015

La saison 2015/2016 du TNP

L’an dernier à la même époque, Christian Schiaretti pouvait encore rêver de devenir patron de la Comédie Française, tandis que l’État et le Département supprimaient respectivement 100 000€ et 150 000€ de dotation à ce Centre National Dramatique majeur (sur un budget de presque 10M€). Depuis, le Ministère comme le Rhône ont rendu ce qu’ils avaient pris, le TNP peut rouler sur des rails paisibles. Quoique : la troupe permanente de 12 comédiens a été réduite à 6. Le coût de la vie augmentant, il faut bien faire des économies et puisqu’il n’est pas possible de baisser les frais de fonctionnement de cet énorme paquebot, ce sont les artistes qui trinquent. Mais de cette contrainte nait de l’inventivité. Le TNP proposera ainsi neuf spectacles dans lesquels des comédiens de la mini-troupe se feront metteur en scène, tout le monde travaillant de fait à flux constant. Julien Tiphaine portera à la scène La Chanson de Roland, Clément Carabédian et Clément Morinière s’attèleront au Roman de Renart, Damien Gouy au Franc-Archer de Bagnolet d’un anonyme du XVe siècle et Juliette Rizoud

Continuer à lire

Pas juste pour rire

SCENES | L'année café-théâtre 2014 s'est terminée sur une création hors-normes comiques de Dominic Palandri (New York Paradis). Amusant hasard : 2015 débutera sur une (...)

Benjamin Mialot | Mardi 6 janvier 2015

Pas juste pour rire

L'année café-théâtre 2014 s'est terminée sur une création hors-normes comiques de Dominic Palandri (New York Paradis). Amusant hasard : 2015 débutera sur une tentative similaire de son complice Jacques Chambon, Les Sentinelles (20 février au Karavan), une intrigante «tragédie burlesque sur l’incapacité des hommes à se reconnaître dans l’autre». Autre auteur et metteur en scène pas-que-drôle, Jocelyn Flipo présentera lui Sale mentor (à

Continuer à lire

Les élans du cœur

SCENES | Toujours faire fi des a priori. Même si l’écriture de Wajdi Mouawad s'avère souvent ampoulée, même si la forme du monologue effraie toujours un peu, il faut (...)

Nadja Pobel | Mardi 25 novembre 2014

Les élans du cœur

Toujours faire fi des a priori. Même si l’écriture de Wajdi Mouawad s'avère souvent ampoulée, même si la forme du monologue effraie toujours un peu, il faut aller voir cet Obus dans le cœur. Précisément parce qu'il ne se résume pas à cela. Wahad, 19 ans, doit rejoindre urgemment le service de soins palliatifs où va s’éteindre sa mère. Dans la froideur de l’hiver, on le voit monter dans un bus, s’engueuler avec le conducteur puis maudire la salle d’attente de l’hôpital, avant de s’assoir sur le bord du lit de celle qui l’a mis au monde (et avec laquelle il n’a d’ailleurs pas que des souvenirs heureux). Pourtant, le plateau est nu, n'était la présence d'un mur mobile, d'une chaise et de deux-trois morceaux de bois posés au sol pour délimiter un espace. Le mérite de cette force d'évocation revient essentiellement à Loïc Puissant (cie Autochtone), excellent comédien issu de l’ENSATT qui, de surcroît, s’est lui-même mis en scène. Maîtrisant parfaitement les changements de rythme et de tonalité, il parvient même à incarner un gamin, exercice trop souvent irritant, à l'aide d'un simple élément de décor vaguement réaliste (des vêtements séchant sur un f

Continuer à lire

Dix incontournables pour 2014/2015

SCENES | Outre les spectacles cités dans notre gros plan et les panoramas lisibles par ailleurs, voici une dizaine de spectacles qui attisent notre curiosité ou réveillent de bons souvenirs. Bien plus, en tout cas, que les deux mastodontes avignonnais un peu fades qui passeront par là, au TNP, "Orlando" d'Olivier Py et "Le Prince de Hombourg" de Giorgio Barberio Corsetti.

