Creuzevault, enfin !

Nadja Pobel | Mardi 7 janvier 2020

Photo : © Hélène Bozzi / Léna Roche


Comme Vincent Macaigne, Sylvain Creuzevault a débarqué dans le milieu théâtral au mitan des années 2000 avec l'envie de renverser la vieille table de son art, de ne diriger aucun lieu, flirter avec le cinéma et faire vivre une expérience quasi physique aux spectateurs avec de grands textes pour le premier (Shakespeare, Dostoïevski) et des impros au plateau sur de hauts faits historiques pour l'autre. Ainsi Creuzevault a revisité la Révolution française avec Notre terreur : pas de majuscule car il fouinait dans les détails de la fabrication de ce qui n'était pas encore un fait de l'Histoire mais des discussions entre Barère, Saint-Just ou Collot, qui préparaient cela comme des syndicalistes une manif'. Remuant, implacable, Notre terreur était immédiatement séduisant au risque de minimiser les faits. Avec Le Père Tralalère, Creuzevault avait déjà joué du bi-frontal pour cette fois dynamiter la famille. Ensuite, il s'est confronté à Marx (Le Capital et son singe) puis au mythe de Faust. Le voilà (enfin) de retour dans nos contrées avec Les Démons de Dostoïevski créé à l'automne 2018. Pas vue encore, cette fresque de quatre heures a été unanimement soutenue par nos confrères parisiens. Elle est l'occasion de retrouver l'excellentissime Nicolas Bouchaud qui aura à peine enlevé ses vêtements d'Ennemi du peuple d'Ibsen. À voir du 14 au 25 janvier dans un TNP tout nouvellement dirigé par Jean Bellorini.


Les Démons

D'après Dostoïevski, ms Sylvain Creuzevault, 3h45
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Quatre pièces à réserver sans attendre

Théâtre | S’il ne fallait retenir que quatre spectacles à voir cette saison, ce serait ceux-là.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Quatre pièces à réserver sans attendre

Le plus tendre : Un conte de Noël C’est peut-être le plus grand film d’Arnaud Desplechin. Julie Deliquet qui avait déjà signé un triptyque intéressant, Des Années 70 à nos jours (trois pièces pour relier Brecht et Lagarce à la génération de ses parents) et une Mélancolie(s) plus convenue mêlant Ivanov et Les Trois sœurs. Entre temps, la Comédie Française l’a happé pour un Fanny et Alexandre acclamé. En bi-frontal, elle retrouve une partie de sa troupe In Vitro à laquelle s’ajoute l’excellent Lyonnais Thomas Rortais. De la joie de retrouver Abel, Junon et leurs enfants aussi tourmentés et cruels que fantasque et joviaux. Et l’écriture somptueuse et acide de Desplechin et Emmanuel Bourdieu. Création à la Comédie de Saint-Étienne en octobre puis… Au Radiant (programmation des Célestins et du Théâtre de la Croix-Rousse) du 5 au 9 février Le plus grinçant : Blanche-Neige, histoire d’un prince C’est parfois au hasard des montages de productions et des projets avortés qu’un spectacle marquant voit le jour. C’est le cas de cette Blanche-Ne

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"Les Démons" : Philippe Lesage, pas pour ses images

ECRANS | de Philippe Lesage (Qué, 1h58) avec Édouard Tremblay-Grenier, Pier-Luc Funk, Pascale Bussières…

Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

Il y a mille et une manières de passer à côté de son film. Pourtant bien parti en agençant une collection de petites tensions diffuses ressenties par un gamin à la lisière de la préadolescence, Philippe Lesage opte pour une méthode radicale — enfin, pour qui possède le goût de se saborder. Il casse sa belle construction toute en subjectivité enfantine pour se focaliser pendant une (trop) longue digression sur un autre personnage, traité avec une froideur si outrancière qu’elle le désigne dès la première image comme l’équivalent du loup-garou. Et ces petits zooms au ralenti pour nous prévenir de l’imminence d’une abomination dans le hors champ… Ne manque qu’une lumière clignotant dans un coin et un commentaire de l’auteur, du style : « ’tânsion, maôdzit spectsâotseur ; y va-tu s’passer un trzuc pas chrâétieân d’vant tes d’zyeux, lâ ! » Blague à part, cette rupture de ton aux allures de court-métrage mal greffé démembre Les Démons. On se serait bien passé de cette élucidation triviale dans le réel, et contenté du point de vue d’un enfant, en proie à ses questionnements, ses doutes et ses peurs.

