L'Amour flou de Rodanski

Nadja Pobel | Mercredi 13 février 2019

Photo : © Marie Clauzade


Un grand écart. On avait laissé Georges Lavaudant avec un Hôtel Feydeau pénible, tellement moins fin que le jubilatoire Chapeau de paille d'Italie avec lequel on fait sa connaissance. Le voici de retour avec Le Rosaire des voluptés épineuses qu'il amène sur les terres lyonnaises de son auteur Stanislas Rodanski.

On retrouve d'emblée l'espace scénique mangé par une table allongée, celle de son somptueux La Rose et la hache. Ici, elle est en version rococo car le metteur en scène nous embarque dans une rêverie romantique allemande où l'on croise la rivière Neckar et Heidelberg, bien que Rodanski ne soit en rien contemporain de Hölderlin puisqu'il décède en 1981 (en hôpital psychiatrique où il aura passé la moitié de sa vie).

Dans un décor au cordeau, en images, projection et films de son fidèle compagnon Jean-Pierre Vergier, avec son propre travail sculptural des lumières, Lavaudant ne rend pas pour autant ce texte surréaliste lisible, à la lisière de la mort et du vivant dans lequel un dandy disserte avec une femme aux noms multiples. Peut-être n'est-elle qu'une apparition post-mortem. Alambiquées, ces 70 minutes sont un temps suspendu porté par des comédiens habités par leur rôle indéfinissable joué pour la première fois au Printemps des Comédiens de Montpellier en juin dernier.

Le Rosaire des voluptés épineuses
au Théâtre du Point du Jour (programmé par les Célestins) jusqu'au 16 février


Le rosaire des voluptés épineuses

De Stanislas Rodanski, ms Georges Lavaudant. 1h10, programmé par Les Célestins
Théâtre du Point du Jour 7 rue des Aqueducs Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Il a beau avoir dirigé le Théâtre National de l'Odéon, Lyon et ses alentours sont son jardin. Né à Grenoble, longtemps lié à la maison de la culture de sa ville, Georges Lavaudant a aussi été un des piliers du TNP de Villeurbanne qu'il co-dirigea avec Planchon entre 1986 et 1996. Fourvière ne lui est pas étranger non plus puisqu'il y fut acteur dans Œdipe roi sous la houlette de Gabriel Monnet et qu'en 2010 et 2014, il ouvrit les festivités respectivement avec La Tempête et Cyrano de Bergerac. C'est dans une forme beaucoup plus dépouillée qu'il revient pour la reprise de L'Orestie vingt ans après l'avoir créée à Paris, toujours dans la traduction de Daniel Loayza. La tragédie d'Eschyle, polar roi parmi les polars, est ici donnée à l'os avec le talent éclatant de Mélodie Richard (épatante notamment dans Les Revenants et La Mouette d'Ostermeier) et Pascal Rénéric qui joue aussi bien chez Macha Makeïeff (La Fuite) que chez Vincent Macaigne ou Cyril Teste et... Lavaudant qu'il retrouve ici pour 2h30 en plein air, sous les étoiles.

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Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse, dit le proverbe. À trop monter Cyrano, le public s'en lasse, pourrait-on ajouter. Car ce n’est pas de chance : à Lyon, il était possible d’entendre deux fois en quatre jours le somptueux texte d’Edmond Rostand. Et à l'inévitable jeu des comparaisons, il y a toujours un perdant et un gagnant. Aux Célestins dans une version dépouillée située en hôpital psychiatrique, dirigé par Dominique Pitoiset, Philippe Torreton, marcel sur le dos et crâne rasé, était un sublime Gascon, sans épée mais constamment en action, et la pièce une synthèse impeccable et très émouvante entre hier et aujourd’hui, soulignée d'extraits musicaux savamment distillés, jusqu'à un final bashungien inoubliable. Sur la scène de l’Odéon à Fourvière, dans un environnement certes magnifique mais plus vaste et difficile à dompter qu’un théâtre à l’italienne, Patrick Pineau campe avec un talent indéniable le personnage au nez proéminent, au début avec une certaine distance, puis de plus en plus imprégné par le rôle. Georges Lavaudant, dont on a tant aimé ses Chapeau de paille d’Italie

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