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Dix incontournables pour 2014/2015

Phèdre Avec Les Serments indiscrets l’an dernier, Christophe Rauck présentait une version très personnelle, entre suavité et force, de la pièce méconnue de Marivaux. Il s’attaque maintenant au classique de Racine que tous les grands comédiens ont un jour joué dans leur vie, à commencer par Dominique Blanc sous la houlette de Patrice Chéreau. Dans ce casting-ci, on retrouvera la mythique Nada Strancar (dans le rôle de Oenone, nourrice de Phèdre), au milieu d'un décor agrègeant une nouvelle fois les apparats de l’époque Louis XIV à un univers moins propret, aux murs à nu voire lézardés. Rauck se garde de ripoliner les œuvres majeures pour mieux les révéler. Faisons-lui à nouveau confiance. Nadja Pobel Du 8 au 17 octobre aux Célestins  

Continuer à lire

Annulation du spectacle de Vincent Dedienne

SCENES | Ce devait être l'événement (café)-théâtral de la semaine, il n'aura finalement pas lieu : la représentation du 26 juin à la salle Victor Hugo de S'il se passe (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 25 juin 2014

Annulation du spectacle de Vincent Dedienne

Ce devait être l'événement (café)-théâtral de la semaine, il n'aura finalement pas lieu : la représentation du 26 juin à la salle Victor Hugo de S'il se passe quelque chose, l'excellent seul en scène de Vincent Dedienne, est annulée. Informées ce matin d'un préavis de grève des personnels la Ville de Lyon (à laquelle appartient le lieu), les sociétés Rain Dog Productions et Ruq Spectacles ne se retrouvent plus en mesure de garantir son bon déroulement. Dans l'attente d'une éventuelle date de remplacement, les porteurs de billets pour ce spectacle pourront obtenir le remboursement de leurs places auprès des points de vente où ont été effectuées les réservations.

Continuer à lire

Profession : amuseur

SCENES | Et si l’humour et le théâtre se réconciliaient ? C’est ce que propose le jeune comédien Vincent Dedienne avec son spectacle "S’il se passe quelque chose", un seul-en-scène alternant sketchs et textes plus personnels. Un véritable bijou, accessible, drôle et surtout excellemment bien écrit. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 24 juin 2014

Profession : amuseur

Comment un comédien de formation classique, après avoir joué divers grands auteurs comme Hugo, Molière ou Duras, se retrouve à faire un spectacle d’humour ? Vincent Dedienne : Parce que j’en rêve depuis que j’ai découvert le théâtre par ce biais. Muriel Robin, Pierre Palmade : ce sont eux qui m’ont donné envie de faire le métier de comédien. L’idée d’être seul en scène m’a toujours excité. Avant de connaître Shakespeare, Claudel ou je ne sais qui, je pensais que le théâtre, c’était ça : uniquement des gens qui écrivent leurs propres textes et qui les disent seuls en scène. J’y suis donc revenu quand j’ai eu un peu moins de travail, pour voir comment ça pouvait se réconcilier avec une formation classique [à l’école de la Comédie de Saint-Étienne, NdlR].  Avec l’idée d’être mieux armé grâce à cette formation  ? Ce n’est pas tant d’être armé... Dans une école supérieure d’art dramatique, quand tu fais justement de l’art dramatique, il y a l’idée que c’est honteux d’avoir l’ambition d’être un amuseur. Être acteur et amuseur, c’est une paire qui ne va pas de soi. Alors que je trouve que c’est le même méti

Continuer à lire

Vincent Dedienne à la salle Victor Hugo

SCENES | Depuis sa création en mai 2013 à Paris, S'il se passe quelque chose, le seul-en-scène du jeune comédien Vincent Dedienne, fait beaucoup parler de lui – en (...)