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La Chair à vif

SCENES | Critique / Silence. La scène d'ouverture de "Dämonen" est silencieuse, le temps pour le spectateur de prendre ses marques dans l'appartement bourgeois (...)

Nadja Pobel | Vendredi 1 avril 2011

La Chair à vif

Critique / Silence. La scène d'ouverture de "Dämonen" est silencieuse, le temps pour le spectateur de prendre ses marques dans l'appartement bourgeois meublé d'objets design de Katarina et Frank (ah le fauteuil en cheveux blonds sur lequel personne n'ose  s'asseoir !). Un vélo d'intérieur (objet allemand par excellence) est niché dans le hall en verre ; Katarina assise dans son canapé allume son Mac et lance sur ses murs la projection d'un extrait du "Mépris" de Godard. Puis, s'en va prendre sa douche de l'autre côté d'un décor qui ne cesse de pivoter tout au long des 2h30 de ce spectacle ; une utilisation de la vidéo et du plateau qui ne laissent aucune zone de repli aux personnages. Unité de lieu, de temps et d'action : tout se passe dans cet espace durant une soirée. Frank,  compagnon de Katarina, rentre chez lui. Il a sous le bras les cendres de sa mère dans une urne. Mais ce n’est pas ce décès qui déglingue sa vie, c’est son couple. Ce dérèglement va d'autant plus apparaître au grand jour que ce soir-là, Katarina et Frank se retrouvent avec leurs voisins du dessous, un couple marié depuis sept ans qui ne vit qu'au rythme des enfants. Leurs conversations sont tout d’abord insip

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Elle court, elle court la terreur

SCENES | Théâtre / À quoi ça tient ? Qu'est-ce qui fait qu'un spectacle relatant trois mois de la Révolution Française, avec aucun grand nom à l'affiche et aucun décor (...)

Nadja Pobel | Lundi 29 novembre 2010

Elle court, elle court la terreur

Théâtre / À quoi ça tient ? Qu'est-ce qui fait qu'un spectacle relatant trois mois de la Révolution Française, avec aucun grand nom à l'affiche et aucun décor fasse salle comble depuis sa création le 16 septembre 2009 au théâtre parisien de la Colline ? Comment "Notre terreur" a-t-il fait ce chemin (la pièce est passée par la petite salle du Théâtre des Célestins il y a un an, a fait un tour de France, est repassée un mois par sa maison de la Colline en septembre dernier dans le cadre du Festival d'automne et la revoilà dans la région lyonnaise, pour trois soirs à Villefranche) ? Ce succès tient certainement au talent et à la conviction de la troupe D'Ores et déjà qui a porté ce projet. Sylvain Creuzevault, metteur en scène et membre de la compagnie, racontait la genèse de ce spectacle à l'occasion de la présentation de saison à la Colline cette année : «c'est une création collective écrite, répétée en improvisation par les acteurs qui, au fil du temps, ont défini une problématique, l'ont étayée et ont trouvé une dramaturgie scénique qui s'affine au fil de la tournée que nous avons la chance de faire». La troupe croit autant en la force du théâtre comme moyen d'expression qu'à l'hi

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Familles, je vous hais !

SCENES | Théâtre / Avec Le Père Tralalère, Sylvain Creuzevault signe l’une des mises en scène les plus ambitieuses et déjantées de la saison. Improvisation, humour, provocation et violence pour une pièce choc, à découvrir aux Célestins. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 8 juin 2009

Familles, je vous hais !

Tout commence par une scène qui sent le déjà vu ; un repas de noces, celles de Lise et Léo. La fête, organisée par le père de Lise, se déroule chez lui. Il y a là aussi le jeune frère de Lise, son meilleur ami, le meilleur ami de Léo, Lionel et sa femme enceinte, Benoît, un présentateur de télévision et un employé du père. Dès les premiers minutes, le spectateur sent qu’il n’était pas convié à la noce. Les conversations s’enchaînent, se superposent et il doit renoncer à tout entendre. La banalité des discours prête à sourire -entre la femme enceinte focalisée sur sa grossesse, les remarques de l’employé modèle tombant systématiquement à plat, les analyses toujours documentées et jamais intéressantes du journaliste et les réflexions du père, maître de cérémonie insupportable-, mais déjà on sent le conflit tout proche, prêt à éclater. Peu à peu, au fil des rencontres et des dîners entre les protagonistes, la vie rêvée se mélange avec la vie «réelle» et va jusqu’à se substituer totalement à elle. Les sourires figés du début font place aux visages prostrés ou hystériques, la sexualité s’affiche dans sa toute sa crudité et cette famille qui se dévorait symboliquement finit par faire jai

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