Benjamin Mialot | Lundi 26 mai 2014

Vincent Dedienne à la salle Victor Hugo

Depuis sa création en mai 2013 à Paris, S'il se passe quelque chose, le seul-en-scène du jeune comédien Vincent Dedienne, fait beaucoup parler de lui – en bien, cela va sans dire. Du coup, Laurent Ruquier l'a récemment signé sur sa boîte de prod (qui ne s'occupe que de Gaspard Proust et Michael Gregorio), avec à la clé, notamment, trois mois non-stop à Paris à la rentrée. En attendant, ce spectacle mariant habilement humour et théâtre repassera par Lyon le mois prochain, après les dates de l'Espace Gerson en novembre dernier. Ce sera le jeudi 26 juin à la salle Victor Hugo, et c'est tout simplement immanquable.

Continuer à lire

Pommerat refait les contes

SCENES | Plus de deux ans après sa création, "Cendrillon", enfin, passe par la région lyonnaise. Pièce maîtresse de l’œuvre de Joël Pommerat, ce conte, ici plus fantastique que merveilleux, décline ce qui intéresse tant l’incontournable metteur en scène : tenter d’être soi dans un monde hostile. Une réussite totale et inoubliable. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 11 mars 2014

Pommerat refait les contes

«Ta mère est morte. Ta mère est morte. Comme ça maintenant tu sais et tu vas pouvoir passer à autre chose. Et puis ce soir par exemple rester avec moi. Je suis pas ta mère mais je suis pas mal comme personne. J’ai des trucs de différent d’une mère qui sont intéressants aussi». Voilà ce que se racontent Cendrillon et le jeune prince lorsqu’ils se rencontrent. Pour le glamour, la tendresse et les étoiles dans les yeux, Joël Pommerat passe son tour. Tant mieux : en ôtant toute mièvrerie au conte originel, en le cognant au réel, il le transforme en un objet totalement bouleversant qui, lors de sa création, a laissé les yeux humides à plus de la moitié de salle. Du jamais vu pour ce qui nous concerne. «Ecrivain de spectacles», comme il aime se définir, Pommerat connaît depuis plus de dix ans un succès inédit dans le théâtre français, jouant à guichet fermé partout où il passe. Et il passe partout. Le seul cap qu’il s’était d'ailleurs fixé en renonçant à faire du cinéma, constatant qu’il ne pourrait jamais faire comme son héros David Lynch, était de créer une pièce

Continuer à lire

Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

Continuer à lire

Drôlerie extrême

SCENES | Qu’un jeune comédien monte seul sur scène pour parler de lui : l’idée, sur le papier, semble complètement mégalo. Mais "S’il se passe quelque chose" est tout le contraire : un spectacle de théâtre à l’humour mitraillette conçu par un auteur-interprète bluffant, tant dans l’écriture que dans le jeu. Son nom ? Vincent Dedienne. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Dimanche 3 novembre 2013

Drôlerie extrême

Formé à l’École de la Comédie de Saint-Étienne, Vincent Dedienne est ce que l’on appelle communément un comédien. Du Hugo, du Molière, mais aussi du Guibert : il a un CV qui fait son petit effet. Qu’un artiste au parcours classique se lance dans le one-man-show a quelque chose de surprenant. Et, dans ce cas précis, de captivant. Car il y a beaucoup de théâtre dans ce S’il se passe quelque chose. Un supplément d’âme (et de culture) qui se diffuse d’emblée sur le plateau, dès les premiers mots prononcés (ceux de Marguerite Duras). D’où l’idée que Vincent Dedienne ne fasse pas un one-man-show (terme sans doute trop connoté à ses yeux), mais un seul-en-scène (c’est même marqué sur l’affiche). Un glissement sémantique très Télérama comme dirait Gaspard Proust, qui devient une évidence ici. Oui, S’il se passe quelque chose est bien une pièce de théâtre, et Vincent Dedienne en est l’auteur-interprète ainsi que le sujet principal. «Mon autoportrait» Pendant 1h30, Vincent Dedienne parle donc de lui («un sujet qui n’a jamais été

Continuer à lire

Prime Pommerat

SCENES | Quoi qu’il fasse, Joël Pommerat le réussit avec une virtuosité inouïe. Dans son spectacle le plus dépouillé et peut-être le moins complexe techniquement, il livre à nouveau une cinglante fable sur le monde moderne. "La Grande et fabuleuse histoire du commerce" est un chef-d’œuvre de plus dans sa singulière carrière. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 9 novembre 2012

Prime Pommerat

Ainsi donc, ils se retrouvent en fin de journée, dans un basique hôtel de province après une journée de travail. Quatre hommes, représentants de commerce, accueillent un petit nouveau dans leur équipe. Comme dans le préambule d’Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin, les personnages nous sont sommairement présentés : «voilà c’est Franck, le fils de ma sœur, lui, c’est René le plus intelligent…». Et comme chez le cinéaste, Pommerat va ensuite observer ce qui grince dans la vie de ses personnages simples qu’il ne regarde jamais de haut. Ils doivent vendre, vendent et vendront. Sous le sceau de cette sainte-trinité moderne, ils ne sont plus que des machines oubliant pourquoi ils s’exécutent, trouvant même qu’en vendant à leurs clients des choses dont ils n’ont nul besoin, ils leur font une faveur ! Quand l’un d’eux est pris d’un accès de conscience, il est insulté : «communiste !» lui crient ses collègues, vieux loups rodés aux combines du métier. Puis la pièce, jusque-là baignée dans les années 60 (où Mai 68 se résume à une baisse des ventes !), bascule à

Continuer à lire

Fable moderne

SCENES | Le cadeau d’un patron est-il vraiment un cadeau ? Travailler pour soi est-il vraiment plus épanouissant que travailler pour les autres ? Ces questions (...)

Nadja Pobel | Jeudi 22 décembre 2011

Fable moderne

Le cadeau d’un patron est-il vraiment un cadeau ? Travailler pour soi est-il vraiment plus épanouissant que travailler pour les autres ? Ces questions sont d’emblée posées dans Ma chambre froide par le boss, Blocq, qui considère ses sociétés comme ses créations. Il fait le ménage dans ses troupes et demande à deux d’entre eux de choisir qui doit garder son poste. «Un travail aujourd’hui, c’est un privilège, et un privilège, faut que ça se mérite ; c’est ça la démocratie». Sans faire de leçon partisane, Pommerat, en auscultant à quel point le travail pousse chacun dans ses derniers retranchements, livre une grande fable sociale acerbe et donc forcément politique, dans son acceptation la plus large. Quand Blocq annonce son décès imminent (une tumeur) et la cession de ses entreprises à ses employés (car il hait sa famille), il bouscule la sacro-sainte répartition simpliste des rôles dans lesquels chacun trouvaient bon an mal an son compte : patron-profiteur et employé-exploité. Il n’y a plus ni supérieur ni hiérarchie et tout se déglingue. La bonhomie d’Estelle, sur qui tout le monde se reposait avant,

Continuer à lire

La science des rêves

SCENES | L’homme par qui la magie fait sens : l’indispensable metteur en scène Joël Pommerat ne lésine avec les artifices du théâtre pour passer à la loupe ses contemporains sans oublier de montrer leurs rêves et cauchemars. La preuve par l’exemple avec "Ma chambre froide" accueilli au TNP pendant dix jours. Portrait et critique.

Nadja Pobel | Mercredi 21 décembre 2011

La science des rêves

Joël Pommerat a cessé d’être acteur à 23 ans en 1986. Pas encore très vieux mais une évidence est là : il ne veut pas être une marionnette sur laquelle un metteur en scène tout puissant dépose un rôle préconçu. Car pour lui, l’acteur est au cœur du dispositif théâtral, le metteur en scène doit composer avec son être entier et le dépouiller de ses automatismes et de son savoir-faire. Pommerat se met alors à «écrire des spectacles». Ni metteur en scène, ni écrivain, mais bien auteur de spectacle. Ses pièces sont pourtant publiées, mais deux mois après le début des représentations car elles sont écrites au plateau, fignolées en jeu. Avec sa troupe fidèle, il fonde la compagnie Louis Brouillard au début des années 90. Ce nom, pas tout à fait anodin, donne une idée du bonhomme : «Je me dis parfois que Louis Brouillard a vraiment existé comme Louis Lumière, qu’il a inventé le théâtre et que je suis le seul à le savoir» disait-il en plaisantant récemment au micro de France Culture. Plus sérieusement, il fige ce nom à une époque où le théâtre du Soleil est omniprésent, où les jeunes compagnies prennent un nom de météo (embellie, vent…). Lui opte pour le brouil

Continuer à lire

Sophocle on the rocks

SCENES | Théâtre / Wajdi Mouawad adapte Sophocle dans sa trilogie "Des terres" sans grands risques artistiques, hormis celui d’avoir confié à Bertrand Cantat la mise en musique rock des chœurs. Une idée discutable. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 13 novembre 2011

Sophocle on the rocks

Dramaturge boulimique remettant dans ses propres textes la tragédie au goût du jour, Wajdi Mouawad s’est lancé dans un projet ambitieux d’adaptation des sept pièces de son idole, Sophocle. Une première "fournée" est présentée aux Célestins qu’il est possible de voir d’affilée (6h30 au total) ou non : Les Trachiniennes, Antigone et Electre. Soit successivement les démêlés de trois femmes aux prises avec l’amour et la mort, le désir et la justice, la vengeance et le chaos. L’une des innovations les plus marquantes de Mouawad, et qui a fait couler beaucoup d’encre, est d’avoir confié la mise en musique et en chants du chœur à Bertrand Cantat (qu’il interprète avec trois autres musiciens sur scène, mais la distribution change cette semaine). Cette idée d’un coryphée rock est sympathique, donne leur rythme aux pièces, et l’on assiste à des passages assez saisissants, comme celui où Antigone "pète les plombs", danse et rugit sur un morceau très rock et noir-désien. Il y a d’autres séquences fortes, d’autres beaucoup plus discutables musicalement et certaines totalement ridicules, dans Les Trachniennes par exemple où Cantat chante a capella du Sophocle comme

Continuer à lire

Le Cas Pommerat

SCENES | Après "Les Marchands" en novembre, le TNP accueille "Je tremble, 1 et 2", autres pièces immanquables de l'auteur et metteur en scène Joël Pommerat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 23 avril 2010

Le Cas Pommerat

Joël Pommerat est un grand auteur de spectacles. Certes ce n'est pas nouveau (son premier grand succès date de 2004 avec "Au monde", ses premières créations remontent à 1990), mais cela ne cesse de se confirmer. En janvier, il proposait "Cercles/fictions", son dernier spectacle dans les murs décrépis du théâtre parisien des Bouffes du Nord où il est en résidence pour encore quelques mois. Cette pièce sombre et grinçante était une succession de fragments des maux du monde (la solitude, le pouvoir de l'argent, la déréliction de l'homme) affublée d'une bonne dose de fantasmagorie (l'apparition burlesque d'un cheval entre autres). C'est avec «Je tremble», en 2007, que Pommerat avait amorcé cette déconstruction du récit et projeté sur scène un Monsieur loyal que l'on retrouve dans chacun de ses spectacles. Micro en main, ce speaker accompagne le déroulé du spectacle et se moque d'un éventuel suspens qu'il annihile en annonçant sa mort au terme de la pièce. Ce qu'il y a à entendre compte autant que qu'il y a à voir. Avec «Je tremble», Pommerat s'affranchit de la narration classique et se débarrasse du décor. En fond de scène, seul un rideau rouge à paillettes habille l'espace. Ce pour

Continuer à lire

La prophète

SCENES | Théâtre / Joël Pommerat présente au studio 24 - TNP 'Les Marchands', créé en 2006. Une fable sociale sur la misère humaine et le travail glaçante, radicale mais surtout profondément émouvante. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 5 novembre 2009

La prophète

Combien sont-ils les metteurs en scène qui en cinq minutes de spectacle à peine ont déjà marqué de leur «patte» leur travail ? Joël Pommerat est incontestablement de ceux-là. Pour qui a déjà vu ses créations («Le Petit Chaperon rouge» et «Pinocchio» sont passés par Lyon), les souvenirs affluent dès l'amorce de cette pièce, pour les autres, ils viennent de découvrir une manière radicale et enchantée de faire du théâtre. Dans «Les Marchands» et comme souvent, Joël Pommerat use du style indirect. Une voix-off raconte toutes les actions. Elle est l'amie du personnage central, mais pourrait tout aussi bien être chacun d'entre nous. Sa voix résonne deux heures durant dans une cage grise traversée de faisceaux lumineux. Pommerat dessine l'espace à l'aide de son fidèle scénographe Eric Soyer qui est aussi logiquement le responsable lumières. Quelques chaises, une table puis un meuble tentent de trouver une place dans l'appartement d'une femme désœuvrée. Elle n'a plus de travail, s'ennuie chez elle. La télévision est sa seule distraction, son lien au monde. Face au vide, elle trouve que les gens qu’elle côtoie ont des ressemblances avec sa mère décédée, elle fait d'un homme dont on ne sa

Continuer à lire

Et revoilà Wajdi !

SCENES | Théâtre / Il a été la star du dernier festival d’Avignon. Il revient à Lyon ce mois-ci, avec un programme chargé : la reprise d’’Incendies’ (l’un de ses plus gros succès), la présentation de sa trilogie inégale ‘Le Sang des promesses’ (dix heures de spectacle tout de même) et surtout le dévoilement de sa dernière création ‘Ciels’ (dans l’ensemble assez réussie). Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Mardi 3 novembre 2009

Et revoilà Wajdi !

Depuis maintenant une dizaine d’années, critiques et public adressent des louanges ininterrompues à Wajdi Mouawad, ayant trouvé en lui l’homme de théâtre capable ni plus ni moins de redonner un sens à la notion de récit. Si on n’a pas toujours partagé cet enthousiasme délirant – à la limite de la vénération –, force est de reconnaître que Mouawad est un artiste passionnant – aussi irritant que subjuguant –, et surtout généreux. À une époque où le théâtre se pose de nombreuses questions sur son rapport au monde et où des metteurs en scène semblent chercher dans l’extrême certaines réponses en secouant le public au maximum par divers moyens (voir les polémiques qui ont secoué les précédentes éditions d’Avignon), le travail de Mouawad a quelque chose de rassurant : oui, il s’adresse ouvertement au public, en choisissant les mots appropriés, en faisant appel à ses émotions, sans trop le brusquer. À ce titre, redécouvrir ‘Incendies’(rejouée en ce moment aux Célestins) permet de saisir le talent indéniable du bonhomme. Exil, famille, héritage, mort… : avec un sens aigu de la narration, il brasse ici les thèmes qui émaille l’ensemble de son travail, lui, le Libanais contraint à l’exil dan

Continuer à lire

Wajdi non !

SCENES | Il nous a assommés avec Forêts, il y a deux ans. Posé ses valises à la Croix-Rousse et aux Célestins la saison passée. A été l’artiste associé du festival d’Avignon (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 4 septembre 2009

Wajdi non !

Il nous a assommés avec Forêts, il y a deux ans. Posé ses valises à la Croix-Rousse et aux Célestins la saison passée. A été l’artiste associé du festival d’Avignon 2009. Vous en voulez encore ? Cette année, c’est d’abord avec "Incendies" aux Célestins, "Ciels" à l’Ensatt puis avec "Littoral", "Incendies" et "Forêts", les trois premières parties du "Sang des promesses" (présentées aux Célestins les 14 et 15 novembre) que Wajdi Mouawad revient. Une chose est d’ores et déjà promise : 9h30 de Mouawad, c’est long.

Continuer à lire

Je t’aime, moi non plus

SCENES | Théâtre / Le souvenir le plus prégnant de Wajdi Mouawad aux Célestins reste l’incompréhension manifeste entre lui et nous sur Forêts. C’est peu dire que l’on (...)

Christophe Chabert | Mercredi 8 avril 2009

Je t’aime, moi non plus

Théâtre / Le souvenir le plus prégnant de Wajdi Mouawad aux Célestins reste l’incompréhension manifeste entre lui et nous sur Forêts. C’est peu dire que l’on était fébriles à l’idée de le retrouver dans un théâtre, de peur de nous farcir un nouveau soap opera mythologique gros sabots. Surtout que Littoral est l’un de ses premiers textes – ici présenté dans une nouvelle mise en scène, et le premier volet de la quadrilogie où l’on retrouve Incendies… et Forêts ! Contre toute attente, Littoral est une bonne surprise, qui vient tordre le cou à nos préjugés hâtifs. Certes, Mouawad reste dans sa lignée (il semble faire une psychanalyse à chaque nouvelle pièce, lui le Libanais contraint à l’exil dans sa jeunesse), mais il nous gratifie ici d’un texte fort, sans fioriture dramaturgique aguicheuse tirée par les cheveux, et d’une mise en scène plus que généreuse. Car force est de reconnaître que Wajdi Mouawad sait toucher le public là où il faut, un public qui lui répond toujours par des salves d’applaudissements enjoués – réaction vérifiée une fois de plus lors de la première de Littoral à Chambéry au début du mois. Même si l’univers de Mouawad nous laisse quelque peu perplexe (la transmiss

Continuer à lire

Assoiffés

SCENES | Quatre ans déjà que ce spectacle tourne un peu partout dans le monde. Mis en scène par Benoit Vermeulen, Assoiffés (au Théâtre de Villefranche les 23, 24 et (...)

Nadja Pobel | Vendredi 13 mars 2009

Assoiffés

Quatre ans déjà que ce spectacle tourne un peu partout dans le monde. Mis en scène par Benoit Vermeulen, Assoiffés (au Théâtre de Villefranche les 23, 24 et 25 mars), est signé Wajdi Mouawad, artiste associé du festival d'Avignon 2009, qui se confronte à toutes les émotions de l'adolescence. Murdoch ne cesse de parler et de bondir pour trouver sa place ; Norvège, au contraire, cache son mutisme dans les recoins de la scène ; Boon, l'adulte, les observe du haut de sa fonction d'anthropologue judiciaire et se remémore ses rêves enfouis. Coup de chapeau au scénographe qui a créé pour les personnages un complexe panneau lumineux reflétant leurs états d'âme…

Continuer à lire

Le Chaperon rouge mis à nu

SCENES | Joël Pommerat offre une version du Petit Chaperon rouge épurée. Retour aux fondamentaux avec ce metteur en scène au travail limpide. A voir ou à revoir au théâtre de Vénissieux. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 3 décembre 2008

Le Chaperon rouge mis à nu

Tout le monde connait l'histoire du Petit chaperon, mais Joël Pommerat décide de la raconter comme si c'était la première fois. Il fait appel à un narrateur. Debout, droit comme un piquet, un peu sombre, omniprésent. Sa voix grave énonce : «La petite fille pensait souvent à la mère de sa maman. Elle y pensait tellement souvent qu'elle demandait si c'était aujourd'hui le jour d'aller la voir». Les dialogues sont économisés. C'est pour Pommerat un artifice peu nécessaire pour donner des informations. Le narrateur raconte ; les personnages, pantins désarticulés, incarnent. Transposé dans une époque qu'on devine être la nôtre, la petite fille n'a plus de chaperon ni de rouge sur les épaules ; elle s'ennuie, s'agrippe à une mère insaisissable, happée par une autre vie. Cette mère avance mécaniquement sur le plateau, trace de longues lignes en marchant sur la pointe des pieds. Un bruitage strident accompagne ses pas d'un claquement de talon. Pommerat dessine son espace scénique comme un architecte : un carré de lumière pour espace de jeu, deux chaises et des variations d'intensités d'éclairage pour construire une forêt, dire la balade insensée de la petite fille à la recherche de sa g

Continuer à lire

Mouawad se la joue sobre

SCENES | THÉÂTRE / Le destin de trois figures légendaires raconté par l’auteur franco-libanais Wajdi Mouawad, ça donne Le Soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face. Une bonne surprise à découvrir cette semaine à l’Hexagone. Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Jeudi 9 octobre 2008

Mouawad se la joue sobre

Wajdi Mouawad est un auteur bankable : son nom sur une affiche est gage d’un succès tant critique que public. L’homme est ainsi adulé - limité vénéré - par une partie du milieu théâtral voyant dans sa prose et son approche du monde contemporain si ce n’est une révolution, du moins une nouvelle dimension. Quitte à être catalogués de ringards par le premier fan de Mouawad qui passerait par là, nous n’avons pas toujours partagé cet enthousiasme délirant (fanatique ?), notamment sur certaines de ses pièces foisonnantes et indigestes. Quelle ne fut donc pas notre surprise à la découverte du Soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face. Certes, Wajdi Mouawad n’est intervenu que sur le texte, laissant la mise en scène dans les mains de Dominique Pitoiset, directeur du Théâtre national de Bordeaux. Mais tout de même… Puzzle mythologiqueConflits, héritage, transgressions, exil : la mythologie fascine Mouawad. Sa pièce traite donc de ce thème, à travers le destin de trois figures légendaires de la lignée de Thèbes : Cadmos, Laïos et Œdipe. Le premier est contraint de fuir sa Phénicie natale – aujourd’hui le Liban, lieu de naissance de l’artiste – pour partir à la recherche de

Continuer à lire

Jouissance entravée

SCENES | Théâtre / "Ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants". À force de n'en entendre que la fin, on oublie que les contes pour enfants sont bien moins (...)

Dorotée Aznar | Mardi 22 avril 2008

Jouissance entravée

Théâtre / "Ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants". À force de n'en entendre que la fin, on oublie que les contes pour enfants sont bien moins niais qu'il n'y paraît. Tortures physiques, solitude, injustice, abus de confiance, Joël Pommerat a choisi de garder ce qui fait l'essence du Pinocchio de Carlo Collodi. Il montre ce qui est redouté, pour mieux le mettre à distance par l'ironie et le rire, dans une version qui ne se veut pas moderne à tout prix. Certes Pommerat réécrit le conte, coupe des passages, supprime des personnages et remet quelques éléments au goût du jour (les liasses de billets ont remplacé les écus d'or), pourtant, dans son adaptation, le metteur en scène ne se débarrasse pas des accès moralisateurs et des théories éducatives discutables dont Pinocchio fait les frais dans la version originale. Ce qui fait son actualité, sa "modernité", c'est cette mise en images, en sons et en mots de la violence ; la violence de renoncer aux plaisirs et à la jouissance immédiats, la violence de se confronter à la réalité. Avant d'accéder à l'humanité et de devenir un vrai petit garçon, le Pinocchio de Pommerat devra comme l'original renoncer à ses désir

Continuer à lire

Le mystère de Forêts

SCENES | Théâtre / Une presse nationale unanime, un metteur en scène qui présente son projet avec la modestie du président de la SNCF annonçant son bilan pour l'année (...)

Dorotée Aznar | Lundi 7 avril 2008

Le mystère de Forêts

Théâtre / Une presse nationale unanime, un metteur en scène qui présente son projet avec la modestie du président de la SNCF annonçant son bilan pour l'année 2007, on s'attendait à ce que Forêts soit l'un des grands spectacles de la saison. Notre incompréhension est à la hauteur des attentes suscitées. Wajdi Mouawad se lance, nous dit-on, dans «une grande aventure épique qui traverse sept générations d'une même famille, du Canada jusqu'aux sources européennes, depuis la guerre de 1870 à la chute du mur de Berlin en passant par les guerres et les camps de concentration». Évoquer la grande histoire à travers les petites, certes on nous l'a déjà fait, mais là n'est pas vraiment la question. Outre le caractère éminemment scolaire de la pièce de Wajdi Mouawad qui avance avec de très gros sabots (un petit coup d'inconscient par ci, une bête immonde par là), l'interprétation discutable (la plus jeune des cinq femmes est une adolescente, donc une rebelle, qui passe logiquement son temps à hurler en arpentant la scène de long en large), il y a l'objet même de l'enquête, crédible et passionnante comme un épisode d'X Files. Un paléontologue (ne nous demandez pas pourquoi un paléontologue...)

Continuer à lire